24/01/2008

Mon curé chez les petits enfants ...

Chasteté et abstinence sont sources de frustration sexuelle. La frustration est une des principales causes de comportements sexuels pathologiques et déviants, allant de l'obsession intériorisée à la pathologie grave et au crime ... ainsi qu'en témoigne lourdement l'actualité catholique.
Notre cerveau et notre corps sont l'objet de pulsions sexuelles dès l'enfance. Elles redoublent à l'adolescence et évoluent ensuite en fonction des satisfactions et frustrations, des récompenses et des punitions qu'elles nous procurent.
Selon les cas, nos cultures encadrent, répriment ou accompagnent nos pulsions sexuelles, parfois jusqu'à en faire des objets d'addiction ou, au contraire, de répulsion. Par des voies bien différentes, selon les sociétés, l'éducation sensuelle et sexuelle organise, pour le meilleur ou pour le pire, la reconnaissance des partenaires prescrits, autorisés ou interdits. Elle définit les comportements licites, illicites ou criminels, entérinés par la loi ou par le droit coutumier.
Les religions monothéistes, mais aussi beaucoup d'autres, ont longtemps utilisé la séparation des sexes pour réprimer les pulsions sexuelles, jusqu'à pratiquer un véritable "apartsex". Supprimer la fréquentation de l'objet le plus fréquent du désir crée une frustration qui peut entraîner la recherche compulsive du partenaire interdit inaccessible, le report des pulsions vers des partenaires eux aussi interdits, mais accessibles, ou le refuge dans l'auto- sexualité, elle aussi réprimée. Il n'y a pas à chercher beaucoup plus loin la source des viols et crimes sexuels par et entre les militaires, du formidable développement de la prostitution et de la pornographie, ainsi que de la criminalité sexuelle des prêtres catholiques.
Quelle étrange idée, en effet, d'envoyer au catéchisme et à l'école "libre", souvent en internat, de petits enfants dont l'éducation sensuelle, sentimentale et sexuelle sera assurée, éventuellement vingt quatre heures sur vingt quatre, par des névrotiques frustrés de la bagatelle ! Comment espérer de la totalité, ou même de la majorité des prêtres, cette sublimation qui les détacherait de la "chair", en leur procurant un équilibre miraculeux dans les relations avec les enfants qu'on leur confie imprudemment ?
Face aux scandales en série éclatés ces dernières décennies aux Etats- Unis, souvent à des grades élevés de la hiérarchie religieuse, puis récemment en Europe, l'église catholique cherche à étouffer. Son "omerta" est digne de l'immense mafia qu'elle constitue depuis la "Sainte" Inquisition ou bien cette époque où les papes tout puissants, et leur entourage, affichaient leur dépravation sexuelle sans vergogne. Mais qu'espérer d'autre de la part d'une organisation qui a caché et protégé certains des pires criminels de la seconde guerre mondiale et dont le chef est passé à l'âge tendre par le joug catholique et les jeunesses hitlériennes ?
Heureusement et malheureusement, l'abus de répression crée la révolte autant que la prohibition ou la rareté stimulent le désir. Si la chose militaire conduit aux viols ethniques ou à la floraison de la prostitution, comme l'abstinence à la pédophilie des prêtres catholiques, paroissiens et paroissiennes préfèrent, depuis longtemps, confesser leurs péchés plutôt que d'y renoncer. Sans, pour autant, sombrer dans la dépression... bien au contraire ! Et puis, quand les limites de l'interdit sont franchies, eh bien, il n'y a plus de limites ... et c'est d'autant meilleur ! N'est-ce pas Nicolas ?

18:21 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

19/01/2008

La "Nature" n'existe pas !

