12/11/2007

Des putes, des psys, ... Descartes (incompris !).

C'était un café- philo à "La mer à boire", premier Café dessin de presse parisien (www.la.meraboire.com). Antonio Fischetti, dynamique journaliste scientifique, y présentait son dernier livre " Le désir et la putain" (éd.Albin Michel), écrit avec la psychanalyste Elsa Cayat. Il tente d'y expliquer sa fascination pour les prostituées, lui qui, pourtant, doit plutôt fuir les prestations gratuites que beaucoup de charmantes femmes voudraient lui offrir ! Dans la salle, comme l'indiquait le titre, quelques prostituées (dont sa voisine, l'incontournable Momo, mémoire traditionaliste de la rue Saint Denis), nettement plus de psys, l'éditeur de notre regrettée Grisélidis Réal et l'élite des dessinateurs de Charlie Hebdo, avec ses obsédés sexuels revendiqués. Avec conviction, Tonio nous expliqua que, grâce à Momo, à la psychanalyse et au travail avec sa co- auteure, il avait compris l'origine de son intérêt pour les dames payantes. L'attraction venait, si j'ai bien retenu (bien que pas compris !), de la recherche d'un phallus idéal, alors qu'il n'a qu'un modeste pénis - il parle pour lui ! - et d'une addiction à l'échec chronique de cette recherche !
Les psychanalystes m'amuseront toujours...
Les mâles de la salle se sont alors partagés entre ceux qui éprouvaient ou comprenaient, plus ou moins, cette addiction et les autres, qui n'ont aucun intérêt pour le sexe commercial. Même lorsqu'ils se revendiquent aussi joyeusement obsédés que Siné, dont l'épanouissement, quand il parle de ses amours, heureuses et jamais tarifées, fait plaisir à voir !
A un moment Momo s'est positionnée parmi celles qui n'auraient aucun problème à vendre leur corps, sans rien offrir de leur "esprit", sans aucune empathie pour le client. Contrairement à Grisélidis Réal qui s'intéressait aux histoires de ses clients et se la jouait un peu thérapeute. Les psys présentes se sont alors mises (c'étaient des femmes) à théoriser "la séparation de l'esprit et du corps", comme tous ceux qui n'ont lu que l'introduction au Discours de la méthode de Descartes. Comme le grand neurobiologiste Damasio, aussi, qui n'a pas hésité à titrer "L'erreur de Descartes" un livre qui explique que le corps seul produit l'esprit et les émotions. Une théorie qui se vérifie tous les jours, mais qui ne justifie pas la mise en accusation de Descartes. On peut conseiller à ces gens de lire "Les passions de l'âme", dans lequel le même Descartes montre qu'il a anticipé tout cela, puisqu'il y cherche à localiser l'âme dans le cerveau (il avait opté pour l'épiphyse !) et les "esprits animaux", porteurs des émotions, qu'il imagine se déplacer dans le sang circulant. Son intuition correspond donc assez bien, à part l'âme et l'épiphyse, à notre vision d'aujourd'hui sur le rôle des centres nerveux et des hormones.
La séparation du corps et de l'esprit, dont on saoule les scolaires et par laquelle on résume trop souvent brutalement la pensée de Descartes, n'était sans doute pas une théorie de fond, mais plutôt une position tactique. Elle lui permettait, dans la fameuse introduction, de laisser l'âme et l'esprit aux prêtres, et de revendiquer, pour les scientifiques et lui- même, la liberté de recherche et de pensée en ce qui concerne le corps. Ce dualisme de compromis et la dévotion qu'il affichait ont permis à Descartes de poser les bases du rationalisme, en évitant le pire, à une époque où, face à des religions toute- puissantes et cruelles, la liberté de penser et d'écrire n'était pas à l'ordre du jour.

00:35 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.