11/07/2017

Sciences et lectures d'été

Nous vivons dans un monde désorganisé par la médiatisation de n’importe quoi et l’incitation permanente à la paresse intellectuelle. Pourquoi se fatiguer à observer, comprendre, déduire pour aboutir à des incertitudes quand les marchands, les prêtres, les politiques, les charlatans et les astrologues vous proposent des « vérités » toutes faites, que l’on peut répéter avec l’arrogance dont on est capable, sans avoir à se justifier par autre chose qu’un vu à la télé, lu sur internet ou entendu en rumeur prioritaire ? Si le citoyen de base avait une formation critique élémentaire en philosophie, histoire et sciences, aucune publicité commerciale n’aurait le moindre effet, aucune religion « révélée » ne réussirait à conserver ses paroissiens. Les partis politiques contrôlés par l’argent privé perdraient leurs électeurs, les médecines parallèles leurs victimes, tandis que les jeux d’argent disparaîtraient.

Nous en sommes bien loin quand les dirigeants des plus grands pays du monde, à l’exception d’une partie de l’Europe et, dans une certaine mesure, de la Chine, s’opposent à des conclusions scientifiques consensuelles au nom de dogmes financiers, religieux, pseudo-économiques ou politiques. Au point, dans les cas, extrêmes comme celui de la Turquie ou des USA, de démembrer ou restreindre un enseignement scientifique existant pour laisser libre cours aux intolérances fondamentalistes. Cf. Science en danger dans le Courrier du 4/7 passé.

La plupart des chercheurs en sciences, la tête dans le guidon, n’ont pas encore réalisé à quel point leur activité indépendante se restreint et est menacée par la conjonction des intérêts privés à court terme, des prescriptions religieuses et politiques, des superstitions et des sarcasmes des pires médias. Laquelle tend à faire passer les connaissances scientifiques au mieux comme incompréhensibles et ennuyeuses, au pire comme inappropriées, relatives ou blasphématoires. L’arrogance positiviste des scientifiques ou pseudo-scientifiques médiatisés n’arrange rien à l’impopularité actuelle de la profession. Paradoxalement, la grande force de la science est la modestie de ses propositions et sa réfutabilité, bref l’aptitude à douter de soi. Mais cela devient une faiblesse dans les médias où le temps est court et où l’invective l’emporte à tous les coups sur la réflexion. Où l’autocritique, au lieu d’être perçue comme signe d’honnêteté est traitée comme preuve d’incompétence ou d’ignorance. Ce qui explique aussi que des scientifiques et pseudo-scientifiques parmi les moins rigoureux et les plus péremptoires squattent les écrans et les ondes.

Charlie au labo.jpgPour sortir un peu de ce marécage, je vous recommande vivement « Charlie au labo », qui regroupe les meilleures chroniques d’Antonio Fischetti dans le journal du même nom, aux Editions Belin, magnifiquement illustrées par les dessins hilarants de Loïc Faujour. Vous y verrez que les résultats sciences peuvent être parfois simples, compréhensibles pour tous, intéressants ou drôles, et que l’autocritique de la science n’est ni un aveu, ni un suicide, mais sa grande force face à tous les irrationnels qui l'attaquent. Vous vous méfierez seulement de quelques dérives liées à la sensiblerie animalière de l’auteur et à son indulgence coupable pour la psychanalyse…

 

couv299.jpgParmi les parutions régulières remarquables disponibles en numéros doubles d’été, ne manquez pas le Psikopat « spécial bricolage », qui vous rappelera avec humour moulte drames familiaux, ni un Siné Mensuel plein de jeux intelligents, de dessins et de nouvelles que vous ne lirez pas ailleurs...

 

 

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