27/03/2009

Big Brother du pauvre

Deux étranges marchés publics de l’état français ont déclenché une nuée de délires sur internet. Il s’agissait, dans les deux cas, de « veille de l’opinion », en matière d’éducation nationale pour cent mille euros, d’enseignement supérieur et recherche pour cent vingt mille. Bref, on offrait deux cent vingt mille euros à des privés pour un suivi de l’opinion des citoyens, avec analyse de ses acteurs et de son fonctionnement, sur les objectifs des ministères et leurs actions.
Contrairement à beaucoup, je ne suis pas choqué que les ministres veuillent connaître l’opinion et son évolution dans leurs domaines. Cela fait même partie de leur boulot ! Il y a, pour ça, des moyens simples dont on n’use guère sous Sarkozyzy : consultation et dialogue avec les fonctionnaires concernés, les organisations et syndicats représentatifs des étudiants, des jeunes, des élèves, des enseignants, des personnels et des parents d’élèves. C’est direct, efficace et quasi gratuit !
Au lieu de ça, on va demander à une ou deux agences à fric privées forcément nulles (pour deux cent mille balles, t’as rien dans ces milieux !) de monter des FBI du pauvre pour surveiller l’opinion !
Face à un projet aussi nul, on souhaiterait qu’il ne s’agisse que d’incompétence des sous - politiques et sous - fonctionnaires qui l’ont lancé. A moins que ce ne soit la dilution locale d’une mauvaise idée de plus de la CEE, comme le suggère un document.
On attend la liste des candidatures aux appels d’offre et le palmarès pour savoir quels copains des décideurs ou coquins récupèreront ce pourboire …

In Siné Hebdo N° 11

15:19 Publié dans dédé siné | Tags : opinion, éducation, recherche, marché, cee | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

25/03/2009

Comment s’en mettre « plein les fouilles » !

Dans le samedi culturel du Temps et sur ces ondes, Arnaud Robert a publié une remarquable enquête sur le pillage des sites archéologiques africains.
Selon lui, le mécanisme est simple. En voici un exemple !
Des pilleurs déterrent sur commande au Nigéria de magnifiques terres cuites dont l’exportation est interdite.
Ils les passent clandestinement dans des pays voisins.
Là elles sont achetées, « en toute légalité », par des commerçants ayant boutique sur rue à Paris.
Un très riche « touriste » suisse peut, alors, en acheter et les ramener chez lui comme souvenir, entre une photo de la Joconde et une tour Eiffel en plastique.
Puis il les expose dans son musée privé ou bien les vend au prix fort …
Notre conseiller administratif chargé des affaires culturelles a eu la bonne idée de recruter un collaborateur étranger de notre « touriste » comme directeur du Musée d’Ethnographie de Genève.
Ce dernier utilise, depuis, le musée municipal comme lieu de promotion de ces activités « artistiques », culturelles et rémunératrices.
Notre « touriste » a reçu un prix de l’université l’an passé, après un petit don à une faculté.
Comme pour le pétrole, la nourriture et les matières premières, notre rapport aux biens culturels des pays du sud est simple :
On contourne leurs lois, on néglige le recel, on achète à bas prix, à n’importe qui, et on revend très cher.
Le tout au nom d’une prétendue liberté du commerce et au mépris de conventions internationales que la Suisse signe parfois, mais ne ratifie pas ou n’applique pas.
Comme la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, le Japon et bien d’autres …

RSR1 25-03-2009


08:33 Publié dans rsr.ch | Tags : pillage, archéologie, afrique, pays du sud, biens culturels, musées | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

23/03/2009

La gueule de l’autre

Nous commençons seulement à décoder les mécanismes par lesquels notre cerveau perçoit et interprète les traits physiques et les expressions  du visage de nos interlocuteurs. Ou comment il les traduit en termes d’émotions et de fiabilité des messages transmis et construit la réaction qu’ils suscitent.
Il serait temps, quand tout le commerce et toute la politique passent par une personnalisation et une communication non – verbale qui éloignent chacun de toute prise de décision rationnelle et conforme à ses intérêts et choix personnels !
Obao ou Obama, même combat ! Il n’est plus question de choisir entre des alternatives politiques ou des programmes, dont, de toute façon, aucun politicien ne maîtrise plus la complexité. La politique médiatisée d’aujourd’hui consiste à choisir une option par la confiance aveugle que l’on fait au visage qui vend le produit, en fonction d’un jugement esthétique, d’une identification plus ou moins fallacieuse, d’obscurs objets de désirs et d’évaluations intuitives de la fiabilité des messages. Le marketing politique, comme la pub, fait tout pour détourner l’intérêt du consommateur des propriétés réelles du produit. On affronte le compétiteur – il ne s’agit même plus d’un ennemi ou d’un adversaire ! – à coup de messages subliminaires de connivence, de stimulations esthétiques et sexuelles et d’emballage médiatique.
Dans ces affrontements, toute vision politique est perdue et le résultat est aléatoire en termes techniques ou moraux. Plus rien n’a d’importance : un bon maquillage dissimule aussi bien les rictus déments de Sarko et son néo- lepénisme que le mysticisme prophétique de Bernadette Ségo ou ce que fera vraiment Obaobama, s’il en a l’occasion …