"Dieu ou la Nature", écrivait souvent Jean Lamarck, professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle français, quand il voulait parler de la source de cet ordre qui semble régner dans l'univers auquel nous appartenons. Pour le professeur révolutionnaire (le Muséum avait été fondé par la Convention, sous la Terreur), Dieu avait du plomb dans l'aile, mais la Nature, au moins, était une évidence, avec un grand N.
Comme il est écrit sur le socle de sa statue à l'entrée du Jardin des plantes, à Paris, Lamarck a fondé la "doctrine de l'évolution" (on dit plutôt théorie aujourd'hui, doctrine étant devenu péjoratif). Lamarck n'employait pas le mot "évolution" pour parler de l'histoire de la vie, parce que, pour lui comme pour la plupart de ses contemporains, "évolution" désignait l'histoire de la vie d'un individu, depuis l'oeuf jusqu'à la mort, en passant par le développement dans l'utérus et la vie légale après la naissance. Le mot "évolution" semble avoir été utilisé en premier dans le sens "histoire de la biosphère" par un élève de Lamarck, Virey. Et ceci en 1816, alors que les anglo-saxons, souvent négationnistes et révisionnistes en histoire des sciences, en attribuent le mérite à leur compatriote Spencer, en 1855 seulement. Comme ils attribuent le mérite de la théorie elle-même à Charles Darwin, né en 1809, alors que l'essentiel en avait été compris par Buffon, mort en 1788 avant une probable décapitation par les potes de son élève Lamarck. Lequel disciple publiait, en 1801, son "Discours de l'an VIII", prononcé lors de son cours inaugural de 1800. Dans ce discours, Lamarck propose explicitement trois conclusions :
1) les temps géologiques ont duré des millions d'années (et pas six mille ans comme dans la bible)
2) toutes les espèces vivantes descendent les une des autres, depuis les formes de vie les plus simples (elles forment donc une généalogie unique, un seul "arbre de la vie")
3) les formes de vie les plus simples sont issues du monde minéral, peut-être au fond des océans.
Hormis la troisième proposition, invérifiable, donc non scientifique, Lamarck démontre sa théorie dans "La philosophie zoologique", publiée en 1809, année de naissance de Charles Darwin. Dans le dernier chapitre de celle-ci, Lamarck raconte l'hominisation, en Afrique, à la suite d'une sécheresse qui oblige les singes à descendre des arbres dans la savane, à se redresser et à parler pour communiquer par- dessus les hautes herbes, tout en taillant des outils avec des mains de devant dont ils ne savaient que faire depuis qu'elles ne leur servaient plus à marcher ... Bref, Lamarck avait dû voir Coppens à la télé !
Darwin n'est donc, en rien, l'auteur de la première théorie de l'évolution, proposée avant sa naissance et que l'on continue pourtant à lui attribuer dans les médias et dans l'enseignement, souvent jusqu'à l'université. Au point que l'autre soir, au pied de la statue de Lamarck et après avoir lu "Fondateur de la doctrine de l'évolution", une enseignante annonçait, avec autorité, à 50 gamins, "C'est Darwin !", en dépit de l'inscription de l'autre côté du socle...
L'apport de Darwin est tout autre. Lamarck n'avait que des idées très vagues sur les mécanismes de la transformation des espèces et pensait, en bon révolutionnaire, que l'évolution était une suite de progrès par adaptation, qu'il y avait un sens dans l'histoire de la vie. Comme Condorcet qui pensait que "la perfectibilité de l'homme est infinie", avant qu'on ne lui coupe la tête, du moins ! Lamarck pensait donc que Dieu ou la Nature avait un projet pour l'avenir de l'homme et de la vie, que les humains étaient la dernière étape, provisoire sans doute, dans le perfectionnement du vivant. Dans cette affaire, la Nature, avec un grand N, était la roue de secours de Dieu, qui se faisait rare dès que l'on faisait des sciences naturelles. On lui prêtait des projets, des intentions et une action de type humain, ou plus, sur l'histoire du monde. Outre la mise en forme et la systématisation de la théorie de la sélection naturelle, en s'inspirant de Malthus, de Lamarck et des éleveurs, le plus grand apport de Charles Darwin a été de rejeter cette finalité que tous ses prédécesseurs et lui-même avaient vu dans l'histoire de la vie et des humains. Darwin, croyant au départ et amoureux d'une femme bigote, avait d'abord parlé de Dieu comme du "grand sélectionneur" invisible qui aurait fait aux espèces sauvages ce que les agriculteurs faisaient aux races domestiques : améliorer à son profit. Le divin profit consistait, sans doute, à perfectionner sans cesse ses êtres vivants. Mais, au fur et à mesure des recherches, la main de Dieu se faisait rare et le perfectionnement cherché n'avait rien de général. Ceux dont les traits survivaient étaient les plus féconds et pas les plus aptes ou les plus beaux. Darwin attribuait un rôle de plus en plus important au hasard et aux contingences dans l'histoire d'une nature sans projet évident. Parallèlement, il confiait à demi- mots sa déchristianisation à ses notes secrètes, dont certaines n'ont été dévoilées que depuis peu par sa famille. Ce n'était pas facile, ni avec Emma, sa femme, ni avec lui-même : il avait l'impression d'avoir commis un meurtre, celui de Dieu évidemment !

