19/11/2007

Gouvernement : Vive la solution belge !

    En lisant les journaux, vous pourriez penser que, inspirés par le génocide rwandais, flamands et wallons s'apprêtent à se massacrer pour la signalisation routière de quelques villages de la proche banlieue de Bruxelles. Le pays, sans gouvernement depuis six mois, serait livré au désordre, qu'il faut se garder de confondre avec l'anarchie. Or, si vous avez, comme moi, de très bonnes raisons de vous rendre parfois dans ce charmant pays, un peu froid, mais pas si plat que le chantait Jacques Brel, vous y trouvez des trains et des services publics qui fonctionnent. On n'est pas en France ! Des employés souriants et complaisants répondent aux guichets. Les rues sont animées jusqu'à tard le soir - on n'est pas en Suisse ! Bref, vous découvrez une vie paisible et joyeuse, avec bistrots, moules, frites, bière et travail, tout cela ni plus, ni moins qu'il n'en faut. Les usines et l'agriculture produisent, le chocolat vaut presque le nôtre. Bruxelles gouverne l'Europe - le moins possible - et n'y commet pas de fautes majeures, hormis quelques règlements incompréhensibles et inapplicables sur l'ouverture de la chasse à la bécasse.
Les politiques, réduits à expédier les affaires courantes, ne font rien d'autre que d'envisager des projets utopiques, puisqu'il n'y a plus de gouvernement et qu'aucune majorité ne pourra les voter.
    N'importe quel esprit de bon sens et de bonne foi peut en conclure qu'avant cet état des choses, le gouvernement, au mieux ne servait à rien, au pire aggravait la situation !
    Car le premier projet de la plupart des politiques, élus ou nommés, souvent leur seul projet, n'est pas de bien gouverner et d'utiliser leur fonction pour améliorer les conditions de vie de leurs mandants, mais de garder le pouvoir, et les avantages liés, au profit de leur clan. Dans les pays de "démocratie médiocratique", la présence dans les médias et les sondages conditionne le maintien au pouvoir. Accaparer les médias est donc l'activité principale, sinon unique des dirigeants, quitte à promettre soit l'impossible, qu'ils ne feront donc pas, soit l'absurde ou l'odieux, que, parfois, ils commettront ... hélas ! Avec ses promesses quotidiennes de guerres, sur toutes les ondes, contre l'Iraq, l'Iran ou le terrorisme, W. Bush est le cas actuel le plus flagrant. Ses électeurs ont oublié qu' Hitler et quelques autres, à peine moins redoutables, avaient été "élus démocratiquement", en gérant bien, eux aussi, leur propagande guerrière. Car la démocratie électorale ne vaccine pas les peuples contre l'inculture, les erreurs d'appréciation et les paniques créées par le nationalisme et la victimisation, ainsi que par les menaces des populistes démagogues, qu'elles concernent le terrorisme, les étrangers, les grèves, les technologies ou le climat. En France, l'"immigré subi" de l'Elysée doit annoncer un bouleversement chaque jour pour remplir son contrat avec Bouygues Constructions et avoir la part du loup dans le journal du soir de TF 1. Pour être crédible, il doit finir par faire une ou deux des choses promises, si possible spectaculaires et populaires. Mais, dans une société qui fonctionne, si mal que ce soit, tout changement coûte et tout bouleversement engendre des pannes et des dysfonctionnements impopulaires, à moins d'être très pertinent et d'avoir été minutieusement préparé pour ne pas trop déplaire. Cela n'a pas l'air d'être le cas ces derniers jours !
    La solution belge est donc la bonne : pas de gouvernement, sinon résiduel, pour expédier les affaires courantes, et c'est l'assurance que l'on ne fera pas d'erreurs majeures. Cela évite des gouvernements qui promettent des changements que l'on est sûr de ne pas pouvoir mettre en oeuvre ! Soit parce qu'il s'agit de transformations irréalisables pratiquement, du genre expulser les étrangers qui font tourner l'économie et font les sales boulots, ou bien règlementer en Suisse pour modifier le climat planétaire. Soit parce qu'aucun gouvernement ne sera assez durable pour les réaliser : on ne change pas  en cinq ans un système éducatif qui, par définition, a comme temps de réponse la durée de renouvellement du corps enseignant.
    Vous me direz qu'à Genève, on a tendance à pratiquer, depuis longtemps, une version soft de la solution belge. Les Dédés Chavanne et Hédiger se contentaient, pour leurs guerres, des canons qui rafraîchissent et poussent à l'optimisme. Après avoir milité férocement pour la parité, les élus de gauche se retrouvent presque tous en costard cravate dans les exécutifs. Parmi eux, Pagani, élu machiste pour faire la révolution à la ville, se contentera de modifier les couleurs et la disposition des boutiques à glace de la rade, du moins s'il est plus efficace que son prédécesseur et collègue de parti ! Cramer, aujourd'hui, est aussi bien parti sur la même troisième voie belge. En cumulant deux emplois politiques à 200 %, il va, sans aucun doute, nous démontrer ce que l'on sait, depuis longtemps, en Italie : ne rien faire deux fois, au moins à mi-temps, évite de faire des conneries à plein temps, comme les gouvernants les plus excités de son parti ...

23:43 Publié dans la politique, autrement | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.