21/06/2007

Quand le feu rose passe au vert...

Quand le rose passe au vert, ... cherchez la femme !
Dans une diatribe d'une rare violence, qui contraste avec la politesse docile habituelle de nos mous socialistes, Christian Brunier- David, invité de la Tribune hier, s'en prenait à Halpérin- Goliath. Lequel avait déclaré, avec bon sens, que "la prochaine occasion de despotisme sera verte...". Pour ma part, alors qu'Halpérin représente souvent l'exact contraire de mes opinions, je lui reprocherai juste d'avoir mis sa phrase au futur, alors que le despotisme vert est déjà au pouvoir et détruit méthodiquement la gauche genevoise.
La condamnation d'Halpérin amalgamé à Bush, auquel il ne ressemble guère que par le clignement des yeux et la main tendue trop facilement, est digne d'un procès stalinien, au nom de la science : "même combat contre l'écologie!" titre le billet. Pourtant, si l'argumentaire se prétend scientifique, son énoncé est aux antipodes de la méthode de la science avec des arguments tels que :

- ...l'évidence scientifique
- Menée par près de 600 éminents scientifiques inter-gouvernementaux (sic !, comment un scientifique peut-il être gouvernemental ?), cette étude...
- l'environnement se dégrade violemment.
- Les êtres humains se suicident collectivement.
- Comme l'affirme Al Gore, les savants du monde entier s'accordent à dire qu'il reste à peine une dizaine d'années pour éviter une catastrophe mondiale...

Désolé Christian ! La science ce n'est pas des évidences, surtout dans un domaine aussi complexe, controversé et polémique que l'environnement et le climat. Le nombre des scientifiques émettant une idée ou défendant le paradigme à la mode ne leur a jamais donné raison. Au contraire, l'histoire des sciences montre que les plus grands progrès ont été réalisés par des visionnaires isolés comme Vanini, de Maillet, Galilée, Buffon, Lamarck, Mendel, Darwin, Einstein,..., seuls contre tous leurs collègues et contre les opinions publiques et religieuses de leur temps. Certains ont esquivé la répression en reniant leurs découvertes, d'autres, plus nombreux qu'on ne le dit, les ont payées de la privation de liberté, de la torture ou de la mort. Toujours provisoire, la "vérité", en science, dépend des preuves et non de sondages d'une opinion, même éclairée. Si les scientifiques avaient voté à leur sujet, au temps de leur découverte, la rotation de la terre, les lois de Mendel, la relativité ou l'évolution auraient été balayées au Karcher, comme le couple Royal- Hollande ou le ministère de l'environnement jupesque ...
Alors, malheureusement, Halpérin a en bonne partie raison : le totalitarisme vert transforme les doutes scientifiques sur la part humaine dans l'évolution climatique en certitudes politiques. Les verts et les roses-verts prétendent à l'unanimité des scientifiques, dont ils se voudraient les porte-parole, alors que ces derniers sont très partagés, faute de preuves ou de données fiables. Leurs doutes ne sont jamais répercutés par les médias, aussi alarmistes et populistes que le programme des verts et la diatribe de Brunier. On terrorise le troupeau, pour le regrouper sous la bannière des grands loups de l'écologie militante, pas scientifique bien sûr. La science qui se respecte n'a pas de drapeau !
Le drame des verts, c'est qu'ils sont nuls en écologie ...
Il faut quand même rappeler que le socialisme, dont se réclame abusivement Brunier (pour combien de temps encore ?), doit ses succès passés à la révolte des travailleurs contre les persécutions et l'exploitation capitaliste et libérale, pas à la lutte contre le mauvais temps ! Qu'il a molli pour réclamer une Volkswagen ou une Trabant pour chaque citoyen, auquel les roses- verts reprochent aujourd'hui de s'en servir ! Et que maintenant, faute d'un projet de gauche, les socialistes hurlent avec les verts pour "protéger la nature" et "conserver la biodiversité". Comme si la nature, face à laquelle les six milliards d'humains ne sont qu'une nuée de moucherons, avait besoin de protection ! Comme si la conservation de la biodiversité, mission impossible du fait de la transformation accélérée des écosystèmes naturels, n'était pas l'idée la plus rétrograde, la plus stupide et la plus anti-scientifique que l'on puisse avoir face à l'histoire dynamique du monde vivant. Depuis quatre milliards d'années, la terre et la biosphère n'ont cessé de changer, souvent très vite, parfois brusquement, causant de grandes extinctions, détruisant jusqu'à 95% des espèces du moment. Les 20 ou 50 millions d'espèces d'aujourd'hui - personne ne sait combien en vérité ! - sont sans doute bien moins de 1% de celles qui ont existé depuis plus de trois milliards d'années. L'extinction des espèces est donc la règle de la nature, pas l'exception due aux humains ! Elle n'a jamais empêché la vie de continuer autrement et il y n'a pas de raison de penser que cette continuité soit menacée, sinon par les arsenaux nucléaires que l'on oublie trop souvent ! Le réchauffement climatique est une anecdote à côté...
Pour passer de quelques milliers à quelques milliards depuis douze mille ans, les humains ont dû sacrifier les forêts pour les remplacer par des champs. Comme les neufs milliards d'humains de demain ne retourneront pas chasser le Mammouth avec des armes en pierre taillée, ils vivront de culture hors-sol grâce à des variétés transgéniques synthétisant l'azote sans engrais polluants et résistant aux insectes sans insecticides également polluants. La protection de l'environnement y gagnera beaucoup, et seuls quelques collectionneurs pleureront les centaines de milliers d'espèces de coléoptères équatoriaux ou les milliers d'espèces de papillons disparus. Certains feront même des super profits en spéculant sur les spécimens ! Avec un peu de chance, on aura sauvé quelques petites populations de ces grands mammifères qui, comme les baleines et les ours, comptent tant dans notre imaginaire et nos cultures. Et puis quelques populations, au moins artificielles, de ces grands singes qui, seuls, permettent à la science de nous rappeler qui nous sommes et de pister d'où nous venons. Mais personne, sauf les éco- raeliens du WWF ou de Swissaid, n'élèvera de monument au cloporte disparu, victime de la déforestation, de la pollution humaine ou des OGM !
Et la Suisse se sera réchauffée, par notre faute ou par celle des caprices de la terre. Quand et jusqu'où ? Là sont les bonnes questions auxquelles la science n'a pas de réponse, ni dix ans, ni cent, ni mille. Dans un premier temps, des cocotiers transgéniques décoreront les palaces de la riviera vaudoise ; des manguiers et des bananiers remplaceront les poiriers et les abricotiers en Valais, à moins que des variétés, transgéniques elles aussi, ne supportent le climat tropical des moraines ex-glaciaires. Il sera plus esthétique de promener un koala, un panda ou un fennec génétiquement modifiés qu'un dogue, un Yorkshire ou un chihuahua, qui l'étaient déjà. Si cela continue, soit le phénomène sera surtout naturel et nos descendants seront très mal, soit il sera surtout humain et ce serait moins grave : il deviendrait alors réversible, par la raréfaction du pétrole et pas parce que les roses- verts auraient renoncé à leur 4x4 !
Alors, Christian ! Pour lutter contre le libéralisme, c'est le capital spéculatif, boursier et mondialisé qu'il faut attaquer. C'est Bush, du lobby pétrolier et Gore, son alter- écolo libéral, au sens américain. Ce sont les banques et les lobbies industriels qui financent les libéraux locaux, au sens réactionnaire, qu'il faut accuser de nos maux comme le chômage, la pollution urbaine, l'inaccessibilité aux soins coûteux de qualité, le mépris de la citoyenneté des femmes, des handicapés et l'incroyable accroissement des inégalités. C'est le populaire TCS et la publicité, courroies de transmission du lobby de l'automobile qui pue et qui pollue, mais qui flattent si bien tes électeurs que ces derniers ne peuvent plus s'en passer.
Mais pour cela, il faudrait que les nouveaux socialistes, même paritaires, aient des couilles et, comme les gendarmes que chantait Brassens, ça fait longtemps qu'ils n'en ont plus ! A force de tirer Ariane et son fil, les socialo sont tombés dans la toile de l'araignée verte et de son despotisme réactionnaire et populiste, que dénonce si bien Halpérin, notre ennemi commun...

PS : j'allais oublier, pour se recycler scientifiquement en écologie, aux éditions Ellipses, Paris, le dernier bouquin de l'excellent Gilles Macagno : "BiodiversiTERRE". Il avait déjà commis, chez le même éditeur "La longue marche d'Homo sapiens" que j'aime bien parce que c'est assez exact, drôle et que cela énerve mes collègues. C'est plein de dessins, ce qui fait que même les politiques illettrés comme le maire vert pervers pourraient comprendre...s'ils lisaient...

10:27 Publié dans la politique, autrement | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vous écriviez: "Les 20 ou 50 millions d'espèces d'aujourd'hui - personne ne sait combien en vérité ! - sont sans doute bien moins de 1% de celles qui ont existé depuis plus de trois milliards d'années. L'extinction des espèces est donc la règle de la nature, pas l'exception due aux humains !"

Mouais, si vous-même vous amusez à tenir les changements d'échelle pour rien, comment attendre du grand public etc qu'il fasse du progrès en matière de respecter (la différence entre l'échelle de la vie humaine et) le milliard d'années ? J'imagine que vous n'entendez pas nier que le taux d'extinction soit aujourd'hui comparable à celui des pires crises dont l'archive géologique garde la trace? Mais n'est-ce pas seulement à (proximité relative de) l'échelle du milliard d'années, que l'intervention de pareilles crises devient la règle plutôt que l'exception (ie dans l'archive géologique) ?

Personnellement, je trouve utile de pouvoir répliquer aux objections anti-évolutionnistes, à commencer par celles qui énoncent une probabilité. "Votre argument ne tient pas compte de la durée, et il fonctionnerait aussi bien si le vivant n'existait que depuis hier. Ou même 4000 ans - comme on le croyait il y a 3 siècles. La théorie de l'évolution accorde un rôle crucial à la durée (comme condition d'expérience de la vie), et accorde au vivant un âge un million de fois plus grand. Si votre calcul des probabilités se veut pertinent, il doit en rendre compte".

Ceci dit, merci pour votre vigueur à rompre des lances contre le capital. La finance croit la terre plate :(

Écrit par : Boris Borcic | 30/09/2010

Que dire Boris, sinon que je suis d'accord !
Une seule réserve : personne ne sait si les grandes crises d'extinction du passé ont toutes été relativement lentes, contrairement à l'actuelle ou si certaines ont été aussi rapides ou même plus rapides par l'effet des catastrophes style météorite géante, éruptions volcaniques avec hiver polaire souvent évoquées. Cela dit je n'ai jamais voulu dire que l'extinction rapide actuelle d'espèces était une bonne chose parce que banale à l'échelle des temps géologiques...

Écrit par : André Langaney | 03/10/2010

Si vous quittez la rsr, j'espère bien que vous continuerez vos chroniques ici-même. Vos messages sont comme des rayons de soleil dans un paysage de cendres.

Voilà, je poste ici parce que les autres commentaires sont fermés.

Écrit par : Johann | 08/10/2010

Merci de ces paroles, Johann, mais je ne quitte pas la RSR dont je n'étais qu'un "chroniqueur extérieur" selon une formule qui a changé et les a supprimés. Je risque d'y repasser de temps en temps, selon de nouvelles formules, moins régulières, dans d'autres cadres et parfois avec plus de temps pour m'expliquer...
Bien sûr, le blog continue, à l'exception de la rubrique rsr.ch pour le moment, et peut-être au profit de certaines autres, un peu délaissées les derniers mois.
A bientôt donc !

Écrit par : André Langaney | 09/10/2010

Excellent! Au plaisir de vous lire et de vous écouter! Il n'y a rien de plus roboratif sur ces blogs que vos paroles.

Annoncez donc ici même vos futures interventions radiophoniques, s'il vous plaît. Et merci!

Écrit par : Johann | 11/10/2010

toujours un prof engagé je vois!
http://aline.blog.tdg.ch/archive/2011/04/11/la-mer-entre-les-jambes.html

Écrit par : aline rohrbach | 12/04/2011

Engagé oui, Aline, mais dans quoi ?
Jolies jambes pour encadrer les contradictions du monde !
Les morilles paraissent bien fragiles en regard...
Merci pour vos couleurs !

Écrit par : Dédé-la-Science | 18/04/2011

Les commentaires sont fermés.