Dans les discours d'aujourd'hui, pour les grands prêtres du  "baratin durable", la personnalisation d'une Nature en substitut de dieux incertains est constante. On veut la "protéger", comme si elle était menacée dans un projet qu'elle, la nature, n'a pas. Le mysticisme écologique va bien au- delà des pires élucubrations de Lamarck, Condorcet, Teilhard de Chardin, Marx ou Staline sur l'avenir de la vie ou des humains. On veut laisser une terre en bon état à nos descendants, comme si l'on devait un jour être comptable de sa gestion. Certains envisagent même de préserver l'avenir de la vie après l'auto- destruction des humains, pour de nouvelles espèces à venir, meilleures que nous bien sûr !
Sans majuscule, nature est un mot commode pour désigner les environnements terrestres avant action humaine, comme il n'en existe pratiquement plus. Ce ne sont pas des êtres doués de conscience, encore moins de pensée, et ils sont donc les derniers préoccupés par leur disparition. Le problème est donc uniquement la gestion d'environnements forcément humains, de près ou de loin, qui n'ont d'intérêt que par la place qu'ils jouent dans notre qualité de vie, y compris dans nos cultures et dans nos mythes.
Bref, si la "Nature" n'existe pas, il vaudrait peut-être mieux cesser de parler de "nature" : ce n'est pas un concept très utile, cela prête vraiment trop à confusion ...
___________________________________________________________________________

Sur Lamarck-Darwin et l'évolution, mon bouquin "La philosophie ... biologique", éd Belin, Paris.


 

21:03 Publié dans nature | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

16/01/2008

Du steak humain demain ... pourquoi pas ?

Me voilà interpellé à l'aube par la RSR 1 : des chercheurs proposent de cloner des animaux pour fabriquer directement de la viande, les chers zôditeurs vont me poser des questions !
Je repense immédiatement à ce copain agronome, spécialiste du lait, dont le problème, c'était la vache : encombrante, malcommode, très mauvais rendement, imposant les fermiers caractériels et les vétérinaires vénaux, parce que délicate et tout le temps malade ... Bref, son rêve, c'était l'automate immobile, posé sur un trépied fixe, qui transformerait directement la luzerne en lait, sans passer par l'animal, avec un rendement très supérieur aux bien moins que dix pour cent minables des vaches laitières !
Pour la RSR, il s'agissait donc peut-être de transformer du milieu nutritif en steak, grâce à des cellules proliférantes habilement modifiées, sans passer par ce cauchemar qu'est la vache à viande ...
Sur le principe, que des avantages : plus de souffrance animale, plus de captivité arbitraire et abusive. Même les amis des bêbêtes, qui nous gonflent si souvent, nous les chercheurs, vont être contents ! On produira du jambon sans os et sans le lisier qui empuantit la Bretagne et pollue à mort les précieuses nappes phréatiques. On pourra produire des rôtis d'une tendresse extrême, dont les formes et les dimensions seront adaptées au désir de la consommation familiale ou communautaire : pour les très grandes fêtes, une côte de boeuf désossée de quinze mètres de long, qui ridiculisera les Argentins dans le Guinness book des records ...
Et même, cerise sur le gâteau, la possibilité de fabriquer du steak humain, sans passer par l'homme, donc sans courir le risque d'un procès pour cannibalisme ! Car, ainsi que je l'avais un jour, il y a bien longtemps, déclaré devant des Inspecteurs généraux médusés de l'Education nationale française, la consommation de la chair et des protéines de sa propre espèce est la meilleure garantie d'avoir, dans son régime alimentaire, tous les composants nécessaires d'une alimentation équilibrée, et dans les bonnes proportions ! Le raisonnement diététique rigoureux pousse donc tout droit au cannibalisme, ce qui n'est guère une surprise pour les anthropologues, mais, dans les conditions du passé, posait quand même problème quant à l'approvisionnement. Pas un problème non plus pour nos amis les Belges, qui mangent déjà tous les jours des "cannibales" et qui pourront désormais préciser "à la viande humaine!". On les laissera se débrouiller avec le Vatican !
Techniquement, la boucherie cellulaire, tissulaire ou clonale - appelez-là comme vous voulez, selon que vous la sentez bien ou mal - pose quand même un ou deux problèmes de détail. On arrivera, sans doute sous peu, à produire des cellules musculaires clonées à partir de cellules souches embryonnaires, ou même de cellules quelconques si les techniques annoncées se confirment. Les enjeux concernant le traitement des myopathies et les moyens du Téléthon le permettront. Mais ces techniques, variantes de celles que l'on compte utiliser pour fabriquer de la peau artificielle pour les grands brûlés, ont un coût, actuellement très élevé, parce que la culture de cellules animales est difficile et nécessite des milieux de culture très coûteux à fabriquer, croyez quelqu'un qui a payé les factures ! Donc, avant que le steak cellulaire soit dans votre assiette, il faudra fabriquer, à profusion et à bas prix, des milieux sur lesquels les tissus musculaires du steak pousseront facilement, ce qui n'est pas gagné d'avance ...
Quel impact sur la faim dans le monde ? demandait une auditrice. Ses co-auditeurs m'ont spontanément aidé à répondre, après que j'aie rappelé que la faim dans le monde était d'abord un problème d'accès aux ressources et de partage, ensuite un problème de choix dans les productions. Par la culture des plantes, et plus encore avec les perspectives de l'agriculture hors sol, nous pourrions sans doute produire dix fois plus que ce qu'il faudrait pour nourrir les dix milliards d'humains, au plus, du siècle prochain. Il resterait ensuite à répartir et partager entre les affamés pauvres du sud et les obèses riches, du Nord et du Sud, ce qui n'est pas le plus simple ! Il faudrait aussi que la plupart aient renoncé à manger souvent de la viande animale. Car celle-ci passe par des cultures industrielles très excessives, qui concurrencent abusivement les cultures vivrières végétales pour nourrir des vaches à très mauvais rendement. Si l'agriculture cellulaire réussissait à faire pousser du steak animal ou humain sur des milieux de culture végétaux, avec un rendement très supérieur à celui des vaches, une viande cellulaire, sans doute bien plus diététique que l' "animale", deviendrait accessible à tous à bon compte. On peut rêver...
Bien sûr, on conserverait les quelques vaches de l'office fédéral du tourisme et les sportives du Valais, en particulier pour satisfaire une auditrice qui pense que l'on en aura besoin "quand tous ces apprentis sorciers en auront fini avec leurs bêtises"...    

