11/03/2008

La religion et moi ...

   Mes parents étaient "catholiques non- pratiquants", contrairement à une grand mère normande et patronne de bistrot, laquelle ne ratait pas une messe du dimanche, ni les vêpres des grandes occasions. Elle gagnait des "indulgences plénières" de quelques jours en baisant le pied baveux de la statue de Saint Pierre, se confessait scrupuleusement et communiait quand il le fallait. Tout petit, elle me traînait parfois à la messe de son village où elle me forçait à me lever- asseoir, sans cesse, et à baisser la tête sans regarder à la sonnette de l'élévation, l'un des seuls moments intéressants. Ne parlons pas des cantiques en latin que ces pratiquants du patois normand chantaient d'après leur missel, sans y comprendre d'autres mots qu'amen et surtout "ité michaesse" qui, manifestement, signifiait pour eux "Tous au bistrot, café-calva et dominos" ! L'offense à la musique des cantiques en latin patoisé était grave : à côté de ce que l'on entendait, la fanfare du village ou la musique militaire étaient des sommets de l'art ! Quant au sens, les interrogations perfides que je faisais subir à ma pauvre grand'mère la faisaient rougir de confusion : elle ne comprenait strictement rien de ce qu'elle chantait avec tant d'entrain...
    La religion de mes parents était uniquement festive. Par obligation, pour les enterrements, et pour le plaisir, lors des communions ou des mariages. Seules comptaient vraiment les repas de fête et les bals qui clôturaient ces événements. La cérémonie religieuse était le prix à payer, pour eux, auquel s'ajoutait, pour moi, le catéchisme. On m'expliqua que je devais avoir de bonnes notes, pour que l'on puisse faire la communion et le banquet.
    Bon élève presque partout, je fus vite premier en catéchisme, même si je partais de rien, au contraire de la plupart de mes condisciples. Mais ces histoires de romains et d'orientaux, si loin dans le temps et l'espace ne me disaient rien : les évangiles et la bible me paraissaient ennuyeux et dépourvus du moindre intérêt. Néanmoins, suivant le principe de Blaise Pascal, chanté par Brassens, je fis semblant de croire et bientôt je crus ! Les vibrations des grandes orgues, les jolies filles pieuses du "caté." et les vapeurs d'encens, que je sniffais avec délectation, n'y étaient pas pour rien ... A l'époque, le cocktail Led Zeppelin- cannabis n'était pas encore disponible !
    Ma foi naissante et fragile avait été mise à rude épreuve à plusieurs reprises. D'abord quand l'abbé féroce du catéchisme nous avait suggéré de mettre des cailloux pointus dans nos chaussures, pour faire pénitence après je ne sais quel péché véniel. Marchant déjà bien mal après un accident et mettant parfois trois quarts d'heure pour faire un kilomètre au retour de l'école, je souffris un maximum avant de me faire engueuler, à juste titre, à l'arrivée, parce que les cailloux du curé sadique avaient percé mes chaussettes ! Et puis quand, le dimanche après ma communion, abandonnant mon roman policier, je pris ma veste et mon béret (eh oui, les jeunes, comme le Che !) pour aller à la messe, je fus interpellé par mon père en pyjama :
        - Qu'est-ce que tu fais ?
        - Ben je vais à la messe, comme d'habitude ...
        - Mais t'as fait ta communion la semaine dernière !
        - ...
    Après quarante seconde de flottement métaphysique, je décidai que mon père avait raison, que je n'avais plus aucune raison de souffrir le dimanche pour marcher jusqu'à l'église et je replongeais avec délices au lit dans mon polar !
    Quelques années plus tard, après m'être consolé dans Brassens de la dureté du monde, j'étais devenu le pire des paroissiens et ne croyais définitivement plus en de quelconques divinités, ni à une vie post- mortem que rien de sérieux ne confirmait.
    Je décidais alors d'écrire au curé pour réclamer mon excommunication d'une religion où l'on m'avait fait entrer par erreur, sans consentement éclairé, le jour de mon baptême. En réponse le saint homme m'envoya une lettre quasi injurieuse prétendant qu'il n'y avait pas de procédure semblable dans l'église catholique et m'accusant de trahir mes pauvres parents qui avaient tant fait pour m'élever dans la foi chrétienne et le respect du seigneur !
    Il me semblait bien sûr totalitaire et scandaleux de me contester le libre choix revendiqué, de me refuser ce que l'on accorde au moindre hérétique ou blasphémateur, et dérisoire de mêler, sans savoir, mes pauvres parents à une histoire strictement personnelle. Fallait-il pisser dans un bénitier, ou comme dit le juron du Québec, toaster une hostie, pour que ces chrétins reconnaissent ma liberté de penser ?

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