19/06/2007

Comment faire des bébés ??

C'est une question posée sur le site 300 questions à un biologiste.
http://www.tsrdecouverte.ch/4-12/forums/all/forum-biologie412/
Comme elle est vraiment d'intérêt général, je vous confie ma réponse en trois temps, un mouvement...
" Comment les premiers hommes sur terre ont ils appris à faire les bébés alors qu’ils ne savaient pas comment les faire? "
 
Si les premiers humains sont nos ancêtres, c'est parce qu'ils savaient comment faire des bébés, sinon nous, qui sommes leurs descendants directs, ne serions pas là !
Et puis, bien avant, leurs propres ancêtres, qui n'étaient pas encore des humains, mais déjà des grands singes ou, encore bien avant, d'autres animaux, savaient aussi faire des bébés ...
Comme tous les animaux qui font des bébés en s'accouplant entre un père et une mère s'accouplent et font des bébés, sans avoir jamais appris !
Sinon, leur espèce disparaîtrait...

Les humains, comme les autres animaux, n'ont donc jamais appris à s'accoupler pour faire des bébés, mais ils ont toujours su le faire, avec la même compétence innée qu'ils ont pour respirer ou uriner, sans avoir jamais appris non plus.
Comme les animaux, les humains s'accouplent parce qu'ils éprouvent du plaisir à le faire. Ce plaisir est une récompense qu'ils recherchent. Les animaux s'accouplent parce qu'ils ont envie de ce plaisir, sans savoir que cela conduit, plus tard, à des naissances et à des bébés. Chez les animaux, la grossesse ou la ponte des oeufs viennent si longtemps après qu'ils ne savent pas que l'accouplement est la cause des grossesses ou des pontes, plusieurs jours, plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard.

Une bonne question est donc de se demander quand, et comment, les premiers humains, ou leurs ancêtres, ont compris que s'accoupler pouvait produire des bébés dans le ventre des mamans et comment d'autres, ensuite, ont découvert les mécanismes de la fécondation. La fécondation réunit un spermatozoïde et un ovule, qui, après pénétration du spermatozoïde, devient oeuf, puis embryon, puis foetus, puis bébé.

Dans toutes les sociétés humaines actuelles, on sait que les jeunes filles ne peuvent pas avoir de bébés tant qu'elles n'ont pas de rapports sexuels en s'accouplant avec des garçons ou des hommes. Mais, dans certaines sociétés, on croyait encore, il y a peu, qu'il fallait qu'une jeune fille ait des rapports amoureux avec plusieurs hommes différents avant de réussir à être enceinte et à avoir un enfant. En 1868, Charles Darwin croyait qu'il fallait un seul père, mais plusieurs spermatozoïdes pour féconder un ovule. C'est Hertwig qui, quelques années plus tard, a montré, grâce au progrès des microscopes, qu'un seul spermatozoïde pénétrait un seul ovule à la fécondation et donnait un oeuf, puis un bébé
(ou parfois deux ou plus, si l'oeuf se divise et produit des jumeaux).

Les humains se sont vite posé une autre question, contrairement aux animaux qui n'ont pas compris que faire l'amour produisait des bébés. C'était de trouver comment profiter du plaisir que s'accoupler procure, sans faire trop de bébés que l'on aurait du mal à élever. Quand les humains font tous les bébés possibles, comme au Québec au 19 ème siécle, ils font de "belles familles" comptant jusqu'à vingt ou vingt cinq enfants par femme. Or, dans toutes les autres populations, on faisait rarement plus de six à dix enfants par femme, dont la moitié, ou plus, mourraient très jeunes. Toutes ces sociétés anciennes de chasseurs ou d'agriculteurs avaient donc, non seulement compris comment on fait les bébés, mais aussi comment ne pas en faire trop, sans se priver pour autant du plaisir de faire semblant d'en faire !

Et puis une autre bonne question est de se demander comment il se fait que les humains d'aujourd'hui doivent apprendre à faire des bébés et recevoir une "éducation sexuelle" alors que tous les  animaux et certains humains font des bébés sans jamais en avoir. Certains disent que les animaux font tout instinctivement, alors que les humains doivent apprendre et avoir des comportements raisonnés. Mais il y a  une explication plus simple : chez la plupart des animaux, et dans certaines sociétés humaines, personne ne se cache pour s'accoupler. Les enfants n'ont qu'à regarder et faire comme les parents ! C'est seulement dans les sociétés humaines actuelles que l'on se cache le plus souvent pour faire l'amour, et que l'on prive ainsi les jeunes d'un exemple facile à suivre, dont il faut compenser la perte par l'éducation...

