23/09/2010

MEG et « libre opinion » massacrés à la tronçonneuse !

Voici un cas de censure maladroite et mesquine de votre Julie !

Vous savez que les habitants de la ville votent actuellement et jusqu'à ce week-end pour ou contre la délibération du conseil municipal attribuant un crédit pour la rénovation du Musée d'Ethnographie de Genève (MEG) ... et la suppression d'un espace vert. Si vous ne le savez pas, vous retrouverez facilement plusieurs billets sur ce blog expliquant pourquoi, au delà de la juste cause des arbres défendus par cette votation, je trouve le projet de rénovation du MEG scientifiquement aberrant, architecturalement désastreux, pédagogiquement nul et par dessus tout ruineux pour un résultat lamentable.

La semaine passée, on me demande courtoisement de rédiger une libre opinion  « contre » dans votre Julie, face à une libre opinion « pour » de Monsieur Jean-Paul Barbier Müller. Ce que je fais en suivant rigoureusement les consignes, en particulier concernant la longueur du texte.

Ces textes sont parus samedi passé, mais j'ai eu la surprise - puisque personne ne m'en a prévenu ! - de trouver un certain nombre de remaniements dans le mien. Pour en témoigner, je vous livre ci-dessous le fichier exact que j'avais envoyé, où j'ai juste mis en gras ce qui avait été changé, que je vais commenter ici :

 

-       le titre énergique « Musée massacré à la tronçonneuse ! » a été remplacé par un pâle « Non aux petits ethnographes » , sans point d'exclamation. Cela peut se comprendre dans la mesure où le principe était un débat oui - non et où c'était fidèle à l'esprit du texte. Mais on aurait pu me demander mon avis, en particulier parce que cela supprimait l'allusion au massacre des arbres qui a permis la votation. C'est un problème récurrent que dans les journaux : au prétexte de respect de la maquette et de politique de communication, des individus prétentieux se permettent de faire ce qu'ils appellent avec mépris « la titraille », c'est - à - dire de changer tous les titres d'articles sans consulter les auteurs. Or le titre est un élément essentiel de l'article qu'il est censé résumer et promouvoir. Souvent le lecteur ne lit que lui et ne va pas plus loin. Certes peu d'auteurs font de bons titres ! Il n'empêche que ce serait les respecter que de leur soumettre ces « meilleurs » titres avant parution, ce sont eux qui les signent. L'urgence des bouclages est un mauvais prétexte !

-       une parenthèse a été rajoutée !                                                                                                                                              (récemment dans le cadre de la codirection d'un catalogue d'exposition)

Elle précise, en la minimisant, une collaboration du directeur du MEG, nommé par Patrice Mugny et Boris Drahusak, avec le musée privé Barbier-Müller. Ajouter une phrase à une libre opinion, comme si elle venait de l'auteur et sans le prévenir, est, encore une fois, un procédé qui peut se discuter, même si la phrase en question est exacte, dans la mesure où elle limite la portée du texte et prépare la modification suivante...

-       les phrases suivantes ont été carrément supprimées :

« Ce qui doit réjouir son (ancien ?) patron, Monsieur Barbier - Müller, qui espère, depuis longtemps, vendre à Genève les remarquables et fort coûteuses collections familiales. Du moins ce qui reste après de bonnes affaires avec le discuté Musée du Quai Branly à Paris et quelques autres. Avec quel argent ? »

Il s'agissait pourtant d'un élément essentiel du débat. Le directeur du musée annonce une politique d'acquisition de collections pour laquelle il n'a pas de budget conséquent. Le contribuable peut donc s'attendre à de juteuses demandes de crédits au Département de Affaires Culturelles que convoite Monsieur Drahusak pour succéder à Monsieur Mugny. Par ailleurs, Monsieur Barbier - Müller, qui, ce n'est pas un mystère, vend ses remarquables collections, a souvent critiqué dans la presse, les medias ou des exposés publics, le MEG qui voulait « construire un écrin alors qu'il n'avait pas de bijoux » et la ville, ou le canton, dont les budgets de la culture auraient dû servir à acheter « des » collections. Manifestement, il ne fallait pas faire remarquer que la politique annoncée risquait de coûter beaucoup plus cher que le budget déjà scandaleux de l'agrandissement du musée et ses dépassements prévisibles. Ni surtout que le défenseur principal du projet pourrait, éventuellement, avoir des intérêts privés dans de futures acquisitions proposées par un directeur qui fût un de ses collaborateurs...