In Siné Hebdo N° 10

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18/03/2009

Scientifiques – public : le malentendu

Le malentendu permanent entre les scientifiques et le grand public a plusieurs causes.
Les gens voudraient des réponses simples et définitives à toutes leurs questions.
Or la science ne répond pas à toutes et ses réponses sont souvent partielles, compliquées et provisoires !
C’est la conséquence de sa méthode de travail, par mise à l’épreuve d’hypothèses au cours d’expériences reproduites.
Cet incertain, ce flou et ce provisoire sont décevants pour ceux qui voudraient que tout soit blanc ou noir, et définitif !
Par ailleurs, les questions du public sont souvent des « pourquoi … ? ».
Alors que la science est plus à l’aise avec les « comment … ? »
Le doute, essentiel dans l’approche scientifique, est source d’angoisse et parfois pris pour de l’incompétence par le public.
Les débats contradictoires entre chercheurs, normaux aux frontières du savoir, sont souvent interprétés comme mettant en cause des bases qui, elles, font l’unanimité des scientifiques.
La quantité de résultats produits, leur complexité et la vitesse croissante de leur accumulation débordent parfois les spécialistes eux-mêmes.
Ce contexte avantage, dans les débats, les religieux et les politiques qui savent où sont le bien et le mal, ainsi que les prétendus savants ou journalistes qui ont réponse à tout.
L’un des plus connus déclarait un jour en confidence privée :
« En vulgarisation, on est juste et incompris, ou bien faux et compris. J’ai choisi la deuxième solution ! »
C’était une double trahison : trahison de la science travestie et trahison du public trompé !
Elle est malheureusement très répandue …

RSR1 18-03-2003

15:58 Publié dans rsr.ch | Tags : science, vulgarisation, communication | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

13/03/2009

National - écologisme

Depuis trois milliards d’années les continents changent de formes, de dimensions et de climats. Au hasard de ces variations, plantes et animaux parcourent le monde et de nouvelles espèces remplacent les anciennes.
Les humains accélèrent cette « mondialisation de la nature » en déplaçant des espèces, par intérêt, par curiosité ou fortuitement (les rats, les cafards et bien d’autres).
Certaines expansions sont désastreuses et méritent d’être contrôlées, pour des raisons économiques, médicales ou scientifiques. Par exemple si une plante envahissante provoque des allergies graves ou si un prédateur introduit, comme la grenouille taureau, décime les espèces locales.
Mais on est perplexe quand de prétendus écologistes veulent « éradiquer » – c’est leur vocabulaire ! – toute espèce importée, souvent depuis longtemps, ou celles arrivées d’elles-mêmes dans leur « terroir », avec une haine comparable à celle que d’autres vouent aux immigrés.
L’idéal d’une nature nationale ou locale dont il faudrait conserver de prétendus équilibres contre les attaques d’espèces introduites ou envahissantes est aussi aberrant que les idéaux de pureté ethnique ou culturelle de l’extrême droite qui l’inspirent.
Les « épurateurs écologiques» partagent manifestement les jouissances nauséabondes des chasseurs viandards de CPNT quand ils flinguent, entre autres, les beaux ibis sacrés introduits par accident en Bretagne. Ils cumulent une méconnaissance accablante de l’histoire de la vie avec le conservatisme réactionnaire qui empuantit si souvent la prétendue « écologie politique »…

