27/06/2008

Etre le Costa-Rica de l’Europe !

    Une dizaine de pays possèdent de quoi vitrifier la Suisse avant le premier décollage d’un F18. L’armée nationale pourrait donc prier, mais ce n’est pas son rôle, ni son savoir-faire.
    L’Allemagne, l’Italie ou la France pourraient contrôler militairement la Suisse en 48 heures, au plus !
    Contre ces voisins envahisseurs improbables, le secret bancaire et nos compétences financières, commerciales, scientifiques et technologiques sont des armes beaucoup plus redoutables que la milice, les chars ou les fusils d’assaut.
    A part défendre, notre armée pourrait aussi attaquer. Mais, à part le Lichtenstein, on ne voit pas très bien contre qui ni pour quoi elle pourrait gagner.
    C’est encore pire qu’au foot !
    A la simple question « A quoi sert l’armée suisse ? », le puissant lobby militaire ne sait répondre que par des pirouettes ou par l’énumération de tâches nécessaires ou utiles de police, de protection civile, de mercenariat humanitaire ou d’interventions exotiques pour l’ONU.
    L’armée suisse n’est bien préparée pour aucune de ces tâches, qui ne font pas partie de son cahier des charges habituel et pour lesquelles elle est très chère et, selon les cas, incompétente ou médiocre.
    On dit souvent que le Costa Rica, petit pays calme, prospère, pacifique et protecteur de la nature, est la Suisse d’une Amérique qui vit, ailleurs, dans le désordre.
    Le Costa Rica n’a pas d’armée et s’en félicite, moralement et financièrement.

    Et si la Suisse devenait le Costa Rica de l’Europe ?

RSR

25.06.2008

PS : c'est formidable de vivre dans un pays où l'on peut dire cela à la radio, 

       il n'y en a pas tellement ! 

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22/06/2008

Jane, les chimpanzés … et moi, pas Tarzan !

J’ai eu la chance, il y a deux semaines, de débattre pendant deux bonnes heures avec Jane Goodall et quelques enfants parisiens, à propos des grands singes, des forêts tropicales et de leur futur, si compromis !
Ce n’était pas très intime puisque plus de deux mille personnes s’étaient déplacées pour venir la voir, dans un grand cinéma, plutôt que de regarder le foot !
Un compte-rendu détaillé serait trop long, mais je voudrais partager avec vous notre souci de voir la diversité des primates poilus ailleurs que sur des pelouses où des crétins courent après des ballons …
Regarder un chimpanzé ou un orang outan dans les yeux est une expérience inoubliable, qui nous plonge dans notre nature animale. La communication par le regard est immédiate, les gestes se synchronisent, mais l’histoire de nos derniers ancêtres et l’absence de culture commune nous séparent plus que les barreaux d’une cage.
Gregory Bateson rappelait que l’on ne perçoit que les différences. Les grands singes, par leurs différences, nous apprennent qui nous sommes et d’où nous venons, par des chemins différents.
Encore faut-il qu’il reste des grands singes dans la nature, avec leurs connaissances de ces dernières forêts que les tronçonneuses abattent pour extraire la fin du pétrole, produire des biocarburants et fabriquer le papier de la pub qui remplit nos poubelles.
Ou bien pour élever des bovins qui consomment la nourriture qui manque à plus d’un milliard d’humains, dont une moitié d’enfants qui meurent de faim toutes les sept secondes.
Des humains pourraient survivre sans les singes dans un monde qui va changer radicalement. Mais Jane Goodall et ses instituts, qui tentent de protéger leurs derniers refuges, nous rappellent que ce serait perdre l’immense plaisir et les connaissances irremplaçables qu’ils peuvent nous offrir.
Et ce ne sont pas ses interlocuteurs privilégiés, les enfants, qui vous diront le contraire…