-       enfin la chute du texte a été amputée de la partie en gras ci-dessous et la signature de l'adresse de ce blog où l'on retrouve plusieurs billets développant mes arguments :

« Au delà des arbres, ce projet tronçonnerait la culture et les budgets, style Patrice Mugny - Boris Drahusak ! »

Il s'agissait ici de rappeler que c'est un magistrat Vert et son directeur et candidat successeur Vert, réputés pour leurs méthodes brutales de « Khmers Verts », tous deux supposés de gauche par leurs électeurs, qui sont à l'origine de la nomination de l'étrange directeur du MEG et de ce projet ruineux et destructeur d'un espace vert. Ainsi que d'une politique qui plaît tant à mon prestigieux opposant, marchand et détenteur d'une des plus belles collections du monde, star de l'immobilier et de la finance genevoise ... et grand ami d'Edipresse !

 

Que la rédaction de la Tribune, journal d'Edipresse, ne veuille pas contrarier Monsieur Barbier - Müller et ses obligés du MEG peut se comprendre. Qu'elle propose à un opposant notoire une libre opinion « à égalité » avec l'intéressé est tout à sa gloire et souligne son aspiration déterminée à une façade démocratique. Qu'elle change un texte de façon critique sans consulter celui qui le signe n'est pas très courtois, ni malin à une époque où les blogs et autres médias permettent de la prendre la main dans le sac...

Cela dit, c'est sans rancœur, ni méchanceté, que je l'évoque ici, dans la mesure où, par rapport à ce qui se passe ailleurs et jusque dans les pays frontaliers, c'est déjà très bien d'avoir été publié, même après un peu de chirurgie éditoriale contrainte et peu esthétique !

 

 

Annexe : texte original envoyé, parties changées, dans l'article paru, soulignées en gras :

 

Musée massacré à la tronçonneuse !

Le souverain de la ville de Genève vote sur l'initiative contre la délibération du conseil municipal qui attribue un fort crédit pour l'agrandissement minimal en sous-sol du Musée d'Ethnographie.

Ceci au prix de la destruction d'un espace vert planté de grands arbres, remplacé par une dalle de béton. Pour masquer cet attentat contre la qualité de la vie, on planterait, sur le béton, une sorte de jardin de bonsaïs et fontaines. Les promoteurs se vantent de planter plus d'arbres (nains) qu'ils n'en abattent (de vénérables !). Les électeurs apprécieront à quel point on se moque d'eux !

Au delà des arbres, examinons un projet qu'il serait grave de rejeter s'il devait remplir une fonction essentielle.

Dans la Genève Internationale, le Musée d'Ethnographie aurait pu devenir LE lieu de rencontre des civilisations et des cultures du monde, lieu de retrouvaille de ses origines pour les visiteurs, les résidents d'origines étrangères et des scolaires, lieu d'initiation aux autres pour les autochtones appelés à découvrir le monde et ses ambassadeurs parmi nous. C'était le projet Esplanade des mondes, un musée des civilisations comme il en existe d'excellents et très fréquentés à Québec, Mexico, aux Etats-Unis et ailleurs. Une campagne de dénigrement l'a fait échouer.

Aujourd'hui, on nous propose un musée d'objets anciens, de souvenirs de voyages genevois, parce que, comme l'écrit le directeur Boris Wastiau dans un tract, quand nous voyageons, « nous sommes tous de petits ethnographes » ! Le Musée d'Ethnographie de Genève, fondé par Eugène Pittard, immense anthropologue, est tombé entre les mains d'un auto - proclamé « petit ethnographe » venu d'un musée colonial belge et collaborateur du musée privé Barbier - MüllerXXXXX... Dans son programme, centré sur la collection comme dans un musée du XIXème siècle, l'acquisition est au premier rang. Ce qui doit réjouir son (ancien ?) patron, Monsieur Barbier - Müller qui espère, depuis longtemps, vendre à Genève les remarquables et fort coûteuses collections familiales. Du moins ce qui reste après de bonnes affaires avec le discuté Musée du Quai Branly à Paris et quelques autres. Avec quel argent ?

Comme le budget prévu est englouti par le musée parking souterrain, le contribuable peut prévoir qu'au delà des cent millions de la réalisation après les habituels dépassements, on lui demandera de fortes rallonges comme crédits d'acquisition ou bien pour installer - où ? - les nécessaires réserves, inexistantes dans les plans.

Genève a déjà un musée d'objets ethnographiques dont les prestigieuses collections attirent un public confidentiel de riches collectionneurs, acheteurs et amateurs éclairés. Comment le conseil administratif et le conseil municipal ont-ils pu voter de faire du musée d'Eugène Pittard un Musée Barbier - Müller bis, tellement plus pauvre et plus laid que l'original de la rue Calvin ?

