13/06/2009

Le discours de Bardonneix

Il y a quelques années une élue débutante me pourrissait le week-end parce qu'elle n'arrivait pas à écrire un discours qu'elle devait prononcer à Bardonneix. Je lui ai donc bricolé le texte ci-dessous pour essayer de sauver la soirée. En vain ! Comme finalement elle a fait bien plus ennuyeux et moins créatif, je vous livre ce discours, jamais prononcé, retrouvé à l'occasion d'un rangement...

BARDONNAIS, BARDONNAISES !
Vous avez de la chance !
Le monde entier vous envie, bardonnez moi de vous le dire, même quand il vous ignore…
Vous êtes suisses, citoyens d’un pays dont l’armée ignore la guerre au point qu’il est permis de voter pour ou contre cette organisation coûteuse qui ne sert à rien, ce qui n’est pas donné au reste du monde.
Vous êtes genevois, avez vue sur le lac sans subir les effluves méphitiques des crèmes à bronzer. Vous pouvez aussi détruire l’environnement avec vos 4x4, mais en évitant les embouteillages de 17h aux Pâquis.
Genève est un havre de paix et de prospérité dans un monde sordide dont une grande partie ne rêve que de venir s’y installer. Vous bénéficiez d’une qualité de vie unique et somptueuse parce que votre sécurité, la scolarisation de vos enfants, vos transports, vos loisirs, votre culture sont assurés par des fonctionnaires consciencieux et efficaces que seuls des imbéciles peuvent diffamer. Croyez-vous que le reste du monde souhaiterait venir dans un canton mal administré par des paresseux et des fumistes ?
Bardonneix, par sa frontière vous permet de mieux évaluer que quiconque ailleurs, tout l’intérêt qu’il y a à vivre de ce côté-ci, plutôt que de l’autre où commence le tiers monde et ses sociétés informelles. Les cohortes de frontaliers pendulaires sont à sens uniques, alternés le matin et le soir, et les transferts de prospérité, ici aussi, se font du Nord au Sud, mais dans la convivialité, et non dans l’exploitation : c’est au Nord que l’on travaille, c’est au Sud aussi que l’on gagne, contrairement aux exploitations cyniques de la mondialisation.
Bardonnais, Bardonnaises, vous me semblez sportifs et sains. Ici, ce n’est ni le Niger et ses squelettes ambulants, ni l’Amérique et ses obèses ventripotents.
La bardonnaise rit quand on la pèse !
Est-ce à dire qu’il n’y aurait rien à dire, rien à faire, rien à changer dans le plus ennuyeux des paradis, que l’on manquerait d’un peu d’enfer, de quelque chose de plus distrayant ?
Certes non !
Tout reste à faire pour réduire les discriminations et les inégalités de traitement dont sont encore victimes les femmes, les étrangers, les handicapés, les malades, les vieux et autres exclus du système néolibéral que certains voudraient nous imposer pour faire, comme ailleurs, moins de social, moins de règlements, plus de passe-droits et plus de profits. A travail égal, les femmes gagnent encore beaucoup moins que les hommes et sont beaucoup moins promues. Les étrangers sont encore jugés en fonction de leurs prétendues origines, à l’heure où la biologie a établi une origine commune récente de toutes les populations humaines, faisant de nous six milliards de cousins, pas si éloignés qu’ils en ont parfois l’air. Des cousins égaux en droits et en aptitudes, sous réserve, toutefois, qu’ils aient le même accès à l’éducation, à la culture et à la satisfaction de leurs besoins vitaux. Si le sort des handicapés, des malades et des vieux est ici bien meilleur qu’en beaucoup d’autres lieux, il reste beaucoup à faire pour que ce qu’on leur accorde soit considéré comme un droit et non comme une charité par laquelle on investit pour l’au-delà. Les regards sur les défavorisés doivent changer et réaffirmer la dignité de chacun.
La prospérité du plus grand nombre passe par la conjugaison de la réussite économique et la force de l’état- providence qui assure la répartition d’une part suffisante des profits à l’ensemble de la population. La paix sociale n’est assurée que si les femmes et les hommes ont les mêmes droits et les mêmes rémunérations, si l’ensemble des résidents se sent traité justement et si ceux que le malheur accable sont soutenus par une solidarité sans faille. Ce simple programme de justice sociale et de bon sens exige une approche différente de la pensée unique  que l’école néo-libérale  ou son rejeton bâtard social- traître tentent d’imposer partout à travers le monde.
En ce jour de célébration nationale, Bardonneix en fête doit être perçu comme l’un de ces rares chantiers où l’on veut que liberté rime avec société, égalité des chances avec humanité des cadences et où la gestion rationnelle de notre précieux environnement ne sera abandonnée ni à la droite et à ses pollueurs, ni aux irrationnels New Age, verts et autres pas mûrs ! Bonne fête à tous !
Vive Bardonneix ! Vive le socialisme libertaire !

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