In Siné Hebdo N° 9

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11/03/2009

Le prix impayé de la maternité

En Afrique de l’ouest, la couture était réservée aux hommes et il était impensable qu’une femme manie l’aiguille comme le faisaient nos grand’mères.
Avec la « modernité », les femmes doivent faire la couture en plus, sans compensation.
La répartition sexuelle des tâches est un arbitraire culturel universel, qui n’a rien de sexiste tant qu’elle est équitable et susceptible de dérogations en cas de crise.
En cas de déficit d’un sexe ou de l’autre, les Inuits éduquaient des transsexuels, femmes qui chassaient ou hommes qui traitaient les peaux.
Par une juste volonté d’égalité des droits, notre société a pris des lois qui mettent les femmes au travail salarié mais négligent deux choses.
D’abord la biologie, qui fait que les mâles ne sont pas près de prendre une part équitable à l’enfantement.
Les mères au travail, très mal protégées, récoltent ainsi une double peine.
Ensuite la tradition orale et les mœurs, qui changent beaucoup moins vite que les lois et perpétuent les pires traditions sexistes et machistes.
En fait de droits, les femmes ont gagné de nouvelles obligations, sans perdre les anciennes le plus souvent !
Dans la compétition néo - libérale les femmes sont handicapées parce que leur fonction maternelle est considérée comme une ressource gratuite.
Il y a une bonne façon d’en sortir : liquider le capitalisme !
Et puis une mauvaise, en attendant : reconnaître que la maternité est une nécessité précieuse.
Son prix, élevé, doit être payé d’urgence, à sa juste valeur, par beaucoup plus d’argent, de droits et de facilités pour les travailleuses.

RSR1 11-03-2009

08:02 | Tags : femmes, maternité, travail, sexes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

08/03/2009

Salauds d’animaux !

Même les Bonobos !

Ces chimpanzés lubriques étaient décrits comme de paisibles végétariens, bien différents de leurs cousins « grands » chimpanzés, bagarreurs et violents. Ils ont été observés dans la nature, au Congo, par Gottfried Hohmann. Ce dernier a constaté qu’ils chassaient de petites antilopes et d’autres singes. Ils n’hésitent pas à déchirer leurs proies vivantes et à les bouffer toutes gigotantes, sans égards pour les hurlements de protestation de leurs victimes.
Cette absence de sensiblerie animalière de nos plus proches cousins rejoint le débat sur la violence et l’agression qui opposa Lorenz et Laborit. Lorenz prétendait que celui qui chasse une autre espèce n’est pas agressif, l’agressivité étant réservée aux congénères de même espèce avec qui l’on est en compétition. Il ajoutait que les herbivores peuvent, comme les taureaux, être très agressifs, ce qui dissocie chasse et agression. Laborit prétendait que le chasseur était agressif, comme en témoignent les échanges de postures et de menaces entre chasseurs et chassés, en particulier quand le chassé défend sa peau.
Le vrai problème est la représentation des émotions de l’autre et l’identification à celui-ci que se fait chaque animal, ce dont nous ne savons rien.
Il est peu probable que le héron qui gobe une grenouille se voit en train de malmener un semblable. Mais le chien qui agresse le chat familier du voisin ou bien un humain entrant sur son territoire montre tous les signes de l’agression.

Comme les traders des fonds de pension ou les banquiers qui rackettent, au quotidien, les petits vieux et les pays pauvres, cachés derrière les écrans inhumains de leurs ordinateurs...

In Siné Hebdo N° 8

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05/03/2009

Pas de « miroir des idées » !

Les cerveaux animaux possèdent des cellules qui font ressentir et prévoir, sans bouger, les mouvements d’un autre.
Nous pouvons ainsi les anticiper et coordonner nos mouvements avec.
Par exemple pour une danse, une pariade sexuelle ou un jeu avec un partenaire.
Ces cellules font qu’un impotent peut anticiper l’entrechat d’une danseuse étoile.
Elles sont poétiquement appelées « neurones miroirs ».
Il n’y a malheureusement pas de neurones miroirs autres que les circuits lents de la rationalité pour comprendre les idées des autres.
Sinon, les israéliens comprendraient que leurs menaces de pays armé de missiles nucléaires poussent les iraniens à s’équiper.
Pour le pire des deux peuples et l’appétit des pétroliers et du lobby automobile qui rêvent d’une nouvelle bonne affaire : que les iraniens, comme les irakiens, paient en pétrole un prétendu « rétablissement de la démocratie ».
Dans ce conflit encore, le racisme occidental se refuse à considérer le point de vue des autres civilisations.
Sauf si elles ont des moyens de dissuasion équivalents, forçant au compromis dans lequel l’autre devient partenaire, plutôt que proie.
La dépendance économique sino américaine, par exemple, rend le militaire inutile et dérisoire entre les deux pays.
Dans de nombreux problèmes politiques et sociaux, les solutions paraissent simples.
Mais les émotions et les agressions qui y font obstacles sont plus difficiles à régler qu’un corps de ballet, faute de miroir des idées, faute d’identification à l’autre !

RSR1 04-03-2009

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