17:48 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/01/2008

Mécréants de tous les pays ... unissons-nous !

Face à la floraison des blogs religieux sur notre site, j'ai toujours plaisir à prendre le contre-pied, fût-ce par la dérision, de ceux qui s'y précipitent à des fins de prosélytisme ou de propagande, qu'ils soient prêtres, politiciens ou autres bigots.
Un membre d'une communauté chrétienne de Meyrin nous a offert l'un des plus grotesques arguments anti-avortement que j'aie jamais lu. Une expérience peu éthique montrerait que le foetus entraîné - âge non précisé, mais sûrement tardif si le fait est exact - distinguerait entre trois et quatre coups frappés sur le ventre maternel. Elle est interprétée par notre paroissien comme démontrant que, avant terme, le foetus est doté de conscience, dignité humaine et tutti quanti, donc, sous- entendu, qu'avorter serait crime contre l'humain ! Et notre biblogueur propose de répéter l'expérience sur le "foetus d'un mois", sinon plus tôt. Or l'embryon (et non "le foetus") d'un mois ressemble à celui de poisson et vient de transformer ses fentes branchiales. Il n'a ni le système auditif, ni le cerveau mûr nécessaires pour entendre et distinguer des sons ou des séquences rythmées. A moins de croire au miracle, comme notre meyrinois (j'ai failli écrire mérinos, s'agissant du cheptel divin!), c'est donc mal parti pour la dignité humaine ... D'autant plus qu'apprendre à distinguer quatre signaux de trois est une performance médiocre que la plupart des vertébrés et au moins quelques invertébrés peuvent apprendre facilement par un conditionnement du type de celui de l'expérience évoquée. Donc, dignité animale, peut- être, humaine, sûrement pas !
Qu'ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, les fondamentalistes religieux passent leur temps à prétendre que le monde n'est pas comme nous le voyons, sentons, vivons, comprenons avec nos sens, notre raison, notre culture laïque, nos savoirs scientifiques provisoires et vérifiables. Et qu'il existe une seule vérité, celle de leur secte et pas celles des autres qui disent le contraire, celle de la vingt cinquième édition censurée et rewritée de textes sacrés écrits on ne sait où, ni on ne sait quand, par des personnages dont parfois l'existence historique même n'est pas certaine.
La réponse de notre époque est claire. Dès que l'on échappe aux fascismes religieux dont les conflits ravagent le monde et qui pèsent encore lourd dans certaines cultures occidentales, il convient de mettre en avant l'un des plus fondamentaux des droits humains : la liberté de penser et de dire ce que l'on pense, sans être menacé ou réprimé. Sans elle, il n'est pas de jugement libre, pas de démocratie. Les pratiques totalitaires des religions qui n'acceptent pas la libre adhésion ou le libre retrait de leurs membres, à tout âge, ne devraient pas être admises, ni encouragées par des avantages fiscaux. Et celles qui acceptent ce droit, torpillées par un inévitable doute, n'ont pas grand avenir, ainsi qu'en témoigne la déchristianisation accélérée de l'Europe occidentale ...
 