Au delà des arbres, ce projet tronçonnerait la culture et les budgets, style Patrice Mugny - Boris Drahusak !

 

André Langaney

http://www.alanganey.blog.tdg.ch/

 

(2980 signes, espaces compris + titre et signature)

 

 

 

20/09/2010

Genève : à vendre ?

Le Courrier dénonçait le samedi 11/9 la mainmise de la Fondation Gandur sur le projet d'extension du Musée d'Art et d'histoire de Genève.

Samuel Schellenberg y expliquait comment une donation, assortie d'une convention déloyale, laisserait au privé la maîtrise du musée.

Ceci rappelle, sous une forme différente, ce qui se passe au Musée d'Ethnographie de Genève, autre projet nauséabond qui fait l'objet d'une votation en cours et dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises récemment ici.

Et puis, comment ne pas songer à l'initiative dite « Genève plage pour tous », qui consiste à en éloigner ceux qui ne pourraient pas payer !

Qu'y a-t-il de commun entre ces trois affaires ?

A chaque fois, un milliardaire vaudois, indigène ou kazakh tente de prendre le contrôle d'une institution publique genevoise gérée par un magistrat Vert.

Les motivations sont différentes, entre celui qui veut squatter un musée et celui qui veut investir dans le luxe le long de la rade.

Mais il s'agit toujours de piloter par le pouvoir d'une fortune personnelle ce qui devrait l'être par une politique démocratique et ses conseillers.

On s'étonne que ce soit des gouvernements municipal et cantonal à majorités élues à gauche qui veuillent ainsi privatiser !

Mais c'est une vieille tradition des magistrats de la "gauche" bourgeoise de gouverner à droite, par électoralisme puéril ...

Dans le cas du musée d'Art et d'histoire, le magistrat Vert est plus sensible aux sirènes de l'argent qu'aux convictions de ses électeurs.

Une initiative populaire viendra sans doute bloquer ce projet inacceptable, où le municipal se tire une balle dans le pied.

Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des pays où le dernier mot est au pouvoir plutôt qu'au peuple...

Mais les préparatifs de ces mauvais coups coûtent cher, et surtout retardent les bons projets alternatifs, que l'on attend toujours !

 

20-09-2010

 

 

14:16 Publié dans Genève | Tags : musées, genève, meg, mah, genève plage, milliardaires, privatisation | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

01/09/2010

Cent millions pour un Musée bonzaï dans un parking à Genève : NON !

Le projet de nouveau Musée d'Ethnographie de Genève (MEG) est hideux, minable, scandaleusement cher, destructeur d'espaces verts et ne réalisera en rien ce que l'on nous promet.

La ville va voter, au sujet de trente arbres adultes détruits par le projet « Nouveau MEG ». Après une campagne grotesque pour prétendre qu'il s'agissait de Tilleuls « tueurs et dangereux » les promoteurs du projet prétendent les remplacer par deux fois plus d'arbres sympathiques.

Comment font-ils pour planter des arbres sur une dalle de béton ?

Regardez les dessins et maquettes de la propagande en couleur qui inonde boîtes aux lettres et journaux : on y voit des pelouses avec des bosses et des arbustes légers au milieu des bosses : les « arbres » seront donc en pots. On prétend remplacer trente tilleuls adultes par soixante bonsaïs, que l'on pourra toujours oublier, lorsqu'on aura dépassé le budget, à la réalisation.

Les bonsaïs, ça fait ethno, mais les promoteurs et les responsables du MEG se f... des électeurs !

Regardez maintenant les maquettes et plans : vu de la rue des Maraîchers, rien n'a changé : on retrouve l'ancienne école Carl Vogt dans toute sa laideur. Vu de Carl Vogt, la même, mais, devant, le mini - jardin à bonsaïs et, de chaque côté, deux nouvelles ailes hétérogènes et hideuses qui laissent penser que la commission d'urbanisme avait picolé ou fumé grave le jour où elle a laissé passer cela ! Les deux bâtiments abritent l'accueil et un bistrot, essentiels dans un musée à Genève !

Mais où est donc le musée ?

Une coupe nous montre, sous les bâtiments, un immense secteur rose : c'est le parking ! Eh bien non, figurez-vous, c'est le musée !

Mais où est donc le parking ?? Là, la réponse est claire, il n'y en a pas : pas besoin!

