31/08/2013

UNIFORMES GROTESQUES

Je prenais le tram à Carouge, vers dix huit heures, habillé de saison : T'shirt, pantalon de toile, nu- pieds. Normal en été quoi ! Soudain, je me retrouve cerné de zombis : costards anthracite de mauvaise qualité, froissé au bas du dos, chemises se relâchant après un jour de guichet, cravates "note de couleur" mauve pisseux pour les originaux, nœud bleu de travers pour la plupart. La piétaille d'UBS et de Pictet singeait ses dirigeants qui, eux, ne prennent pas le tram. Qualité de l'étoffe ou du cuir en moins... On comprend pourquoi ces milieux, comme les politiques qui leur obéissent, tiennent tant à la conscription et au service militaire. L'armée, après tout, ce n'est pas très cher pour conditionner une génération à s'habiller uniformément mal et à obéir aveuglément aux ordres les plus aberrants, surtout si c'est surtout payé, à prix d'or et de Gripen, par ces imbéciles de petits contribuables ! Dans ces conditions, on devrait demander aux banques et  au patronat de financer l'armée, comme organisme de formation professionnelle de leur personnel, et dispenser de service militaire quiconque ne se destine pas à une carrière de bon à tout faire en uniforme au service du grand capital...

Bon, vous avez compris, je ne suis pas pour l'armée et encore moins pour la conscription et c'est vraiment désintéressé parce que je ne suis plus concerné. J'ai donné bien d'autres arguments, et des plus graves, dans Le Courrier de jeudi dernier. Vous les retrouverez sur le mode sérieux à :

http://www.lecourrier.ch/dede

Les choses n'ont pas changé depuis Albert Einstein, Brassens, Ferré ou Renaud. Nos idées non plus ! Alors il reste à renouveler la façon de les présenter jusqu'à la victoire sur la stupidité galonnée et les exploiteurs néo- lib !

06/08/2013

Pourquoi les chats ne sont pas verts ?

C'est la question amusante posée par un ou une cher-chère auditeur-trice de la RTS et que l'on m'a fait suivre sous cette forme : 


Pourquoi ne voyons-nous pas d'animaux (par exemple des chats) avec des poils de couleur verte? Alors qu'à priori cela pourrait leur donner un avantage lorsqu'ils chassent dans les champs.

Il m'a semblé que cette question posait de vrais problèmes fondamentaux, tant dans le domaine de la biologie que dans ceux de la politique et de la psychologie.

Pourquoi ?

Et bien vous le saurez sous peu, pour peu que la canicule vous laisse l'énergie de cliquer sur :

http://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/animaux-et-plantes/5117248-pourquoi-ne-voyons-nous-pas-d-animaux-par-exemple-des-chats-avec-des-poils-de-couleur-verte-alors-qu-a-priori-cela-pourrait-leur-donner-un-avantage-lorsqu-ils-chassent-dans-les-champs.html



19/07/2013

LE STRIP TEASE DU JOUR !

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09/07/2013

Voulez-vous jouer avec moi, cet été ?

SM22_CouvOK.jpegEt si l’on riait un peu avec le retour d’un soleil tant attendu ?

Siné mensuel part en vacances à la plage avec, entre les œuvres magistrales de Bob Siné et de notre grand Poussin vacances,humour,lecture,sciences,vin,politique,littérature,dessin de pressede presse, une foule de jeux : l’irrésistible jeu de lois de notre économiste atterré Concialdi, un fabuleux guide des meilleurs pinards et des meilleurs producteurs illustré par le grand chef, le quizz cinéphile de Bouyxou et mon quizz de biologie hilarante, le tout illustré par la crème décapante de nos illustres dessinateurs qui se lâchent, dans leurs pages comme dans les nôtres, et puis des nouvelles aussi inédites que décalées des auteurs que vous lirez rarement ailleurs. Un énorme numéro double, qui vous tiendra en haleine et pliés de rire pendant des heures pour le prix de même pas un hamburger…

De quoi se retrouver pétant le feu et très méchants à la rentrée !

Communiqué SM22.pdf



27/06/2013

L’ « excellence » se mérite-t-elle ?

Un club un peu fermé et très élitiste décide de consacrer un numéro de sa revue "L'Archicube" au thème, pour eux nombriliste, "Mérite et excellence", plutôt envahissant dans nos sociétés de compétition.

Oh surprise, ils me demandent d'écrire là-dessus !

Voici donc ce que ça a donné, un peu à contrepied de ce qu'y ont écrit un général, un évêque, un président et trois ratons-laveurs... (référence en bas du texte)





L’ « excellence » se mérite-t-elle ?

 

Vivre pour quoi ?

Le prophète de la sociobiologie, Edward O. Wilson, commence l’un de ses pires ouvrages (réf.3) par une remarque triviale, mais importante :

« L’espèce (humaine) n’a pas de but en soi. »

Ce n’est pas la peine d’en lire plus, mais on peut partir de là pour parler des buts réels ou supposés des êtres vivants, humains compris !

 

La sélection naturelle n’a pas de but

Dans la nature, rien de rationnel n’assigne une finalité à notre existence ; ni à celle de n’importe quelle autre espèce. Pourtant nous choisissons, en général, de continuer à vivre, et essayons de prolonger nos sociétés, nos populations, nos cultures au delà de nos vies. Nos comportements individuels sont guidés, comme ceux d’autres animaux, par des centres nerveux qui poussent à l’action, l’orientent ou l’inhibent. Ils en analysent les effets sous forme de plaisir et de douleur, de récompenses et de punitions. Mémorisées, ces informations affectives modifient les motivations ultérieures face à des situations semblables de l’environnement. Ainsi, entre motivations « innées », « instinctives », internes et apprentissages par essai-erreur, gérés par le système récompense-punition, les animaux remplissent les deux conditions nécessaires de la sélection naturelle : survivre et procréer. Les espèces qui y faillirent une seule fois ne sont pas parvenues jusqu’à nous. N’observant que des espèces qui ont survécu, au moins un certain temps, nous avons a posteriori l’impression qu’elles, ou leurs membres, avaient un but, un projet : celui de durer dans le temps. Il s’agit, bien sûr, d’un biais d’observation !

 

Transmission, apprentissage, tradition

Les espèces sociales utilisent l’interaction entre parent et enfant ou entre pairs, pour d’autres types d’apprentissage, à partir de l’expérience des générations précédentes. L’élevage des jeunes par une mère, un père, un couple ou une communauté est l’occasion d’apprentissage par récompenses-punitions pratiquées par les congénères. Ce qui transmet des traditions par des processus de renforcement, positif ou négatif, et produit des variations de répertoires de comportements entre populations d’une même espèce, même si elles ont des patrimoines génétiques semblables et vivent dans des milieux identiques. Ces traditions, que beaucoup de biologistes n’hésitent plus à qualifier de « culturelles », malgré la réprobation des sciences humaines, portent aussi bien sur l’exploitation des ressources du milieu que sur des variations locales des interactions entre les individus ou entre les sexes.

L’apprentissage par imitation entre jeunes et parents ou pairs semblait l’apanage des vertébrés à sang chaud – certains oiseaux et surtout des mammifères. Mais la découverte des neurones miroirs, par lesquels un animal perçoit le comportement d’un autre, ses conséquences et y accorde le sien, fournit un mécanisme qui, s’il est général, explique la transmission horizontale de savoir-faire et de traditions comportementales (la transmission « horizontale » par les pairs est opposée à la transmission « verticale » selon les généalogies). Des systèmes de neurones miroirs, ou équivalents, sont nécessaires pour régir les comportements synchronisés des animaux, qu’il s’agisse de pariades sexuelles, de déplacements en bancs ou en vols ordonnés des poissons ou des oiseaux, du tango argentin, de ballets ou de jeu d’orchestre.

 

L’inné, l’acquis, l’appris

L’apprentissage par répression-récompense, et plus encore par imitation, permet une modification bien plus rapide des comportements d’une population que la transmission verticale par le patrimoine génétique, l’essai-erreur dans l’environnement et la sélection naturelle. Il permet d’adapter bien plus vite les populations qui le pratiquent à des changements rapides du milieu. Mais il comporte un risque important d’échec par une seule interruption, toujours possible, de l’apprentissage, bien moins fiable que la transmission génétique. Quand des comportements appris conditionnent la survie d’une population, l’apprentissage doit être « sécurisé », en particulier pour les comportements de fuite, alimentaires ou de reproduction. Par exemple, les éthologistes ont montré que, chez des oiseaux et, de façon moins stéréotypée et réversible, chez des mammifères, l’« objet maternel » et le futur « objet sexuel », définissant les comportements filiaux et reproducteurs à venir d’un individu, sont appris pendant deux périodes sensibles successives. Les canetons identifient à vie l’objet maternel treize heures après l’éclosion de l’œuf pendant une heure de temps qui se passe habituellement sous la mère couveuse. Chez les mammifères, la période sensible est plus longue et plus floue, mais se passe normalement auprès d’une mère allaitante. Quant à l’objet sexuel, qui conditionnera les futurs comportements, il est aussi appris par une « empreinte » post natale, plus tardive. L’une comme l’autre de ces empreintes peut être détournée au profit d’objets maternels aberrants (robot plastique ou poule pour des canetons, Konrad Lorenz pour des oies, soigneurs pour des mammifères) ou d’objets sexuels ne permettant pas la procréation (modèle en plastique sonorisé pour des poussins mâles, individus de même sexe ou d’espèces différentes). Si les conditions de la vie sauvage permettent rarement la répétition de tels détournements – la sélection naturelle veille ! -, la captivité provoque souvent des « erreurs » d’empreinte compromettant la survie, la procréation ou les futurs comportements maternels. Par exemple dans le cas fréquent où des soigneurs humains sont objets d’empreintes inappropriées.

L’expérience des grands singes captifs, en particulier de l’orang-outan Wattana (élevée avec des bonobos, elle avait appris leurs mœurs !) montre que leurs comportements sexuels sont appris, au-delà de l’empreinte, et suivent des traditions de leurs espèces ou de ceux avec qui ils sont élevés (réf.2). Des traditions culturelles flexibles et non des réponses stéréotypées à des contraintes génétiques ou physiologiques innées, contrairement à une opinion trop répandue. Ce qui amorce ce que l’on observe chez les humains : une indétermination biologique des orientations et des comportements sexuels, hors peut-être de rares cas, et leur détermination par l’éducation, la culture, l’histoire de la vie de chacun –chacune et ses contingences. Ce point de vue n’est pas l’opinion dominante dans le monde anglo-saxon, où tradition « héréditariste » et opportunisme judiciaire ont, en particulier, conduit à des publications contradictoires présentant de prétendues « preuves » d’une détermination innée – génétique pour les uns, physiologique pour les autres - de l’orientation sexuelle humaine.

 

 

Les cultures

L’absence de projet inné de l’espèce humaine et de ses proches parentes animales impose la régulation par l’apprentissage des comportements de survie et de procréation. Chez les humains parvenus jusqu’à nous, éducation et culture ont assuré ces conditions, ainsi que celle de la reproduction de la culture. Les sociétés traditionnelles assuraient, tant bien que mal, la survie jusqu’à la procréation et la procréation, en général en contrôlant la sexualité. En plus, elles assuraient la reproduction de leurs cultures. Les systèmes politiques et religieux les plus fréquents sont souvent basés sur un pari démographique et sur le prosélytisme, bienveillant, contraint ou guerrier, quitte à perdre une partie de la population.

Les prescriptions culturelles, à travers leurs justifications mythologiques ou idéologiques, vont bien plus loin, dans le détail, qu’il n’est nécessaire au maintien de la population et à la poursuite de la civilisation. Elles manifestent souvent une intransigeance totale vis à vis de variantes équivalentes, qu’il s’agisse de traditions de déguisement improbables ou d’activités cultuelles insolites, dont l’effet sur la reproduction et la transmission n’a rien d’évident. Ce qui débouche, au mieux sur des compétitions permanentes, au pire sur des guerres. L’histoire et l’actualité nous saturent d’exemples ! Il en résulte, dans les cultures dominantes, un culte de l’hégémonie et de la compétition que leurs adhérents appliquent souvent en tout contexte, même inapproprié. A l’intérieur de la même population on oppose, on classe, on hiérarchise les sexes, les genres, les classes sociales, les élèves, les professions, les régions, les villes, les artistes, les clubs sportifs, les écoles, les hôpitaux,… comme si tout problème, tout choix relevait de la compétition. Partout, on veut des « meilleurs », décrétés meilleurs parce que proclamés tels. Bref, on reprend la version Spencer de la théorie de la sélection naturelle : la survie des plus aptes, qui sont les plus aptes parce qu’ils ont survécu, et l’élimination des autres… Imparable tautologie qui néglige ce que l’on sait de la sélection naturelle : la condition de survie est une condition de seuil minimal d’aptitude, pas d’optimisation de celle-ci ; la condition de procréation l’emporte sur elle, le plus souvent ; et les meilleurs reproducteurs, « gagnants » de la fécondité différentielle, ne sont pas une élite (parfois le contraire, comme le notait Malthus !). Surtout, d’autres facteurs que la sélection sont plus importants dans l’évolution des populations peu nombreuses de grands primates, humaines ou non (migrations, dérive génétique, hasards de la recombinaison génétique, contingences de l’histoire et de l’évolution culturelle).

 

Un peu d’histoire des sciences et de politique

La théorie de la sélection « naturelle » fût prise comme argument en faveur de doctrines politiques à la fin du 19ème siècle. Le marxisme stalinien en fit, comme de la génétique, une « science bourgeoise », un épouvantail ; mais Engels et Marx y avaient cherché la justification de la lutte des classes. Dans l’entourage de Charles Darwin, outre son ami Herbert Spencer, Francis Galton, son cousin, et Léonard Darwin, son fils, furent les promoteurs du « darwinisme social », qui voulait améliorer l’espèce humaine par la sélection et donna naissance au mouvement eugéniste. Pour son bien-être futur, ce mouvement voulait changer l’humanité, comme les espèces domestiques, par le choix des reproducteurs et, dans ses formes dures, par l’élimination des prétendus inaptes ou peu performants. La génétique, balbutiante et mal comprise par la plupart, était aux premières loges du projet. Les laboratoires anglo-saxons et allemands s’intitulaient indifféremment laboratoire d’eugénique ou de génétique, si ce n’était les deux à la fois, comme le célèbre laboratoire de Cold Spring Harbor, fondé par Charles Davenport à New York. Un fondateur qui, avec la fondation Rockefeller, fût plus tard l’inspirateur du Kaiser Wilhelm Institut d’anthropologie et eugénique nazi, où s’illustrèrent Eugen Fischer, Otmar von Verschuer et Josef Mengele. Soixante mille personnes furent stérilisées aux Etats Unis sur des critères allant jusqu’à la misère sociale ou l’alcoolisme des parents, autant dans la petite Suède, « état-providence » ! Bien sûr, ce n’était que de l’eugénisme tiède : ces bienfaiteurs de l’humanité laissaient l’eugénisme fort – génocide, solution finale et choix des reproducteurs - à leurs amis nazis.

 

Les idéologies d’aujourd’hui : un lourd passé

La fin de la deuxième guerre mondiale fit classer l’eugénisme dans le camp du mal, sans extirper ses présupposés idéologiques, ni surtout les idées qu’il véhiculait. Ce n’est pas un hasard si James Watson, prix Nobel un peu usurpé pour la double hélice, et un temps successeur de Davenport à la direction de Cold Spring Harbor, s’est illustré par des déclarations sur les noirs rappelant la ségrégation raciale ou les écrits de Murray et Herrnstein, conseillers de Reagan. Ces derniers réactualisèrent les études falsifiées de Jensen sur les « comparaisons raciales d’intelligence ». Un beau monde qui fit partie du Pioneer Fund (qui, depuis l’entre deux guerres « promeut le développement de la race blanche » aux USA) et/ou de l’extrême droite du parti républicain.