21:35 Publié dans on va se faire des amis ! | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

10/01/2008

Le désespoir heureux

   Je ne sais pas grand-chose de la vie, mais je crois savoir une chose de la mort : il n'y a rien à en attendre ! Le monde n'existe qu'à travers certaines activités de mon cerveau. Surtout celles que l'on regroupe sous le nom de conscience. Une conscience à laquelle on peut ajouter des rêves, qui laissent peu de traces, de traces conscientes du moins.
    Lorsque mon cerveau cessera de fonctionner, le monde s'arrêtera. Je n'aurai plus jamais mal aux dents, chantait Brassens ! Plus rien n'existera ...
    Alors, me direz-vous, ce n'est pas vrai : le monde continuera sans toi, avec nous, les autres, les fleurs, les oiseaux, les montagnes, les fleuves, les nuages et les galaxies !
    Mais vous avez tort, vous, les autres ! Vous n'êtes que des fictions, des représentations, construites par mon cerveau, autour de mes perceptions. Je ne sais pas si vous existez vraiment, parce que tout ce que je sens, ce que je sais, ce que j'imagine, me montre une image de vous semblable, ou presque, à l'image que miroir et cerveau me donnent de moi. Ou bien, si vous n'êtes que des constructions provisoires de mon cerveau, aussi menteur qu'un miroir déformant ou des images de synthèse. Si n'importe quel écran bien équipé peut faire vivre des animaux et des mondes qui n'existent pas, un cerveau, machine bien plus sophistiquée qu'un super calculateur, m'aurait construit facilement un monde qui n'existe pas en dehors de lui et qui s'arrêterait avec lui ! J'ai peut-être créé un monde de fiction à mon image ... et vous avec !
    Ma première certitude sur ma vie, c'est qu'elle n'a pas de façon concevable et rationnelle de continuer sans mon cerveau, qui est provisoire et dégradable. Qui se construit et se détruit, chaque jour. Qui se détruit plus qu'il ne se construit, à la fin de la vie.
    "No future" est assurément le plus réaliste des slogans, et le désespoir final, le sens unique de la vie. Une vie qui, comme un béret*, n'a pas de sens : ceci n'est pas une vie, nous peint Magritte.
    Alors pourquoi vivre, me direz-vous ?    
    D'abord parce que je suis un singe et que tous les singes sont curieux. Préférer rien à quelque chose ne se justifierait que si j'avais de trop bonnes raisons d'appréhender ce quelque chose. J'en ai déjà eu, j'en aurai sûrement dans un avenir que l'inévitable vieillissement annonce plutôt glauque. Mais, à ce jour, elles ont été insuffisantes, parfois de justesse, pour préférer le rien absolu.
    Les comportements des singes et autres animaux évolués sont gouvernés par le plaisir et la douleur, la recherche de récompense et la fuite de punitions. La curiosité des singes que nous sommes est récompensée par la découverte des plaisirs que notre représentation du monde nous laisse espérer, si petits soient-ils. Elle est punie par les souffrances physiques et psychiques du quotidien.
    Le développement du cerveau des singes, et en particulier de celui des humains, leur donne la capacité d'anticiper ces récompenses et ces punitions et d'en faire un bilan. Certains sont paralysés par le choix et tombent en dépression, en inhibition de l'action, comme disait Laborit. D'autres, si le bilan est trop négatif, mettent fin à leurs jours, parfois avec une belle sérénité. La plupart, enfin, trouvent que l'histoire vaut la peine d'être vécue jusqu'au bout, ou presque. C'est ce que je voulais dire dans le titre : le désespoir heureux. Un oxymoron que mon inconscient a sûrement copié sur le "merveilleux malheur" de mon ami Cyrulnik, mais dont le sujet est bien différent...

