13/06/2008

Autopsie d'un désastre qui laisse la Suisse décérébrée

    J’ai juste remplacé « exsangue » par « décérébrée » dans le titre que vous avez pu lire ce jour sur le site de la Tribune, suivi de proclamations de désastre ou de cataclysme, ou bien sous le sourire niais du blog de Pascal Decaillet.
    On pourrait laisser filer en rappelant seulement que tout ce qui est excessif est vain. Ou bien que les superlatifs dépourvus de sens constituent l’essentiel des cent cinquante mots du vocabulaire sportif. Rappelons que toute langue civilisée en compte entre mille et, parfois, plusieurs dizaines de milliers !
    Mais, quand le parlement fédéral décale des séances à cause des matches, quand des députés se font photographier à Berne avec des maillots ou des écharpes de supporteurs et quand le pays se met en deuil parce que la mafia locale du foot a fait des économies - très suisses  - sur l’achat de joueurs - tapineurs brésiliens ou portugais, on peut s’interroger sur notre santé mentale collective.
    J’ai vu des étudiants arriver aphones et blêmes aux examens pour avoir hurlé toutes les nuits au lieu de travailler. J’ai vu des enfants partager, à longueur d’année, leur temps entre la télé, des jeux vidéo où l’on reconstruit les matches ou négocie les contrats financiers des joueurs, et ne parler que de cela à l’école comme ailleurs. Ils se préparent à entrer dans les études ou la vie active avec, pour seule culture, le foot. De plus en plus d’étudiants arrivent à l’université sans savoir lire ni écrire, ni jouer au ballon, non plus, d’ailleurs, puisque tout se passe sur des écrans et non sur des pelouses. Certains s’étonnent même qu’on leur demande de lire : pour eux, travailler consiste à faire des coupés - collés à partir de recherches Google ou Yahoo sur internet !
    A l’université, même les collègues qui déplorent l’excès de médiatisation, l’alcoolisme et les violences collatérales « regardent quand même les matches ». Pour ne pas parler de ceux qui, jusqu’au rectorat, hurlent devant leur poste ou fréquentent les « fan - zones ». Il n’est pas difficile de vérifier que cette pathologie grave  atteint aussi bien la haute finance, la banque et l’industrie, tellement avides de compétition.         Dans cette société, je me sens bien plus étranger que dans la brousse ouest - africaine,  la jungle des Philippines ou chez les Inuits du Groenland !
    Suite à une chronique RSR où j’avais, un tout petit peu, ironisé, j’ai reçu un mail enragé. Auquel j’ai répondu poliment en détaillant quelques arguments, qui m’ont valu pour toute réponse un : « vous caricaturez le foot, c’est indigne d’un professeur d’université ! »
J’en suis à me demander si la culture – foot ne fera pas, demain, partie des pré – requis pour enseigner dans notre Alma Mater !
    Si les Verts avaient des couilles (ce n’est pas le cas, à part un qui en a trop, mais ne sait pas s’en servir ), ce n’est pas sur les OGM qu’ils proposeraient un moratoire, mais sur le foot, responsable d’un désastre automobile, écologique et culturel. Mais, en démocratie médiatisée, il n’y a que la démagogie et le populisme qui payent.
    Alors ne comptez pas sur eux : ils vous enverraient vous faire foot !

12:52 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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