 

L’héréditarisme

L’idéologie héréditariste, qui sous tendait l’eugénisme, vient de loin : elle veut que qualités et défauts humains soient transmis inflexiblement des parents aux enfants. Elle a produit les théories du « sang bleu » et de l’élitisme aristocratique, encore en vogue aujourd’hui. C’était un alibi imparable pour justifier les ségrégations sociales et l’endogamie des élites, le refus des « mésalliances ». La découverte par Weismann, en 1896, des conséquences de la recombinaison génétique, qui casse la transmission des parents aux enfants de manière aléatoire, aurait dû y mettre fin. Mais les élites concernées se crispèrent sur le succès de la reproduction sociale par la création d’un système éducatif à plusieurs vitesses, dont les établissements les plus performants étaient inaccessibles aux autres. C’est dans ce système que nous vivons encore aujourd’hui, malgré la recomposition des élites et des coups médiatiques douteux, comme « les banlieues à Sciences Po », qui, avec l’ENA, aura du mal à pratiquer démocratie et promotion sociale. L’archicube Bourdieu n’est plus là, mais ses travaux restent d’actualité quand la ségrégation sociale va de la famille, la crèche, l’école maternelle à l’ENS.

Le capitalisme sauvage a imposé l’héritage des biens fonciers et des outils de production, s’inspirant des castes de l’ancien régime où l’on héritait terres, locaux, techniques et savoirs -faire par voie généalogique. Ces pratiques ne sont plus à l’ordre du jour, hors cas marginaux, en période de révolutions technologiques. Mais nous vivons sous les lois qu’elles ont inspirées. Un héréditarisme culturel, tout aussi fallacieux, double donc l’héréditarisme biologique. Ce dernier se traduit dans le monde anglo-saxon, par la recherche de « causes génétiques » à tous les comportements animaux et humains. On invente les gènes de l’intelligence, le chromosome du crime ou des rabbins Cohen, les gènes de l’homosexualité ou de  l’infidélité conjugale. Rien ne nous est épargné dans les autoproclamées « meilleures revues scientifiques internationales », avec pour points communs des erreurs d’échantillonnage et des interprétations statistiques falsifiées. Ces résultats spectaculaires, souvent en couverture au mois de juillet, ne sont guère reproduits, mais courent dans la société, propulsés par des communiqués de presse et des pseudo sciences comme la « sociobiologie » et la « psychologie évolutionniste ». Pour faire court, celles-ci se résument à un principe « ultra darwiniste », aussi faux que simple : tout comportement observé dans la nature n’existe que parce qu’il maximise le succès reproducteur des gènes de son porteur, qui le déterminent. Allez donc rechercher l’optimisation du succès reproducteur dans l’insémination « en trolleybus » de petits insectes comme les machilis ou dans l’homosexualité humaine !

 

Les systèmes éducatifs

Le projet révolutionnaire de l’égalité des chances n’a cessé d’être remis en question et détourné, y compris par Jules Ferry ! Quand Alfred Binet, au début du siècle précédent, imagine un test pour détecter en deux heures, plutôt qu’en une année d’échec, les élèves incapables, dans l’état, de suivre l’instruction publique obligatoire, c’est pour leur apporter l’assistance qui leur fera rattraper le peloton. Mais les grands savants de Stanford s’en emparent peu après, le bricolent pour que les résultats se répartissent selon une courbe de Gauss et s’intéressent à l’autre queue de la distribution, artificiellement créée, où ils voient l’« élite ». Ou bien à la moyenne, qui permettra les comparaisons raciales que l’on sait, aux Etats Unis de la ségrégation raciale. Et la pratique confirme cette obsession : on investit presque tout dans la formation d’élites, le moins possible dans celle des masses et quasi rien dans celle des handicapés sociaux ou physiques. La science est derrière pour appuyer cela. Une interprétation aberrante de Malthus prétend qu’il faut limiter la reproduction du peuple et encourager celle des élites (dans la version intégrale de l’Essai sur le principe de population, Malthus veut comprendre les mécanismes par lesquels Dieu nous entraîne vers la catastrophe du Jugement dernier et la résurrection des morts. Loin de lui l’idée de s’opposer à la volonté du Seigneur pour le bien de ses paroissiens, comme le lui font dire, de façon absurde, les exégèses « malthusiennes » !).

Les tests de QI sont basés sur des performances très dépendantes de la culture et de ses énormes variations, selon les classes sociales et le sexe en particulier. L’intelligence est proclamée « génétique à 80% », rumeur basée, à la fois sur une interprétation idiote de la notion d’héritabilité et sur une mesure de corrélations de QI dans un grand échantillon de jumeaux monozygotiques étudiés et publiés par Sir Cyril Burt et une collaboratrice. Une enquête minutieuse de Leon Kamin (réf 1) a montré que l’échantillon improbable en question n’a jamais existé, pas plus que la collaboratrice qui était censée avoir fait le travail ! Comme il est bien évident que l’intelligence ne peut bien se développer que dans un cerveau en bon état et dans un milieu favorable, je me rallie de longue date à la formule du regretté Jean-Michel Goux, pour qui il était évident que l’intelligence, pour peu que l’on puisse la définir, est « 100% génétique et 100% due au milieu ! ». Prétendre mesurer la part de ces « composantes » en interaction permanente est dépourvu de sens, même si une analyse de variance ou un coefficient de corrélation mal compris peuvent en donner l’illusion mathématique à des esprits déconnectés du réel…

 

Excellence, élitisme, mérite et éducation

L’alibi de l’élitisme est de reconnaître et former les meilleurs pour les mettre aux commandes pour le plus grand bien de tous. Comme si les compétences techniques se doublaient d’altruisme ! Dans le système  fermé et endogame que représente l’enseignement de qualité dans le monde néolibéral, on exclut le plus grand nombre, de fait ou en probabilité, des chances d’y être intégré. Ce ne sont pas de rares exceptions, quelques « partis de rien », qui masquent l’héritabilité accablante, en France, du passage par les « très grandes » écoles, en Angleterre ou aux Etats Unis par les universités les plus prestigieuses et les plus chères. On se prive de la plus grande partie du recrutement potentiel, donc de la possibilité de trouver « les plus aptes », en admettant que le concept ait un sens. Dans un système où l’argent conditionne tout, la monomanie de l’élite et de l’excellence conduit à tout classer, les humains comme les projets, selon des échelles linéaires uniques, en négligeant la complexité et les dimensions multiples des critères d’évaluation ; à déclarer excellents ceux que les relations, la médiatisation, la propagande et les magouilles ont placés sur le dessus de la pile. Et à ne pas recruter ou financer la masse des autres. Depuis Sarkozy et successeur, et leurs exigences d’excellence et de compétitivité partout, les recrutements et les budgets de la recherche fondamentale, hors quelques niches protégées et quelques projets « excellents » se sont effondrés, ou bien ont été réorientés vers la recherche en entreprise. Sur laquelle il serait vain de prendre une position générale, mais qui fonctionne parfois de bien étrange façon, eu égard à ses objectifs déclarés.

Il en résulte que les promus de notre système d’éducation et de recherche n’ont pas souvent mérité leurs promotions et que la plupart des méritants sont tenus à la porte, pour cause de ségrégation sociale, dès le plus jeune âge.

Le plus étonnant, c’est que ce système marche encore un peu, mais au prix fort et pour des résultats médiocres !

 

Références

 

Leon Kamin (1974) The Science and Politics of IQ, LEA, Potomac.

André Langaney (2012) Ainsi va la vie, éd Sang de la terre, Paris.

Edward O. Wilson (1979 ) On Human Nature, Harvard Univ. Press.