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13/06/2008

Autopsie d'un désastre qui laisse la Suisse décérébrée

    J’ai juste remplacé « exsangue » par « décérébrée » dans le titre que vous avez pu lire ce jour sur le site de la Tribune, suivi de proclamations de désastre ou de cataclysme, ou bien sous le sourire niais du blog de Pascal Decaillet.
    On pourrait laisser filer en rappelant seulement que tout ce qui est excessif est vain. Ou bien que les superlatifs dépourvus de sens constituent l’essentiel des cent cinquante mots du vocabulaire sportif. Rappelons que toute langue civilisée en compte entre mille et, parfois, plusieurs dizaines de milliers !
    Mais, quand le parlement fédéral décale des séances à cause des matches, quand des députés se font photographier à Berne avec des maillots ou des écharpes de supporteurs et quand le pays se met en deuil parce que la mafia locale du foot a fait des économies - très suisses  - sur l’achat de joueurs - tapineurs brésiliens ou portugais, on peut s’interroger sur notre santé mentale collective.
    J’ai vu des étudiants arriver aphones et blêmes aux examens pour avoir hurlé toutes les nuits au lieu de travailler. J’ai vu des enfants partager, à longueur d’année, leur temps entre la télé, des jeux vidéo où l’on reconstruit les matches ou négocie les contrats financiers des joueurs, et ne parler que de cela à l’école comme ailleurs. Ils se préparent à entrer dans les études ou la vie active avec, pour seule culture, le foot. De plus en plus d’étudiants arrivent à l’université sans savoir lire ni écrire, ni jouer au ballon, non plus, d’ailleurs, puisque tout se passe sur des écrans et non sur des pelouses. Certains s’étonnent même qu’on leur demande de lire : pour eux, travailler consiste à faire des coupés - collés à partir de recherches Google ou Yahoo sur internet !
    A l’université, même les collègues qui déplorent l’excès de médiatisation, l’alcoolisme et les violences collatérales « regardent quand même les matches ». Pour ne pas parler de ceux qui, jusqu’au rectorat, hurlent devant leur poste ou fréquentent les « fan - zones ». Il n’est pas difficile de vérifier que cette pathologie grave  atteint aussi bien la haute finance, la banque et l’industrie, tellement avides de compétition.         Dans cette société, je me sens bien plus étranger que dans la brousse ouest - africaine,  la jungle des Philippines ou chez les Inuits du Groenland !
    Suite à une chronique RSR où j’avais, un tout petit peu, ironisé, j’ai reçu un mail enragé. Auquel j’ai répondu poliment en détaillant quelques arguments, qui m’ont valu pour toute réponse un : « vous caricaturez le foot, c’est indigne d’un professeur d’université ! »
J’en suis à me demander si la culture – foot ne fera pas, demain, partie des pré – requis pour enseigner dans notre Alma Mater !
    Si les Verts avaient des couilles (ce n’est pas le cas, à part un qui en a trop, mais ne sait pas s’en servir ), ce n’est pas sur les OGM qu’ils proposeraient un moratoire, mais sur le foot, responsable d’un désastre automobile, écologique et culturel. Mais, en démocratie médiatisée, il n’y a que la démagogie et le populisme qui payent.
    Alors ne comptez pas sur eux : ils vous enverraient vous faire foot !

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07/06/2008

Avec du faux, on fait du fric !

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais les événements scientifiques les plus extraordinaires vous sont habituellement rapportés entre juillet et août, après et avant le foot, pendant les vacances et avant les rentrées, politiques et littéraire. Bref, à l’époque où, du temps de mes parents, le stagiaire de presse désœuvré devait parler du serpent de mer ou du monstre du Loch Ness, s’il n’y avait pas de faits divers majeurs !
Cette place subsidiaire de l’actualité scientifique par rapport aux non-événements sportifs professionnels, au radotage politique, aux mondanités ou aux chiens écrasés, est parfaitement intégrée par les – auto - proclamées - « prestigieuses » revues scientifiques « internationales » (comprendre revues anglo-saxonnes qui voudraient bétonner une culture scientifique dominante mondiale).
C’est en général dans le vide estival que ces revues publient les scoops les plus improbables, avec les titres les plus « sexy » et des communiqués de presse triomphants. Au plus, un soupçon de doute apparaît sur la fin de l’article livré, avant parution, à la presse, mais pas à la communauté scientifique capable de le critiquer.
Ainsi, des bobards scientifiques tels que les gènes de l’infidélité conjugale, de l’homosexualité ou des rabbins Cohen ont-ils rejoint la mémoire de l’eau, la fusion à froid et bien d’autres au Panthéon des « résultats » spectaculaires suspects, non reproduits, non confirmés, mais, jamais démentis, rarement discutés, hormis l’histoire très particulière de la « mémoire de l’eau ».
Cette situation a pour conséquence que tout le monde, scientifique ou pas, entend parler de « découvertes » sensationnelles, complètement prématurées ou même bidonnées, mais dont on ne verra jamais les démentis ni la confirmation. Comme ce sont les « meilleures » revues qui sont en cause, ces vérités persistent dans le public, même quand les rares spécialistes concernés n’y ont jamais crû : avec du faux au laboratoire, on fait du vrai dans la société !
Ainsi, la criminalité, l’homosexualité, la pédophilie deviennent génétiques pour le président français après que les publications de ce type qui ont répandu les rumeurs aient réjoui, dans un premier temps, le Fonds des pionniers nord américain, les clubs d’extrême droite et les mouvements néo-nazis.
C’est à ce niveau de dangerosité des rumeurs parties de publications, plus commerciales que scientifiques, qui jouissent de situations de monopoles jusque dans nos universités, qu’il convient de rappeler qu’une éthique basée sur autre chose que le règne de l’argent roi fait de nos jours cruellement défaut dans le domaine de la communication scientifique internationale.

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