24/04/2013

François Jacob : souvenirs personnels

Pour l’étudiant que j’étais du temps de son prix Nobel, François Jacob était un monstre sacré que l’on pouvait apercevoir de loin, noyé dans la foule, lors d’une conférence prestigieuse. C’était surtout l’auteur de La logique du vivant, l’un des livres qui m’ont le plus marqué dans ma quête sur l’histoire de la vie et la nature humaine. J’y retrouvais le hasard et la contingence, rencontrés lors de mes études de biologie, qui relativisent le rôle de la sélection naturelle, mais surtout l’idée du « bricolage évolutif » qui fait que les êtres vivants ne sont pas des prototypes parfaits issus des dernières technologies apparues dans l’histoire de la vie, mais sont des assemblages de bric et de broc de caractères nouveaux et de vieilles combines archaïques, conservées indéfiniment parce qu’elles permettent aux lignées qui les portent de satisfaire les deux conditions de la sélection naturelle : survivre assez pour procréer et procréer assez pour survivre.

Et puis, après pas mal de recherches et une grande exposition réalisée grâce à de nombreux collègues du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, je publie un essai*. Quels ne furent pas mon bonheur et ma stupéfaction de découvrir, en première page du Monde une recension élogieuse de mon livre signé du prix Nobel ! Ce fût aussi l’occasion de le rencontrer, moins dans ses bureaux à l’Institut Pasteur ou au Collège de France, que dans les médias, puis à titre privé, longtemps après, par suite de contingences. La plus passionnante de nos interactions fût la préparation et l’enregistrement d’un débat télévisé d’une heure sur l’évolution, pour une chaîne de télévision de qualité mais relativement confidentielle. La préparation avait été minutieuse, de son fait, mais deux différences de sensibilités apparaissaient. D’une part, suite à un long combat gagné contre les vieux biologistes de l’université, il se battait encore pour la reconnaissance de la biologie moléculaire. Pour moi, elle avait, à juste titre mais parfois excessivement, conquis le devant de la scène. D’autre part lui, le « bricoleur de l’évolution », était encore très « sélectionniste », bien que moins que feu son compère Monod. Bien qu’amoureux des colibacilles, puis des souris, François Jacob connaissait bien mieux la génétique humaine que la plupart de ses collègues médecins et maîtrisait la biologie évolutive qu’ils ignorent souvent. Sinon, nous étions d’accord sur les conséquences philosophiques de l’état de la biologie, ainsi que sur de nombreuses issues idéologiques et politiques qui nous firent nous rencontrer souvent dans des instances et débats discutant d’éthique biomédicale ou de lutte contre le racisme. Il est vrai que nous n’avons jamais parlé d’armées et de guerres ensemble, des thèmes sur lesquels nous ne risquions pas de tomber d’accord…

 

Vous trouverez ailleurs de nombreux éloges et historiques de sa vie et de sa carrière remarquable. Ils portent sans doute moins que ces souvenirs personnels sur certaines de ses qualités, rares à ce niveau et à l’âge qu’il a atteint : un sens de l’écoute  et une attention très critique, la rigueur intellectuelle, bien sûr, mais aussi un grand sens de l’humour, souvent féroce. J’ai peut-être eu de la chance, mais je me souviens de lui presque toujours souriant ou riant. Même quand il me demandait, parfois avec une certaine insistance, comment il se faisait que sa fille, éditrice, « n’avait pas encore réussi à m’arracher un bouquin », contrairement à la plupart de ses collègues et amis. La réponse était évidente : les affinités et empathies ne sont pas plus héréditaires que les talents, selon un thème qui nous était cher et commun ! Mais la courtoisie, tant vers elle que vers lui, ne me permettait guère de le préciser… Il faut dire aussi qu’être enfant d’un personnage aussi prestigieux, célèbre et énergique n’est pas facile et que la médiatisation et les responsabilités aussi lourdes que celles qu’il a assumées pendant sa longue carrière ne facilitent pas les vies familiales…

 

*Le sexe et l’innovation, éd. du Seuil.

 

19/04/2013

L'archange m'a visité et épitaphé !

Recevoir des lettres d'injures et de menaces quand on écrit ce que je pense des religions, de la politique et de la droite plus ou moins extrême est banal. Mais ce que j'ai écrit sur Thatcher - note précédente - m'a valu le plus original et délicat des commentaires du genre. A en juger par le style pas très chébran (il conclut, cf ci-dessous, en me disant "merde" après m'avoir traité de "grand con") et le fait qu'il n'a pas trouvé d'astuce pour passer outre le fait que les commentaires soient fermés, il s'agit apparemment d'un monsieur d'un âge certain, méritant peut-être un certain respect, on sait jamais ! Dans une longue prose que je vous épargne, notre senior en colère insinue qu'être contre Thatcher, c'est être pour les généraux tortionnaires argentins. Genre les ennemis de nos ennemis sont nos amis, ce qui prouve qu'il en est resté aux oppositions selon Lévi-Strauss et n'a pas encore réalisé - c'est sans doute trop tard ! - la multi-dimensionnalité du monde, en général, et en politique en particulier. Ce n'est pas parce que Thatcher s'est retrouvée opposée aux tortionnaires de Videla pour une querelle territoriale où d'ailleurs l'Angleterre a tous les torts (les quelques centaines de résidents anglais des Malouines n'ont rien d'une population aborigène ayant des droits sur la terre) que Calamity Margaret n'est pas, comme eux, une hypernationaliste d'extrême droite et sans scrupules pour avoir envoyé de jeunes anglais à la boucherie, sans parler des jeunes argentins, sans doute inexistants à ses yeux !

Je traite le papy d'archange parce qu'il signe anonymement et courageusement "Gabriel C." (non, je ne ferai l'hypothèse grossière qu'il aurait sans doute faite sur la suite du C.. s'il avait été mien !), mais parce que c'est aussi un poète, ce que je respecte encore plus, même si ses vers ne me sont pas particulièrement favorables...

Papy Gabriel, je vais te décevoir : ton mail m'a fait plaisir et le temps passé à versifier me touche plus que le sens des mots. Les hommages des amis sont difficiles à distinguer des flatteries. Mais ceux des ennemis sont une véritable reconnaissance, bien plus objective !

 

 

 Fin de la prose et vers de l'archange :

"...j'irai déposer l'épitaphe qui suit sur votre tombe:

Le professeur André Langaney, toute sa vie,
Sans rémission, fut un grand con.
Et si volaient tous ceux affligés par ce don,
Il aurait assurément été chef d’escadrille.

Dédé se prenait pour un puits de science
Sans jamais réaliser un seul instant
Contre toutes les marées et tous les vents,
Qu’il n’était que vanité, mépris et suffisance.

Car enfin, à prendre les autres pour des imbéciles,
Il n’a mis finalement en évidence,
Que sa propre vacuité et son intellectuelle indigence,
Des qualités aussi stériles que débiles.

La moralité de sa triste vie,
Toute professorale fut-elle
Est que sa pensée ne fut empreinte que de bagatelles,
De triste vanité, niaiserie et forfanterie.

Et dans l'au-delà, on ne peut que lui souhaiter
De rencontrer des esprits plus élevés
Que le sien, qui, mazette,
Se traînait au niveau des pâquerettes.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Professeur, mes salutations affligées et méprisantes. Et puis, pour en ajouter une couche, je vous dis merde.

Gabriel."

13/04/2013

Trash Thatcher !

Margaret Thatcher est certainement l'une des pires criminelles de guerre et de paix de l'histoire contemporaine. Il est particulièrement odieux que cette va-t-en guerre, semeuse de misère et destructrice du lien social et des solidarités dans son pays comme dans le reste du monde soit honorée à titre posthume comme une gloire nationale et internationale alors qu'elle méritait au mieux le tribunal pénal international et la fosse commune. Je ne peux donc que vous relayer l'appel ci-dessous que je viens de recevoir et dont j'ai résumé, ci-dessus, ce qu'il détaille dans la langue de Shakespear et de cette ignoble pétasse... De Napoléon à Staline ou Kennedy, il est temps d'arrêter de rendre hommage aux pires salauds de l'histoire !


Remember the victims of Thatcherism. Protests on 13 and 17 April.

Giving Thatcher a £10 million ceremonial funeral is an insult to all those who suffered from her policies and actions.

Thatcher was responsible for the destruction of communities and the decimation of industry, sending in troops and police to beat the unions into submission.
She openly played the race card, promoting the view that Britain was ‘swamped’ with immigrants, and sent her police force to harass and attack black communities until the inner-cities burned.
She backed police corruption at Hillsborough, attacking Liverpool fans for the deaths of their children.
She called Nelson Mandela a terrorist, but funded Pol Pot and welcomed Augusto Pinochet to tea, ignoring the untold people tortured and killed in Cambodia and Chile.
To win an election she jumped on the chance to go to war with Argentina, leaving the blood of teenage soldiers on the shores of the Falklands.

The woman who did all this is not worthy of respect, not even in death.
She has no right to be buried with honours, as she had no honour, no decency, no honesty and no compassion.
We will not forget her crimes. We will not allow the glorification of Thatcher to go unchallenged.

And this is about more than one woman. Beyond her individual crimes, Thatcher was part of something much bigger, a tide of rampant free market capitalism that is still tearing our world to pieces. Thatcher, Reagan, Bush, Blair, Cameron, Obama and the rest are the cheerleaders for capitalism, a system of greed and destruction that causes austerity, war, poverty, and crisis.

The establishment and media are trying to cover up Thatcher's crimes, as the state spreads scare stories about police clampdowns and pre-emptive arrests. But we are not scared. For our communities, for our loved ones, for ourselves and for our planet, we need to make our voices heard.

Come to Trafalgar Square on Saturday 13 th, and next Wednesday17 th in London, in Glasgow, in Sheffield, in Liverpool, in all of the towns and cities hit by Thatcherism, let's take to the streets. Talk to your friends and neighbours, organise protests in Central London and wherever you are.

No more Thatchers. No more capitalism.

***

Stop G8 is organising a week of action and events in London from June 10 to 14, including the #J11 Carnival Against Capitalism on June 11.
Our aim is nothing less than the destruction of capitalism, a system that is literally killing us. Capitalism means unemployment, cuts, and the rise of fascism in the “West”; poverty, colonialism, brutal exploitation in the “Third World”.
Capitalism is war and famine for profit, private prisons, police checks, CCTV to keep us scared and controlled.
It is a system that robs our lives of meaning and beauty, puts our dreams and our dignity up for sale, and risks the very future of our planet.

We are ready to fight, Join Us!

https://network23.org/stopg8
@StopG8UK