 

in L'archicube n°14 - 01-06-2013   "Mérite et excellence"

23/05/2013

Le roman des races de Nancy Huston et Michel Raymond*

Dans un article du Monde** qui provoque quelques remous dans le Landernau parisien, la romancière Nancy Huston et Michel Raymond, grand prêtre de la sélection naturelle à l’Institut des sciences de l’évolution à Montpellier, renvoient à leurs études, avec un même mépris et pour cause de déviations idéologiques, aussi bien les généticiens des populations qui ont démontré depuis un demi siècle que le concept de race n’est pas opérationnel dans les populations humaines que les chercheurs en sciences humaines qui refusent les approches biologiques des comportements humains. Et ceci au moment où le parlement français vote des textes éliminant le terme race des textes juridiques.

L’article est bien écrit, mais son argumentation relève plus de la fiction, dont la romancière est spécialiste, que des sciences de l’évolution et de la biologie des populations humaines dont Raymond se voudrait le nouveau prophète en réhabilitant de vieux errements. On matraque que des faits sont incontournables, mais ils ne correspondent en rien aux paradigmes actuels des sciences concernées. On utilise l’analogie comme preuve dans l’argumentation, sans se demander si elle est pertinente. Enfin et surtout, on passe sous silence des connaissances bien établies qui cassent le réquisitoire. Reprenons donc les principales failles d’un raisonnement dont l’objectif clair et unique est de démontrer que « oui, les races humaines existent », comme les sexes, et que les généticiens et anthropologues qui prétendent le contraire sont aussi stupides et bornés idéologiquement que les imbéciles de parlementaires français qui ne veulent plus que les juges parlent de races en condamnant le racisme et qui autorisent en même temps un mariage homosexuel contre nature.

L’article passe totalement sous silence les trois plus grandes découvertes de la génétique évolutive et de la génétique des populations humaines au cours du siècle passé :

1)   dans toute espèce se maintenant uniquement par voie sexuée, tout individu est génétiquement unique, ce qui rend toutes les populations concernées très hétérogènes et lie toute subdivision de ces espèces au choix de critères plus ou moins arbitraires, selon leurs subdivisions et leur diversité génétique

2)   dans l’évolution des espèces, le hasard et les contingences de l’histoire jouent très souvent un rôle qui l’emporte à court terme sur les déterminismes à long terme de la sélection naturelle. Si celle-ci a un rôle majeur en éliminant le non viable et le non fécond, des gènes potentiellement avantageux sont éliminés par le hasard ou la dérive génétique, en particulier dans le cas des populations de relativement faible effectif, ce qui est le cas de tous les grands mammifères, dont les humains. Ceci ne permet donc pas à la sélection naturelle d’ « adapter » parfaitement les populations et d’ « optimiser » les caractères concernés comme les « sociobiologistes » et les « psychologues évolutionnistes » prétendent qu’elle le fait

3)   les modèles théoriques de Gustave Malécot et les études empiriques de la génétique des populations humaines (Morton, Cavalli-Sforza, etc…) ont établi que les migrations sont de beaucoup le facteur essentiel – le plus rapide et le plus intense – de l’évolution des fréquences des gènes et de la structure des populations. Il est démontré que les migrations, chez les humains préhistoriques comme chez la plupart des espèces, ont été conditionnées pour l’essentiel par la distance géographique des lieux de résidence, produisant une répartition continue des gènes et des populations en « gradients » de variation à travers les continents. Plus on vivait proches, plus on se ressemblait par les fréquences des gènes et des caractères quand on ne se déplaçait qu’à pied. Ces répartitions ont bien sûr été perturbées par l’hétérogénéité géographique et écologique des milieux, par la sélection relativement rapide de quelques caractères comme la couleur de peau, la stature, la morphologie, par la réponse aux pathogènes locaux, ainsi que par les nombreuses contingences de l’histoire.

D’un bout à l’autre de l’article du Monde, on parle de « groupes humains », dont on veut faire des races, des variétés ou des sous-espèces par analogie avec – je cite – les chiens, les girafes, les chimpanzés, les mésanges bleues et les … ratons laveurs ! On peut être surpris de voir un biologiste universitaire cosigner cet inventaire de Prévert où l’on mélange les races de chien créées artificiellement par les humains avec des variétés mal définies d’oiseaux et des sous espèces de girafes ou de chimpanzés bien séparées depuis longtemps dans l’espace et qui représentent des espèces en formation. Contrairement à ce que prétendent les auteurs, rien de tel n’existe chez les humains actuels dont aucune population n’a été isolée assez longtemps pour parvenir à de tels stades de différenciation. Il est aussi démontré, depuis peu, que les néandertaliens, dont on voulait autrefois faire au moins une race séparée, sinon une espèce distincte n’étaient qu’un maillon un peu isolé du réseau génétique humain. Le séquençage des génomes a même démontré que, depuis leurs derniers ancêtres communs d’il y a sept à neuf millions d’années, les ancêtres des gorilles, chimpanzés et humains ont continué à s’hybrider en Afrique pendant sans doute plusieurs millions d’années. Prétendre dans ces conditions, comme le font les auteurs, que les « races humaines » actuelles vont devenir des espèces différentes est donc une pure aberration !

Les auteurs jouent donc sur la complexité de la diversité biologique des humains qui, bien que considérable, ne se prête pas à des classifications raciales parce qu’il n’y a pas de frontières biologiques entre les populations. Ces dernières s’interpénètrent et varient de manière continue d’un bout à l’autre de la planète. On peut bien sûr faire des découpages en mettant des limites arbitraires aux populations et aux valeurs d’un ou plusieurs caractère physique ou génétique choisis tout aussi arbitrairement. Mais alors on n’obtient pas les mêmes classifications « raciales » selon les limites que l’on attribue aux populations et selon les caractères choisis. C’est ainsi que l’ «anthropologie physique » coloniale a décrit, dans des milliers d’articles et de livres, de deux à plus de quatre cent « races humaines », où les deux mêmes populations se retrouvaient réunies ou séparées selon les choix personnels du « savant ». Une situation évidemment très différente de celle des trois sous espèces de grands chimpanzés qui, séparées géographiquement et génétiquement depuis longtemps, font l’objet d’un consensus entre les primatologues : il n’y a pas d’ambiguïté dans l’attribution d’une population sauvage à l’une de ces sous espèces, même si ces dernières ont gardé la possibilité de s’hybrider entre elles si on les réunit.

Je ne m’attarderai pas beaucoup ici sur la confusion que le verbiage populiste de l’article tente d’introduire par une analogie forcée proclamant que les races humaines seraient aussi factuelles que les sexes et leurs individus aussi irréductibles les uns aux autres. Cette analogie est dépourvue de sens et vise surtout à déconsidérer la notion de genre et l’introduction dans les programmes de l’éducation nationale française de son enseignement. Il s’agit donc de faire un coup double politique en attaquant deux mesures qui n’ont rien à voir, sinon d’arriver en même temps. Est-il encore nécessaire de rappeler ici que la notion de genre, qui correspond à la construction sociale et psychologique de l’identité sexuelle, n’est en rien une négation de sa construction génétique et physiologique, qui intervient avant et pendant, les deux s’influençant réciproquement ***. Les féministes de toute obédience politique apprécieront la justification de la poursuite des discriminations arbitraires que cette confusion appelle.

Sur les races, comme sur le sexe, les auteurs ne font que tenter de recouvrir d’une caution scientifique les positions politiques de l’extrême droite ou d’une partie de l’establishment scientifique anglo-saxon. Un positionnement qui, en matière de races, a même été désavoué, voici une douzaine d’année, par la décision des juges de la très conservatrice cour suprême étasunienne lorsqu’ils ont décidé que désormais chaque citoyen déclarerait sa race et pourrait, éventuellement en déclarer plusieurs. Une manière élégante et discrète, pour des juges nommés en majorité par Reagan et les Bush père et fils, de confirmer que la « race » était affaire d’arbitraire social et non de réalité biologique !

