04/10/2007

Biodiversité : conserver n'est pas gérer !

    Les crétins qui prétendent "conserver" la nature ou la biodiversité n'ont rien compris à l'histoire de la vie ! Le monde vivant n'a jamais été en équilibre "durable", pour utiliser la tarte à la crème du vocabulaire d'aujourd'hui. Depuis plus de trois milliards d'années, de multiples espèces de microbes, de plantes et d'animaux ne cessent de se transformer en d'autres espèces. Les espèces ne durent, au mieux, qu'une dizaine de millions d'années avant d'en engendrer d'autres, qui ne durent pas plus longtemps. Si vous faites le calcul, vous vous rendez vite compte que les espèces actuelles (moins de deux millions décrites, plus trois à cinquante millions inconnues - selon les "experts" !) ne sont qu'une infime partie de celles qui ont existé. Les espèces du futur ne seront pas les mêmes que leurs ancêtres d'aujourd'hui. La quasi-totalité des espèces du passé ont disparu sans descendance.
    Dans le passé géologique, de nombreuses "crises", climatiques ou autres, ont provoqué l'extinction de la plupart des espèces de l'époque. Jusqu'à 95% de disparitions comptées, par exemple, à la fin de l'ère primaire. Chaque fois, la nature est repartie sur de nouvelles bases, avec de nouvelles espèces, issues des lignées "résilientes" qui avaient traversé la crise. Elle témoignait ainsi de ce que mon vieux maître en écologie et ami Jean Dorst avait appelé "La force du vivant", titre d'un livre déjà ancien, mais que les "écolos" énervés d'aujourd'hui feraient bien de relire. La nature n'est pas menacée par les activités humaines, elle leur survivra et la vie continuera, sans aucun doute, après nous et nos bêtises.
    Depuis cent mille ans - avant aussi, mais on ne sait pas très bien - les climats n'ont cessé de changer. Alternativement on est passé du chaud au froid, de l'humide au sec. Les forêts se transformaient en savanes ou en toundras, puis en déserts, ou bien l'inverse. A chaque fois, les espèces de plantes, comme les animaux, au cours des millénaires, sont montées ou descendues de milliers de kilomètres en latitude, "envahissant" de nouvelles zones propices à leur survie et abandonnant celles qui ne l'étaient plus.
    Depuis dix mille ans, les humains ont transformé les paysages en rasant les forêts pour faire des champs et devenir des millions, puis des milliards alors que leurs ancêtres n'étaient que quelques dizaines de milliers, du temps des chasseurs paléolithiques. Cet avatar n'était qu'un de plus, parmi les rapides et les cascades du torrent du vivant. Il avait pour conséquence mécanique la disparition des forêts que l'on ne saurait conserver que comme des musées de la biodiversité. Pour paraphraser un titre célèbre, la vie n'est pas un long fleuve tranquille et uniforme, de la source à l'embouchure. Elle change sans arrêt ! Vouloir conserver tous ses éléments intacts, tels quels, est mission impossible et dépourvue de sens. Nous ne reviendrons pas au paléolithique et la plupart des espèces des forêts tropicales disparaitront avec la plupart de ces forêts.
    Faut-il pleurer neuf cent mille espèces de scarabées et autres coléoptères qui constituent la moitié des espèces décrites, et beaucoup plus que l'on ne connait même pas ? Surement pas ! Ils n'ont pas leur place dans la nature humanisée de demain, ni dans la nature post- humaine, dont nous n'avons guère de raisons de nous soucier...
    A l'heure où les humains sont les premiers connus à pouvoir agir consciemment sur le devenir de leur espèce et un peu sur l'environnement terrestre, l'heure n'est pas à chercher à remonter le torrent de la vie mais à éviter, autant que possible, par des corrections avisées, les catastrophes humaines prévisibles. Gérer la biodiversité doit d'abord fournir des ressources à partager plus équitablement entre nos descendants qu'entre nos contemporains. Et ceci ne sera possible qu'en utilisant, judicieusement et sous contrôle, toutes les techniques de transformation du vivant susceptibles d'y contribuer. En commençant par les organismes recombinés qui constitueront des populations domestiques plus productives, plus résistantes, moins polluantes et meilleures, diététiquement et au goût, pour notre consommation. Les moratoires imbéciles n'arrêteront pas plus les OGM qu'ils n'ont autrefois arrêté les trains, l'électricité ou les avions. Ils ne feront que faire prendre un retard catastrophique aux pays assez riches et inconscients pour y jouer.    
    Reste-t-il, dans cette dynamique intraitable, une place pour la "conservation" des espèces ?
    Oui, bien sûr ... chaque fois qu'elle est justifiable, et non désespérée !
    Chaque fois qu'une espèce ou une variété menacée présente une potentialité de ressource importante pour le futur : les conservatoires botaniques et agronomiques sont précieux et font un travail indispensable.
    Ou chaque fois que des espèces présentent un intérêt crucial pour la science ou la recherche, comme les grands singes : ils nous apprennent sur notre biologie et notre passé des choses que six milliards d'humains ne nous apprendraient pas.
    Ou chaque fois que des espèces représentent, dans nos cultures ou dans nos arts, des symboles ou des charges émotionnelles respectables.
    Les pandas, les baleines, les ours, les aigles et quelques autres n'auront qu'un rôle et un avenir très limités dans les écosystèmes de demain. Mais les préserver aussi longtemps que possible, dans des conditions aussi naturelles que possible, est un luxe relativement peu couteux, pour le bonheur qu'il pourrait donner à nos descendants !

21:07 Publié dans sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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