16/01/2008

Du steak humain demain ... pourquoi pas ?

Me voilà interpellé à l'aube par la RSR 1 : des chercheurs proposent de cloner des animaux pour fabriquer directement de la viande, les chers zôditeurs vont me poser des questions !
Je repense immédiatement à ce copain agronome, spécialiste du lait, dont le problème, c'était la vache : encombrante, malcommode, très mauvais rendement, imposant les fermiers caractériels et les vétérinaires vénaux, parce que délicate et tout le temps malade ... Bref, son rêve, c'était l'automate immobile, posé sur un trépied fixe, qui transformerait directement la luzerne en lait, sans passer par l'animal, avec un rendement très supérieur aux bien moins que dix pour cent minables des vaches laitières !
Pour la RSR, il s'agissait donc peut-être de transformer du milieu nutritif en steak, grâce à des cellules proliférantes habilement modifiées, sans passer par ce cauchemar qu'est la vache à viande ...
Sur le principe, que des avantages : plus de souffrance animale, plus de captivité arbitraire et abusive. Même les amis des bêbêtes, qui nous gonflent si souvent, nous les chercheurs, vont être contents ! On produira du jambon sans os et sans le lisier qui empuantit la Bretagne et pollue à mort les précieuses nappes phréatiques. On pourra produire des rôtis d'une tendresse extrême, dont les formes et les dimensions seront adaptées au désir de la consommation familiale ou communautaire : pour les très grandes fêtes, une côte de boeuf désossée de quinze mètres de long, qui ridiculisera les Argentins dans le Guinness book des records ...
Et même, cerise sur le gâteau, la possibilité de fabriquer du steak humain, sans passer par l'homme, donc sans courir le risque d'un procès pour cannibalisme ! Car, ainsi que je l'avais un jour, il y a bien longtemps, déclaré devant des Inspecteurs généraux médusés de l'Education nationale française, la consommation de la chair et des protéines de sa propre espèce est la meilleure garantie d'avoir, dans son régime alimentaire, tous les composants nécessaires d'une alimentation équilibrée, et dans les bonnes proportions ! Le raisonnement diététique rigoureux pousse donc tout droit au cannibalisme, ce qui n'est guère une surprise pour les anthropologues, mais, dans les conditions du passé, posait quand même problème quant à l'approvisionnement. Pas un problème non plus pour nos amis les Belges, qui mangent déjà tous les jours des "cannibales" et qui pourront désormais préciser "à la viande humaine!". On les laissera se débrouiller avec le Vatican !
Techniquement, la boucherie cellulaire, tissulaire ou clonale - appelez-là comme vous voulez, selon que vous la sentez bien ou mal - pose quand même un ou deux problèmes de détail. On arrivera, sans doute sous peu, à produire des cellules musculaires clonées à partir de cellules souches embryonnaires, ou même de cellules quelconques si les techniques annoncées se confirment. Les enjeux concernant le traitement des myopathies et les moyens du Téléthon le permettront. Mais ces techniques, variantes de celles que l'on compte utiliser pour fabriquer de la peau artificielle pour les grands brûlés, ont un coût, actuellement très élevé, parce que la culture de cellules animales est difficile et nécessite des milieux de culture très coûteux à fabriquer, croyez quelqu'un qui a payé les factures ! Donc, avant que le steak cellulaire soit dans votre assiette, il faudra fabriquer, à profusion et à bas prix, des milieux sur lesquels les tissus musculaires du steak pousseront facilement, ce qui n'est pas gagné d'avance ...
Quel impact sur la faim dans le monde ? demandait une auditrice. Ses co-auditeurs m'ont spontanément aidé à répondre, après que j'aie rappelé que la faim dans le monde était d'abord un problème d'accès aux ressources et de partage, ensuite un problème de choix dans les productions. Par la culture des plantes, et plus encore avec les perspectives de l'agriculture hors sol, nous pourrions sans doute produire dix fois plus que ce qu'il faudrait pour nourrir les dix milliards d'humains, au plus, du siècle prochain. Il resterait ensuite à répartir et partager entre les affamés pauvres du sud et les obèses riches, du Nord et du Sud, ce qui n'est pas le plus simple ! Il faudrait aussi que la plupart aient renoncé à manger souvent de la viande animale. Car celle-ci passe par des cultures industrielles très excessives, qui concurrencent abusivement les cultures vivrières végétales pour nourrir des vaches à très mauvais rendement. Si l'agriculture cellulaire réussissait à faire pousser du steak animal ou humain sur des milieux de culture végétaux, avec un rendement très supérieur à celui des vaches, une viande cellulaire, sans doute bien plus diététique que l' "animale", deviendrait accessible à tous à bon compte. On peut rêver...
Bien sûr, on conserverait les quelques vaches de l'office fédéral du tourisme et les sportives du Valais, en particulier pour satisfaire une auditrice qui pense que l'on en aura besoin "quand tous ces apprentis sorciers en auront fini avec leurs bêtises"...    

17:48 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.