06/01/2008

Genève- Dakar : on annule ?

Dans le pire, il y a souvent, parfois bien caché, un soupçon du meilleur... Al Qaïda, au prix de beaucoup trop de victimes innocentes, il est vrai, avait mis fin au mythe de l'invulnérabilité états-unienne. Un mythe dangereux quand il opérait au profit d'un président fanatique religieux et mafieux militariste. Je n'ai évidemment pas un soupçon de sympathie pour les barbus- barbouzes wahhabites, ni d'indulgence pour leurs croyances stupides et leurs méthodes cruelles ou aveugles. Mais quand ils réussissent à empêcher le Paris- Dakar, que le bon sens le plus élémentaire aurait dû interdire depuis longtemps, je dois me retenir d'applaudir !
Ayant passé l'équivalent de quatre ans de ma vie dans une des régions les plus pauvres du globe, que la furie motorisée avait décidé de traverser, avec le soutien des lobbies moto- auto et la bénédiction minable des gouvernements, j'ai pu mesurer en direct le cynisme de ces raids grotesques. Ces derniers ne se contentent pas de gaspiller des ressources précieuses, dans des pays où les ambulances sont souvent à court d'essence et les services de santé de véhicules, mais ils tuent, ou estropient à vie, chaque année, au sein des foules rassemblées par leur tumulte.
Les retombées indirectes sont encore bien pires, quand le matraquage de TF1, suivi bovinement par tous les commentateurs "sportifs", entraîne des millions d'abrutis et d'alcooliques à s'équiper de machines dangereuses et surpuissantes pour jouer au Dakar sur les routes, causant les dizaines de milliers de victimes tuées ou estropiées que l'on sait. A l'échelon mondial, le lobby automobile tue bien plus que Ben Laden, mais avec le sourire paternel des pubs du TCS et  les mines suggestives des hôtesses de charme du salon de l'auto. Conduire un bolide en ville, c'est un peu jouer à la call- girl qui pose dessus au salon, ou bien se la taper, symboliquement, aux yeux des potes.
Dans la vie quotidienne, nos villes deviennent désagréables, infréquentables et dangereuses. D'abord pour ceux- mêmes qui ne peuvent se passer d'y utiliser, au quotidien pour faire cinq cents mètres, le 4x4 ou le break dont ils ont "besoin" deux fois par an pour les vacances. Ou bien parce que la montée vers leur maison est verglacée trois fois par an, comme chez Brelaz...
Face à la chienlit automobile, seuls sont susceptibles d'agir la carotte et le gros bâton.
La carotte, c'est des transports publics pratiques et plus agréables que les motorisés individuels. Ils doivent être incitatifs, accessibles à tous, donc gratuits et non "rentables", très chers, comme chez nous. Gratuits, ils le sont déjà dans quelques villes- pilotes capitalistes, dont les dirigeants ont compris, contrairement à nos gouvernants rosâtres- verdâtres genevois. Lesquels ont le culot, après leurs campagnes électorales écolo- placebo, de refuser la gratuité !
Le gros bâton, c'est l'interdiction, en ville, des véhicules qui n'ont rien à y faire. Ce n'est, en aucun cas, le péage que Micheline, courageuse sur la gratuité, voudrait instaurer : le péage ne serait dissuasif que pour ceux qui n'auraient pas les moyens de le payer. Il ne le serait donc absolument pas pour les conducteurs de 4x4, grosses cylindrées, bolides de courses ou "gros cubes" les plus polluants, dangereux et les moins rentabilisés, en termes de transport de personnes. Il offrirait seulement à cette "élite", comme à Londres, le luxe et la volupté de rouler tranquilles en centre ville.
L'application n'est certes pas simple, car il faut, bien sûr, trouver d'abord des solutions pour ceux qui, habitant loin ou mal desservis, sont bêtement devenus dépendants de leur bagnole au quotidien. Dépendants par nécessité, pas par addiction !  

21:43 Publié dans on va se faire des amis ! | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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