Dans ce projet « Vert », tout le monde se déplace à pied ou en vélo !

Vous me direz que la propagande nous annonce cent mille visiteurs par an, dont plein d'étrangers, dans un secteur très embouteillé ? Mais c'est bien connu, français et saoudiens visitent Genève en vélo ! Et puis, je vous rassure tout de suite : vu le projet muséographique, tristement copié sur le Musée du Quai Branly à Paris (plus de 500 millions de nos francs), la fréquentation sera un bide et les seuls embouteillages seront dus au bistrot, s'il ouvre le soir et est bien géré...

L'argument majeur du projet est l'agrandissement des espaces de présentation des collections, pour en montrer plus, en gros de 700 à 2000 m2, qui permettrait de présenter « dix fois plus d'objets ». Ce qui appelle plusieurs commentaires.

D'abord, deux mille mètres carrés est une surface d'exposition ridiculement faible pour un musée présentant des collections du monde entier. Ses homologues européens ou nord américains exposent souvent sur plus de dix mille.

Ensuite, si l'on multiplie la surface par trois et la quantité d'objets exposés par dix, cela signifie que l'on va accumuler trois fois plus d'objets dans les mêmes surfaces. Ce qui est à l'opposé de toutes les tendances de la muséographie moderne et que l'on n'a vu, ces dernières décennies, que dans une hideuse présentation des collections Barbier - Muller au Musée d'Art et d'Histoire ou dans les « accumulations » scandaleuses par lesquelles le sculpteur - collectionneur Arman traduit, sur la Côte d'Azur, son mépris pour ses confrères africains anonymes. Au dix-neuvième siècle, les musées cherchaient à présenter toute leur collection au public. C'est rapidement devenu impossible vue la croissance des collections et les musées à collection d'aujourd'hui présentent rarement plus de un à cinq pour cent de leurs réserves à la fois. Ce qui impose d'avoir un programme d'exposition qui est forcément un programme d'idées et d'avoir des espaces de réserve de capacité beaucoup plus grande que les surfaces d'exposition.

Mais où sont donc les réserves du nouveau MEG ??

Et bien figurez-vous qu'il n'y en a pas sur place ! Donc, il va falloir, soit en construire sur un futur nouveau budget, mais où et à quel prix ? Soit laisser indéfiniment l'essentiel des collections au Port - Franc, pas loin des entrepôts hors douane douteux des marchands d'art. A quel coût aussi ?

Quant aux idées, Boris Wastiau, directeur du MEG, venu du musée colonial de Tervuren en Belgique et ex - collaborateur zélé du Musée et de la Fondation Barbier - Muller, nous en propose d'intéressantes dans l'éditorial d'un tract largement distribué à la population ces derniers jours :

« ...les souvenirs de vacances sont encore frais dans nos mémoires. ... Ces voyages...sont autant d'occasions de rassembler des objets, des images, des documents que nous exposons ensuite d'une manière ou d'une autre dans nos intérieurs !

Le rôle d'un musée d'ethnographie est en quelque sorte un prolongement de cette faculté que nous avons tous. ... »

Bref, le nouveau MEG va prolonger la collection d'objets folkloriques des souks et l'art d'aéroports que vous ramenez de vacances, exposez dans le salon et reléguez au fond du jardin ou aux toilettes quand ils sont trop poussiéreux ou trop moches !

Quel programme ! C'est évidemment avec ça que l'on va séduire les universités suisses à qui l'on veut enseigner (si l'on en croît le luxueux numéro spécial votation de Totem, revue du MEG). Ce sont ces souvenirs suisses qui vont passionner les centaines de milliers de touristes étrangers et autres visiteurs attendus. Quant aux scolaires, ils se traîneront devant cette redite du pire des vacances en famille, cherchant à cacher dans la foule le natel, la console ou les câlins avec lesquels ils vivent leur vraie vie !

Alors, la bonne question est la suivante : pourquoi le conseil municipal a-t-il voté, presque à l'unanimité, un projet aussi lamentable ? Pourquoi les partis politiques locaux le soutiennent-ils à l'unanimité ? Pourquoi des personnalités politiques réputées pour leur franc parler prennent-elles la plume pour le défendre ?

Dans le Totem - Pravda électoral, la plume lasse de mon ami Louis Necker, ancien directeur du MEG, pendant longtemps, nous fournit un élément de réponse : la ville et le peuple ont déjà retoqué deux excellents projets de « nouveau MEG ». Celui du « Chemin de l'Impératrice » ouvrait à tous les espaces nécessaires dans les meilleures conditions. Celui de « l'Esplanade des mondes », à la place Sturm, faisait, du point de vue muséographie, comme du point de vue scientifique, ce que le parking à bonsaï de Carl Vogt n'aura pas les moyens de faire.

