27/09/2011

La fiction de vivre

 

« Cette histoire est vraie, parce que je l'ai inventée d'un bout à l'autre », clamait Boris Vian.

Comment ne pas souscrire ? La vérité n'est que ce qui traverse, un instant, la conscience de qui parle ou bien écrit. D'ailleurs, ainsi que je le soulignais dans un livre naufragé par l'incompétence éthylique de l'éditeur*, notre vie n'est qu'un récit quotidien, éphémère, mal mémorisé, sans cesse remanié en fonction des approximations de nos sens et des embardées de nos émotions. La réalité et la vérité dont les beaux esprits se drapent sont l'illusion des inconscients. Ou, au mieux, un consensus provisoire entre pratiquants d'une même culture. Tout, dans un discours « rationnel » sur le monde pousse vers le gouffre du relativisme culturel absolu dans lequel sombra Paul Feyerabend** sur la fin de sa vie : toutes les cultures se vaudraient, aucune philosophie ne serait supérieure à aucune autre... Pour caricaturer, l'alchimie vaudrait bien la chimie, l'astrologie, l'astronomie, tout ne serait qu'une question de point de vue et l'occidental actuel n'aurait aucune raison d'être préféré à l'exotique ou au médiéval !

Contre cette approche séduisante, mais bien naïve, de la « démocratie » et de l'égalité des cultures, deux arguments se dressent. Le premier est celui de l'histoire qui fait naître, se transformer et disparaître les sociétés, leurs lois, leurs rites et leurs croyances. Face à l'histoire, les traits culturels et les cultures se maintiennent ou disparaissent. Certains peuvent paraître géniaux et disparaître, d'autres débiles et se répandre, ce sont les derniers qui l'emportent au bilan de la sélection naturelle. Vous pouvez aimer autant les quatuors à corde croates du moyen âge que Lady Gaga. Mais vous avez provisoirement perdu... Et puis la nécessité du choix individuel fait que le temps décide, contre qui ne décide pas,.

Dans nos sociétés revenues à l'oral par l'audio-visuel, les bons conteurs tendent à l'emporter sur les bons travailleurs, que ce soit dans le discours politique, dont on ne parlera pas ici, ou dans le discours scientifique. Le triomphe médiatique des « docu - fictions » sur les documentaires illustre bien cette tendance de notre société de l'esbroufe capitaliste où le clinquant de l'emballage a plus d'effet que la qualité du contenu. C'est désolant pour qui travaille le contenu, mais ce n'est guère étonnant pour qui connaît le rôle des émotions dans la communication...

Les religions racontent des mondes de fiction dont les vies éternelles, les miracles et les résurrections sont des offenses à l'intelligence la plus élémentaire et dont le minimum de logique des sciences ne conserve rien, hors l'histoire des avatars culturels. D'outre tombe, Feyerabend malade et vieillissant nous souffle que cette science n'était qu'un mythe de plus. J'en retiens que la science est certes une fiction que je construis sans cesse. Mais sa méthode me semble, bien appliquée, produire des consensus plus larges que ceux des arbitraires culturels locaux. Une fiction de plus ?

*Le sauvage central

** Relire Contre la méthode, de Paul Fayerabend, Le Seuil, Paris.

In Le Courrier du 22-6-2011

 

 

 

 

 

15:14 Publié dans Philosophie | Tags : vie, discours, conscience, religion, relativisme, culture, feyerabend | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

19/09/2011

SCOOP : photo non autorisée de l'enfant de Carla

écho carla.jpgLES DENTS DU PERE !

09:11 Publié dans franco-franchouillard | Tags : échographie, carla, sarkozy, enfant | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

15/09/2011

La paresse sans gène

L'immonde journal Les Echos relaie une étude parue dans les "PNAS", Compte rendus de l'académie des sciences étasunienne, censés être le top de la science internationale pour les savants bling bling. C'est simple : selon des chercheurs canadiens, les souris porteuses du gène AMPK parcourent des kilomètres, tandis que celles qui ne l'ont pas " restent pratiquement immobiles et commencent à grossir ».

Ils en déduisent que le gène non-AMPK est "le gène de la paresse !"

J'en aurais plutôt déduit que le gène AMPK joue un rôle dans le fonctionnement normal et que le gène non-AMPK est un gène de panne générale, qui coupe le cerveau ou les pattes des souris, comme la télévision lobotomise vos enfants et les rend obèses ! Et Canal J ou Disney Channel ne sont, à ma connaissance, pas codés dans l'ADN, mais, au plus, dans votre décodeur...

Mais, chez les anglos, il faut que tout soit génétique, pour des questions d'héritage, de propriété privée et de conservation généalogique des privilèges. Aussi pour déculpabiliser : je suis criminel, homosexuel, paresseux, c'est pas moi, ce sont mes gènes !