 

*qui « n’a pas inventé la roue » mais n’hésite pas à inventer des faits

** http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/17/oui-les-races-existent_3296359_3232.html

*** cf par exemple mon bouquin « Le sexe et l’innovation » éd. Du Seuil 1979/1987

 

 

 

 

24/04/2013

François Jacob : souvenirs personnels

Pour l’étudiant que j’étais du temps de son prix Nobel, François Jacob était un monstre sacré que l’on pouvait apercevoir de loin, noyé dans la foule, lors d’une conférence prestigieuse. C’était surtout l’auteur de La logique du vivant, l’un des livres qui m’ont le plus marqué dans ma quête sur l’histoire de la vie et la nature humaine. J’y retrouvais le hasard et la contingence, rencontrés lors de mes études de biologie, qui relativisent le rôle de la sélection naturelle, mais surtout l’idée du « bricolage évolutif » qui fait que les êtres vivants ne sont pas des prototypes parfaits issus des dernières technologies apparues dans l’histoire de la vie, mais sont des assemblages de bric et de broc de caractères nouveaux et de vieilles combines archaïques, conservées indéfiniment parce qu’elles permettent aux lignées qui les portent de satisfaire les deux conditions de la sélection naturelle : survivre assez pour procréer et procréer assez pour survivre.

Et puis, après pas mal de recherches et une grande exposition réalisée grâce à de nombreux collègues du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, je publie un essai*. Quels ne furent pas mon bonheur et ma stupéfaction de découvrir, en première page du Monde une recension élogieuse de mon livre signé du prix Nobel ! Ce fût aussi l’occasion de le rencontrer, moins dans ses bureaux à l’Institut Pasteur ou au Collège de France, que dans les médias, puis à titre privé, longtemps après, par suite de contingences. La plus passionnante de nos interactions fût la préparation et l’enregistrement d’un débat télévisé d’une heure sur l’évolution, pour une chaîne de télévision de qualité mais relativement confidentielle. La préparation avait été minutieuse, de son fait, mais deux différences de sensibilités apparaissaient. D’une part, suite à un long combat gagné contre les vieux biologistes de l’université, il se battait encore pour la reconnaissance de la biologie moléculaire. Pour moi, elle avait, à juste titre mais parfois excessivement, conquis le devant de la scène. D’autre part lui, le « bricoleur de l’évolution », était encore très « sélectionniste », bien que moins que feu son compère Monod. Bien qu’amoureux des colibacilles, puis des souris, François Jacob connaissait bien mieux la génétique humaine que la plupart de ses collègues médecins et maîtrisait la biologie évolutive qu’ils ignorent souvent. Sinon, nous étions d’accord sur les conséquences philosophiques de l’état de la biologie, ainsi que sur de nombreuses issues idéologiques et politiques qui nous firent nous rencontrer souvent dans des instances et débats discutant d’éthique biomédicale ou de lutte contre le racisme. Il est vrai que nous n’avons jamais parlé d’armées et de guerres ensemble, des thèmes sur lesquels nous ne risquions pas de tomber d’accord…

 

Vous trouverez ailleurs de nombreux éloges et historiques de sa vie et de sa carrière remarquable. Ils portent sans doute moins que ces souvenirs personnels sur certaines de ses qualités, rares à ce niveau et à l’âge qu’il a atteint : un sens de l’écoute  et une attention très critique, la rigueur intellectuelle, bien sûr, mais aussi un grand sens de l’humour, souvent féroce. J’ai peut-être eu de la chance, mais je me souviens de lui presque toujours souriant ou riant. Même quand il me demandait, parfois avec une certaine insistance, comment il se faisait que sa fille, éditrice, « n’avait pas encore réussi à m’arracher un bouquin », contrairement à la plupart de ses collègues et amis. La réponse était évidente : les affinités et empathies ne sont pas plus héréditaires que les talents, selon un thème qui nous était cher et commun ! Mais la courtoisie, tant vers elle que vers lui, ne me permettait guère de le préciser… Il faut dire aussi qu’être enfant d’un personnage aussi prestigieux, célèbre et énergique n’est pas facile et que la médiatisation et les responsabilités aussi lourdes que celles qu’il a assumées pendant sa longue carrière ne facilitent pas les vies familiales…

 

*Le sexe et l’innovation, éd. du Seuil.

 

20/03/2013

L’horreur coloniale française s’aggrave encore à Mayotte

Un nouveau pas dans l’horreur vient d’être franchi dans les atteintes aux droits humains, en particulier à ceux des enfants, dans l’île de Mayotte, soustraite illégalement à la République des Comores pour être « départementalisée » à la frouze malgré les condamnations de l’ONU. Contre toutes les lois françaises et européennes – mais Mayotte ne connaît que des dérogations sous le système « Balladur-Sarkozy-Hollande-Valls » - la sous-préfecture prend désormais en compte les dénonciations de mahorais-collaborateurs visant à faire expulser les enfants comoriens « non français » scolarisés, et si possible leurs parents « en situation irrégulière ». Ceci pour avoir voulu continuer à vivre dans une île où ils s’étaient souvent installés du temps de la libre circulation dans les Comores et où parfois ils étaient eux-mêmes nés. L’arrestation dans les classes d’enfants « en situation irrégulière » sur dénonciations « citoyennes » ne manque pas de rappeler des souvenirs sinistres de la seconde guerre mondiale. Au delà des milliers de morts des transits « clandestins » entre Anjouan et Mayotte, il est incroyable que cette situation insupportable et ces exactions administratives d’un autre âge ne soient pas dénoncées depuis des années dans les médias français et européens. Plus d’informations dans le document joint.

Mayotte, 1er département vichyste.docx

21/02/2013

Les chimpanzés de Christophe et Hedwige Boesch

20327758.jpgCe n'est pas tous les jours que je vous encouragerai à aller voir une production Disney lancée par une grosse machine publicitaire digne du pire d'Hollywood. Mais la filiale Disney Nature, qui a déjà pris des rateaux à vouloir présenter des animaux tels qu'ils sont plutôt que des Bambis humanisés, nous montre dans son film Chimpanzés des images d'un intérêt et d'une qualité exceptionnelle. On y observe, en vrai, ce qui était décrit depuis des années dans les publications scientifiques de Jane Goodall, Christophe et Hedwige Boesch et tous leurs confrères : l'utilisation d'outils, la chasse, les conflits violents, la tendresse des soins des adultes aux jeunes. Des images que seuls des initiés avaient vues, sous forme de vidéos, médiocres le plus souvent, et qui nous confrontent tous à l'"humanité" de nos plus proches parents animaux. Cinquante ans de travail des chercheurs, des décennies de patience pour se faire accepter par des animaux extrêment farouches et accessoirement dangereux, trois ans de tournage dans des conditions inhumaines sous le contrôle sévère des chercheurs, nous offrent un spectacle qui nous interroge directement sur ce que nous sommes et ce que nous faisons à ces cousins troublants. Alors certes, Disney n'est pas une ONG humanitaire, ni chimpanzéitaire et doit rentabiliser son investissement. On a donc censuré - au montage seulement j'espère - tout ce qui était sexe, violence et cruauté de la chasse et des combats. On a donné des petits noms aux animaux - comment les identifier autrement ? Les chercheurs sont les premiers à le faire ! - et tout est fait dans le commentaire pour susciter l'empathie en humanisant "Oscar" et ses amis, ou en rendant le chef de bande ennemi encore plus patibulaire qu'il ne l'est. Le cinéma n'est pas la vérité mais la fiction quand il doit vendre des billets pour vivre. On sait très bien que les films animaliers intégristes ou austères comme les admirables "Le territoire des autres" et "La griffe et la dent" de Bel et Vienne, ou même certains Nuridsany-Perrenou se sont plantés, malgré des images à couper le souffle, parce que le spectateur moyen n'y comprenait rien et ne s'y identifiait pas. C'est pourquoi je pardonne volontier un commentaire omniprésent et moins débile que je ne craignais, qui a fait dézinguer le film à un immonde gratte-papier du journal Le Monde, qui en a fait une critique aussi snob et méprisante que déplacée. Prouvant qu'il méprise autant le public que les animaux et n'a même pas su reconnaître que la musique était bonne, drôle et judicieuse !

Mon seul regret est que l'on ne rende pas l'hommage qui convient à ceux à qui ce film doit tout : Christophe et Hedwige Boesch qui ont passé une grande partie des quatre dernières décennies à courir après les chimpanzés dans l'"enfer vert" de la forêt de Taï en Côte d'Ivoire, malgré les pluies, les dangers, les braconniers, les guerres, Ebola et quelques autres "détails" désagréables. Espérons que les bonus du DVD rattrapperont un peu cet oubli fâcheux.

28/11/2011

Défi science : le Conseil d'Etat irresponsable !

 

Psiko 237 Impérialisme US 01.jpgD'abord, une info qui n'a rien à voir : la parution d'un délicat dossier sur l'impérialisme américain, plus d'actualité que jamais, dans le Psikopat du mois à venir. Et j'anticipe vos protestations : ce n'est pas à moi mais aux kiosquiers et à leurs chefs qu'il faut vous plaindre si vous ne trouvez pas le Psiko en Suisse romande. Et comme râler est souvent peu efficace, vous feriez mieux de vous abonner : c'est comme cela que l'on fait vivre les journaux qui ne servent pas la soupe aux commerciaux et aux impérialistes !!

Bon, on en revient à notre sujet local du jour : l'idée débile de restreindre encore l'enseignement des sciences au Cycle d'orientation genevois dans une société où l'absence de formation scientifique de base devient un handicap grave dans la vie quotidienne...

Nous sommes cernés par des réalités relevant de la science et de la technique. Pas un pas sans traverser des ondes d'antennes radio ou téléphoniques, des nuages de pollen avec traces d'OGM, des gaz d'échappement, sinon des retombées d'isotopes venant de Fukushima ou Tchernobyl.

Certes, ce n'est plus la vie du paléolithique, où il fallait déjà connaître les racines comestibles ou toxiques et les mœurs des lapins, des mammouths et des merles quand on avait faim.

Mais l'accumulation des connaissances et des techniques rend chaque jour ce monde plus compliqué et exige des décisions politiques éclairées.

En démocratie bourgeoise, le peuple souverain est censé décider, surtout chez nous où il a droit de référendum, au moins en dernier recours.

Mais comment décider si l'on n'y comprend que couic ?

Comment voter sur le nucléaire si l'on ne sait pas ce que sont un atome ou une radiation ? Si l'on ne sait pas que nous sommes constitués de particules et provoquons des rayonnements à chaque geste ? Comment voter sur les OGM, si l'on ne sait pas ce qu'est un gène ou une mutation ? Si l'on ignore qu'un humain, un animal ou une plante sont faits de molécules fabriquées par des gènes qui mutent au fil de radiations... même à trou-du-cul la campagne !

Faut-il se fier à l'avis des autres, comme aux confesseurs de jadis ? Faire confiance, à la tête du client, au politique ou au journaliste. A Charles Beer et son air triste de communiant innocent ? A Decaillet, bon élève énergique et sans nuances, ou à Leutard, qui semble propre et en ordre ? Est-ce que ça garantit de bonnes décisions sur l'énergie, la liberté d'expression ou l'éducation ? Bien sûr que non !

La seule solution démocratique, c'est donc d'apprendre avant de voter, en particulier à l'école, pendant le tronc commun, primaire et secondaire, au cycle d'orientation, en particulier.

Or justement, en matière d'enseignement au cycle, le Conseil d'Etat vient de renier les engagements du susdit Charles Beer pour 8% d'horaires scientifiques, en petits groupes pour mieux comprendre. Il a opté pour 6%, soit deux fois moins que les autres pays de l'OCDE où 12% ne sont déjà pas trop ! Vous me direz que la tendance est la même dans presque tout l'Occident. Ce n'est pas une raison pour être résigné et faire des économies sordides dans notre pays plein de pognon.

Car il n'est pas besoin de chercher loin pour trouver l'origine d'une décision aussi aberrante : supprimer des heures, et des heures qui coûtent plus cher que d'autres en salaires et en matériel, c'est faire de petites économies au profit du budget du grand argentier Vert. C'est casser l'investissement à long terme - pas rentable en politique ! - pour faire des « économies » qui pourraient peut-être satisfaire les exigences des financiers néolibéraux qui contrôlent tout. Tandis qu'ailleurs on se craint pas de se livrer à d'énormes investissements grotesques dans de grands travaux inutiles, des cadeaux de fait au patronat ou de soutenir les errements de l'art contemporain. Du point de vue des Verts, pas de problème : leur propagande grossière centrée sur les grands problèmes à dimensions scientifiques passe mieux si le public n'y comprend rien et vote à l'émotion plutôt qu'en connaissance de cause. Et les socialistes, qui devraient être de gauche et intransigeants sur l'éducation et la préparation de l'avenir ? Il en reste peut-être un ou deux, mais sûrement pas au Conseil d'Etat...

Si vous ne voulez pas que Beer et Hiler continuent à renvoyer nos enfants au paléolithique, je vous conseille la pétition ci -dessous contre cette forfaiture.

 

http://www.petitionenligne.ch/petition/donnons-les-moyens...

In Le Courrier du 23-11-2011

 

 

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29/10/2011

La vie, c'est chimie !

A l'heure où la démagogie verte, prétendue abusivement de gauche, a commencé à faire long feu aux élections fédérales, il est temps de sortir des slogans sentimentaux et inexacts pour reparler sérieusement des problèmes politiques liés aux questions d'environnement. Bref, de faire une écologie politique qui respecte autant les connaissances scientifiques que notre cadre de vie.

Mais on ne peut faire cela qu'avec des citoyens assez cultivés pour sortir de la dialectique religieuse du bien et du mal et être ouverts à toutes les argumentations raisonnées concernant les avenirs réellement possibles. Or, depuis des années, la propagande écolo "new age" procède par slogans imbéciles genre La nature c'est bien, La chimie c'est mal, Le soleil c'est bien, Le nucléaire c'est mal, Le poireau bio, même à la Migros, c'est bien, Les tomates OGM, c'est mal, ... Même si la vie n'est qu'affaire de chimie, d'atomes et de recombinaisons génétiques naturelles, si le soleil est une gigantesque machine nucléaire naturelle et si la nature est pleine de poisons, de toxiques chimiques et de multiples dangers plus que naturels.

Bien sûr, si vous rappelez ces évidences dans une quelconque assemblée, vous vous faites traiter d'agent pourri de Monsanto, Areva, Novartis et Firmenich, voire de militariste fanatique, même si vous n'avez jamais cessé de soutenir publiquement le GSSA, de voter contre les avions et l'armée, de dénoncer les usages irresponsables du nucléaire et des OGM et de condamner l'omerta scientifique et le grand banditisme des multinationales...

Alors, pour parler raisonnablement du monde de demain et essayer de trouver des freins à la course à la misère et à la mort de nos sociétés, il faut cesser de parler dans le vide d'économie et d'écologie, et revenir aux fondamentaux : que sont la vie et les humains, où vont la démographie, les consommations et les ressources, comment diriger pour mieux partager.

Et pour, d'abord, dire un peu moins de bêtises sur la vie, tout en s'amusant, je ne saurais trop vous recommander l'excellent No 7 de Drosophile journal de science amusant ET sérieux, courageusement intitulé : "La vie, c'est 100% chimique".

Droso La vie, c'est chimie !.jpegPuisque je suis dans les recommandations, je dois aussi vous signaler le dernier Psikopat et son dossier sur "Les chasseurs" dont la couverture, bien gore, ravira tous les juniors...

01 - copie.jpg

18:26 Publié dans éducation | Tags : vie, chimie, nucléaire, enseignement, culture, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

28/04/2008

"Economie- Suisse" : maffieux ou crétins ?

Après nous avoir gratifiés, il y a quelques années d'une campagne pour l'augmentation des taxes universitaires, nos patrons des patrons voudraient, cette fois-ci, offrir des études gratuites aux prétendus "surdoués". Le "chef économiste" (sic) Rudolf Minsch aurait pourtant déclaré à 20 minutes que "seules les taxes d'études élevées incitent à obtenir une meilleure performance", ce qui semble contradictoire : ne craint-il pas que la gratuité pousse ses "surdoués" à la paresse et ne vaudrait-il pas mieux, dans sa logique, les faire payer plus, puisque, de toute façon, ils sont assez malins pour trouver les fonds !
Trêve de stupidités ! Je ne m'étendrai pas sur le fait, bien documenté, que les tests de QI par lesquels on prétend détecter les surdoués détectent au mieux le retard mental, les névroses maniaques et certaines performances qui relevent en partie de l'entraînement et en partie de la conformité socio- culturelle. Ce ne sont en aucun cas des mesures objectives, fiables et répétables d'aptitudes permanentes.
L'idée de privilégier encore ceux qui auraient des dons de naissance et de handicaper encore ceux qui n'ont que leur travail pour réussir est, par contre, aussi idiote que cynique. Elle n'aboutirait qu'à privilégier encore plus outrageusement ceux qui ont déjà tout pour réussir et à éliminer les talents que les handicaps sociaux dissimulent.
La meilleure façon de reconnaître les meilleurs, qu'il faut placer où la société les rendra les plus utiles au bien commun, consiste à donner à tous, au départ, des chances, aussi égales que possibles. Puis à sélectionner, par le mérite et non par une psychométrie aberrante, ceux qui auront la possibilité de continuer. Enfin de leur donner les moyens de le faire, quelle que soit leur origine sociale.
Dans une société déjà très perturbée par la marchandisation de l'enseignement élémentaire et secondaire, des universités et hautes écoles publiques, accessibles à tous et sélectives sont les seules institutions susceptibles de réunir les critères d'efficacité et de justice sociale.
Les attaques incessantes du patronat et de politiques néo-libéraux, dont certains de nos voisins de blogs, contre ces institutions, en particulier par la revendication inepte de taxes universitaires beaucoup plus élevées, viennent de deux soucis : d'abord créer des structures privées concurrentes et financièrement rentables, ce qui n'est pas possible face à des institutions publiques quasi-gratuites. Il s'agit donc de démanteler et marchandiser l'enseignement supérieur comme on l'a déjà fait, en partie, pour les enseignements primaire et secondaire. Ensuite, pour certains, de focaliser les contributions publiques vers les rejetons d'une élite économique et sociale déjà bien trop privilégiée. Le "Toujours plus" de François de Closet, en somme !
Quant à la contradictoire "Gratuité pour les surdoués", ne doutons pas une seconde qu'il s'agirait de poudre aux yeux, pour faire croire que la sélection serait au mérite et non par l'argent. Bref, d'un argument plus cynique et maffieux que stupide !

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11/03/2008

La religion et moi ...

   Mes parents étaient "catholiques non- pratiquants", contrairement à une grand mère normande et patronne de bistrot, laquelle ne ratait pas une messe du dimanche, ni les vêpres des grandes occasions. Elle gagnait des "indulgences plénières" de quelques jours en baisant le pied baveux de la statue de Saint Pierre, se confessait scrupuleusement et communiait quand il le fallait. Tout petit, elle me traînait parfois à la messe de son village où elle me forçait à me lever- asseoir, sans cesse, et à baisser la tête sans regarder à la sonnette de l'élévation, l'un des seuls moments intéressants. Ne parlons pas des cantiques en latin que ces pratiquants du patois normand chantaient d'après leur missel, sans y comprendre d'autres mots qu'amen et surtout "ité michaesse" qui, manifestement, signifiait pour eux "Tous au bistrot, café-calva et dominos" ! L'offense à la musique des cantiques en latin patoisé était grave : à côté de ce que l'on entendait, la fanfare du village ou la musique militaire étaient des sommets de l'art ! Quant au sens, les interrogations perfides que je faisais subir à ma pauvre grand'mère la faisaient rougir de confusion : elle ne comprenait strictement rien de ce qu'elle chantait avec tant d'entrain...
    La religion de mes parents était uniquement festive. Par obligation, pour les enterrements, et pour le plaisir, lors des communions ou des mariages. Seules comptaient vraiment les repas de fête et les bals qui clôturaient ces événements. La cérémonie religieuse était le prix à payer, pour eux, auquel s'ajoutait, pour moi, le catéchisme. On m'expliqua que je devais avoir de bonnes notes, pour que l'on puisse faire la communion et le banquet.
    Bon élève presque partout, je fus vite premier en catéchisme, même si je partais de rien, au contraire de la plupart de mes condisciples. Mais ces histoires de romains et d'orientaux, si loin dans le temps et l'espace ne me disaient rien : les évangiles et la bible me paraissaient ennuyeux et dépourvus du moindre intérêt. Néanmoins, suivant le principe de Blaise Pascal, chanté par Brassens, je fis semblant de croire et bientôt je crus ! Les vibrations des grandes orgues, les jolies filles pieuses du "caté." et les vapeurs d'encens, que je sniffais avec délectation, n'y étaient pas pour rien ... A l'époque, le cocktail Led Zeppelin- cannabis n'était pas encore disponible !
    Ma foi naissante et fragile avait été mise à rude épreuve à plusieurs reprises. D'abord quand l'abbé féroce du catéchisme nous avait suggéré de mettre des cailloux pointus dans nos chaussures, pour faire pénitence après je ne sais quel péché véniel. Marchant déjà bien mal après un accident et mettant parfois trois quarts d'heure pour faire un kilomètre au retour de l'école, je souffris un maximum avant de me faire engueuler, à juste titre, à l'arrivée, parce que les cailloux du curé sadique avaient percé mes chaussettes ! Et puis quand, le dimanche après ma communion, abandonnant mon roman policier, je pris ma veste et mon béret (eh oui, les jeunes, comme le Che !) pour aller à la messe, je fus interpellé par mon père en pyjama :
        - Qu'est-ce que tu fais ?
        - Ben je vais à la messe, comme d'habitude ...
        - Mais t'as fait ta communion la semaine dernière !
        - ...
    Après quarante seconde de flottement métaphysique, je décidai que mon père avait raison, que je n'avais plus aucune raison de souffrir le dimanche pour marcher jusqu'à l'église et je replongeais avec délices au lit dans mon polar !
    Quelques années plus tard, après m'être consolé dans Brassens de la dureté du monde, j'étais devenu le pire des paroissiens et ne croyais définitivement plus en de quelconques divinités, ni à une vie post- mortem que rien de sérieux ne confirmait.
    Je décidais alors d'écrire au curé pour réclamer mon excommunication d'une religion où l'on m'avait fait entrer par erreur, sans consentement éclairé, le jour de mon baptême. En réponse le saint homme m'envoya une lettre quasi injurieuse prétendant qu'il n'y avait pas de procédure semblable dans l'église catholique et m'accusant de trahir mes pauvres parents qui avaient tant fait pour m'élever dans la foi chrétienne et le respect du seigneur !
    Il me semblait bien sûr totalitaire et scandaleux de me contester le libre choix revendiqué, de me refuser ce que l'on accorde au moindre hérétique ou blasphémateur, et dérisoire de mêler, sans savoir, mes pauvres parents à une histoire strictement personnelle. Fallait-il pisser dans un bénitier, ou comme dit le juron du Québec, toaster une hostie, pour que ces chrétins reconnaissent ma liberté de penser ?

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18/12/2007

IAM, l'Egypte et le racisme

   Je les avais rencontrés peu de temps après le MIA, il y a presque 20 ans, au hasard d'un plateau de télé. Akhenaton, leur leader, m'avait assailli de questions sur ce que je pensais des théories de Cheikh Anta Diop, illustre archéologue sénégalais, devenu, malgré lui puisque déjà mort, idole des rappeurs, vers Chicago. Ce qui était un exploit pour un francophone ! Pour résumer brutalement, ce collègue était considéré comme ayant démontré que la décadence de la civilisation égyptienne correspondait à la prise de pouvoir de pharaons blancs aux dépens des premiers pharaons, supposés noirs. Et que la probable origine africaine des humains modernes faisait que, ayant évolué plus longtemps comme humains modernes, les Africains noirs seraient plus civilisés que les Européens blancs. J'avais fait remarquer que la palette de couleurs de peau, du noir au blanc, des Egyptiens actuels n'avait certainement pas changé en quelques années et que les documents sur les couleurs de peau des pharaons étaient rares et peu convaincants. Et cité les théories d'Andor Thoma, anthropologue hongrois d'extrême droite, qui prétendait que l'homme de Vértesszőlős, en fait un unique os crânien très déformé et mal interprété, démontrait que les Européens avaient acquis un gros cerveau avant les Africains !
    Nous en avions conclu que le racisme, scientifique ou pas, n'avait pas de couleur, et que les seules choses importantes étaient que la civilisation égyptienne ait été fascinante et que la musique soit bonne !
    A l'heure où, par une bien faible majorité, nos parlementaires fédéraux ont pas mal rééquilibré le rapport de masculinité du Conseil fédéral et, enfin, un peu masqué la propagande anti- immigration qui donne honte d'être suisse, français ou européen, il était salutaire de rappeler que le racisme est la chose la mieux partagée du monde. Et qu'il n'y a pas de "droit au racisme" des victimes ou de leurs descendants, plus ou moins lointains, réels ou imaginaires, que ce soit à Chicago, Ryad, Beijing ou Tel Aviv.
    Et puis, pour ceux qui auront réussi à avoir des places, n'oubliez pas IAM, samedi à l'Arena de Genève ! Du bon vieux rap, francophone, quasi archéologique ...

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17/08/2007

The University of Geneva : Non, merci !

    Genève, ville internationale, se doit d'avoir une université internationale, tant par son niveau de recherche et d'enseignement que par l'ouverture dans le recrutement de ses étudiants et de ses enseignants ; ce qui est largement le cas. Toutefois, la responsabilité de notre Alma Mater dans la formation des élites locales et suisses exige aussi le respect de la culture et des contribuables locaux et confédérés. Ce respect se perd souvent, en particulier dans les sections de biologie et médecine. Comme à l'université de Lausanne, beaucoup de cours avancés et la plupart des séminaires de biologie sont donnés en anglais, y compris par les enseignants francophones, comme la quasi-totalité des séminaires de recherche. Les nouveaux enseignants anglophones s'engagent pourtant, comme tous les étrangers et confédérés, à avoir, dans un délai d'un an, une maîtrise suffisante de la langue locale pour donner des enseignements de base en français. Pourtant, certains savent à peine dire bonjour ou merci après dix ou vingt ans sur place. Ceci alors que les confédérés ou les Russes, pour ne prendre que deux exemples, respectent, pour la plupart, ce contrat. Dans les réunions administratives obligatoires francophones, un nombre croissant de muets s'ennuient, lisent ou tapent tout autre chose sur leur clavier, se faisant traduire un résumé par un voisin ou se faisant accompagner par un interprète quand ils ont quelque chose d'incontournable à dire.
Bien sûr certains lecteurs sont déjà en train de gloser sur cette défense ringarde d'une langue dans laquelle ne se publie plus qu'une partie infime de la recherche signifiante en biologie, où l'anglais représente 98% de la science occidentale (pour eux, chinois, japonais, russes et autres, latinophones en particulier, n'existent pas !). Ceci, bien sûr, si on limite la science à ce qui est publié par un étroit marché de l'édition, totalement contrôlé par des lobbies anglo-saxons maffieux et déloyaux (on lira avec intérêt le dossier de Campus, mensuel de l'université, qui évoquait, avec beaucoup de tact, une situation scandaleuse). Gouvernements et organismes nationaux financent généreusement la recherche, mais acceptent sans ciller que le produit de celle-ci soit unilatéralement exploité par très peu de sociétés privées ou académiques anglo- saxonnes où le copinage anglophone, la potentialité de scoops, justifiés ou non, et des coûts de publication aberrants sont les règles premières dans la sélection de la "vraie science". Avec comme résultat un certain nombre de perles historiques comme la fusion à froid, la mémoire de l'eau, l'Eve africaine, le gène de l'homosexualité et tant d'autres stupidités qui feront s'esclaffer les historiens des sciences du futur... Comme le soulignait Campus, le développement de publications électroniques plus accessibles, plus contrôlées sur la correction de leurs contenus ou méthodes, et moins sensibles au désir de scoops permet d'espérer un changement de cet état aberrant de la valorisation du produit de la science.
Dans le droit- fil de cette MacDonaldisation de la science, certains voudraient que tous les cours de biologie soient donnés en anglais, que les résumés de thèses d'une page en français ne soient plus obligatoires pour les thèses de l'université de Genève rédigées en anglais, et que l'on ne recrute plus que des stars anglophones comme profs de biologie ou de médecine. Merci pour les nombreux étudiants qui se destinent à l'enseignement secondaire ou au journalisme par exemple, qui ne connaîtront plus leur matière qu'en anglais, pour ceux qui n'ont pas l'intention d'émigrer dans des pays ou des compagnies anglophones, ou pour les Tessinois parlant leur langue, vivant en partie en italien, scolarisés en allemand et venus à Genève pour la proximité linguistique. Ils seront ravis quand on leur apprendra que la biologie, c'est seulement en anglais !
Mais le pire de cette histoire, c'est la volonté de vouloir recruter au prix fort des enseignants anglo-saxons que l'on fait passer pour des vedettes à partir de curriculums médiocres ou surévalués. Quarante ans d'expérience ont pourtant montré que beaucoup d'anglo- saxons recrutés à grand frais, qui étaient souvent bons, sont repartis très vite - certains ne sont même pas venus ! - après avoir obtenu les mêmes conditions ou mieux dans un pays anglophone. Genève leur a juste servi de marchepied à ses frais... Quant à ceux qui sont restés, à part de très rares francophiles, c'étaient souvent parce que trop mauvais pour être pris chez eux ou dans un autre pays anglophone. L'université de Genève a recruté beaucoup de biologistes prestigieux et primés internationalement ces dernières années pour des travaux remarquables. La plupart sont francophones, confédérés, européens et très peu anglo- saxons. Par contre, les anglo- saxons incompétents et aigris représentent une part non négligeable de nos erreurs de casting.
Il est bien clair qu'un chercheur en biologie, aujourd'hui, doit savoir lire, écrire et si possible penser en anglais. Par contre, cette exigence est totalement injustifiée pour des enseignants du secondaire, des médecins ou des techniciens qui exerceront, pour la plupart, en milieu non anglophone. Comme les futurs chercheurs ne constituent qu'une très petite minorité des étudiants et passeront, de toute façon, par l'anglais, il est totalement aberrant de vouloir imposer ce dernier comme langue véhiculaire à l'université pour le seul bénéfice de quelques collègues, souvent médiocres, qui ne tiennent pas leurs engagements.
Au contraire, l'expérience montre que penser la biologie dans d'autres langues permet souvent d'échapper aux biais idéologiques des cultures anglophones, en particulier en matière de génétique ou d'apologie frénétique de la compétition. Les anglo- saxons sont les premiers à nous montrer l'avantage considérable qu'il y a, pour l'enseignant comme pour les étudiants, à travailler dans sa culture, dans de bonnes conditions psychologiques et matérielles, et avec une bonne connaissance de la culture de ceux à qui l'on enseigne. Il serait scandaleux que les francophones ne puissent bénéficier, au moins en grande partie, des mêmes avantages à l'université de Genève.

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