Mais est-ce parce que l'on a coulé deux beaux projets à la suite de campagnes de presse mensongères qu'il faut en laisser passer un troisième nul et inapproprié ?

La vraie raison de cette belle unanimité est ailleurs : le pouvoir de l'argent et les réseaux d'intérêts financiers. Dans cette affaire, personne, ou presque, n'ose parler des relations entre ethnographie, archéologie, et commerce, licite ou illicite, de l'art exotique. La vieille ville offre rue Calvin un luxueux Musée privé Barbier Muller, très peu fréquenté malgré la qualité des objets présentés et des campagnes d'affichage qui devraient être ruineuses. La collection Barbier Muller est une des plus importantes collections archéologiques et ethnographiques au monde. Elle réunit des objets rares et précieux, mais qui font aujourd'hui l'objet de revendications, souvent légitimes, des pays d'origine des objets. Beaucoup de ces objets patrimoniaux ont été réunis, dans des conditions liées à la colonisation ou à la pauvreté, avant l'existence de lois étrangères interdisant leur commerce. Certains autres, après... Depuis quelques années et l'intensification des revendications, le patron du Musée vend beaucoup ses collections, en particulier, il y a peu et cher, au Musée du Quai Branly à Paris.

Si nous nous reportons à nouveau à l'éditorial de Boris Wastiau dans le tract du MEG, nous lisons que le MEG « a, pour mission première d'acquérir, de conserver, de présenter et de valoriser des objets témoins de la diversité et de la créativité des civilisations. »

Sachant que Monsieur Barbier Muller a souvent critiqué la Ville et l'Etat qui ne lui achetaient pas ses remarquables collections, ne doutons pas que son (ancien ?) collaborateur, avec un tel programme, soit prêt à être un bon client ! Avec quel argent ? Celui des contribuables, au delà du budget actuel, sans doute...

Cela, tout le monde politique le sait, personne n'en parle. C'est que, entre l'immobilier, la presse payante et gratuite, et une Fondation très généreuse à l'égard de ses obligés, il est souvent difficile, sinon dangereux de critiquer...

Les trente tilleuls de Carl Vogt sont - ils les derniers défenseurs de la science et de la culture face au pouvoir de l'argent à Genève ? Amis de la ville, sauvez-les : votez NON !

 

12:57 Publié dans Genève | Tags : genève, meg, musée d'ethnographie, votation, tilleuls, art exotique, collections, argent, pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

31/07/2010

Espace vert contre sabordage culturel : NON au MEG colonial !

Thierry Piguet, conseiller municipal sympathique a publié, commentaires fermés, un billet défendant l'abominable projet de rénovation du Musée d'Ethnographie de Genève qui 1) détruit un espace vert rare et apprécié de tout son quartier 2) est dépourvu de toute composante humaniste et généreuse vis à vis des pays d'origine des biens culturels exposés ou des pays d'origine des immigrés 3) confirme la main mise sur le MEG des amis et collaborateurs des marchands de soi - disant "art primitif" 4) n'est qu'une pâle imitation du monstrueux musée du Quai Branly à Paris, dont le but explicite était de renforcer le marché local de l'"Art premier", comprendre le trafic des patrimoines culturels archéologiques et ethnographiques.

Comme Thierry Piguet encourage à des commentaires sur son blog, j'ai essayé de placer le commentaire ci -dessous sous le billet voisin. Mais comme ce débat est important à quelques semaines d'une votation qui interviendra sous peu, je le livre à toutes et à tous ici.

 

Mon pauvre Thierry Piguet !

 

Les commentaires étant fermés à votre billet MEG, je les déplace ici.

Je n'ose croire que vous soyez complice de l'opération qui a consisté à remettre le MEG à un collaborateur "scientifique" du trafic d'art exotique, venu d’un musée colonial belge, et à une fondation privée qui joue à la science en surface et au commerce trouble dans nos illustres ports francs. Votre allié, le sinistre magistrat qui pratique la politique de la terre brûlée dans la culture genevoise et vire systématiquement les gens compétents des institutions culturelles de la ville va manger dans la main des spéculateurs du marché de l'art et de l'immobilier.

C'est lui, selon vous, qui va remettre l'action culturelle de la ville sur les rails qu'il lui a, lui même, fait quitter ?

