27/06/2007

Du résultat sans intérêt à l'idiotie médiatique

Si des scientifiques responsables d'une grande enquête ne trouvent rien, mais le publient dans une "bonne revue"... Si, pour une raison quelconque, ce rien devient quelque chose  sous la plume d'un "prestigieux éditorialiste"... Si le spécialiste local, embarrassé, bafouille que ce n'est pas grand-chose, mais quand même ... et si celui qui fait titres et manchettes dans votre cher journal manque de matière, alors le plomb scientifique se transforme en or médiatique.
Exemple dans votre Tribune du 26 juin !
Sur la couverture et sous le titre "intelligence", on annonce : "Le lien entre l'ordre de naissance dans une fratrie et le quotient intellectuel est établi. Page 27".
Déjà énervé, je passe page 27 et tombe sur le titre imparable :
"Les aînés sont plus intelligents que leurs cadets. Prouvé!".
Ma colère froide monte car ce titre prétend que la psychologie, invoquée comme caution scientifique, démontre que n'importe quel aîné est supérieur à n'importe quel cadet, ce qui est évidemment grotesque. Quand on passe aux justifications, on tombe sur une vieille enquête sur les conscrits norvégiens, dans laquelle on a trouvé deux points de QI de plus, en moyenne, chez les aînés que chez les seconds, et trois, en moyenne, de plus que chez les troisièmes. Ce qui, en pratique et compte tenu de la très large variation des QI entre 60 et 140, chez les aînés comme chez les cadets, veut dire que dans les paires (un aîné, un second), la performance de l'aîné sera supérieure dans environ 52 à 55% des cas ... et inférieure dans 48 à 45 % ! Pas de quoi en faire le fromage que l'autoproclamée "très prestigieuse revue Science" en fait, en titrant :
"Expliquant la relation entre l'ordre de naissance et l'intelligence", ou, dans un commentaire plus long que l'article qu'il commente : "Ordre de naissance et intelligence", toujours sous la rubrique psychologie, caution de scientificité !
Une fois de plus, on passe, sans réserve, de la mesure unique, non- répétable d'une performance, le QI du jour du test, à un concept non défini, multi- dimensionnel et non- mesurable sur une échelle linéaire : l'intelligence. Comme si le QI était une propriété identitaire et invariable des individus ! D'ailleurs, dans une des études citées sur les enfants, il est montré que la relation s'inverse quand l'aîné, avant le cadet, atteint l'adolescence et devient plus ou moins con... mais toujours bien plus réticent aux tests de QI !
Le roi des titres en profite pour faire dire, au passage, au spécialiste local interviewé que "60% de l'intelligence est héritée", ... les 40% qui restent étant sans doute trouvés au marché aux puces de la vie. Or, ce n'est pas cela que le spécialiste a dit : il s'est contenté de dire que "60% de la variance du QI sont dus à des facteurs génétiques, hérités de nos parents" faisant référence à la très complexe "théorie de l'héritabilité" qui mesure une caractéristique des statistiques sur les populations et non une propriété biologique des individus et de la transmission des gènes. Si c'est 60% chez les norvégiens, ce fût 80% chez des anglais et entre 40 et 90% ailleurs, sans que ceci soit contradictoire. Alors, quand on n'a ni les outils, ni l'espace pour expliquer un concept très complexe que l'on met 6 ans à apprendre à des étudiants très spécialisés en bio- statistiques, il vaudrait mieux ne pas lui faire dire, en un slogan simpliste, ce qu'il ne veut pas dire du tout. Bien entendu, toutes les réserves prudentes des auteurs norvégiens, états-uniens ou du spécialiste local sont passées à la trappe, ou bien en petits caractères que personne ne lira.
Le lecteur ne retiendra que deux slogans :
- toi, le petit, tu es toujours plus bête que le grand !
 Ce qui est faux !
- 60% de l'intelligence est héritée !
 Ce qui ne veut rien dire !
En résumé, un fichier inutile d'une armée aussi inutile a produit des statistiques complexes sans intérêt. Le copinage éditorial et l'émulsion médiatique incontrôlable en ont fait un pseudo- événement, basé sur des affirmations erronées ou dépourvues de sens.
Ainsi va, parfois, la communication scientifique !


21:24 Publié dans sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.