24/12/2007

Le foie gras graben

La cruauté romande conduit nos grands distributeurs nationaux à faire des contorsions paradoxales dans la promotion du foie gras. Côté alémanique, septante pour cent de défenseurs des bêbêtes, moralement opposés au gavage des anatidés (canards et oies), qu'ils considèrent comme une torture, veulent interdire à trente pour cent, qui n'ont rien contre, de manger du foie gras. Côté romand, les proportions s'inversent : septante pour cent de consommateurs n'ont aucune intention de se faire retirer les délicieux foies gras de la bouche par une minorité d'abrutis ou par les sauvages d'Outre-Sarine !
Si l'on était en Palestine occupée, des commandos pilleraient les dépôts militaires pour exploser les Migros, des milices bombarderaient le rayon volailles des Coops à coup de röstis et les amis des bêbêtes enverraient des djihadistes suicidaires dans les élevages de Dordogne, du Gers ou de Bretagne.
Si l'on était en Belgique, il n'y aurait plus de gouvernement depuis au moins deux ans, faute de programme possiblement majoritaire sur le foie gras.
Mais nous sommes en Suisse, gouvernés par le sens du compromis, l'unité nationale dans la diversité culturelle, un soupçon de raison et trois tonnes de religion, en particulier en matière de foot, de ski et de néo- libéralisme. Les gouvernements sont donc priés de ne rien faire et de déléguer l'affaire au secteur privé, comme toutes les choses importantes, des voitures au blanchiment et aux ventes d'armes.
Ayant observé des oies et des canards gavés, je n'ai pas eu l'impression qu'ils souffraient beaucoup plus que nos obèses, hormis le moment du gavage. D'ailleurs, en mettant des électrodes là où il faut, ou en détruisant quelques cellules de l'hypothalamus, on obtient des anatidés boulimiques qui se gavent tout seuls, sans entonnoirs, comme nos obèses ! Le problème est que l'opération coûte bien trop cher pour être pratiquée à grande échelle dans les élevages intensifs et qu'il faudra attendre les anatidés OGM adéquats pour supprimer le désagréable gavage.
La goutte du gavage est bien peu de chose dans l'océan des souffrances animales incontournables de la nature et de celles, théoriquement évitables, causées par la domestication des animaux.
Bien sûr, quelque chose de notre éducation nous dit qu'il serait mieux d'éviter toute souffrance animale ou humaine qui ne serait pas nécessaire à notre survie. Mais le Dalaï Lama lui-même avoue, en se marrant (ça fait partie de son cahier des charges de se marrer !), qu'à la troisième offensive du moustique, il l'estourbit ! Donc, entre l'immense récompense immédiate que constitue la fonte du foie gras précédant le Sauterne sur le bout de la langue et la perspective très lointaine d'un anatidé périgourdin contraint, un peu brutalement, de finir son maïs, il n'y a pas photo pour le romand moyen ! Tandis que torturer de jolis oiseaux pour faire un produit plein de gras et anti-diététique est inacceptable pour une majorité germanique endogame.
Nos distributeurs trouveront sans aucun doute une solution concernant ces produits de luxe à très haute plus value. Sur le plan politique, je propose de constituer une commission d'élu-e-s de tous les cantons, ayant tou-te-s au moins quarante pour cent de surpoids, présidée par Brelaz, qui sera chargée de noyer le problème dans les kilos de foie gras qu'ils dégusteront, aux frais des contribuables, dans des dîners et cocktails...


10:08 Publié dans la politique, autrement | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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