Cela fait longtemps que les socialistes genevois couchent avec les verts pour des raisons bassement électorales. Ils sont donc bien placés pour savoir qu'ils se font souffler leur électorat par quelques dirigeants démagos et sans scrupules. Lesquels n'hésitent pas à fricoter, à l'ombre, avec les pires représentants du système néo – libéral.

Vous me direz que ça fait très longtemps que le rêve du PS est de gérer le grand capital avec un doigt de vaseline, pour faire un peu moins mal au peuple !

Ce qui leur a valu l'excellent qualificatif de "sociaux - traîtres" de la part des staliniens d'autrefois.

Quand même, Thierry : révisez votre MEG et documentez-vous !

Le projet de la place Sturm avait un excellent contenu scientifique et s'affichait hostile à tous les trafic de biens culturels. C'est pour cela qu'il a été sabordé par une campagne mensongère lancée par des marchands, dont un gros actionnaire de vos quotidiens. Auquel depuis, l'étonnant Mugny a confié le MEG par amis et collaborateurs interposés.

Le projet actuel, anti-scientifique comme le sinistre Musée du Quai Branly à Paris, veut d’abord valoriser la spéculation sur les commerces et trafics de patrimoines nationaux des pays pauvres. Ainsi que des collections privées souvent acquises dans des conditions déloyales ou illégales par rapport aux sociétés et pays d'origine. Ceci pour ne pas parler des prises de positions explicitement racistes de certains de leurs détenteurs.

En enterrant le MEG au sens propre, puisqu'on fabrique des catacombes d’ « art premier », il ne détruit pas seulement un bel espace vert en surface, mais il offre une vitrine ignoble aux nostalgiques de l'ère coloniale.

Voilà Thierry, ce que vous défendez et dont nous aurons peut-être l'occasion de débattre bientôt.

Vous ayant lu, je ne pense pas que vous allez tenter de nous faire le coup des "tilleuls tueurs étrangers" que certains de vos collègues verts et le directeur du MEG ont lamentablement tenté.

Je pense que vous souhaitez un MEG Musée des civilisations et du respect des autres cultures dans ce qu'elles ont de respectable.

C'est ce que nous voulions faire avec le magistrat (vert!) précédent, Alain Vaissade et toute l'équipe qui, après l'année de la diversité en 1995 et la magnifique et célèbre exposition "Tous parents, tous différents" de Ninian Hubert van Blijenburgh, avait conçu le projet de la place Sturm. Tous les scientifiques et directeurs de Musée de l'époque étaient derrière.

C'était évidemment intolérable pour les commerçants et collectionneurs privés de biens culturels.

Allons Thierry ! Vous n'êtes pas, comme votre allié Mugny, la marionnette de ces gens-là...

Ne vous laissez pas manipuler plus longtemps par ce monde qui n’est pas le vôtre !

 

Cordialement,

 

André Langaney

26/04/2010

Un monde sans génétique ?

C’est une question venue du public à laquelle je chercherai à répondre, ce Mercredi 28 avril à 18h30, Sciences II, auditoire Tingry (A150, rez-de-chaussée, 30 Quai Ansermet, Genève), dans le cadre des « Journées du Gène 2010 », une initiative confédérale pour informer les citoyens des progrès et problèmes de la génétique.

Sans qu’il ait valeur de programme, puisqu’il s’agira surtout de présenter et lancer un débat, je vous livre la dernière version du résumé de la séance :

La peur de l’incompris et la science fiction font croire à certains que les nouvelles technologies créent un monde nouveau, hors des « lois de la nature » et prêt à échapper au contrôle humain.

Qu’elles créent de l’artificiel dangereux et préparent le pire à nos descendants.

Or ces techniques ne font que reproduire, amplifier et guider des mécanismes brutaux et parfois plus incontrôlables dans la nature.

Rappelons que l’artificiel a commencé avec les domestications animales et végétales, par lesquelles nos ancêtres ont transformé des espèces sauvages en troupeaux et en champs d’êtres que la nature n’aurait jamais produits.

Par des méthodes empiriques, parfois inconscientes, nos ancêtres néolithiques ont détourné la nature à leur profit, pour notre bien-être d’aujourd’hui.

Nos connaissances nous permettent de faire bien plus, avec des méthodes plus puissantes, mais sans ruptures dans les objectifs recherchés.

Comme toutes les technologies, les méthodes biologiques peuvent produire le meilleur, mais aussi le pire, si elles sont détournées à des fins malveillantes.