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13/06/2007

Les preuves de l'évolution

Question posée par un élève sur le forum 300 questions à un biologiste :
http://www.tsrdecouverte.ch/4-12/forums/all/forum-biologie412/
Existe-t-il des preuves que la théorie de l'évolution est vraie?
Je pense que question et réponse sont, comme souvent sur ce forum que je recommande, assez générales pour vous intéresser 
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La théorie de l'évolution est une théorie scientifique.
Elle réunit, en un ensemble cohérent, les faits et propositions actuels sur l'histoire de la vie. Elle doit y intégrer sans cesse les connaissances nouvelles sur le sujet.
Comme toute théorie scientifique, la théorie de l'évolution est donc provisoire, incomplète et susceptible de changer par la réfutation de certains de ses éléments et l'adjonction de nouvelles propositions qui les remplacent.
On ne peut donc pas dire globalement que théorie de l'évolution est vraie, ni qu'elle est fausse. Elle comporte des éléments "robustes", prouvés et vérifiés par la théorie ou l'expérience, qui ont peu de chance d'être remis en cause. Beaucoup d'autres propositions doivent encore être vérifiées. Certaines sont sans doute fausses, mais beaucoup d'autres seront conservées après vérification. Enfin, de nombreuses questions que l'on se pose, en particulier sur les mécanismes de l'évolution, n'ont pas de réponse dans l'état actuel de la science. Ce qui n'a rien d'anormal dans une théorie scientifique.

    Parmi les propositions vérifiées par de multiples preuves et qui risquent peu d'être remises en cause, figurent :

- la très longue durée de l'histoire de la vie, que l'on sait mesurer avec une bonne précision (plus de 3 milliards d'années, prouvée par les fossiles, la géologie et les datations physiques).

- la transformation des populations et des espèces au cours du temps. On connaît aujourd'hui les principaux mécanismes génétiques qui la gouvernent.

- l'origine unique, commune, de toutes les espèces d'êtres vivants, par une descendance généalogique, à partir des formes de vie les plus simples.
    Cette hypothèse de Lamarck (1800) a été démontrée par la découverte de l'universalité du code génétique (1953), ainsi que l'universalité des structures et de la chimie des cellules, entre beaucoup d'autres preuves. Il n'y a pas d'autre explication rationnelle des observations de la biologie.

Parmi les sujets débattus, on peut citer comme exemples :

- l'importance de la sélection naturelle, prouvée dans certains cas, mais dont Darwin lui-même avait constaté qu'elle n'expliquait pas toute l'évolution.

- les mécanismes de survie des "macro- mutations" qui ont parfois changé le plan des organismes d'une espèce ancestrale à ses descendantes.

Parmi les sujets incompris, on peut citer les mécanismes de transformation des formes et des dimensions des organismes, parce que l'on ne sait toujours pas quels gènes les contrôlent, ni comment. On peut citer aussi l'autre hypothèse de Lamarck selon laquelle la vie serait issue par transformation physico-chimique à partir du monde minéral. C'est l'hypothèse la plus simple, mais on n'a pas les moyens de la mettre à l'épreuve parce que cet événement historique n'a pas laissé de traces connues autres que les êtres vivants d'aujourd'hui.

    Aucune théorie scientifique alternative, rationnelle et crédible, ne s'oppose aujourd'hui à la théorie de l'évolution.
 

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04/06/2007

En finir avec vos préjugés, ce soir à UNIMAIL !

La LICRA Genève milite contre le racisme sans sombrer dans le communautarisme qui mine l'action de nombreux mouvements dits anti-racistes. Je n'en fais pas partie, mais j'aime bien ce qu'ils font, sauf quand ils prennent Mugny pour président ! Erreur tragique réparée depuis ! Après Gaston Kelman, inoubliable bourguignon auteur de "Je suis noir et je n'aime pas le manioc", ils invitent Caroline Fourest, journaliste à Charlie Hebdo. Laquelle ne manque pas de courage en dénonçant les pièges des communautarismes anti- laïques, frère Tariq ou en commentant sereinement "Le choc des préjugés". Plutôt que de continuer à paraphraser, je vous répercute l'invitation.
A ce soir !


La LICRA-Genève vous invite à la conférence de

Mme Caroline Fourest
Essayiste - Journaliste

« Le choc des préjugés »

Jeudi 7 juin 2007 à 20 h. Auditoire MS 150 – Uni-Mail, 40, bd du Pont-d’Arve,1205 Genève Entrée libre (Salle au sous-sol)

Sans fantasmes ni angélisme, Mme Fourest dénonce l’impasse des postures sécuritaires et victimaires. Elle démontre et démonte les mécanismes des amalgames et des préjugés des uns auxquels répondent les amalgames et les préjugés des autres. Elle conteste
« l’ethnicisation de la question sociale » et au communautarisme qui entraîne fantasmes, mythes, peurs et déresponsabilisation elle oppose le respect de l’individu.

