23/06/2011

Terrasson la nature…

Pour les écolos et les autres qui n'ont pas suivi mon conseil de lire le Courrier du 11 mai, et surtout le livre posthume de François Terrasson* avant de dire des bétises sur la nature et l'environnement.

Et puis aussi pour les fous qui s'apprêtent à risquer leur vite à la roulette embouteillée sur les autoroutes des vacances, auxquels je recommande vivement le numéro spécial "Sécurité routière" du Psikopat : aussi fondamental que les airbags pour qui veut revenir vivant et de bonne humeur des galères de l'été...

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Terrasson la nature

A l'heure où les pires crapules politicardes se gargarisent de protection de la Nature, avec une majuscule, et de développement prétendu durable, François Terrasson nous offre une œuvre posthume* qui reprend, précise et développe, à partir de notes et de textes inédits, les idées principales d'une œuvre riche et subversive par un bon sens inébranlable.

Pour François Terrasson, la nature n'est pas, selon la définition des imbéciles « ce qui resterait si les humains disparaissaient ». Pour la bonne raison que rien n'existe hors de notre pensée et de nos sentiments, lesquels partent, le plus souvent à hue et à dia. La nature, minuscule, n'est pas pensable sans nous !

Dans La peur de la nature Terrasson faisait le procès - entre autres ! - des bonnes âmes qui prétendent protéger la nature en multipliant des réserves qui deviennent autant de Disneylands. Avec un double effet pervers : cela revient à donner un permis de détruire hors des réserves, et à détruire dedans pour satisfaire la pression  touristique. Avec souvent l'effet paradoxal que les animaux et plantes que l'on voulait protéger disparaissent des réserves pour se retrouver dans les zones périphériques, tant que les bétonneurs et autres saccageurs n'y ont pas œuvré.

Nos concitoyens des villes connaissent souvent peu et mal les espaces naturels et ne supportent souvent qu'une « Nature » reconditionnée comme les jardins japonais ou à la française, comme nos aquariums. La nature avec des ronces, des orties, des serpents, des moustiques leur est insupportable et c'est pour cela que cette civilisation cherche à la détruire, tout en étant fascinée par sa peur. Une peur qui comme beaucoup d'autres, mène à la crétinerie religieuse et à déifier une Nature majuscule. Contre cela Terrasson proposait une thérapie comportementale : emmener des citadins dormir en groupe à la belle étoile en forêt, pour sentir, écouter, vivre et connaître la nature par ses sens, plutôt que de rationaliser et dire des bêtises sur ce que l'on ne connaît pas. Le but étant d'apprendre à aimer la nature telle qu'elle est, plutôt que de vouloir la reconstruire à notre botte.

Jovial et bon vivant, François Terrasson n'en voyait pas moins venir les grands désastres que nous commençons seulement à vivre. Après avoir lutté avec les agriculteurs de la base pour les bocages et contre les remembrements d'une agriculture industrielle irresponsable, il s'est retrouvé marginalisé et étouffé, comme René Dumont et bien d'autres, par les médias d'un pouvoir coupable du grand saccage de l'avenir.

Comme tous ceux qui ont le tort de clamer que le seul avenir possible de notre espèce et de sa nature passe par l'abandon du gaspillage sans retour que provoquent la loi du profit immédiat et le culte de la surconsommation d'un capitalisme suicidaire.

 

* Un combat pour la nature de François Terrasson,

Ed. Sang de la Terre, Paris, 2011

 

In Le Courrier du 11-5-2011

 

23:23 Publié dans Actualités permanentes | Tags : nature, écologie, françois terrasson, politique, environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/06/2011

Maboul ... de cristal !

L'avenir comme si vous y étiez...

Si vous êtes spécialiste du passé, les gens vous interrogent souvent sur l'avenir. Algébriquement c'est logique : le côté positif du temps vaut bien le côté révolu, pas toujours négatif. Côté information, c'est délicat : le passé est certain, même si on ne le connaît pas, tandis que le futur est inconnu ET indéterminé. Ce que l'on en dit avec bon sens se limite à des impossibilités et des probabilités liées au passé et à l'état présent du monde : le soleil se lèvera probablement demain. Pourtant, religieux et politiques promettent délices et apocalypses avec aplomb, au delà des évidences que chacun sait.

Beaucoup d'espèces animales, territoriales et prédatrices comme nous, ont acquis des dents, des becs, des griffes et des venins qui tuent leurs proies et leurs rivaux. Nous seuls avons développé et utilisons massivement des machines à tuer nos semblables « proprement », contournant par la technique ce qui inhibe l'agression chez les autres animaux. Comme le commerce d'armes et le « maintien de l'ordre » capitaliste sont deux mamelles de Sainte Economie, aucun doute : quoiqu'en disent les palabres onusiens, l'avenir sera très violent.

D'autant qu'une minorité immonde des sept milliards et plus que nous seront gaspille la plus grande partie des ressources dont les autres manquent. Exemple en images dans des métropoles du sud : les très grands hôtels ont des piscines, des golfs arrosés et souvent des chasses d'eau qui fuient, tandis que la distribution d'eau est limitée à peu d'heures par jour pour la plupart des rares foyers voisins qui ont la chance d'avoir l'eau courante.

Je voyais hier l'image d'un ex - aviateur, décoré jadis pour ses brillants bombardements du Viet Nam, admirateur de Kissinger et aujourd'hui propriétaire heureux, fier et sans scrupules d'un grand domaine viticole en Californie. Nul doute qu'à l'heure du partage de l'eau, du pétrole, des aliments et des matières premières, lui et ses semblables maîtres du monde bombarderont à nouveau plutôt que de réduire trains de vie et gaspillages obscènes.

Les guerres de l'eau, du pétrole, des surfaces cultivables et des minerais rares sont en cours. Religions et vieux différents locaux ne sont que prétextes pour armer les uns contre les autres, quand les puissants y gagnent. L'angélisme n'y peut mais ! Obama n'arrêtera pas les guerres du pétrole ou des pipe - lines en Irak, au Soudan ou en Afghanistan ; au mieux retardera-t-il les prochaines en Iran, Nigéria, ou au Venezuela ? Les bonnes âmes qui, comme moi, évitent de gaspiller par réflexe moral, ne retarderont pas les crises du pétrole ou de l'eau en cours. La grande question est de savoir combien de temps les détenteurs de nombreux missiles nucléaires résisteront à la tentation de les utiliser pour être favoris dans le partage des décombres.

Vision sombre de l'avenir ? Certes, mais comme cela je ne risque que de bonnes surprises ! En attendant, profitez du réchauffement climatique, du printemps et des odeurs - derniers lilas, premières cerises - sous les rayons de cette machine thermonucléaire géante qui nous approvisionne gratuitement en lumière et énergie depuis le haut du ciel...

 

Le Courrier, Actualités permanentes, 27-4-2011