05/09/2011

« Sociobiologie », « psychologie évolutionnaire » … : des pseudo – sciences attaquent les universités !

Newton pratiquait l'astrologie et Wallace, co - découvreur oublié de la sélection naturelle, le spiritisme. L'interprétation rationnelle de phénomènes naturels n'était pas une garantie contre des égarements de la pensée dans d'autres domaines ! Beaucoup de nos contemporains y voient un égarement de précurseurs. Ou bien les premiers effets de la spécialisation imposée par un volume des connaissances qui dépasse les capacités de chacun. Contrairement à l'injonction de Boris Vian, on ne saurait, en sciences, être un spécialiste de tout !

La sagesse et l'histoire des sciences commandent une autre attitude quand la spécialisation de chacun croît et quand la recherche fait appel à des connaissances d'origines diverses, en partie mal maîtrisées par les chercheurs. Les pseudo - sciences ont donc, comme jadis l'astrologie, l'alchimie ou le spiritisme, des perspectives de développement croissantes. Plus encore si elles se masquent d'un arsenal technologique plus obscur que le latin des médecins de Molière et communiquent mieux que les vrais scientifiques.

La « sociobiologie » et son avatar humain, la psychologie dite évolutionnaire ou évolutionniste sont de bons exemples. Derrière une façade de bon sens et des concepts intuitifs peu rigoureux, mais accessibles à tous, elles cachent des fondements inexacts et réfutés par des connaissances établies mais trop difficiles pour qui n'a pas fait d'études spécialisées.

L'idée de départ est simple et peu discutable : les sociétés animales, humaines comprises, sont composées d'êtres vivants soumis aux lois de la sélection naturelle : survivre et procréer. Une organisation sociale ou un comportement qui compromet survie ou reproduction sera éliminé. Mais les sociobiologistes pratiquent la même dérive idéologique que les faux héritiers de Darwin, fondateurs du « darwinisme social » au 19ème siècle. Ils en déduisent que les sociétés et les comportements, en compétition permanente, tendraient vers une « optimisation » de leurs performances, les meilleurs, les plus « adaptés » balayant les autres. Cette croyance mystique dans un perfectionnement continuel, une optimisation de « l'adaptation » et la réalisation de « stratégies évolutives stables » est contraire à tout ce que les sciences de l'évolution et de la nature nous ont appris après Darwin. Si les sociétés doivent, comme les espèces, respecter les nécessités de la sélection naturelle pour durer (si elles se suicident comme l'Ordre du Temple solaire ou ne font plus d'enfants ou de disciples, elles disparaissent !), elles sont aussi soumises aux hasard des mutations, de la procréation et aux contingences de l'histoire. Et ce rôle de l'histoire, du hasard et des contingences est d'autant plus important que les populations sont peu nombreuses. Chez des insectes ou crustacés qui se comptent par centaines de milliards, produisent beaucoup de descendants (dont la plupart sont éliminés), sélection et compétition peuvent produire des formes et des comportements qui nous semblent parfaits. Chez des grands singes ou des humains préhistoriques qui se comptaient seulement par milliers, se reproduisaient peu et survivaient souvent, des calculs simples montrent que les effets du hasard, des contingences et de l'histoire l'emportent sur ceux de la sélection qui se réduit à l'élimination de l'impossible. Ainsi, de nouvelles mutations favorables sont, le plus souvent éliminées, tandis que, partant de la même origine, des populations séparées ont des histoires divergentes, des modes de subsistance, des sociétés et des cultures diverses, loin de tout optimum ou des stratégies évolutives stables rêvées ou calculées par les bigots de la sociobiologie ou de la psychologie prétendue évolutive.

Ce n'est pas un hasard que ces aberrations sévissent surtout en zoologie et dans des sciences sociales où l'on ne connaît rien des recherches sur les mécanismes de l'évolution après Darwin. Ni qu'elles viennent d'un monde anglo - saxon dont l'idéologie néolibérale est l'héritière sans ruptures de la féodalité et du capitalisme sauvage du 19ème siècle...

In le Courrier du 31-8-2011

 

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