22/10/2007

Nobels, bêtes et méchants !

    "Ce qui me frappe, c'est que l'on retrouve toujours la même proportion d'imbéciles, d'escrocs et de gens bien, que ce soit chez les prix Nobel, les enseignants ou les ouvriers" déclarait souvent - en privé ! - l'un des rares lauréats du prix Nobel que j'apprécie parmi une dizaine que l'activité scientifique m'a fait rencontrer plus ou moins. Les déclarations racistes et scientifiquement ineptes de James Watson sur l'Afrique et l'intelligence prétendue inférieure ou bien la libido prétendue supérieure des "noirs" ne font que confirmer ce point de vue. On ne peut pas les mettre sur le seul compte de l'âge : Watson n'a pas encore 80 ans, même s'il n'est plus au top. Par ailleurs, cela fait plus de vingt ans qu'on évite de lui offrir certaines tribunes parce que l'on sait trop, dans les milieux scientifiques, de quoi il est capable en matière d'opinions sur la "génétique de l'intelligence" ou la prétendue génétique - à découvrir, mais d'ici peu, selon lui, - de l'homosexualité ou des maladies mentales ! Comme à beaucoup d'anglo-saxons et quelques autres, l'ADN lui est monté au cerveau !
    Il reste qu'avec ses collègues Crick et Wilkins, il fut récompensé en 1962 pour avoir décrit, en 1953, la structure de l'ADN et ses principales propriétés, ce qui était LA découverte du siècle. Même si les trois semblent avoir piqué, sans son accord, les résultats de cristallographie de Rosalind Franklin qu'un cancer a eu le bon goût d'éliminer avant contestation ...
    Il existe en gros deux sortes de lauréats Nobel. Certains sont récompensés pour une découverte très importante, souvent non reconnue en son temps. Barbara Mac Clintock en est le prototype : ses "gènes- sauteurs" l'ont fait accabler de sarcasmes pendant des décennies et elle ne fut honorée qu'in extremis quand on admit, enfin, que celle qui fut longtemps traitée de vieille folle avait raison (le Nobel n'est jamais attribué à titre posthume). Mais, comme il n'y a pas de découvertes vraiment très importantes tous les ans dans toutes les disciplines scientifiques récompensées, le prix est souvent attribué à de grands communicants - grands magouilleurs qui réussissent à faire croire que leurs travaux, souvent récents, parfois douteux, constituent une avancée fondamentale. Le tout sur fond de tripatouillages politiques et de grands copinages internationaux : l'essentiel du gâteau pour les anglo- saxons qui tiennent les revues auto- proclamées prestigieuses, une part, relativement très honorable, pour les petits scandinaves qui financent et régalent, les miettes pour le reste du monde...
    Après le prix, la vie devient très dure pour les pauvres Nobels. Non seulement ils doivent mener une vie mondaine consternante, mais il leur faut aussi dépenser tous les crédits qui tombent sans arrêt sur leur labo, ce qui représente beaucoup de travail ! Surtout, ils doivent entretenir leur réputation à la hauteur de la découverte qui les a fait récompenser. Mission impossible s'il s'agit d'une très grande découverte, souvent liée à un coup de chance unique ou à un contexte heureux très improbable. Le néo- Nobel, ayant atteint son niveau d'incompétence, tend donc à se reconvertir sur de nouveaux sujets spectaculaires, sur lesquels il est incompétent. Ce qui constitue une "arabesque latérale" selon le célèbre principe de Peter et Hull. Le meilleur exemple en est Francis Crick, compère de Watson qui, ayant réglé son compte à l'ADN, décida de s'attaquer, Nobel au poing, au cerveau humain, avant que le sien ne rende son absence d'âme. Pour cela, il fallait d'abord régler leurs comptes, jusque dans notre auditoire Piaget, aux sciences humaines - incompétentes ! -, à la psychologie et à papa Freud, pourtant déjà bien mort à l'époque. Crick n'hésitait pas à clamer que l'inconscient n'était qu'une invention de l'imaginaire débridé des psychanalystes et qu'il n'y avait rien d'organisé et intéressant dans les rêves, poubelle de la pensée ! Hormis ces imprécations sectaires et gratuites, on attend pour toujours sa contribution positive au sujet...
    Si l'on s'intéresse maintenant à Shockley, l'un des trois lauréats Nobel de physique en 1956 pour l'invention du transistor - ce n'est pas rien ! - les choses sont encore plus simples. Il utilisa son prix et sa réputation pour militer contre le "busing" (transport des écoliers d'une école à l'autre pour lutter contre la ségrégation raciale scolaire aux Etats- Unis), pour propager les idées racistes de Jensen et du Pionneer's Fund sur l'infériorité des noirs, et aussi pour aider à fonder des banques de sperme de prix Nobel destinées à inséminer des femmes volontaires désirant des enfants surdoués. Vu le look du prix Nobel moyen et l'état catastrophique de certains enfants anéantis par le Nobel paternel, relativement peu de femmes sont entrées en matière ... on les comprend ! Ici, on n'a aucun mal à situer la faille entre de hautes compétences réelles en physique appliquée et la prétention à une compétence "biologique" dans un domaine idéologique nauséabond. On retrouve aussi le Pioneer's Fund, association d'extrême droite qui finança, entre beaucoup d'autres du même crû, les "recherches" de Jensen. Ainsi que, bien plus tard, celles d'un certain Rushton, qui répéta, avec les mêmes biais, les "découvertes" de Jensen sur la génétique de l'intelligence, l'infériorité prétendue du QI des noirs et affirma, par argument d'autorité, leur "libido supérieure" qui a inspiré Watson.
    L'histoire des sciences montre souvent qu'une partie non négligeable de ses célébrités n'ont dû leurs découvertes qu'au hasard, au contexte, ou à la prédation des résultats des collaborateurs et souvent des collaboratrices qui ont fait le travail. Beaucoup de chercheurs plus compétents et plus méritants ne trouvent jamais rien. Cela ne veut pas forcément dire qu'ils sont mauvais. Même lorsque leur contribution personnelle fut déterminante, ceux qui ont réussi le meilleur dans un champ technique particulier du savoir ont peu de chances d'être bons dans un domaine différent qu'ils découvrent, encore moins de raisons d'être des autorités morales, philosophiques ou politiques. Pourtant, dans une société où les médias et les politiciens populistes n'arrêtent pas de dénigrer ce qui est scientifique, les mêmes n'hésitent pas à convoquer les lauréats de prix prestigieux comme experts en éthique, enseignement ou éducation, à la place des prêtres de jadis, en leur prêtant, bien à tort, des compétences qu'ils n'ont pas plus. On connait les désastres auxquels certaines expertises de ce type ont conduit dans l'enseignement, en particulier des maths et des sciences ...

23:45 Publié dans on va se faire des amis ! | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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