08/11/2010

Dépistage Bachelot du SIDA : une idiotie… sauf pour les pharmas !

Réveillé à point d'heure pour Couleur 3 où Nicolae Schiau me demande d'expliquer en 5 minutes pourquoi je suis hostile au projet Bachelot de dépister « tout le monde » pour juguler l'épidémie de SIDA. On en avait déjà parlé plus posément dans Forum, sur la Une, avec le bon Docteur Jean-Charles Rielle. Comme la matière est hypersensible, délicate et compliquée, je préfère préciser en long et par écrit pour ne pas risquer d'être mal compris.

L'objectif d'enrayer l'épidémie est simple et ne peut que faire l'unanimité !

Savoir comment on s'y prend est une autre affaire...

Au plan mondial d'abord, l'épidémie est catastrophique dans certains pays, certaines ethnies, certains milieux d'Afrique, d'Amérique, d'Europe - de l'Est en particulier, d'Asie du Sud Est. Inexistante ou très marginale ailleurs, avec toutes les complexités possibles selon les moeurs locales.

Des proportions de séropositifs, parfois de malades, à deux chiffres ont été avancées et toute la population semble parfois à risque en Afrique Australe.

En Europe Occidentale, la catastrophe annoncée après les malheurs des homosexuels californiens et de personnalités médiatisées qui les fréquentaient, directement ou indirectement, n'a pas eu lieu.

En France, dont il s'agit concernant le « dépistage systématique », l'épidémie, qui régresse, reste concentrée dans les populations à risque aggravé : multipartenaires homo et hétéro - sexuels, immigrants et voyageurs de populations très touchées, client-e-s et prostitué-e-s peu vigilant-e-s. Rien d'étonnant si l'on se rapporte à l'enquête d'Alfred Spira et ses collaborateurs démographes sur la sexualité des français et au fait que beaucoup de sujets à risques ont radicalement changé leurs comportements dès le début de l'épidémie. Contrairement à leurs prétentions gauloises, l'immense majorité des français n'ont de rapports sexuels qu'avec un, parfois deux partenaires réguliers. Ce après une jeunesse plus mobile, mais qui se protège beaucoup plus. Sans parler de la fraction importante de la population qui n'a pas du tout ou qui n'a plus de relations sexuelles !

La séropositivité concerne sans doute moins de 500 000 personnes, dont sans doute plus de la moitié connaissent leur état. Beaucoup des autres ne veulent pas le connaître et ne seront pas volontaires pour le dépistage, comme le voudrait le plan Bachelot. Celui-ci espère dépister « environ cinq millions » de volontaires sur 60 millions, soit un sondage d'un français sur douze en demandant aux généralistes de proposer le test à tous leurs patients. On ne risque pas d'arrêter la propagation de l'épidémie en repérant moins d'un séropositif qui s'ignore sur dix ! En plus la ministre aux tailleurs roses limite l'âge de prescription à 70 ans alors que les enquêtes européennes montrent qu'une forte proportion de personnes plus âgées ont des rapports au-delà, souvent avec des prostituées. Souvent aussi sans protection, parce qu'à ces âges, à moins de se bourrer de pilules bleues, il peut devenir difficile de tendre le latex et l'on n'a pas l'habitude de se couvrir ! De plus, quand on a une espérance de vie en bonne santé inférieure à la durée de latence de la maladie, il faut vraiment penser aux autres plus qu'à soi, ce qui devient rare...

Le projet Bachelot est donc typique de la politique Sarkozy. C'est une grande opération mensongère, médiatique et coûteuse. On n'arrêtera pas l'épidémie qui ralentit d'elle-même. On n'atteindra pas les séropositifs multipartenaires qui s'ignorent, ou pas, et qui continueront à contaminer leurs semblables et la frontière du reste de la population. Et, après le Tamiflu et les vaccins anti - grippe, la pharmacienne Bachelot continuera à régaler les entreprises amies qui fabriquent comprimés et vaccins en creusant, toujours plus le trou de la sécurité sociale et en dé - remboursant de plus en plus des médicaments indispensables. Bref, les anxieux à risque faible ou nul se paieront des crises d'angoisse en attendant le résultat et les malades d'autre chose paieront pour ce cinéma. Dix millions de doses pour en placer cinq et jeter les autres périmées, ça fait déjà quelques  yachts, des super - montres et autres gadgets de classe !

Le seul point positif du projet est de permettre à des non - médecins de faire passer le test s'ils en sont capables, ce qui peut stimuler le volontariat dans les milieux concernés. Mais, là - encore, pourquoi se cantonner à des responsables d'associations - je les respecte et ils sont parfois très bien placés mais n'offrent aucune garantie de compétence ni d'éthique. Pourquoi ne pas viser un test que les concernés appliqueraient eux - mêmes, après un achat anonyme, ce qui les placerait seuls devant leurs responsabilités ? On me répondra tout de suite que c'est parce que le résultat doit être bien interprété et accompagné psychologiquement s'il est positif. Mais on ne prend pas de telles précautions pour les tests de grossesse qui sont en vente libre et dont la positivité peut être aussi dramatique pour des personnes souvent très jeunes et fragiles !

Vous me trouvez très négatif : la maladie est là, elle est atroce, on aimerait la voir disparaître comme la variole. Que faudrait-il faire ?

Il y a deux différences fondamentales : pour la variole on avait un vaccin et la vaccination était obligatoire. Comme le dit un de mes bons amis épidémiologistes, toute médecine préventive est une médecine totalitaire où le pouvoir médical ne demande pas leur avis aux patients, non - malades, traités dans l'intérêt général ! Et même Sarkozy n'est pas prêt à cibler les populations à risques et à leur imposer le dépistage et la responsabilité en cas de séropositivité. Imaginez qu'au lieu d'envoyer les CRS expulser les Roms et les Maliens, on les envoie cerner les boîtes échangistes mondaines, le bois de Boulogne, les lieux de drague et de prostitution de province, au jour le jour, pour imposer le test à tout le monde. Quitte à rafler un jour des ministres, secrétaires d'état, journalistes - stars, philosophes mondains, un très haut fonctionnaire du FMI et une flopée de membres du patronat !

L'image me réjouit, mais ce n'est pas demain la veille !

Ce sont l'information et l'éducation des citoyens et les comportements individuels qui provoqueront la décroissance de l'épidémie en Europe, aidées par un accès plus facile à un dépistage anonyme ciblé sur les populations à risques. Pas des méthodes dont l'application ne serait concevable qu'en Chine, en Iran, en Israël ou en Corée du Nord. Les alternatives qui ont court ont été jusqu'à présent propagées en France par de remarquables et courageuses associations qui ont pallié les défaillances de tous les gouvernements français jusqu'à l'actuel dans la gestion de l'épidémie.

En Suisse où, localement, la situation initiale était parfois pire, nos autorités ont en général réagit beaucoup mieux et plus vite - une fois n'est pas coutume ! Mais là comme ailleurs, la mondialisation exclut toute solution locale définitive quand des millions de gens meurent sur d'autres continents.

 

 

15:55 Publié dans rsr.ch | Tags : sida, aids, épidémiologie, risques, dépistage, séropositivité, politique, bachelot, sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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