19/03/2008

Genève, village africain !

   Chez mes amis Niokholonkés, du Sénégal oriental, les habitants du village sont répartis en classes d'âges, sexes séparés, qui forment des groupes solidaires dotés chacun d'un ou d'une chef- fe et porte- parole. Tous les trois à six ans, selon les effectifs des plus jeunes, si la récolte est assez bonne pour préparer assez de boissons et nourriture pour une grande fête, tout le village change de classe d'âge pour passer dans la classe supérieure. En fait, c'est un peu plus compliqué, parce que certaines classes d'âge sont conditionnées par les cérémonies de circoncision qui ont lieu avec d'autres périodicités, mais on vous épargnera les détails !
    Les classes d'âges sont hiérarchisées et l'on doit respect et obéissance aux membres des classes plus âgées. A l'exception de l'avant-dernière, celle des "chefs de la place" qui détient le pouvoir exécutif et doit le respect, mais pas l'obéissance, aux "vieux" qui constituent la dernière. Les vieux donnent des conseils avisés et boivent abondamment. On devient vieux vers trente-cinq à quarante ans et les vieux sont partagés entre "petits vieux", jusque vers soixante-cinq ans, selon l'état de conservation, et "grands vieux", assez rares, au-delà.
    Le chef des chefs de la place est donc l'ordonnateur d'un exécutif plus ou moins collectif, selon sa personnalité. Face à ce pouvoir fort, trois contre-pouvoirs s'exercent. Le plus visible est celui, théocratique et législatif des féticheurs, qui peuvent intervenir, soit directement par leurs oeuvres, soit indirectement, par leurs fétiches ou comme interprètes, avec les chefs de la place, des esprits de la brousse. Ces derniers viennent au village, terrorisent les femmes fécondes et les enfants, et donnent des instructions très contraignantes. Au-delà des féticheurs et des esprits, le troisième contre-pouvoir, encore plus discret et d'autant plus redoutable, est celui des femmes. Elles pratiquent un syndicalisme très revendicatif et une magie- sorcellerie dont les mâles ne savent rien et qu'ils redoutent. Car elles peuvent aller jusqu'à la grève collective des prestations sexuelles ou bien jeter des sorts susceptibles d'annihiler la virilité de leur victime.
    Pendant la période coloniale, l'occupant s'imposait par l'intermédiaire d'un chef de village désigné soit par lui-même - souvent quelqu'un qui ne savait dire que "oui" en français - soit par la population. Dans ce dernier cas, ce n'était jamais, ou presque, le chef des chefs de la place ou le principal féticheur qui était désigné pour affronter les collecteurs d'impôts, les recruteurs militaires et autres calamités de l'administration, mais plutôt un individu de belle prestance physique mais assez stupide, dont la perte, en cas de répression, n'aurait pas compromis la vie politique locale. Parfois même l'idiot du village qui, ne sachant rien, ne comprenant rien, ne pouvait rien dire de grave. Bref un clown chargé de recevoir au mieux les étrangers, de distraire l'administration de ses objectifs et de jouer au pouvoir politique visible pour protéger le pouvoir réel.
    Les chefs de villages ont perduré à la décolonisation et dans leurs fonctions. Ils me font irrésistiblement penser à W.Bush, Chirac, à la reine d'Angleterre, au roi des belges ou à Sarkozy, marionnettes pathétiques manipulées par les occultes maîtres des multi- nationales, des bourses, des banques, des lobbies militaire et industriels, des médias, des trafics d'armes, d'arts et de stupéfiants...
    Et bien sûr, toutes proportions gardées, au maire de Genève, Patrice Mugny, qui amuse la galerie par ses agitations et ses scoops quotidiens, ses projets irréalisables et irréalisés, ses décisions aberrantes dans des domaines accessoires, ses arbres de Noël clignotants, les confidentiels arts "contemporains" de ses petits camarades et pom-pom girls, sans oublier deux flon-flons d'accordéon pour avoir sa photo annuelle de la fête de la musique, en grand format dans nos journaux. Vive le chef de village !
    Pendant ce temps-là, la finance et l'immobilier prospèrent, les entreprises, les commerçants et les médias vendent, les trafiquants trafiquent et les spéculateurs spéculent ... en paix !

07:58 Publié dans la politique, autrement | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.