27/02/2012

31 juin : grande fête à poil ?

Si vous voulez en savoir plus sur le Mouvement Révolutionnaire du 31 juin qui se propose de remettre en cause le calendrier judéo-chrétien et de passer à une existence plus festive que celle que les vampires néo-libéraux imposent aux masses populaires, il va vous falloir patienter jusqu'au Courrier de ce mercredi bissextile du 29-2-2012. Rendez-vous sur :  http://lecourrier.ch/dede

01.jpgEn attendant, pour vous aider à gérer rigoureusement et dans la bonne humeur, vos inextricables problèmes de familles recomposées, le Psikopat de ce mois sort un dossier aussi documenté que décapant. Bonnes idées et mauvais goût garantis ! Pour ne pas parler des BD's et dessins...

Vous y apprendrez aussi comment les Kometes vont relayer Dr Krospell, sans toutefois l'éradiquer...

Et puis, plein d'autres bonnes nouvelles à venir sous peu...

14/02/2012

Vive le GG 3 !

L'université de Genève s'est dotée d'un institut de génétique et génomique de Genève nommé iGE3 et inauguré en grande pompe la semaine passée. Il regroupe les meilleures compétences locales, depuis la biophysique des interactions cellulaires jusqu'à la clinique des maladies génétiques, la génétique des populations animales et humaines et leur évolution. Voici une entreprise prometteuse dans des domaines où l'uni a accumulé de nombreux succès de recherche depuis des décennies ! Je regrette seulement un sigle qui risque d'entraîner des confusions avec l'entreprise privée iGENEA qui vend à prix d'or sur internet, depuis Zürich, de prétendues expertises raciales relevant de ce que j'ai qualifié avec une indulgence coupable d' « astrologie génétique ». C'est pour éviter toute confusion avec cette officine, un produit Apple ou une réunion de tout-puissants que je propose le diminutif familier GG 3, plus euphonique !

Le fait que le premier dirigeant de l'entreprise ait un nom irrésistiblement grec doit être mis en rapport avec la sagesse antique et l'esprit d'entreprise des armateurs plutôt qu'avec l'actualité européenne...

Comme toute technique puissante, la génétique est potentiellement dangereuse si mise en de mauvaises mains et non contrôlée par des autorités indépendantes extérieures informées. Par précaution, le GG 3 a intégré un groupe d'éthique biomédicale expérimenté qui ne manquera pas de rappeler, en cas de besoin, l'histoire sinistre de nos disciplines, que j'ai évoquée le mois dernier sur

http://lecourrier.ch/dede

D'ailleurs, l'un des deux prestigieux conférenciers invités pour la séance d'inauguration, généticien clinicien, a fort opportunément rappelé que les traitements efficaces connus actuels des maladies génétiques devaient peu ou rien aux connaissances de pointe et avaient souvent été trouvés empiriquement par des cliniciens d'autres disciplines. Ce n'est pas que ces connaissances ne promettent pas des pistes médicales fructueuses à long terme, mais celles tentées à ce jour ont souvent plus d'inconvénients que de succès, sans même parler de coûts. Ce n'est pas la faute des chercheurs qui donnent tout ce qu'ils peuvent, mais qui se heurtent, sur les meilleurs projets, à des quantités de difficultés techniques imprévisibles. Seuls les technocrates et autres imbéciles croient que la recherche peut trouver à la demande et dans les délais impartis ! Quand un résultat est prévisible, par définition, ce n'est plus de la recherche que d'y arriver. Une petite idée à rappeler aux bureaucrates des organismes de recherche qui, depuis deux décennies, n'hésitent pas à demander les résultats « escomptés » des recherches et les applications à en attendre avant de financer les projets. On devrait systématiquement retoquer les demandes des chercheurs qui remplissent ces paragraphes !

Mais en fait, c'est souvent le contraire...

Autre discours, étonnant, celui de notre sympathique recteur qui s'est, à peu près, limité à faire un éloge dithyrambique de la compétition et de l'excellence et de leur promotion actuelle telle qu'on la fait ... en France et ... qu'on devrait la faire chez nous !

Alors là recteur, vous m'avez coupé le souffle...

Il serait bon que vous alliez d'un côté au-delà de Ferney-Voltaire pour voir la tiermondisation des universités gauloises et le naufrage d'une recherche française qui connut son heure de gloire du temps... de de Gaule, qui n'était pas spécialement gauchiste. Et puis, de l'autre, un peu au-delà de Morges où certaines stars de l'UNIL et de l'EPFL feraient passer le nabot de l'Elysée et sa pécresse pour de dangereux égalitaristes !