*Merci posthume, donc inutile, à Raymond Devos, pour le béret ! Mais je lui ai déjà rendu hommage, de son vivant, dans "Le sexe et l'innovation" et "Le sauvage central".

10:05 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

06/01/2008

Genève- Dakar : on annule ?

Dans le pire, il y a souvent, parfois bien caché, un soupçon du meilleur... Al Qaïda, au prix de beaucoup trop de victimes innocentes, il est vrai, avait mis fin au mythe de l'invulnérabilité états-unienne. Un mythe dangereux quand il opérait au profit d'un président fanatique religieux et mafieux militariste. Je n'ai évidemment pas un soupçon de sympathie pour les barbus- barbouzes wahhabites, ni d'indulgence pour leurs croyances stupides et leurs méthodes cruelles ou aveugles. Mais quand ils réussissent à empêcher le Paris- Dakar, que le bon sens le plus élémentaire aurait dû interdire depuis longtemps, je dois me retenir d'applaudir !
Ayant passé l'équivalent de quatre ans de ma vie dans une des régions les plus pauvres du globe, que la furie motorisée avait décidé de traverser, avec le soutien des lobbies moto- auto et la bénédiction minable des gouvernements, j'ai pu mesurer en direct le cynisme de ces raids grotesques. Ces derniers ne se contentent pas de gaspiller des ressources précieuses, dans des pays où les ambulances sont souvent à court d'essence et les services de santé de véhicules, mais ils tuent, ou estropient à vie, chaque année, au sein des foules rassemblées par leur tumulte.
Les retombées indirectes sont encore bien pires, quand le matraquage de TF1, suivi bovinement par tous les commentateurs "sportifs", entraîne des millions d'abrutis et d'alcooliques à s'équiper de machines dangereuses et surpuissantes pour jouer au Dakar sur les routes, causant les dizaines de milliers de victimes tuées ou estropiées que l'on sait. A l'échelon mondial, le lobby automobile tue bien plus que Ben Laden, mais avec le sourire paternel des pubs du TCS et  les mines suggestives des hôtesses de charme du salon de l'auto. Conduire un bolide en ville, c'est un peu jouer à la call- girl qui pose dessus au salon, ou bien se la taper, symboliquement, aux yeux des potes.
Dans la vie quotidienne, nos villes deviennent désagréables, infréquentables et dangereuses. D'abord pour ceux- mêmes qui ne peuvent se passer d'y utiliser, au quotidien pour faire cinq cents mètres, le 4x4 ou le break dont ils ont "besoin" deux fois par an pour les vacances. Ou bien parce que la montée vers leur maison est verglacée trois fois par an, comme chez Brelaz...
Face à la chienlit automobile, seuls sont susceptibles d'agir la carotte et le gros bâton.
La carotte, c'est des transports publics pratiques et plus agréables que les motorisés individuels. Ils doivent être incitatifs, accessibles à tous, donc gratuits et non "rentables", très chers, comme chez nous. Gratuits, ils le sont déjà dans quelques villes- pilotes capitalistes, dont les dirigeants ont compris, contrairement à nos gouvernants rosâtres- verdâtres genevois. Lesquels ont le culot, après leurs campagnes électorales écolo- placebo, de refuser la gratuité !
Le gros bâton, c'est l'interdiction, en ville, des véhicules qui n'ont rien à y faire. Ce n'est, en aucun cas, le péage que Micheline, courageuse sur la gratuité, voudrait instaurer : le péage ne serait dissuasif que pour ceux qui n'auraient pas les moyens de le payer. Il ne le serait donc absolument pas pour les conducteurs de 4x4, grosses cylindrées, bolides de courses ou "gros cubes" les plus polluants, dangereux et les moins rentabilisés, en termes de transport de personnes. Il offrirait seulement à cette "élite", comme à Londres, le luxe et la volupté de rouler tranquilles en centre ville.
L'application n'est certes pas simple, car il faut, bien sûr, trouver d'abord des solutions pour ceux qui, habitant loin ou mal desservis, sont bêtement devenus dépendants de leur bagnole au quotidien. Dépendants par nécessité, pas par addiction !  

21:43 Publié dans on va se faire des amis ! | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |