02/08/2009

La fête du commandant

Des villages d’Afrique de l’Ouest se transforment, le temps d’une fête où l’on rit beaucoup, en caricatures d’administrations kafkaïennes. On ne fait plus un pas dans les rues sans être interpellé par des policiers corrompus, un percepteur avide, des gendarmes intransigeants, des militaires incontrôlés ou des instituteurs répressifs. Chaque fois, il faut présenter des papiers, payer, en piécettes ou noix de cola, parcourir une succession de « bureaux » pour remplir des formulaires ridicules, fournir des preuves de tout et son contraire pour obtenir des permis de séjour, de passage, de sortie, de respiration, d’importation de lunettes ou d’exportation de chaussures… Il faut aussi se montrer docile, sous peine de sombrer dans le ridicule, ou d’être « emprisonné ». Le tout se termine, bien sûr, par des agapes bien arrosées, de la musique et des danses.
Ce type de carnaval administratif remonte à l’époque des commandants de cercles coloniaux d’avant l’indépendance. Quand des militaires français régnaient par l’arbitraire et la violence à travers une administration cauchemardesque. On y voit aussi des groupes d’écoliers chantant ou récitant des textes style « en passant par la Lorraine » ou « nos ancêtres les gaulois », symboliques des programmes scolaires coloniaux.
A part quelques comiques ou groupes de chanteurs, plus personne, chez nous, ne dénonce par l’humour les excès, pourtant croissants des bureaucraties. Pourtant les sujets ne manquent pas : méfaits des énarques, servilité des médias, pressions sur la justice, liquidation des services publics et détournements au profit des riches et des mafias …

In Siné Hebdo N° 25

20:58 Publié dans dédé siné | Tags : administration, fête, afrique, colonisation, bureaucratie, arbitraire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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