21/03/2008

Merci Jean-François, pour cette liberté inhabituelle !

    J'ai longtemps crû que la liberté de pensée et d'écrire se limitaient à la sphère privée et à la feuille blanche, qu'elle soit matérielle ou numérique.
    Dans une autre vie, à Charlie Hebdo, qui avait et a toujours le mérite de montrer et de dire des choses que l'on ne voit pas ailleurs, je pensais avoir trouvé un support libertaire, bien qu'insupportablement franco- franchouillard et beauf télé. J'y ai assez vite appris ce qu'étaient la férule de deux actionnaires majoritaires, dont l'un n'arrêtait pas de rappeler leur statut pour imposer à tous, sauf aux historiques de Hara Kiri, leur ligne politique ou leurs préjugés écolos- bobos, souvent antiscientifiques. Titres amputés, passages caviardés, chroniques censurées, j'ai craqué quand le rédac-chef de l'époque s'était permis de sectionner et rewriter, sans prévenir, une interview qu'il m'avait commandée d'un personnage qui n'en avait pas envie- sauf pour me faire plaisir. L'interviewé avait pris des risques personnels importants, à condition que l'on ne change pas un texte engagé, mais prudent, négocié mot à mot. Mais j'avais tort de croire qu'un patron de journal, même contestataire, se sentirait responsable des engagements sans équivoque pris vis-à-vis d'un tiers prestigieux par l'un de ses collaborateurs. Il me restait à partir, avec nostalgie, en laissant beaucoup d'amis sur place, mais sans conflit.  
    Récupéré, à ma grande surprise, pour écrire sur la science dans "Le Temps", j'ai tout fait, presque en vain, pour y être censuré pendant sept ans. Mais, la huitième année, et après un changement interne, une violente polémique m'opposait à la rédaction du journal. Ce, après une chronique violente contre ses prises de position pour l'inepte augmentation des taxes universitaires proposée par le patronat de ce pays. Ceci valut, à tous les chroniqueurs scientifiques, un ubuesque rappel à l'ordre sur le fait que l'espace science n'était pas fait pour parler de politique, comme s'il n'y avait aucun rapport entre les deux ! Peu de temps et quelques censures après, les chroniques sciences étaient, après huit ans de loyaux services, supprimées, avec juste une moue de remerciement. Mes excuses à mes chers collègues qui n'écrivaient que de la "vraie science", encore que Jacques Neyrinck, Alex Mauron... !
    Je ne me souviens pas avoir rencontré physiquement Jean-François Mabut, en tout cas pas depuis qu'une relation commune m'a proposé comme blogueur invité de la Tribune. Nous avons surtout échangé des mails, peut-être un ou deux téléphones. Après mes expériences précédentes, j'étais très méfiant et suspicieux à l'égard de tout ce qui était médiatisé. Et je dois dire ma joie, après un an de tests et d'impertinences, d'être encore parmi vous ! Et plus encore ma reconnaissance à vous, Jean-François, et à tous ceux qui permettent cet espace de vraie liberté, sans doute fragile et provisoire, mais réel. 
    J'en profite aussi pour préciser à nouveau ma position par rapport aux commentaires que Jean-François Mabut évoque, à juste titre, comme un problème difficile, dans sa note anniversaire. Ayant eu l'expérience pendant des années des courriers délicats, injurieux, menaçants ou diffamatoires que des militants extrêmistes d'organisations légales ou illégales racistes, sectaires, religieuses, ou simplement des collègues malveillants, pouvaient m'envoyer, je ne souhaite toujours pas que ce genre d'individus puissent librement écrire sous ma prose. Quelques mails courageusement anonymes, hypocrites ou mal intentionnés renforcent cette détermination vis-à-vis de ceux qui n'avancent que masqués quand nous nous exposons. Ce genre de personnages peuvent ouvrir leurs blogs et leurs sites, sous leurs noms ou leurs pseudos et y écrire ce qui leur chante, sur mon compte en particulier ! Certains ne s'en privent d'ailleurs pas, à l'image du Club de l'Horloge français, pépinière d'Enarques sarkozystes ... ou de certains sites islamistes. Par contre, je ne manquerai pas de répondre dès que possible aux commentaires nominatif qui proposent un débat réel, comme un que j'ai reçu hier.  
    Merci encore à Jean-François Mabut, longue vie aux blogs tdg.ch, et peut- être à bientôt pour une verrée moins virtuelle !

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