08/05/2007

Genoland 2

         Le talent des grands conférenciers, comme des grands politiques, consiste à savoir ne rien dire, ou presque, mais à le dire très bien. Grâce, en particulier, à une communication non-verbale sophistiquée qui génère une empathie inconditionnelle du public. Celui-ci doit sortir avec une histoire à raconter, pour montrer qu'il y était, et avoir éventuellement un doute ou une objection mineure, pour prouver qu'il existe.

         Le magnifique pavillon des arts industriels accueillait une foule hétérogène, peu pressée de quitter le soleil de la terrasse. Il y avait là des banquiers, financiers, managers, en uniforme strict, une poignée d'artistes en contre uniformes de bon goût (selon eux !) et une majorité de scientifiques et universitaires, plus ou moins négligés, selon leurs ambitions et leurs convictions. La Fondation Perche faisait le maximum pour annoncer l'inauguration du Paradis des sciences dans son magnifique domaine. Là se rencontrerait, dans le luxe, le calme et la volupté, l'élite mondiale de la recherche dont les échanges, dans les meilleures conditions, ne pourraient que booster l'activité. Devant les diaporamas de paysages de rêve et de bâtiments luxueux, ou bien les interviews vidéo de résidents comblés, quelques étudiants rêvaient, tandis que l'élite et les banquiers affichaient un air poliment blasé.

         La soirée alliait une conférence du célèbre docteur Pébrock, sur l'éthique, à "un cocktail dînatoire". Il fallait se taper la conférence pour accéder au buffet. Pébrock fut époustouflant de culture, d'aisance et de savoir, ménageant et séduisant avec une égale aisance ceux qui dormaient et ceux qui l'écoutaient. Si l'on oublie son détour par les grecs - un helléniste interpellé assure qu'il s'est trompé de sophiste, mais que ce n'est pas grave -, il réussit à convaincre que la science seule mène à la barbarie, mais que, couplée à la dose pertinente de morale, religieuse ou pas, elle permet de choisir raisonnablement un avenir prometteur, malgré les difficultés. Selon le marronnier qu'il cita, avec moulte précautions pour paraître clair mais non-trivial, "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme"; même pour lui qui ne croit pas trop à l'âme mais quand même...

         A la sortie, les délices de la bouche entouraient souvent la même question dans notre pays du consensus: "N'est-il quand même pas un peu optimiste en espérant une morale universelle autour de la science dans les conditions sociales, culturelles et religieuses du monde actuel?"

         C'est évidemment la bonne question à laquelle cherche à répondre l'Association Cultures et rencontre. On en reparlera bientôt...

08:39 Publié dans science et politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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