Ainsi naissent des pseudo-sciences, comme je le racontais ces derniers temps dans les "Regards" du Courrier - le journal qui publie n'importe qui, même moi, SANS AUCUNE CENSURE A CE JOUR, repris sur ce blog dans les mêmes conditions, à ce jour toujours, et dont je vous livre la suite ci-dessous, toute fraîche pour une fois...

Il y aura encore une suite marrante, mais ce sera dans le No2 de Siné Mensuel, en octobre.

Ciné quoi ? Mais non, pas Ciné, Siné, comme le dessinateur oxygéné qui sème sa Zone !

Mais non, pas Hebdo, Mensuel : avec l'âge il prends le temps de réfléchir...

Comment, Naville n'a plus, ou pas assez du No1, superbe collector ?

Une minute, j'appelle Al Qaïda...

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De la tautologie aux Totologies... in Le Courrier du 14-9-2011

Une tautologie est une proposition qui n'apporte rien de plus que son point de départ : « je ne suis pas mort, parce que je vis encore ». Toto, c'est Ouin - Ouin chez les frouzes. Mais Ouinouinlogie sonnait mal et ne ressemble pas du tout à tautologie : le jeu de mot du titre est intraduisible en Romand !

Les Totologies, seront donc les sciences approximatives de Toto et de Ouin - Ouin, qui n'ont pas encore une méthode très rigoureuse...

La sélection naturelle est parfois dénoncée comme une théorie « tautologique » dans son rapport à l'adaptation des espèces vivantes à leur milieu : les populations d'animaux ou de plantes « adaptées à leur milieu » survivent et on les dit adaptées parce qu'elles ont survécu. Raisonnement circulaire dénoncent certains ! Vu comme cela, le schmilblick n'avance pas...

Mieux vaut être précis et se souvenir que la génétique a montré que toute population change de manière imprévisible à chaque génération, surtout si elle est sexuée, tandis que la plupart des milieux naturels changent sans cesse, eux aussi, de manière indépendante. L'« adaptation » est donc un mythe après lequel la sélection naturelle courrait en vain, sans pouvoir la rattraper le plus souvent. C'est l'histoire de la « Reine rouge » qui court après son image dans le miroir, pour reprendre un « marronnier »* de la biologie évolutive ! La théorie de la sélection naturelle dit plus simplement que, dans une population qui se maintient et se transforme, assez d'individus parviennent à l'âge de la reproduction et produisent assez de descendants pour que la génération suivante remplace numériquement la précédente. Tout est donc lié par deux conditions : la survie et la fécondité. Bien des combinaisons de ces deux conditions et de la durée de vie des individus sont possibles. Les harengs ou les souris vivent peu d'années, avec une mortalité terrible, mais une énorme fécondité : leur innombrable descendance compense les dommages de la vie courte et de la mortalité énorme due aux prédateurs. Les chênes vivent longtemps, meurent en grand nombre, mais se reproduisent beaucoup. Les éléphants, les gorilles, ou autrefois les humains, vivaient longtemps, mourraient beaucoup moins, mais se reproduisaient beaucoup moins. Pour qu'une population se transforme par sélection naturelle et « s'adapte biologiquement » à son milieu, il faut qu'elle élimine beaucoup par la mortalité. Ce qui n'est pas le cas des grands mammifères et des grands oiseaux, encore moins le cas des humains actuels. Ils ne sont donc pas « adaptés » par la biologie, mais par le hasard, l'histoire, la contingence, l'apprentissage et la culture. Contrairement à ces insectes, ces plantes ou ces bactéries que l'on croirait « fabriqués pour » vivre dans leur milieu, jusqu'au plus petit détail de leurs formes, de leur couleurs ou de leurs comportements.

Mais ceux qui n'ont rien compris de la génétique de la transformation des populations croient souvent que la sélection naturelle « optimise » tout dans toutes les espèces, y compris la nôtre, réalisant partout des écosystèmes statiques, parfaits et des « stratégies évolutives stables ». Ces nouveaux bigots de la sociobiologie et de la psychologie « évolutive »*, que nous qualifierons aimablement de « Totologies », rejoignent ainsi les néo - créationnistes qui veulent retrouver leurs dieux dans la perfection supposée de la nature et les adeptes des « théologies naturelles », qui donnèrent tant de souci à Lamarck, Darwin et Wallace et bloquèrent les avancées de la biologie pendant plus de deux siècles.

 

 

* pour les journalistes, un marronnier est un sujet déjà traité un grand nombre de fois et que l'on reprend régulièrement en période creuse. Rien à voir avec l'arbre...

 

**cf. regard du Courrier du 31.8.2011 ou L'Anarchronique sur blog.tdg.ch

 

11:03 Publié dans science et politique | Tags : science, politique, anglos, paresse, génétique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

07/09/2011

SINE MENSUEL, C'EST AUJOURD'HUI !

tampon.gifC'est reparti mon kiki !


Un pied dans la tombe mais l'autre dans le cul de tous les empêcheurs de jouir en rond, l'increvable Siné, aidé par toute son équipe de démolisseurs, remet la gomme... Attention, ça va chier des bulles !

A partir du mercredi 7 septembre et le premier mercredi de chaque mois, 32 pages couleurs, grand format, pour seulement 4,80 euros.

But de l'opération : distraire les lecteurs et leur donner des armes pour battre la droite aux prochaines élections. Haut les cœurs ! Pas de quartier! On va leur en faire baver des ronds de chapeaux !

Retrouvez nous ici sur le net : www.sinemensuel.com à partir du 1er septembre avec une vidéo et un dessin par jour jusqu'à la sortie du journal.

http://www.youtube.com/watch?v=Xb-1W_PBce0&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=CMv_mu9kVZY&feature=related

Des videos et des dessins pour annoncer la sortie de Siné Mensuel le 7 septembre sur le site de Siné Mensuel.

Alllez y c'est drôle et faites tourner !!!

00:22 Publié dans franco-franchouillard | Tags : presse, satire, humour, gauche, libertaire, dessin de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

05/09/2011

« Sociobiologie », « psychologie évolutionnaire » … : des pseudo – sciences attaquent les universités !

Newton pratiquait l'astrologie et Wallace, co - découvreur oublié de la sélection naturelle, le spiritisme. L'interprétation rationnelle de phénomènes naturels n'était pas une garantie contre des égarements de la pensée dans d'autres domaines ! Beaucoup de nos contemporains y voient un égarement de précurseurs. Ou bien les premiers effets de la spécialisation imposée par un volume des connaissances qui dépasse les capacités de chacun. Contrairement à l'injonction de Boris Vian, on ne saurait, en sciences, être un spécialiste de tout !

La sagesse et l'histoire des sciences commandent une autre attitude quand la spécialisation de chacun croît et quand la recherche fait appel à des connaissances d'origines diverses, en partie mal maîtrisées par les chercheurs. Les pseudo - sciences ont donc, comme jadis l'astrologie, l'alchimie ou le spiritisme, des perspectives de développement croissantes. Plus encore si elles se masquent d'un arsenal technologique plus obscur que le latin des médecins de Molière et communiquent mieux que les vrais scientifiques.

La « sociobiologie » et son avatar humain, la psychologie dite évolutionnaire ou évolutionniste sont de bons exemples. Derrière une façade de bon sens et des concepts intuitifs peu rigoureux, mais accessibles à tous, elles cachent des fondements inexacts et réfutés par des connaissances établies mais trop difficiles pour qui n'a pas fait d'études spécialisées.

L'idée de départ est simple et peu discutable : les sociétés animales, humaines comprises, sont composées d'êtres vivants soumis aux lois de la sélection naturelle : survivre et procréer. Une organisation sociale ou un comportement qui compromet survie ou reproduction sera éliminé. Mais les sociobiologistes pratiquent la même dérive idéologique que les faux héritiers de Darwin, fondateurs du « darwinisme social » au 19ème siècle. Ils en déduisent que les sociétés et les comportements, en compétition permanente, tendraient vers une « optimisation » de leurs performances, les meilleurs, les plus « adaptés » balayant les autres. Cette croyance mystique dans un perfectionnement continuel, une optimisation de « l'adaptation » et la réalisation de « stratégies évolutives stables » est contraire à tout ce que les sciences de l'évolution et de la nature nous ont appris après Darwin. Si les sociétés doivent, comme les espèces, respecter les nécessités de la sélection naturelle pour durer (si elles se suicident comme l'Ordre du Temple solaire ou ne font plus d'enfants ou de disciples, elles disparaissent !), elles sont aussi soumises aux hasard des mutations, de la procréation et aux contingences de l'histoire. Et ce rôle de l'histoire, du hasard et des contingences est d'autant plus important que les populations sont peu nombreuses. Chez des insectes ou crustacés qui se comptent par centaines de milliards, produisent beaucoup de descendants (dont la plupart sont éliminés), sélection et compétition peuvent produire des formes et des comportements qui nous semblent parfaits. Chez des grands singes ou des humains préhistoriques qui se comptaient seulement par milliers, se reproduisaient peu et survivaient souvent, des calculs simples montrent que les effets du hasard, des contingences et de l'histoire l'emportent sur ceux de la sélection qui se réduit à l'élimination de l'impossible. Ainsi, de nouvelles mutations favorables sont, le plus souvent éliminées, tandis que, partant de la même origine, des populations séparées ont des histoires divergentes, des modes de subsistance, des sociétés et des cultures diverses, loin de tout optimum ou des stratégies évolutives stables rêvées ou calculées par les bigots de la sociobiologie ou de la psychologie prétendue évolutive.

Ce n'est pas un hasard que ces aberrations sévissent surtout en zoologie et dans des sciences sociales où l'on ne connaît rien des recherches sur les mécanismes de l'évolution après Darwin. Ni qu'elles viennent d'un monde anglo - saxon dont l'idéologie néolibérale est l'héritière sans ruptures de la féodalité et du capitalisme sauvage du 19ème siècle...

In le Courrier du 31-8-2011