29/12/2007

Clément Couille et Bénazir

Monseigneur Clément Caillaud était évêque de Tambacounda, au Sénégal dans les années 70. Sur instructions papales, il remettait au pas les missions catholiques qui tendaient à se transformer en ONG humanitaires, avec messes au vin d'Algérie et au tam- tam, plutôt que d'é-van-gé-li-ser et convertir. Je revois la double consternation de mes potes missionnaires quand il visitait "le terrain", avec le nonce, dans une Rover de ville climatisée, dont l'immense coffre abandonnait, en repartant un joli et minuscule sac de 20kg de riz "pour les enfants de l'école"(même pas un repas pour l'une des trente classes !). Et leur franche bonne humeur quand, débarquant dans un village malinké, ils devaient présenter Monseigneur Couille (en langue locale !) à une population morte de rire !
Quel rapport, me direz-vous, avec la mort - pas drôle du tout ! - de cette aristocrate courageuse ou inconsciente, de famille douteuse, qui semblait le dernier espoir que le Pakistan nucléaire sorte de la double connerie, militaire et islamiste ? Et bien justement que, dans la même langue, son nom de famille désigne, de manière fort crue, le genitalia féminin ! Je ne sais pas comment les nombreux malinkés ou bambaras pieux musulmans s'en accommodent lorsqu'ils lisent des nouvelles du Pakistan. Mais l'anglo- informatique a bien banalisé les bits qui nous faisaient tant rire dans notre enfance ...
Et puisqu'on est dans les histoires de sexe que vous pourrez raconter, sous peu, au réveillon, je vous lâche celle de mon regretté collègue et ami Carayon, à l'époque professeur d'entomologie au Muséum de Paris, spécialiste des punaises à insémination traumatique. Il devait me remplacer pour une tournée de conférences que je ne pouvais pas faire, au Brésil, sur la biologie de la sexualité. Un ami local l'a dissuadé, au dernier moment, parce que son nom sur une affiche, pour parler de sexe au Brésil, ce n'était vraiment pas possible ! Il semble en effet que Carayon, à l'oreille brésilienne soit synonyme de Caillaud, en malinké.
Et alors, me direz-vous ? Ainsi vont notre esprit et notre mémoire : par associations historiques et contingentes. Le fil qui relie le spécialiste des punaises à l'évêque colonial et à la défunte politicienne pakistanaise est ténu. Le lien entre l'évêque et les punaises, sinon de sacristie, n'est pas terrible, et les improvisations que je pourrais faire sur la nocivité des religions prosélytes seraient banales. Mais c'est au hasard des rencontres non- programmées des circuits de notre cerveau que nous recombinons les faits et les idées : seule la contingence peut nous rendre créatifs, une fois de temps en temps. Mais ne le répétez pas à de "vrais" scientifiques ...  

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