Au cas où vous auriez des doutes, je vous conseille de lire la pétition que font circuler les fondateurs de deux des plus grands instituts de recherche français en neurobiologie, pourtant un des domaines les plus favorisés de la recherche biomédicale française :

http://www.petitions24.net/halte_a_la_destruction_de_la_r...

Le mal ici dénoncé n'est ni français, ni suisse, ni même européen puisque c'est un système anglo-saxon à prétentions universalistes - en fait impérialistes avant tout ! - qui en est responsable à l'échelle mondiale. Le néo-libéralisme veut soumettre toute recherche et toute éducation au pouvoir de l'argent, qui ne tolère rien de se qui s'écarte de son moule idéologique ou qui innove contre les intérêts économiques du moment. Je ne vais pas écrire là dessus ici parce que Annick Stevens, philosophe à l'université de Liège et « chargée de cours » (en belge c'est le premier grade des professeurs plein temps titularisés) l'a remarquablement fait dans un texte accompagnant ... sa lettre de démission qu'elle m'autorise à reproduire ici. Lisez-le attentivement, c'est fort bien pensé et écrit, et cela vous explique pourquoi aucun des philosophes de référence de la pensée européenne ou aucun des grands découvreurs de notre histoire des sciences n'aurait la moindre chance d'être admis dans de telles institutions qui finissent d'étouffer les libertés académiques...

 

POURQUOI JE DÉMISSIONNE DE L'UNIVERSITÉ

APRÈS DIX ANS D'ENSEIGNEMENT

Par Annick Stevens

 

Plus que jamais il est nécessaire de réfléchir au rôle que doivent jouer les universités dans des sociétés en profond bouleversement, sommées de choisir dans l'urgence le type de civilisation dans lequel elles veulent engager l'humanité. L'université est, jusqu'à présent, la seule institution capable de préserver et de transmettre l'ensemble des savoirs humains de tous les temps et de tous les lieux, de produire de nouveaux savoirs en les inscrivant dans les acquis du passé, et de mettre à la disposition des sociétés cette synthèse d'expériences, de méthodes, de connaissances dans tous les domaines, pour les éclairer dans les choix de ce qu'elles veulent faire de la vie humaine. Qu'à chaque époque l'université ait manqué dans une certaine mesure à son projet fondateur, nous le lisons dans les critiques qui lui ont constamment été adressées à juste titre, et il ne s'agit pas de s'accrocher par nostalgie à l'une de ses formes anciennes. Mais jamais elle n'a été aussi complaisante envers la tendance dominante, jamais elle n'a renoncé à ce point à utiliser son potentiel intellectuel pour penser les valeurs et les orientations que cette tendance impose à l'ensemble des populations, y compris aux universités elles-mêmes.

D'abord contraintes par les autorités politiques, comme on l'a vu de manière exemplaire avec le processus de Bologne, il semble que ce soit volontairement maintenant que les directions universitaires (à quelques rares exceptions près) imposent la même fuite en avant, aveugle et irréfléchie, vers des savoirs étroitement utilitaristes dominés par l'économisme et le technologisme.

Si ce phénomène repose très clairement sur l'adhésion idéologique de ceux qui exercent le pouvoir institutionnel, il ne se serait pas imposé à l'ensemble des acteurs universitaires si l'on n'avait pas instauré en même temps une série de contraintes destinées à paralyser toute opposition, par la menace de disparition des entités qui ne suivraient pas la course folle de la concurrence mondiale : il faut attirer le « client », le faire réussir quelles que soient ses capacités (« l'université de la réussite » !), lui donner un diplôme qui lui assure une bonne place bien rémunérée, former en le moins de temps possible des chercheurs qui seront hyper productifs selon les standards éditoriaux et entrepreneuriaux, excellents gestionnaires et toujours prêts à siéger dans les multiples commissions et conseils où se prennent les simulacres de décisions - simulacres, puisque tant les budgets que les critères d'attribution et de sélection sont décidés ailleurs. De qualité, de distance critique, de réflexion sur la civilisation, il n'est plus jamais question. La nouvelle notion d'« excellence » ne désigne en rien la meilleure qualité de l'enseignement et de la connaissance, mais la meilleure capacité à engranger de gros budgets, de grosses équipes de fonctionnaires de laboratoire, de gros titres dans des revues de plus en plus sensationnalistes et de moins en moins fiables. La frénésie d'évaluations qui se déploie à tous les niveaux, depuis les commissions internes jusqu'au classement de Shanghaï, ne fait que renforcer l'absurdité de ces critères.

Il en résulte tout le contraire de ce qu'on prétend promouvoir : en une dizaine d'années d'enseignement, j'ai vu la majorité des meilleurs étudiants abandonner l'université avant, pendant ou juste après la thèse, lorsqu'ils ont pris conscience de l'attitude qu'il leur faudrait adopter pour continuer cette carrière ; j'ai vu les autres renoncer à leur profondeur et à leur véritable intérêt intellectuel pour s'adapter aux domaines et aux manières d'agir qui leur offriraient des perspectives. Et bien sûr j'ai vu arriver les arrivistes, à la pensée médiocre et à l'habileté productive, qui savent d'emblée où et avec qui il faut se placer, qui n'ont aucun mal à formater leur écriture pour répondre aux exigences éditoriales, qui peuvent faire vite puisqu'ils ne font rien d'exigeant. Hormis quelques exceptions, quelques personnes qui ont eu la chance d'arriver au bon moment avec la bonne qualification, ce sont ceux-là, les habiles médiocres, qui sont en train de s'installer - et la récente réforme du FNRS vient de supprimer les dernières chances des étudiants qui n'ont que leurs qualités intellectuelles à offrir, par la prépondérance que prend l'évaluation du service d'accueil sur celle de l'individu. Ces dérives présentent des variantes et des degrés divers selon les disciplines et les pays, mais partout des collègues confirment les tendances générales : concurrence fondée sur la seule quantité ; choix des thèmes de recherche déterminé par les organismes financeurs, eux-mêmes au service d'un modèle de société selon lequel le progrès humain se trouve exclusivement dans la croissance économique et dans le développement technique ; inflation des tâches administratives et managériales aux dépens du temps consacré à l'enseignement et à l'amélioration des connaissances. Pour l'illustrer par un exemple, un Darwin, un Einstein, un Kant n'auraient aucune chance d'être sélectionnés par l'application des critères actuels. Quelles conséquences pense-t-on que donnera une telle sélection sur la recherche et les enseignements futurs ? Pense-t-on pouvoir encore longtemps contenter le

« client » en lui proposant des enseignants d'envergure aussi étroite ? Même par rapport à sa propre définition de l'excellence, la politique des autorités scientifiques et académiques est tout simplement suicidaire.

Certains diront peut-être que j'exagère, qu'il est toujours possible de concilier quantité et qualité, de produire du bon travail tout en se soumettant aux impératifs de la concurrence. L'expérience dément cet optimisme. Je ne dis pas que tout est mauvais dans l'université actuelle, mais que ce qui s'y fait de bon vient plutôt de la résistance aux nouvelles mesures imposées que de leur application, résistance qui ne pourra que s'affaiblir avec le temps. On constate, en effet, que toutes les disciplines sont en train de s'appauvrir parce que les individus les plus « efficaces » qu'elles sélectionnent sont aussi les moins profonds, les plus étroitement spécialisés c'est-à-dire les plus ignorants, les plus incapables de comprendre les enjeux de leurs propres résultats.

Même les disciplines à fort potentiel critique, comme la philosophie ou les sciences sociales, s'accommodent des exigences médiatiques et conservent toujours suffisamment de conformisme pour ne pas être exclues de la bataille productiviste, - sans compter leur incapacité à affronter l'incohérence entre leurs théories critiques et les pratiques que doivent individuellement adopter leurs représentants pour obtenir le poste d'où ils pourront se faire entendre.

Je sais que beaucoup de collègues partagent ce jugement global et tentent héroïquement de sauver quelques meubles, sur un fond de résignation et d'impuissance. On pourrait par conséquent me reprocher de quitter l'université au moment où il faudrait lutter de l'intérieur pour inverser la tendance. Pour avoir fait quelques essais dans ce sens, et malgré mon estime pour ceux qui s'efforcent encore de limiter les dégâts, je pense que la lutte est vaine dans l'état actuel des choses, tant est puissante la convergence entre les intérêts individuels de certains et l'idéologie générale à laquelle adhère l'institution universitaire.

Plutôt que de s'épuiser à nager contre le courant, il est temps d'en sortir pour créer autre chose, pour fonder une tout autre institution capable de reprendre le rôle crucial de transmettre la multiplicité des aspects des civilisations humaines et de stimuler la réflexion indispensable sur les savoirs et les actes qui font grandir l'humanité. Tout est à construire, mais il y a de par le monde de plus en plus de gens qui ont l'intelligence, la culture et la volonté pour le faire. En tous cas, il n'est plus temps de perdre ses forces à lutter contre la décadence annoncée d'une institution qui se saborde en se trompant d'excellence.

Annick Stevens,

Docteur en philosophie,

Chargée de cours à l'Université de Liège depuis 2001.

 

01/02/2012

Des maths, de la presse, des grossesses et accouchements...

Cela fait quelque temps que je vous ai abandonnés, à force d'écrire et travailler ailleurs ! Espérons que le nouveau mois me laissera plus de temps. On peut rêver !

Je sors d'un colloque où pendant deux jours, à l'UNESCO, les plus grands mathématiciens français et quelques autres se posaient cette question troublante : Mathématiques pour tous ?

On peut être touché de voir des médailles Fields, super élite parmi seulement 100 000 matheux à travers le monde, vouloir atteindre les sept milliards de non-matheux par la grâce et l'élégance de leur discipline. Alors ils font quoi ? ...

Ils font une superbe exposition d'Art contemporain pleine de formes et de couleurs sur lesquelles on a peint, dessiné, imprimé les plus jolies formules, incompréhensibles  même au prof de maths qui amène ses potaches ... à la fondation Cartier, emblème du haut luxe parisien ! Car il s'agit de sensibiliser, pas d'apprendre, de donner du plaisir sans effort...

Je crains que les ados du 9-3 ou du 9-5, comme on dit dans les banlieues abandonnées soient peu sensibles, même s'ils croient venir à la fondation Quartier ! Comme quoi, l'intelligence des formules ne va pas forcément avec le sens du public. Cela dit, je partage tout à fait l'idée qu'en prenant les maths par d'autres bouts que la trique ou l'art pédant, on arriverait à les faire aimer. Si vous voulez en savoir plus, rendez-vous ce mercredi dans Le Courrier ou sur :  http://lecourrier.ch/dede

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Grossesses et accouchements : c'est le dossier du mois du Psikopat tout juste sorti des rotatives. Vous vous doutez que ce n'est que poésie, romantisme et délicatesse, tant dans l'image que dans les textes. Je m'y suis personnellement posé une question inhabituelle qui semble faire réagir les mamans :

Et si l'accouchement n'était qu'une illusion ?

Bon, vous n'êtes pas d'accord ?

Figurez-vous que je m'y attendais un peu !

Mais lisez donc d'abord et on en reparlera quand vous connaîtrez mes arguments...

 

 

Pour tout vous avouer, j'ai été un peu énervé de lire en compte rendu général des blogs que plusieurs blogueurs s'émerveillaient du festival de mensonges surréalistes du sinistre guignol de l'Elysée. Que ce laquais d'une poignée de grands patrons cupides qu'il subventionne pour délocaliser les entreprises, monopoliser les médias, liquider tous les services publics dont l'éducation, spéculer sur tout et détourner les bénéfices émerveille la place des Vosges en faisant payer la casse aux travailleurs et aux chômeurs ne m'étonne guère. Mais, à l'heure où les hauts fonctionnaires les plus serviles retournent de plus en plus leur veste, il convient de rappeler que le chômage en France, qu'il prétendait ramener à 5% pendant son mandat est officiellement à plus de 10, sans compter les magouillages de décompte selon de "nouvelles méthodes" qui en dissimulent une grande partie, que la précarité et la misère ne cessent de croître dans l'hexagone, comme dans toute l'Europe néo-libérale, où le nombre de morts dûes à la première vague de froid se sompte déjà en centaines. Il faudrait faire un charter pour envoyer les Sarko et les Wade qui saignent les pauvres au profit des super riches rejoindre leurs compères Ben Ali et Moubarak. Pour le reste on se passera des Islamistes ! Si vous voulez d'autres opinions et par la même occasion en apprendre de belles sur l'histoire de la colonisation et du racisme organisés par le sabre, la science et le goupillon, rendez-vous dans le Siné mensuel tout frais qui, dès la couverture, a l'avantage de la clarté en détournant la plus célèbre citation du distingué petit président des français. Nos politiques ne sont pas tous meilleurs, mais leurs niaiseries et leurs cynismes se diluent heureusement dans un système sans monarchie...

 

SM06_01_COUV-bassedef.pdf

00:58 Publié dans méli-mélo du jour | Tags : presse, maths, grossesse, accouchement, sarkozy, ... | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |