05/05/2008

Macaques à moteurs !

Une plage pleine de seins nus serrés : premiers jours d'été en méditerranée. L'étroite bande de sable est recouverte, pour moitié de corps déshabillés et pour moitié de cadavres de posidonies, ces jolies plantes vertes sous-marines dont les déchets pourrissants forment des matelas bruns. Parmi des milliers d'allongés heureux, la majorité tripote un natel ou des produits solaires, seuls détails qui différencient leur "comportement" de celui des éléphants de mer sur les plages de Californie. Une infime minorité, composée surtout de très jeunes enfants et de quelques vieillards stoïques, goûte aux plaisirs de l'eau, pourtant délicieuse. Délicieuse, mais dangereuse, puante et bruyante car, sur six kilomètres de plage, une demi-douzaine de crétins en jet- skis, hors- bords ou skis nautiques font du slalom plein pot entre les rares baigneurs. D'autres, sur la route derrière, concurrencent le tapage en quads ou mini- motos, pots déployés.
Dans cette affaire, ce que tout le monde perd est évident : les motorisés risquent la vie des autres et la leur, pour ne pas parler d'une surdité précoce aussi garantie que par la fréquentation des discos techno. Les vautrés et les baigneurs, qui pourraient trouver pas loin d'immenses espaces calmes, harmonieux et vides, en marchant un tant soit peu, préfèrent passer des heures à chercher des places de stationnement à moins d'un kilomètre de la plage urbanisée. Mais les milliers de statiques pollués et assourdis par, au plus, une vingtaine de "super- motorisés" semblent plutôt envieux que furieux.
Cela me rappelle une célèbre photo d'un mâle macaque japonais dominant qui consommait, sans la partager, la paille distribuée pour l'ensemble de la troupe, sous les yeux, fascinés d'envie, du reste de ses congénères. Pourtant, dans de nombreuses espèces réputées moins évoluées, comme les volailles, ou plus évoluées, comme les gorilles, les dominants partagent la nourriture. Souvent, même, ils sacrifient tout ou partie de leur part pour les femelles et les jeunes.
Nous partageons donc, avec ces sales bêtes que sont les macaques japonais, cette aptitude à exacerber le goût et le désir de dominance au point d'en oublier les plus élémentaires valeurs de prudence, de respect des autres et de solidarité. A ceux qui voudraient interdire les tapages et les nuisances, les néo- libéraux qui nous cernent répondent "liberté de choisir son mode de déplacement", comprendre liberté d'opprimer. Et le plus extraordinaire, c'est que la majorité des victimes vautrées reçoit positivement ce discours, en rêvant, en son for intérieur, de devenir macaque à moteur !

14:03 Publié dans comme des bêtes ! | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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