Elles posent donc deux problèmes majeurs :

- décider ce qui est souhaitable et ce qui doit être interdit

- faire expertiser les projets de recherche et d’applications massives par des autorités compétentes et indépendantes des lobbies commerciaux, industriels, idéologiques et politiques

Sur ces deux points rien n’est simple dans un monde où l’argent l’emporte sur l’humain.

Journées du gène 2010, conférence du 28-04-2010,

(A 150, Sciences II, Genève)

12:29 Publié dans Genève | Tags : génétique, journées du gène, nature, biotechnologies, politique, éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

30/04/2009

Out of Africa, ou le pillage d'un patrimoine archéologique

L'article ci-dessous a été publié dans Le Temps du 27 avril dernier par Eric Huysecom et j'ai accepté, sans réserve, de m'y associer, pour avoir, sans être archéologue, été confronté, en tant qu'ancien gestionnaire de collections publiques et chercheur africaniste, à l'ensemble des acteurs du débat en cours. Au moment où la réputation de la Suisse et de Genève est attaquée durement au sujet du comportement de ses milieux financiers, apparaître comme détenant et exhibant des objets patrimoniaux pillés et exportés illégalement vers des pays "blanchisseurs" ne l'améliorera pas. Une autre question suit : comment Patrice Mugny, magistrat qui se prétend de gauche, a-t-il pu nommer directeur du Musée d'ethnographie de Genève un collaborateur actif des milieux concernés ? A. L.

 

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L'exposition "Terres cuites africaines: un héritage millénaire", visible en ce moment à Genève au musée privé Barbier-Mueller, et la publication de cette collection sous la direction du tout nouveau directeur du Musée d'ethnographie de Genève, relancent le débat sur la protection du patrimoine archéologique africain.
Nous assistons depuis une trentaine d'années à une mise à sac des sites archéologiques d'Afrique de l'Ouest, qui sont pillés par des paysans parmi les plus pauvres de la planète, cela au profit d’exportateurs clandestins qui enrichissent des collections occidentales, notamment de sculptures en terre cuite. Un continent est ainsi dépossédé de son patrimoine, et tout un pan des archives de l'histoire africaine est perdu pour les générations futures.
Pour endiguer ce fléau, la plupart des pays africains concernés ont édicté, dès le début des saccages, des lois strictes, concernant autant la recherche que l'exportation des pièces archéologiques. Certains ont mis sur pied des brigades spéciales de douane et de gendarmerie, des bureaux chargés de la gestion et de la protection du patrimoine, des musées, des programmes de recherche archéologique nationaux et internationaux. Mais le combat reste inégal. Comment empêcher de creuser un trou destiné à trouver un objet qui peut être vendu jusqu'à CHF 1.000.- (soit deux ans de salaire pour un paysan), à un revendeur africain qui le cèdera pour CHF 10.000.- à un antiquaire européen, qui le remettra à un collectionneur pour plus de CHF 100.000.- , qui enfin le liquidera en vente publique, une fois valorisé par des expositions et des publications luxueuses, pour CHF 1.000.000.- ? Les sommes en jeu autorisent toutes les stratégies de corruption ou de substitution d'œuvres. La démarche est bien connue: sortie illégale de l’objet du pays, établissement d'un "pedigree" (pseudo-autorisation d’exportation, inventaire de succession, certificat de vente, etc.), et blanchiment dans un pays laxiste, par une exposition et un catalogue, si possible cautionné par un professionnel, avant la mise en vente. Ce qu’on appelle « vente illicite » d’objets archéologiques lorsqu’il s’agit de pays occidentaux devient du "sauvetage" s'agissant de biens culturels africains !
Pour défendre leurs agissements, marchands et collectionneurs s’appuient sur des arguments fallacieux, qui trouvent dans l’ignorance du public occidental sur l'Afrique un terrain fertile :
-    « Les pays africains ne sont pas intéressés par leur patrimoine archéologique ». Mais dans ce cas pourquoi ces pays si pauvres auraient-ils promulgué des lois de protection, la plupart beaucoup plus strictes que celles en vigueur dans nos pays ? Pourquoi consacrent-ils une part non négligeable de leurs budgets, déjà limités, à payer des fonctionnaires chargés de protéger la culture? Pourquoi relève-t-on autant d'étudiants en archéologie dans leurs universités ?
-    « Les Africains sont incapables de protéger localement leur patrimoine ». Tous les pays concernés ont construit des musées, mais le pillage de n'importe quel musée dans le monde est possible si l'on met en jeu des sommes disproportionnées à l'échelle locale !
-    « Les pays africains n'organisent pas de recherches archéologiques et ne laissent pas les équipes internationales fouiller ». Mais que font alors au Mali, au Niger et au Nigeria certains signataires de la présente tribune ?
-    « Les populations africaines tirent profit de la vente de ces pièces ». Peut-on prétendre que concéder 0,1% de la valeur marchande d'un objet au paysan découvreur et 1% à l'antiquaire africain correspond à un profit équitable ?
-    « L'art africain est universel et doit être accessible à tous. ». Comment expliquer dans ce cas qu'il soit la propriété quasi exclusive de riches collectionneurs occidentaux ?
-    « Les Africains sont insensibles à l'esthétique des objets, seul leur caractère fonctionnel les intéresse ». » Il reste que ce sont bien des Africains qui ont créé tant de chefs d’œuvre.
Les archéologues ne peuvent rester muets : la presque totalité des objets archéologiques africains détenus dans les pays industrialisés proviennent de pillages récents et du commerce illicite. Il ne peut y avoir d’autorisation d'exportation authentique, c’est-à-dire obtenue légalement pour l'objet concerné. Acquérir de tels biens auprès d'antiquaires ayant pignon sur rue n'enlève rien à la qualification illicite de l'opération. Par déontologie, aucun chercheur ne peut accepter le « blanchiment par valorisation scientifique » de collections issues de pillages. Dans cette optique il serait temps de respecter la Convention de l'UNESCO de 1970 concernant « les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites de biens culturels ».
L’Afrique n’a malheureusement pas l’exclusivité du pillage archéologique. Mais ici, comme en Amérique du Sud ou en Asie, celui-ci est une conséquence des rapports inégaux entre les Pays du Nord et ceux du Sud. Ce comportement « d'arrière-garde » va à contre-courant des préceptes diplomatiques actuels qui visent à encourager le partenariat nord-sud. Il est temps que les pays occidentaux adoptent et appliquent une législation sanctionnant l’importation d’objets archéologiques provenant d’Afrique et d’autres régions défavorisées, à l’image de ce qu’ils ont fait pour les pays méditerranéens.
En cette période où la place financière suisse est la cible de nombreuses attaques, l’adoption rapide de règles déontologiques et éthiques strictes dans ce domaine est plus nécessaire que jamais.