Elle pose les véritables questions qui permettent le vivre-ensemble dans une société laïque.

« L’identité est une alchimie mystérieuse, elle doit le rester. Pour dénoncer les discriminations, la tentation est grande de la réduire à l’expression de son stigmate le plus visible. Il faut alors prendre garde à ne pas confondre un moyen différentialiste (parfois nécessaire pour souligner la nature des discriminations subies) avec un objectif différentialiste (revendiquer des droits culturels au nom d’un particularisme), sous peine d’entretenir soi-même la machine à figer les identités. Au contraire, les discriminations doivent être pointées du doigt pour ce qu’elles sont : la trahison de l’idéal républicain égalitaire et universaliste. » in Le choc des préjugés, 2007, éditions Calmann-lévy »

Caroline Fourest est diplômée de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, rédactrice en chef de la revue ProChoix et journaliste à Charlie Hebdo. Elle enseigne sur "Identités, égalités et vivre-ensemble" à l'IEP à Paris. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Tirs croisés : la laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman" 2003, "Frère Tariq" 2006. Elle a reçu le Prix national de la laïcité en 2005. Son ouvrage "La tentation obscurantiste" a obtenu le Prix du livre politique en 2006.

Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme - LICRA-Genève
Adresse postale : Licra-Genève - 1200 Genève - tél. +4179 6783855 licra-ge@freesurf.ch

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12/05/2007

Culture & Rencontre : 20 ans déjà !

L'association Culture & Rencontre fête ses vingt ans demain et publie une plaquette du même nom. J'en extraie, avec l'autorisation amicale de son président, Jean-Jacques Forney, le texte ci-dessous. Le racisme connaît un renouveau inquiétant à Genève, sous des formes qui vont du mépris honteux dans les gestes quotidiens à l'arbitraire, aux bavures et même à la théorisation par un invité du musée d'ethnographie ! (la bonne réponse à la devinette d'hier est 5, on en reparlera...). Il serait temps d'établir des règles du jeu qui évitent l'aggravation sans fin des confrontations liées à la rencontre des cultures lors d'une mondialisation irrépressible.
Dans la même plaquette, on notera l'excellente mise au point sur les OGM de Pierre Spierer, là où le public ne sait plus que croire entre les hurlements des populistes vert-e-s et le cynisme de certaines multinationales.

Rassembler les cultures du monde autour de leur PGCD * ?

André Langaney

* pour ceux- celles qui sont un peu fâché-e-s avec l'arithmétique, rappelons qu'il s'agit du plus grand commun diviseur de deux nombres entiers. L'ironie de notre propos étant de rassembler par un diviseur !

Vue d'une science aussi inhumaine que la biologie d'aujourd'hui, la culture est un ensemble arbitraire de règles, de conditionnements et d'informations qui permettent à une société animale ou humaine de survivre, de procréer et de reproduire cet ensemble, pendant un certain nombre de générations, avant de disparaître avec la population correspondante ou de se transformer en une autre culture. Les cultures sont donc, comme les espèces animales ou végétales, provisoires et exposées à la sélection naturelle. Toutefois, elles subissent cette dernière selon des modalités très différentes de celles des espèces, contrairement à ce que prétend une pseudo- science comme la "sociobiologie". En particulier, du fait de l'importance de la transmission "horizontale" d'information entre les membres de même génération d'une société (opposée à la transmission uniquement "verticale", des parents aux enfants, qui est le propre de la génétique mendelienne), l'évolution des cultures est beaucoup plus rapide que l'évolution génétique. En contre- partie, l'évolution culturelle est beaucoup moins sûre, puisque qu'elle repose sur la répétition, au fil des générations, d'apprentissages souvent longs et complexes. Ceux-ci peuvent, à tout moment, être abandonnés, déformés ou bien oubliés, par leurs porteurs ou par ceux qui doivent les transmettre.
Les cultures humaines diffèrent des autres par la généralité d'un langage à "double articulation" utilisant des signes sonores, gestuels ou écrits pour constituer des mots, qui eux-mêmes s'articulent selon une syntaxe. Il s'agit là d'une performance du cerveau qui n'a rien à voir avec les capacités de production des sons, puisque le langage peut être écrit ou gestuel, tel celui des sourds-muets. Dans l'état actuel des choses, bien que certains mammifères et oiseaux aient une mémoire suffisante, aucune autre espèce que la nôtre n'a su (ou voulu!) pratiquer une syntaxe digne de ce nom. Le langage, ou peut- être l'aptitude à sa pratique, semble donc bien être la dernière composante du "propre de l'humain" après la découverte de multiples compétences stupéfiantes des grands singes ces dernières années.
Un débat important, que nous n'ébaucherons pas ici, consiste à savoir si la fonction première du langage est de communiquer ou d'organiser la pensée et l'action. Ce qui compte ici, c’est qu'il fait les deux dans nos sociétés.
Les civilisations à écriture, très minoritaires au départ, ont, le plus souvent pris l'avantage sur les autres, sans doute parce que l'écrit était plus stable que la tradition orale dans le passé, quand le milieu changeait, en général, lentement. Par contre, de nos jours, l'environnement social, technique et humain change tellement vite que les moeurs dépassent sans cesse des règles écrites devenues inadaptées, souvent avant d'être mises en oeuvre. On constate d'ailleurs, à travers l'audio-visuel et les multi- medias, un retour à la transmission orale. Les textes fondateurs les plus sacrés des religions, écrits en d'autres temps, par et pour des sociétés disparues, connus par de multiples sources, transcriptions, traductions et adaptations contradictoires ont aussi changé depuis leur supposée origine divine. Leurs prédicateurs les plus convaincus en proposent des interprétations contradictoires, conduisant à des pratiques sociales incompatibles. Nous y reviendrons à propos des rencontres des cultures.
La survie dans le temps d'une population nécessite que sa culture lui permette de satisfaire les besoins primaires des individus (sécurité, eau et nourriture, motivation à survivre, sommeil) et de la population (comportement sexuel conduisant à la procréation, élevage des jeunes, transmission à ces derniers du minimum vital de culture). Peu importe ce que la culture impose arbitrairement en plus, tant que ces conditions de base sont satisfaites ! Peu importent les modalités de cette satisfaction, du moment qu'elles conduisent au résultat nécessaire. Les besoins concernant tant la population que les individus sont satisfaits à travers des systèmes physiologiques de récompense/punition, innés ou appris, qui orientent les comportements des individus dans le respect des normes de la culture et de la société. Ces systèmes physiologiques, très archaïques, sont semblables chez tous les vertébrés, humains compris, et ont leurs équivalents chez des invertébrés. Ils concernent, par exemple, la prise de boisson, de nourriture ou les rapports sexuels et constituent notre première source de motivations.
Mais les systèmes récompense/punition sont flexibles et peuvent facilement être détournés de leurs fonctions évolutives par des dérèglements ou des manipulations de la physiologie correspondante. En particulier par des modifications de l'environnement ou de l'apprentissage chez les espèces qui en sont capables. L'introduction de substances agissant sur les centres et circuits neuro- hormonaux de la récompense, de la punition ou du sommeil peut conduire à la dépendance et/ou à la toxicomanie. L'apprentissage d'une culture différente peut conduire à des conflits existentiels avec la culture d'origine. C'est, chez les humains, le cas des conflits de générations entre parents et enfants exposés à des conditions de vie très différentes, soit du fait des transformations rapides de la technique et de la culture, soit du fait de l'immigration. Mais c'est aussi le cas des conflits entre comportement des jeunes et des parents adoptifs, chez les animaux, dans le cas d'adoptions inter- espèces. Deux exemples aident à y voir plus clair quant aux causes de tels conflits. Il est bien connu que les jeunes oiseaux adoptent comme "mère" tout objet mobile perçu pendant une courte période sensible peu après la naissance. Un caneton exposé à une poule treize heure après sa naissance l'adopte comme mère et est, en général, adopté comme rejeton, surtout si elle a couvé son oeuf. Mais cette maternité est soumise à rude épreuve quand, rencontrant une mare, le caneton s'y précipite pour nager, tandis que sa "mère" tente désespérément de l'empêcher d'aller se noyer ! Ici la rencontre de deux composantes du comportement, l'une innée: s'attacher à un objet maternel ou rechercher l'eau pour y nager, l'autre apprise: la nature de l'objet maternel rencontré à la treizième heure fait partie de la culture du caneton.
Le second exemple concerne une amie orang- outan, Wattana. Elle appartenait, de naissance, à cette espèce solitaire dont les comportements sexuels, dans la nature, sont rares, pendant le court oestrus des femelles et plutôt calmes. Les hasards de la gestion des parcs zoologiques l'ont fait élever parmi des bonobos, chimpanzés bien connus pour leurs performances sexuelles permanentes et variées, nombreuses et brèves, entre partenaires de toutes combinaisons de sexes. Eduquée par ce groupe, Wattana fût ensuite "mariée" à un orang mâle qui, d’abord, prit si mal ses grimaces provocatrices et propositions sexuelles explicites qu'il fallut les séparer ! Dans un deuxième temps, introduite dans un groupe familial, Wattana fût acceptée par son fiancé, dont elle modifia culture et comportements, ainsi que ceux des autres membres du groupe !
Ce deuxième exemple souligne que, chez ces primates non humains, les comportements sexuels, sociaux et d'attachement, qui conditionnent la survie du groupe, sont appris, et non innés. Ils peuvent être altérés ou détournés de la fonction reproductive. Chez les bonobos, ils évitent les conflits violents d'intérêt ou de hiérarchie, si fréquents chez les "grands" chimpanzés. Chez les humains, la sexualité peut être orientée vers d'autres fonctions sociales, telles que l'attachement des mâles lors de l'éducation des jeunes, ou, par addiction, vers la seule recherche d'un plaisir sans fonction évolutive claire.



La rencontre des cultures


Les contraintes sélectives évoquées ci-dessus font que les seules cultures humaines parvenues jusqu'à nous sont celles qui assurent à la fois la survie physique, alimentaire et identitaire des populations, en particulier en donnant des règles et structures sociales encadrant les relations sexuelles, la procréation et l'éducation des jeunes. Ce que Conrad Lorenz qualifiait d'"ouverture du programme génétique" fait que, chez les grands singes, beaucoup de ces règles et comportements sont appris, alors qu'ils résultent de contraintes biologiques innées dans d’autres espèces. En conséquence, les structures sociales et les répertoires de comportements, généralement uniques et stables dans les populations d'une même espèce animale, peuvent varier d'une population à l'autre chez les grands singes. Ils varient à l'extrême d'une population humaine à l'autre.
On trouve ainsi des populations humaines vivant dans les environnements les plus variés, exploitant des ressources animales ou végétales très différentes, par des comportements tout aussi diversifiés. Toutes les structures sociales observées dans différentes espèces animales, et bien d'autres, se retrouvent dans nos sociétés où l'on sera monogame ou polygame, souvent polygyne, parfois polyandre, pratiquant ici la fidélité sexuelle ou matrimoniale, là l'infidélité ou la promiscuité. Au- delà des règles déjà variables permettant de satisfaire les besoins fondamentaux individuels et collectifs, nos cultures sont riches de traditions locales introduisant des règles et comportements totalement arbitraires, sans valeur sélective dans la plupart des cas. C'est ce que font les dogmes religieux qui contrôlent les structures sociales, la sexualité et les comportements parentaux à travers les mythologies, les traditions orales, les textes "révélés", les superstitions et les illuminations des prêtres et gourous.
Dans de telles conditions, malgré les proclamations oecuméniques de l'internationale religieuse, il n'y a aucun espoir de concilier entre elles deux traditions religieuses différentes, et encore moins de les concilier avec un idéal de démocratie et de libertés individuelles. Pour ne prendre qu'un exemple, les différentes interprétations de la Bible, du Talmud et du Coran ne sont conciliables ni pour l'un, ni pour l'autre de ces textes, encore moins entre eux. Les communautés religieuses et sociales sont en compétition permanente pour le contrôle des états, des économies et des paroissiens, et cette compétition est responsable de beaucoup de guerres et autres malheurs de l'histoire.
Pour s'en sortir, les humanistes occidentaux et les assemblées internationales ont tenté de définir des droits universels des humains. Ceux-ci visent à introduire une sorte de minimum vital, de "plus grand diviseur commun" des principes sociaux des grandes cultures du monde actuel. Mais ces droits mêmes posent un problème d'objectifs: certaines sociétés voudraient que ce soit des droits individuels qui soient garantis, ce qui n'assure pas la reproduction des sociétés et des cultures. D'autres voudraient que ce soit les droits de familles traditionnelles qui soient pris en compte, ce qui bafoue les libertés individuelles en perpétuant les oppressions familiales. D'autres, enfin, voudraient que l'objectif soit le maintien de la diversité culturelle et religieuse actuelle, c'est à dire le maintien de la barbarie où elle existe et de la compétition sans merci entre les sectes expansionnistes!
La rencontre des cultures n'est pas nouvelle, mais leur confrontation généralisée actuelle est sans précédent. Il serait temps de comprendre que la seule issue pacifique possible passe par le renoncement de la plupart d'entre elles à beaucoup des principes sur lesquels elles sont fondées et à l'accord de ce qui en resterait sur quelques grands principes fondamentaux: un « PGCD culturel », somme toute!

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