Eric Huysecom,
Professeur d'archéologie aux Universités de Genève et Bamako, directeur de la Mission Archéologique et Ethnoarchéologique Suisse en Afrique de l'Ouest (MAESAO), représentant européen aux conseils restreints des « Society of Africanists Archaeologists », « Panafrican Archaeological Association » et « West African Archaeological Association ».

Les personnes suivantes soutiennent le texte de cette tribune:

Hamady Bocoum, directeur national du patrimoine culturel du Sénégal, professeur d'archéologie à l'Université de Dakar
Peter Breunig, professeur d'archéologie africaine à l'Université de Francfort, directeur du Programme de recherche archéologique à Nok, Nigeria
Lassana Cissé, directeur de la Mission Culturelle de Bandiagara, Mali
Nicholas David, professeur émérite d’archéologie à l’Université de Calgary, ancien président de la Society of Africanists Archaeologists
Alain Gallay, professeur honoraire d'archéologie à l'Université de Genève
Christophe Goumand, archéologue, président du Festival international du film archéologique de Nyon
Laurent Flutsch, directeur du Musée romain de Lausanne-Vidy
Oumarou Ide, directeur de l'Institut des Recherches en Sciences Humaines du Niger et chef du département d'art et d’archéologie de l’université de Niamey
Gilbert Kaenel, directeur du Musée cantonal d'archéologie et d'histoire de Lausanne
Marc-Antoine Kaeser, directeur du Laténium, parc et musée d'archéologie de Hauterive-Neuchâtel, professeur à l'université de Neuchâtel
Timpoko Hélène Kienon-Kaboré, cheffe du Département d’archéologie de l’Université de Cocody à Abidjan
André Langaney, professeur au Museum national d’histoire naturelle de Paris et professeur honoraire à l'Université de Genève
Marie Claude Morand, Directrice des Musées cantonaux du Valais et Présidente d’ICOM-suisse
Roderick J. McIntosh, professeur d'archéologie africaine à la Yale University, auteur du livre "Plundering Africa's past"
Kléna Sanogo, directeur de l'Institut des Sciences Humaines du Mali
Robert Vernet, archéologue, chercheur associé à l’Institut mauritanien de Recherche Scientifique

13:30 Publié dans Genève | Tags : pillage, archéologie, afrique, pays du sud, biens culturels, musées | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |