30/09/2013

Au travail, il pleut !

Les diplomates fonctionnaires chercheurs du GIEC me font bien rire avec leurs multiples certitudes à 90% ou 95%, basées sur des simulations numériques aux hypothèses invérifiables et leurs communiqués de presse prévoyant des réchauffements de 0,7 à 4°C, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Mais ils savent que les médias, qui vendent la panique qu'ils provoquent, ne mettront que le 2ème chiffre en gros titre d'articles que personne ne lira jusqu'au bout !

Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de vous dire que le réchauffement n'existe pas et que la civilisation du gaspillage ne prépare pas un avenir nauséabond à nos descendants. La fonte des glaciers et des calottes polaires, le dégel des permafrosts et autres montées locales des eaux sont des problèmes aussi graves que les désertifications et déforestations, qui avancent plus vite ici ou là depuis deux siècles, du fait de l'absence de vision collective et à long terme de l'Homo neoliberalus, un primate borné, ravagé par l'addiction à l'argent facile, même si ce dernier ne vaut plus rien à peine gagné. Non, je voulais juste vous dire tout le mal que je pense du GIEC et des grandes et très coûteuses conférences climatiques par lesquels les gouvernements font semblant de faire quelque chose alors qu'ils ne font que du pipeau. Avec nos prétendues démocraties à alternance, ils ne tireraient que des inconvénients immédiats et aucun bénéfice de la moindre politique de bon sens à long terme, qu'il s'agisse d'éducation ou d'économie ! Entre ça et l'OMS qui lance une campagne internationale de mutilations sexuelles invasives (comprendre circoncisions), au prétexte aussi douteux que mal motivé de lutte contre le SIDA, on réalise que les politiques mondiales peuvent être aussi débiles et potentiellement plus catastrophiques que les politiques nationales...

Bon, on est passé brutalement du plein été au presque hiver, à peine chaud. Si l'on n'a pas la chance de pouvoir fuir sous les tropiques, il reste à travailler, par exemple en reprenant les cours publics, entre autres à l'uni jeudi prochain !

Et puis, en attendant la fin des averses, on peut aussi lire, par exemple de la science présentée avec humour et BD's comme dans le dernier "Drosophile"...

couv12mini-0f802.png ...qui vous raconte tout sur les microbes : autant de bactéries dans votre intestin que de cellules dans tout votre corps, et on ne peut pas vivre sans : ça interpelle, comme disent les psys !

Et puis, si vous êtes plus politiques, le dernier Psikopat, en cours de parution, s'interroge sur la guerre technologique à distance et la manière dont elle masque ses crimes à leurs auteurs. Le tout avec humour et bandes dessinées, glauques à souhait ! On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde, ...et surtout pas avec notre présidant Maurer, sinon ça gripen, c'est toujours pour la sécurité des faibles femmes...01.jpg

27/06/2013

L’ « excellence » se mérite-t-elle ?

Un club un peu fermé et très élitiste décide de consacrer un numéro de sa revue "L'Archicube" au thème, pour eux nombriliste, "Mérite et excellence", plutôt envahissant dans nos sociétés de compétition.

Oh surprise, ils me demandent d'écrire là-dessus !

Voici donc ce que ça a donné, un peu à contrepied de ce qu'y ont écrit un général, un évêque, un président et trois ratons-laveurs... (référence en bas du texte)





L’ « excellence » se mérite-t-elle ?

 

Vivre pour quoi ?

Le prophète de la sociobiologie, Edward O. Wilson, commence l’un de ses pires ouvrages (réf.3) par une remarque triviale, mais importante :

« L’espèce (humaine) n’a pas de but en soi. »

Ce n’est pas la peine d’en lire plus, mais on peut partir de là pour parler des buts réels ou supposés des êtres vivants, humains compris !

 

La sélection naturelle n’a pas de but

Dans la nature, rien de rationnel n’assigne une finalité à notre existence ; ni à celle de n’importe quelle autre espèce. Pourtant nous choisissons, en général, de continuer à vivre, et essayons de prolonger nos sociétés, nos populations, nos cultures au delà de nos vies. Nos comportements individuels sont guidés, comme ceux d’autres animaux, par des centres nerveux qui poussent à l’action, l’orientent ou l’inhibent. Ils en analysent les effets sous forme de plaisir et de douleur, de récompenses et de punitions. Mémorisées, ces informations affectives modifient les motivations ultérieures face à des situations semblables de l’environnement. Ainsi, entre motivations « innées », « instinctives », internes et apprentissages par essai-erreur, gérés par le système récompense-punition, les animaux remplissent les deux conditions nécessaires de la sélection naturelle : survivre et procréer. Les espèces qui y faillirent une seule fois ne sont pas parvenues jusqu’à nous. N’observant que des espèces qui ont survécu, au moins un certain temps, nous avons a posteriori l’impression qu’elles, ou leurs membres, avaient un but, un projet : celui de durer dans le temps. Il s’agit, bien sûr, d’un biais d’observation !

 

Transmission, apprentissage, tradition

Les espèces sociales utilisent l’interaction entre parent et enfant ou entre pairs, pour d’autres types d’apprentissage, à partir de l’expérience des générations précédentes. L’élevage des jeunes par une mère, un père, un couple ou une communauté est l’occasion d’apprentissage par récompenses-punitions pratiquées par les congénères. Ce qui transmet des traditions par des processus de renforcement, positif ou négatif, et produit des variations de répertoires de comportements entre populations d’une même espèce, même si elles ont des patrimoines génétiques semblables et vivent dans des milieux identiques. Ces traditions, que beaucoup de biologistes n’hésitent plus à qualifier de « culturelles », malgré la réprobation des sciences humaines, portent aussi bien sur l’exploitation des ressources du milieu que sur des variations locales des interactions entre les individus ou entre les sexes.

L’apprentissage par imitation entre jeunes et parents ou pairs semblait l’apanage des vertébrés à sang chaud – certains oiseaux et surtout des mammifères. Mais la découverte des neurones miroirs, par lesquels un animal perçoit le comportement d’un autre, ses conséquences et y accorde le sien, fournit un mécanisme qui, s’il est général, explique la transmission horizontale de savoir-faire et de traditions comportementales (la transmission « horizontale » par les pairs est opposée à la transmission « verticale » selon les généalogies). Des systèmes de neurones miroirs, ou équivalents, sont nécessaires pour régir les comportements synchronisés des animaux, qu’il s’agisse de pariades sexuelles, de déplacements en bancs ou en vols ordonnés des poissons ou des oiseaux, du tango argentin, de ballets ou de jeu d’orchestre.

 

L’inné, l’acquis, l’appris

L’apprentissage par répression-récompense, et plus encore par imitation, permet une modification bien plus rapide des comportements d’une population que la transmission verticale par le patrimoine génétique, l’essai-erreur dans l’environnement et la sélection naturelle. Il permet d’adapter bien plus vite les populations qui le pratiquent à des changements rapides du milieu. Mais il comporte un risque important d’échec par une seule interruption, toujours possible, de l’apprentissage, bien moins fiable que la transmission génétique. Quand des comportements appris conditionnent la survie d’une population, l’apprentissage doit être « sécurisé », en particulier pour les comportements de fuite, alimentaires ou de reproduction. Par exemple, les éthologistes ont montré que, chez des oiseaux et, de façon moins stéréotypée et réversible, chez des mammifères, l’« objet maternel » et le futur « objet sexuel », définissant les comportements filiaux et reproducteurs à venir d’un individu, sont appris pendant deux périodes sensibles successives. Les canetons identifient à vie l’objet maternel treize heures après l’éclosion de l’œuf pendant une heure de temps qui se passe habituellement sous la mère couveuse. Chez les mammifères, la période sensible est plus longue et plus floue, mais se passe normalement auprès d’une mère allaitante. Quant à l’objet sexuel, qui conditionnera les futurs comportements, il est aussi appris par une « empreinte » post natale, plus tardive. L’une comme l’autre de ces empreintes peut être détournée au profit d’objets maternels aberrants (robot plastique ou poule pour des canetons, Konrad Lorenz pour des oies, soigneurs pour des mammifères) ou d’objets sexuels ne permettant pas la procréation (modèle en plastique sonorisé pour des poussins mâles, individus de même sexe ou d’espèces différentes). Si les conditions de la vie sauvage permettent rarement la répétition de tels détournements – la sélection naturelle veille ! -, la captivité provoque souvent des « erreurs » d’empreinte compromettant la survie, la procréation ou les futurs comportements maternels. Par exemple dans le cas fréquent où des soigneurs humains sont objets d’empreintes inappropriées.

L’expérience des grands singes captifs, en particulier de l’orang-outan Wattana (élevée avec des bonobos, elle avait appris leurs mœurs !) montre que leurs comportements sexuels sont appris, au-delà de l’empreinte, et suivent des traditions de leurs espèces ou de ceux avec qui ils sont élevés (réf.2). Des traditions culturelles flexibles et non des réponses stéréotypées à des contraintes génétiques ou physiologiques innées, contrairement à une opinion trop répandue. Ce qui amorce ce que l’on observe chez les humains : une indétermination biologique des orientations et des comportements sexuels, hors peut-être de rares cas, et leur détermination par l’éducation, la culture, l’histoire de la vie de chacun –chacune et ses contingences. Ce point de vue n’est pas l’opinion dominante dans le monde anglo-saxon, où tradition « héréditariste » et opportunisme judiciaire ont, en particulier, conduit à des publications contradictoires présentant de prétendues « preuves » d’une détermination innée – génétique pour les uns, physiologique pour les autres - de l’orientation sexuelle humaine.

 

 

Les cultures

L’absence de projet inné de l’espèce humaine et de ses proches parentes animales impose la régulation par l’apprentissage des comportements de survie et de procréation. Chez les humains parvenus jusqu’à nous, éducation et culture ont assuré ces conditions, ainsi que celle de la reproduction de la culture. Les sociétés traditionnelles assuraient, tant bien que mal, la survie jusqu’à la procréation et la procréation, en général en contrôlant la sexualité. En plus, elles assuraient la reproduction de leurs cultures. Les systèmes politiques et religieux les plus fréquents sont souvent basés sur un pari démographique et sur le prosélytisme, bienveillant, contraint ou guerrier, quitte à perdre une partie de la population.

Les prescriptions culturelles, à travers leurs justifications mythologiques ou idéologiques, vont bien plus loin, dans le détail, qu’il n’est nécessaire au maintien de la population et à la poursuite de la civilisation. Elles manifestent souvent une intransigeance totale vis à vis de variantes équivalentes, qu’il s’agisse de traditions de déguisement improbables ou d’activités cultuelles insolites, dont l’effet sur la reproduction et la transmission n’a rien d’évident. Ce qui débouche, au mieux sur des compétitions permanentes, au pire sur des guerres. L’histoire et l’actualité nous saturent d’exemples ! Il en résulte, dans les cultures dominantes, un culte de l’hégémonie et de la compétition que leurs adhérents appliquent souvent en tout contexte, même inapproprié. A l’intérieur de la même population on oppose, on classe, on hiérarchise les sexes, les genres, les classes sociales, les élèves, les professions, les régions, les villes, les artistes, les clubs sportifs, les écoles, les hôpitaux,… comme si tout problème, tout choix relevait de la compétition. Partout, on veut des « meilleurs », décrétés meilleurs parce que proclamés tels. Bref, on reprend la version Spencer de la théorie de la sélection naturelle : la survie des plus aptes, qui sont les plus aptes parce qu’ils ont survécu, et l’élimination des autres… Imparable tautologie qui néglige ce que l’on sait de la sélection naturelle : la condition de survie est une condition de seuil minimal d’aptitude, pas d’optimisation de celle-ci ; la condition de procréation l’emporte sur elle, le plus souvent ; et les meilleurs reproducteurs, « gagnants » de la fécondité différentielle, ne sont pas une élite (parfois le contraire, comme le notait Malthus !). Surtout, d’autres facteurs que la sélection sont plus importants dans l’évolution des populations peu nombreuses de grands primates, humaines ou non (migrations, dérive génétique, hasards de la recombinaison génétique, contingences de l’histoire et de l’évolution culturelle).

 

Un peu d’histoire des sciences et de politique

La théorie de la sélection « naturelle » fût prise comme argument en faveur de doctrines politiques à la fin du 19ème siècle. Le marxisme stalinien en fit, comme de la génétique, une « science bourgeoise », un épouvantail ; mais Engels et Marx y avaient cherché la justification de la lutte des classes. Dans l’entourage de Charles Darwin, outre son ami Herbert Spencer, Francis Galton, son cousin, et Léonard Darwin, son fils, furent les promoteurs du « darwinisme social », qui voulait améliorer l’espèce humaine par la sélection et donna naissance au mouvement eugéniste. Pour son bien-être futur, ce mouvement voulait changer l’humanité, comme les espèces domestiques, par le choix des reproducteurs et, dans ses formes dures, par l’élimination des prétendus inaptes ou peu performants. La génétique, balbutiante et mal comprise par la plupart, était aux premières loges du projet. Les laboratoires anglo-saxons et allemands s’intitulaient indifféremment laboratoire d’eugénique ou de génétique, si ce n’était les deux à la fois, comme le célèbre laboratoire de Cold Spring Harbor, fondé par Charles Davenport à New York. Un fondateur qui, avec la fondation Rockefeller, fût plus tard l’inspirateur du Kaiser Wilhelm Institut d’anthropologie et eugénique nazi, où s’illustrèrent Eugen Fischer, Otmar von Verschuer et Josef Mengele. Soixante mille personnes furent stérilisées aux Etats Unis sur des critères allant jusqu’à la misère sociale ou l’alcoolisme des parents, autant dans la petite Suède, « état-providence » ! Bien sûr, ce n’était que de l’eugénisme tiède : ces bienfaiteurs de l’humanité laissaient l’eugénisme fort – génocide, solution finale et choix des reproducteurs - à leurs amis nazis.

 

Les idéologies d’aujourd’hui : un lourd passé

La fin de la deuxième guerre mondiale fit classer l’eugénisme dans le camp du mal, sans extirper ses présupposés idéologiques, ni surtout les idées qu’il véhiculait. Ce n’est pas un hasard si James Watson, prix Nobel un peu usurpé pour la double hélice, et un temps successeur de Davenport à la direction de Cold Spring Harbor, s’est illustré par des déclarations sur les noirs rappelant la ségrégation raciale ou les écrits de Murray et Herrnstein, conseillers de Reagan. Ces derniers réactualisèrent les études falsifiées de Jensen sur les « comparaisons raciales d’intelligence ». Un beau monde qui fit partie du Pioneer Fund (qui, depuis l’entre deux guerres « promeut le développement de la race blanche » aux USA) et/ou de l’extrême droite du parti républicain.

 

L’héréditarisme

L’idéologie héréditariste, qui sous tendait l’eugénisme, vient de loin : elle veut que qualités et défauts humains soient transmis inflexiblement des parents aux enfants. Elle a produit les théories du « sang bleu » et de l’élitisme aristocratique, encore en vogue aujourd’hui. C’était un alibi imparable pour justifier les ségrégations sociales et l’endogamie des élites, le refus des « mésalliances ». La découverte par Weismann, en 1896, des conséquences de la recombinaison génétique, qui casse la transmission des parents aux enfants de manière aléatoire, aurait dû y mettre fin. Mais les élites concernées se crispèrent sur le succès de la reproduction sociale par la création d’un système éducatif à plusieurs vitesses, dont les établissements les plus performants étaient inaccessibles aux autres. C’est dans ce système que nous vivons encore aujourd’hui, malgré la recomposition des élites et des coups médiatiques douteux, comme « les banlieues à Sciences Po », qui, avec l’ENA, aura du mal à pratiquer démocratie et promotion sociale. L’archicube Bourdieu n’est plus là, mais ses travaux restent d’actualité quand la ségrégation sociale va de la famille, la crèche, l’école maternelle à l’ENS.

Le capitalisme sauvage a imposé l’héritage des biens fonciers et des outils de production, s’inspirant des castes de l’ancien régime où l’on héritait terres, locaux, techniques et savoirs -faire par voie généalogique. Ces pratiques ne sont plus à l’ordre du jour, hors cas marginaux, en période de révolutions technologiques. Mais nous vivons sous les lois qu’elles ont inspirées. Un héréditarisme culturel, tout aussi fallacieux, double donc l’héréditarisme biologique. Ce dernier se traduit dans le monde anglo-saxon, par la recherche de « causes génétiques » à tous les comportements animaux et humains. On invente les gènes de l’intelligence, le chromosome du crime ou des rabbins Cohen, les gènes de l’homosexualité ou de  l’infidélité conjugale. Rien ne nous est épargné dans les autoproclamées « meilleures revues scientifiques internationales », avec pour points communs des erreurs d’échantillonnage et des interprétations statistiques falsifiées. Ces résultats spectaculaires, souvent en couverture au mois de juillet, ne sont guère reproduits, mais courent dans la société, propulsés par des communiqués de presse et des pseudo sciences comme la « sociobiologie » et la « psychologie évolutionniste ». Pour faire court, celles-ci se résument à un principe « ultra darwiniste », aussi faux que simple : tout comportement observé dans la nature n’existe que parce qu’il maximise le succès reproducteur des gènes de son porteur, qui le déterminent. Allez donc rechercher l’optimisation du succès reproducteur dans l’insémination « en trolleybus » de petits insectes comme les machilis ou dans l’homosexualité humaine !

 

Les systèmes éducatifs

Le projet révolutionnaire de l’égalité des chances n’a cessé d’être remis en question et détourné, y compris par Jules Ferry ! Quand Alfred Binet, au début du siècle précédent, imagine un test pour détecter en deux heures, plutôt qu’en une année d’échec, les élèves incapables, dans l’état, de suivre l’instruction publique obligatoire, c’est pour leur apporter l’assistance qui leur fera rattraper le peloton. Mais les grands savants de Stanford s’en emparent peu après, le bricolent pour que les résultats se répartissent selon une courbe de Gauss et s’intéressent à l’autre queue de la distribution, artificiellement créée, où ils voient l’« élite ». Ou bien à la moyenne, qui permettra les comparaisons raciales que l’on sait, aux Etats Unis de la ségrégation raciale. Et la pratique confirme cette obsession : on investit presque tout dans la formation d’élites, le moins possible dans celle des masses et quasi rien dans celle des handicapés sociaux ou physiques. La science est derrière pour appuyer cela. Une interprétation aberrante de Malthus prétend qu’il faut limiter la reproduction du peuple et encourager celle des élites (dans la version intégrale de l’Essai sur le principe de population, Malthus veut comprendre les mécanismes par lesquels Dieu nous entraîne vers la catastrophe du Jugement dernier et la résurrection des morts. Loin de lui l’idée de s’opposer à la volonté du Seigneur pour le bien de ses paroissiens, comme le lui font dire, de façon absurde, les exégèses « malthusiennes » !).

Les tests de QI sont basés sur des performances très dépendantes de la culture et de ses énormes variations, selon les classes sociales et le sexe en particulier. L’intelligence est proclamée « génétique à 80% », rumeur basée, à la fois sur une interprétation idiote de la notion d’héritabilité et sur une mesure de corrélations de QI dans un grand échantillon de jumeaux monozygotiques étudiés et publiés par Sir Cyril Burt et une collaboratrice. Une enquête minutieuse de Leon Kamin (réf 1) a montré que l’échantillon improbable en question n’a jamais existé, pas plus que la collaboratrice qui était censée avoir fait le travail ! Comme il est bien évident que l’intelligence ne peut bien se développer que dans un cerveau en bon état et dans un milieu favorable, je me rallie de longue date à la formule du regretté Jean-Michel Goux, pour qui il était évident que l’intelligence, pour peu que l’on puisse la définir, est « 100% génétique et 100% due au milieu ! ». Prétendre mesurer la part de ces « composantes » en interaction permanente est dépourvu de sens, même si une analyse de variance ou un coefficient de corrélation mal compris peuvent en donner l’illusion mathématique à des esprits déconnectés du réel…

 

Excellence, élitisme, mérite et éducation

L’alibi de l’élitisme est de reconnaître et former les meilleurs pour les mettre aux commandes pour le plus grand bien de tous. Comme si les compétences techniques se doublaient d’altruisme ! Dans le système  fermé et endogame que représente l’enseignement de qualité dans le monde néolibéral, on exclut le plus grand nombre, de fait ou en probabilité, des chances d’y être intégré. Ce ne sont pas de rares exceptions, quelques « partis de rien », qui masquent l’héritabilité accablante, en France, du passage par les « très grandes » écoles, en Angleterre ou aux Etats Unis par les universités les plus prestigieuses et les plus chères. On se prive de la plus grande partie du recrutement potentiel, donc de la possibilité de trouver « les plus aptes », en admettant que le concept ait un sens. Dans un système où l’argent conditionne tout, la monomanie de l’élite et de l’excellence conduit à tout classer, les humains comme les projets, selon des échelles linéaires uniques, en négligeant la complexité et les dimensions multiples des critères d’évaluation ; à déclarer excellents ceux que les relations, la médiatisation, la propagande et les magouilles ont placés sur le dessus de la pile. Et à ne pas recruter ou financer la masse des autres. Depuis Sarkozy et successeur, et leurs exigences d’excellence et de compétitivité partout, les recrutements et les budgets de la recherche fondamentale, hors quelques niches protégées et quelques projets « excellents » se sont effondrés, ou bien ont été réorientés vers la recherche en entreprise. Sur laquelle il serait vain de prendre une position générale, mais qui fonctionne parfois de bien étrange façon, eu égard à ses objectifs déclarés.

Il en résulte que les promus de notre système d’éducation et de recherche n’ont pas souvent mérité leurs promotions et que la plupart des méritants sont tenus à la porte, pour cause de ségrégation sociale, dès le plus jeune âge.

Le plus étonnant, c’est que ce système marche encore un peu, mais au prix fort et pour des résultats médiocres !

 

Références

 

Leon Kamin (1974) The Science and Politics of IQ, LEA, Potomac.

André Langaney (2012) Ainsi va la vie, éd Sang de la terre, Paris.

Edward O. Wilson (1979 ) On Human Nature, Harvard Univ. Press.

 

in L'archicube n°14 - 01-06-2013   "Mérite et excellence"

11/05/2012

Changements urgents nécessaires

Pour celles et ceux qui n'auraient pas lu .

http://www.lecourrier.ch/98514/pour_un_acces_ouvert_aux_publications_de_la_recherche

sur

http://www.lecourrier.ch/dede

je vous l'offre ci dessous. Le sujet me parait assez grave pour que les universités et EPF de notre pays cessent de se faire racketter par des privés sans scrupules qui empêchent la majorité des chercheurs, enseignants et étudiants de travailler normalement.

Et puis pour vous détendre un peu en rigolant des frouzes et de leur électoralite suraigüe, rien ne vaudra :

sine-mensuel-09-home.jpg

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Vous trouverez aussi un excellent article de Sébastien Diéguez sur les pièges de l'intuition dans le Vigousse de la semaine passée.

Bonnes lectures !

 

Pour un accès ouvert aux publications de la recherche !                                    Dédé la science in Le Courrier du 10-5-2012

Les universités et organismes publics de recherche investissent des sommes considérables dans des activités produisant avant tout des publications de résultats. Ils doivent, bien sûr, offrir à leurs chercheurs et étudiants l'accès aux résultats signés par eux-mêmes et la concurrence. Mais voilà que de redoutables prédateurs financiers s'interposent et bloquent cet accès : les éditeurs privés qui rackettent par tous les bouts le système ! D'abord, ils ont conquis des monopoles de fait de la publication scientifique diffusée avec un impact important en occident. Ils font payer un maximum en amont des auteurs qui leurs donnent tous les droits sur la publication et la diffusion de résultats obtenus aux frais des contribuables. Ces éditeurs imposent ensuite des formes de publication contraignantes, souvent inadaptées. Ils décident arbitrairement ce qu'ils publient ou pas, souvent sans évaluations sérieuses. Ensuite, ils ont tellement augmenté les prix des abonnements à leurs multiples supports que la plupart des chercheurs, des laboratoires et, bien sûr, des étudiants à travers le monde n'y ont plus accès, hors quelques institutions très riches. Même au sein de celles-ci, la colère gronde devant cette privatisation des ressources publiques que sont les résultats scientifiques, pris en otages par des maffieux qui les confinent derrière un mur d'argent. Parmi les derniers « Indignés », l'Université de Harvard et quelques médailles Fields et prix Nobel anglo-saxons, que personne ne soupçonnera d'être à la pointe du combat anti - capitaliste, ont signé la pétition "Le coût du savoir" (http://thecostofknowledge.com/) contre, en particulier, Elsevier, éditeur hollandais particulièrement vénal. Ses concurrents Springer, Wiley, et les groupes qui publient Nature, Science et les comptes rendus de l'Académie des sciences étasunienne ne valent pas mieux ! Le comble de l'odieux a été atteint quand le Congrès étasunien fût saisi d'un projet de loi interdisant aux agences fédérales d'exiger le libre accès aux résultats de leurs travaux ! Projet d'un lobby parlementaire qui veut obliger l'état à légiférer contre ses intérêts et son devoir de diffusion au profit de ces rapaces !

La première condition de bon fonctionnement de la recherche et de l'enseignement universitaire est que chercheurs, enseignants et étudiants aient accès aux résultats publiés par les organismes publics. Ce qui n'est pas un problème technique, au temps d'internet, mais un problème d'argent lié à ce racket maffieux des éditeurs privés. Les articles scientifiques sont la propriété de leurs auteurs et/ou des services publics qui financent les recherches. Ils n'ont pas à être privatisés et revendus par des machines à profit qui n'apportent rien à leur qualité, qui exploitent les chercheurs gratuitement pour leurs évaluations et qui revendent aux producteurs à des prix exorbitants, même pour les plus riches, ce qu'ils n'ont pas payé !

Imaginez des producteurs de cinéma qui paieraient les auteurs, les acteurs et la réalisation de films à fonds perdus, qui paieraient des agences de diffusion pour les revendre avec exclusivité et qui rachèteraient les places de cinéma au prix fort à ces agences parce que les clients sont leurs auteurs : vous remplacez producteurs par états et agences par éditeurs et admirez l'entourloupe !

En Suisse, les universités, les Ecoles polytechniques et le Fonds de la Recherche Scientifique s'alignent sur le système anglo - saxon, aux dépens des cultures locales. Vivant le quotidien d'étudiants et de chercheurs handicapés par les difficultés ou impossibilités financières d'accès à l'information professionnelle pertinente, je ne peux qu'engager nos collègues à joindre le mouvement, à refuser l'édition privée des fruits de leurs recherches publiques et à veiller à ce que leurs résultats soient accessibles à tous gratuitement sur Internet. En espérant que cela finira par inciter nos si américanophiles recteurs et présidents à suivre les boycotteurs d'Harvard et Cambridge, plutôt que les éditeurs félons...

 

 

11:13 Publié dans science et politique | Tags : sciences, publications, éditeurs, racket, privatisation, scandale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/02/2012

Vive le GG 3 !

L'université de Genève s'est dotée d'un institut de génétique et génomique de Genève nommé iGE3 et inauguré en grande pompe la semaine passée. Il regroupe les meilleures compétences locales, depuis la biophysique des interactions cellulaires jusqu'à la clinique des maladies génétiques, la génétique des populations animales et humaines et leur évolution. Voici une entreprise prometteuse dans des domaines où l'uni a accumulé de nombreux succès de recherche depuis des décennies ! Je regrette seulement un sigle qui risque d'entraîner des confusions avec l'entreprise privée iGENEA qui vend à prix d'or sur internet, depuis Zürich, de prétendues expertises raciales relevant de ce que j'ai qualifié avec une indulgence coupable d' « astrologie génétique ». C'est pour éviter toute confusion avec cette officine, un produit Apple ou une réunion de tout-puissants que je propose le diminutif familier GG 3, plus euphonique !

Le fait que le premier dirigeant de l'entreprise ait un nom irrésistiblement grec doit être mis en rapport avec la sagesse antique et l'esprit d'entreprise des armateurs plutôt qu'avec l'actualité européenne...

Comme toute technique puissante, la génétique est potentiellement dangereuse si mise en de mauvaises mains et non contrôlée par des autorités indépendantes extérieures informées. Par précaution, le GG 3 a intégré un groupe d'éthique biomédicale expérimenté qui ne manquera pas de rappeler, en cas de besoin, l'histoire sinistre de nos disciplines, que j'ai évoquée le mois dernier sur

http://lecourrier.ch/dede

D'ailleurs, l'un des deux prestigieux conférenciers invités pour la séance d'inauguration, généticien clinicien, a fort opportunément rappelé que les traitements efficaces connus actuels des maladies génétiques devaient peu ou rien aux connaissances de pointe et avaient souvent été trouvés empiriquement par des cliniciens d'autres disciplines. Ce n'est pas que ces connaissances ne promettent pas des pistes médicales fructueuses à long terme, mais celles tentées à ce jour ont souvent plus d'inconvénients que de succès, sans même parler de coûts. Ce n'est pas la faute des chercheurs qui donnent tout ce qu'ils peuvent, mais qui se heurtent, sur les meilleurs projets, à des quantités de difficultés techniques imprévisibles. Seuls les technocrates et autres imbéciles croient que la recherche peut trouver à la demande et dans les délais impartis ! Quand un résultat est prévisible, par définition, ce n'est plus de la recherche que d'y arriver. Une petite idée à rappeler aux bureaucrates des organismes de recherche qui, depuis deux décennies, n'hésitent pas à demander les résultats « escomptés » des recherches et les applications à en attendre avant de financer les projets. On devrait systématiquement retoquer les demandes des chercheurs qui remplissent ces paragraphes !

Mais en fait, c'est souvent le contraire...

Autre discours, étonnant, celui de notre sympathique recteur qui s'est, à peu près, limité à faire un éloge dithyrambique de la compétition et de l'excellence et de leur promotion actuelle telle qu'on la fait ... en France et ... qu'on devrait la faire chez nous !

Alors là recteur, vous m'avez coupé le souffle...

Il serait bon que vous alliez d'un côté au-delà de Ferney-Voltaire pour voir la tiermondisation des universités gauloises et le naufrage d'une recherche française qui connut son heure de gloire du temps... de de Gaule, qui n'était pas spécialement gauchiste. Et puis, de l'autre, un peu au-delà de Morges où certaines stars de l'UNIL et de l'EPFL feraient passer le nabot de l'Elysée et sa pécresse pour de dangereux égalitaristes !

Au cas où vous auriez des doutes, je vous conseille de lire la pétition que font circuler les fondateurs de deux des plus grands instituts de recherche français en neurobiologie, pourtant un des domaines les plus favorisés de la recherche biomédicale française :

http://www.petitions24.net/halte_a_la_destruction_de_la_r...

Le mal ici dénoncé n'est ni français, ni suisse, ni même européen puisque c'est un système anglo-saxon à prétentions universalistes - en fait impérialistes avant tout ! - qui en est responsable à l'échelle mondiale. Le néo-libéralisme veut soumettre toute recherche et toute éducation au pouvoir de l'argent, qui ne tolère rien de se qui s'écarte de son moule idéologique ou qui innove contre les intérêts économiques du moment. Je ne vais pas écrire là dessus ici parce que Annick Stevens, philosophe à l'université de Liège et « chargée de cours » (en belge c'est le premier grade des professeurs plein temps titularisés) l'a remarquablement fait dans un texte accompagnant ... sa lettre de démission qu'elle m'autorise à reproduire ici. Lisez-le attentivement, c'est fort bien pensé et écrit, et cela vous explique pourquoi aucun des philosophes de référence de la pensée européenne ou aucun des grands découvreurs de notre histoire des sciences n'aurait la moindre chance d'être admis dans de telles institutions qui finissent d'étouffer les libertés académiques...

 

POURQUOI JE DÉMISSIONNE DE L'UNIVERSITÉ

APRÈS DIX ANS D'ENSEIGNEMENT

Par Annick Stevens

 

Plus que jamais il est nécessaire de réfléchir au rôle que doivent jouer les universités dans des sociétés en profond bouleversement, sommées de choisir dans l'urgence le type de civilisation dans lequel elles veulent engager l'humanité. L'université est, jusqu'à présent, la seule institution capable de préserver et de transmettre l'ensemble des savoirs humains de tous les temps et de tous les lieux, de produire de nouveaux savoirs en les inscrivant dans les acquis du passé, et de mettre à la disposition des sociétés cette synthèse d'expériences, de méthodes, de connaissances dans tous les domaines, pour les éclairer dans les choix de ce qu'elles veulent faire de la vie humaine. Qu'à chaque époque l'université ait manqué dans une certaine mesure à son projet fondateur, nous le lisons dans les critiques qui lui ont constamment été adressées à juste titre, et il ne s'agit pas de s'accrocher par nostalgie à l'une de ses formes anciennes. Mais jamais elle n'a été aussi complaisante envers la tendance dominante, jamais elle n'a renoncé à ce point à utiliser son potentiel intellectuel pour penser les valeurs et les orientations que cette tendance impose à l'ensemble des populations, y compris aux universités elles-mêmes.

D'abord contraintes par les autorités politiques, comme on l'a vu de manière exemplaire avec le processus de Bologne, il semble que ce soit volontairement maintenant que les directions universitaires (à quelques rares exceptions près) imposent la même fuite en avant, aveugle et irréfléchie, vers des savoirs étroitement utilitaristes dominés par l'économisme et le technologisme.

Si ce phénomène repose très clairement sur l'adhésion idéologique de ceux qui exercent le pouvoir institutionnel, il ne se serait pas imposé à l'ensemble des acteurs universitaires si l'on n'avait pas instauré en même temps une série de contraintes destinées à paralyser toute opposition, par la menace de disparition des entités qui ne suivraient pas la course folle de la concurrence mondiale : il faut attirer le « client », le faire réussir quelles que soient ses capacités (« l'université de la réussite » !), lui donner un diplôme qui lui assure une bonne place bien rémunérée, former en le moins de temps possible des chercheurs qui seront hyper productifs selon les standards éditoriaux et entrepreneuriaux, excellents gestionnaires et toujours prêts à siéger dans les multiples commissions et conseils où se prennent les simulacres de décisions - simulacres, puisque tant les budgets que les critères d'attribution et de sélection sont décidés ailleurs. De qualité, de distance critique, de réflexion sur la civilisation, il n'est plus jamais question. La nouvelle notion d'« excellence » ne désigne en rien la meilleure qualité de l'enseignement et de la connaissance, mais la meilleure capacité à engranger de gros budgets, de grosses équipes de fonctionnaires de laboratoire, de gros titres dans des revues de plus en plus sensationnalistes et de moins en moins fiables. La frénésie d'évaluations qui se déploie à tous les niveaux, depuis les commissions internes jusqu'au classement de Shanghaï, ne fait que renforcer l'absurdité de ces critères.

Il en résulte tout le contraire de ce qu'on prétend promouvoir : en une dizaine d'années d'enseignement, j'ai vu la majorité des meilleurs étudiants abandonner l'université avant, pendant ou juste après la thèse, lorsqu'ils ont pris conscience de l'attitude qu'il leur faudrait adopter pour continuer cette carrière ; j'ai vu les autres renoncer à leur profondeur et à leur véritable intérêt intellectuel pour s'adapter aux domaines et aux manières d'agir qui leur offriraient des perspectives. Et bien sûr j'ai vu arriver les arrivistes, à la pensée médiocre et à l'habileté productive, qui savent d'emblée où et avec qui il faut se placer, qui n'ont aucun mal à formater leur écriture pour répondre aux exigences éditoriales, qui peuvent faire vite puisqu'ils ne font rien d'exigeant. Hormis quelques exceptions, quelques personnes qui ont eu la chance d'arriver au bon moment avec la bonne qualification, ce sont ceux-là, les habiles médiocres, qui sont en train de s'installer - et la récente réforme du FNRS vient de supprimer les dernières chances des étudiants qui n'ont que leurs qualités intellectuelles à offrir, par la prépondérance que prend l'évaluation du service d'accueil sur celle de l'individu. Ces dérives présentent des variantes et des degrés divers selon les disciplines et les pays, mais partout des collègues confirment les tendances générales : concurrence fondée sur la seule quantité ; choix des thèmes de recherche déterminé par les organismes financeurs, eux-mêmes au service d'un modèle de société selon lequel le progrès humain se trouve exclusivement dans la croissance économique et dans le développement technique ; inflation des tâches administratives et managériales aux dépens du temps consacré à l'enseignement et à l'amélioration des connaissances. Pour l'illustrer par un exemple, un Darwin, un Einstein, un Kant n'auraient aucune chance d'être sélectionnés par l'application des critères actuels. Quelles conséquences pense-t-on que donnera une telle sélection sur la recherche et les enseignements futurs ? Pense-t-on pouvoir encore longtemps contenter le

« client » en lui proposant des enseignants d'envergure aussi étroite ? Même par rapport à sa propre définition de l'excellence, la politique des autorités scientifiques et académiques est tout simplement suicidaire.

Certains diront peut-être que j'exagère, qu'il est toujours possible de concilier quantité et qualité, de produire du bon travail tout en se soumettant aux impératifs de la concurrence. L'expérience dément cet optimisme. Je ne dis pas que tout est mauvais dans l'université actuelle, mais que ce qui s'y fait de bon vient plutôt de la résistance aux nouvelles mesures imposées que de leur application, résistance qui ne pourra que s'affaiblir avec le temps. On constate, en effet, que toutes les disciplines sont en train de s'appauvrir parce que les individus les plus « efficaces » qu'elles sélectionnent sont aussi les moins profonds, les plus étroitement spécialisés c'est-à-dire les plus ignorants, les plus incapables de comprendre les enjeux de leurs propres résultats.

Même les disciplines à fort potentiel critique, comme la philosophie ou les sciences sociales, s'accommodent des exigences médiatiques et conservent toujours suffisamment de conformisme pour ne pas être exclues de la bataille productiviste, - sans compter leur incapacité à affronter l'incohérence entre leurs théories critiques et les pratiques que doivent individuellement adopter leurs représentants pour obtenir le poste d'où ils pourront se faire entendre.

Je sais que beaucoup de collègues partagent ce jugement global et tentent héroïquement de sauver quelques meubles, sur un fond de résignation et d'impuissance. On pourrait par conséquent me reprocher de quitter l'université au moment où il faudrait lutter de l'intérieur pour inverser la tendance. Pour avoir fait quelques essais dans ce sens, et malgré mon estime pour ceux qui s'efforcent encore de limiter les dégâts, je pense que la lutte est vaine dans l'état actuel des choses, tant est puissante la convergence entre les intérêts individuels de certains et l'idéologie générale à laquelle adhère l'institution universitaire.

Plutôt que de s'épuiser à nager contre le courant, il est temps d'en sortir pour créer autre chose, pour fonder une tout autre institution capable de reprendre le rôle crucial de transmettre la multiplicité des aspects des civilisations humaines et de stimuler la réflexion indispensable sur les savoirs et les actes qui font grandir l'humanité. Tout est à construire, mais il y a de par le monde de plus en plus de gens qui ont l'intelligence, la culture et la volonté pour le faire. En tous cas, il n'est plus temps de perdre ses forces à lutter contre la décadence annoncée d'une institution qui se saborde en se trompant d'excellence.

Annick Stevens,

Docteur en philosophie,

Chargée de cours à l'Université de Liège depuis 2001.

 

15/09/2011

La paresse sans gène

L'immonde journal Les Echos relaie une étude parue dans les "PNAS", Compte rendus de l'académie des sciences étasunienne, censés être le top de la science internationale pour les savants bling bling. C'est simple : selon des chercheurs canadiens, les souris porteuses du gène AMPK parcourent des kilomètres, tandis que celles qui ne l'ont pas " restent pratiquement immobiles et commencent à grossir ».

Ils en déduisent que le gène non-AMPK est "le gène de la paresse !"

J'en aurais plutôt déduit que le gène AMPK joue un rôle dans le fonctionnement normal et que le gène non-AMPK est un gène de panne générale, qui coupe le cerveau ou les pattes des souris, comme la télévision lobotomise vos enfants et les rend obèses ! Et Canal J ou Disney Channel ne sont, à ma connaissance, pas codés dans l'ADN, mais, au plus, dans votre décodeur...

Mais, chez les anglos, il faut que tout soit génétique, pour des questions d'héritage, de propriété privée et de conservation généalogique des privilèges. Aussi pour déculpabiliser : je suis criminel, homosexuel, paresseux, c'est pas moi, ce sont mes gènes !

Ainsi naissent des pseudo-sciences, comme je le racontais ces derniers temps dans les "Regards" du Courrier - le journal qui publie n'importe qui, même moi, SANS AUCUNE CENSURE A CE JOUR, repris sur ce blog dans les mêmes conditions, à ce jour toujours, et dont je vous livre la suite ci-dessous, toute fraîche pour une fois...

Il y aura encore une suite marrante, mais ce sera dans le No2 de Siné Mensuel, en octobre.

Ciné quoi ? Mais non, pas Ciné, Siné, comme le dessinateur oxygéné qui sème sa Zone !

Mais non, pas Hebdo, Mensuel : avec l'âge il prends le temps de réfléchir...

Comment, Naville n'a plus, ou pas assez du No1, superbe collector ?

Une minute, j'appelle Al Qaïda...

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De la tautologie aux Totologies... in Le Courrier du 14-9-2011

Une tautologie est une proposition qui n'apporte rien de plus que son point de départ : « je ne suis pas mort, parce que je vis encore ». Toto, c'est Ouin - Ouin chez les frouzes. Mais Ouinouinlogie sonnait mal et ne ressemble pas du tout à tautologie : le jeu de mot du titre est intraduisible en Romand !

Les Totologies, seront donc les sciences approximatives de Toto et de Ouin - Ouin, qui n'ont pas encore une méthode très rigoureuse...

La sélection naturelle est parfois dénoncée comme une théorie « tautologique » dans son rapport à l'adaptation des espèces vivantes à leur milieu : les populations d'animaux ou de plantes « adaptées à leur milieu » survivent et on les dit adaptées parce qu'elles ont survécu. Raisonnement circulaire dénoncent certains ! Vu comme cela, le schmilblick n'avance pas...

Mieux vaut être précis et se souvenir que la génétique a montré que toute population change de manière imprévisible à chaque génération, surtout si elle est sexuée, tandis que la plupart des milieux naturels changent sans cesse, eux aussi, de manière indépendante. L'« adaptation » est donc un mythe après lequel la sélection naturelle courrait en vain, sans pouvoir la rattraper le plus souvent. C'est l'histoire de la « Reine rouge » qui court après son image dans le miroir, pour reprendre un « marronnier »* de la biologie évolutive ! La théorie de la sélection naturelle dit plus simplement que, dans une population qui se maintient et se transforme, assez d'individus parviennent à l'âge de la reproduction et produisent assez de descendants pour que la génération suivante remplace numériquement la précédente. Tout est donc lié par deux conditions : la survie et la fécondité. Bien des combinaisons de ces deux conditions et de la durée de vie des individus sont possibles. Les harengs ou les souris vivent peu d'années, avec une mortalité terrible, mais une énorme fécondité : leur innombrable descendance compense les dommages de la vie courte et de la mortalité énorme due aux prédateurs. Les chênes vivent longtemps, meurent en grand nombre, mais se reproduisent beaucoup. Les éléphants, les gorilles, ou autrefois les humains, vivaient longtemps, mourraient beaucoup moins, mais se reproduisaient beaucoup moins. Pour qu'une population se transforme par sélection naturelle et « s'adapte biologiquement » à son milieu, il faut qu'elle élimine beaucoup par la mortalité. Ce qui n'est pas le cas des grands mammifères et des grands oiseaux, encore moins le cas des humains actuels. Ils ne sont donc pas « adaptés » par la biologie, mais par le hasard, l'histoire, la contingence, l'apprentissage et la culture. Contrairement à ces insectes, ces plantes ou ces bactéries que l'on croirait « fabriqués pour » vivre dans leur milieu, jusqu'au plus petit détail de leurs formes, de leur couleurs ou de leurs comportements.

Mais ceux qui n'ont rien compris de la génétique de la transformation des populations croient souvent que la sélection naturelle « optimise » tout dans toutes les espèces, y compris la nôtre, réalisant partout des écosystèmes statiques, parfaits et des « stratégies évolutives stables ». Ces nouveaux bigots de la sociobiologie et de la psychologie « évolutive »*, que nous qualifierons aimablement de « Totologies », rejoignent ainsi les néo - créationnistes qui veulent retrouver leurs dieux dans la perfection supposée de la nature et les adeptes des « théologies naturelles », qui donnèrent tant de souci à Lamarck, Darwin et Wallace et bloquèrent les avancées de la biologie pendant plus de deux siècles.

 

 

* pour les journalistes, un marronnier est un sujet déjà traité un grand nombre de fois et que l'on reprend régulièrement en période creuse. Rien à voir avec l'arbre...

 

**cf. regard du Courrier du 31.8.2011 ou L'Anarchronique sur blog.tdg.ch

 

11:03 Publié dans science et politique | Tags : science, politique, anglos, paresse, génétique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

15/11/2007

Ni bien, ni mal : autrement !

"Nucléaire, OGM: le bon sens exige des réponses nuancées" est le titre factuel que la rédaction de la Tribune a donné hier à ma contribution à la rubrique "invité".
Comme tout le monde n'a pas eu accès au journal papier, je vous la livre, en précisant que j'ai juste récupéré mon titre initial que j'aime bien, malgré sa généralité, et que j'ai été ravi de paraitre sous l'excellent dessin d'Herrmann où un garde frontière expulse brutalement un Rom accordéoniste et lui lance, avec un sourire à la Mugny : "Allez faire ça chez les pauvres ! "
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La politique utilise des slogans que l'accélération du temps médiatique raccourcit sans cesse. Ce qui les rend ineptes dans des situations compliquées. La propagande veut des idées simples et des émotions fortes : du pour et du contre, du bien et du mal, du beau et du laid, de la peur et de l'amour. Les vieilles ficelles des pouvoirs religieux font ainsi recette. Qu'importe qu'un slogan ait un sens, s'il fonctionne aux niveaux communication et émotion !
"Nucléaire, non merci ! ", illustré d'un soleil souriant, est un exemple culte. Il suggère que tout est mal dans les applications de l'atome et que tout irait mieux si l'on s'en passait, se contentant de l'énergie solaire. Il y a le bien, soleil souriant, et le mal, méchant nucléaire avec ses déchets ! Peu importe que le soleil soit une énorme machine nucléaire naturelle ou que le militant antinucléaire soit le premier à faire une radiographie en cas de bobo. Ce sont pourtant les horribles rayons qui diagnostiquent et traitent alors petits malheurs ou grandes pathologies. Il est arithmétique que la médecine nucléaire a sauvé plus de vies que le nucléaire civil, ou même militaire, n'en a détruites. Mais ne le répétez pas à un vert si vous ne voulez pas vous faire, au mieux, injurier ...
Malgré leur débilité, dans un peuple peu armé pour comprendre mais qui s'exprime sans effort d'analyse, des slogans comme celui-là ou "Sortir du nucléaire" se propagent et se radotent comme les prières de tous les croyants.
Il ne serait pas si difficile d'expliquer que le choix n'est pas oui ou non, bien ou mal, noir ou blanc. Mais qu'il consiste à trier sérieusement ce qui est utile et sans danger de ce qu'il faut proscrire et d'une troisième catégorie, où se retrouvent des applications du principe scientifique neutre présentant à la fois des avantages et des inconvénients. Seule une politique bien informée peut les évaluer sereinement et proposer des solutions.
Le nucléaire militaire est un mal absolu. Mais est-il pertinent de désarmer les pays démocratiques quand les pays dirigés par des fanatiques religieux, des terroristes ou des maîtres auto- proclamés du monde ne désarmeront pas ?
Le nucléaire civil fait des déchets très regrettables, mais sera une alternative provisoire précieuse face à une crise pétrolière. De plus, il ne produit pas d'effet de serre. Cela ne veut pas dire qu'il ne faudrait pas réduire les consommations au plus vite et développer les énergies alternatives. Mais celles-ci, pour le moment, coûtent cher et produisent peu.
De même, certains OGM présentent des risques inacceptables pour des bénéfices discutables. D'autres auront des avantages majeurs en réduisant les usages de pesticides et d'engrais, en plus de bénéfices en matière de rendement, de qualité et d'innovation. Le fait qu'une grande partie du monde en utilise sans qu'ils aient tué personne depuis vingt ans rend dérisoires les lois et manifestations "contre" des ONG et de partis politiques ringards qui suivent une opinion manipulée plutôt que de considérer les vrais problèmes.
Sur de tels sujets, toute certitude est mensonge. Le bon sens prescrit des réponses nuancées dans lesquelles les nécessités de sécurité et d'efficacité doivent l'emporter sur un utopique "principe de précaution". Ce dernier ne produirait qu'un immobilisme inadapté à un monde dont le mouvement s'accélère, depuis la nuit des temps...

10:10 Publié dans science et politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

05/11/2007

NON AUX FICHAGES GENETIQUE ET ETHNIQUE !

    Quand les Français font des conneries, il se trouve toujours un crétin pour les reprendre à son compte dans ce pays. Après qu'un second couteau populiste ait proposé des tests d'ADN pour certaines catégories d'immigrés, ne doutons pas qu'un de ses collègues à court d'idées va nous proposer, comme en France, d'autoriser le fichage ethnique des résidents à des fins "d'enquêtes scientifiques". Prenons donc les devants en regardant ce qui se passe à l'Ouest !
    En France, cette bonne idée d'autoriser le fichage racial et ethnique dans la loi Hortefeux est contraire à tous les principes de non- discrimination des citoyens et des résidents, selon des critères de race ou de religion, de la constitution, de la déclaration des droits de l'homme et de la loi informatique et liberté, qu'il faudrait émasculer. Elle répond au voeu de longue date d'une chercheuse, ainsi que de l'Institut National d'Etudes Démographiques (INED) et de l'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques qui veulent pouvoir mener des enquêtes discriminantes "pour le bien des populations défavorisées concernées".
    Il serait temps de rappeler à ces bons samaritains que l'INED a pris, après un léger coup de peinture de façade, à la fin de la deuxième guerre mondiale, la succession de la "Fondation pour l'Etudes des Problèmes humains" qui, sous l'occupation nazie de la France, était chargée de proposer la politique eugéniste du gouvernement fantoche de Vichy. On sait le zèle que ce dernier apporta au fichage ethnique, des juifs, des tziganes et des homosexuels, en particulier, et tous les bienfaits que ces minorités défavorisées tirèrent des études scientifiques et des fichages qu'elles préparèrent.
    Il est ahurissant qu'un Institut à prétention scientifique, qui a déjà du mal à faire oublier ses dérives idéologiques récentes en matière de natalisme militant, ait la mémoire aussi courte dans un domaine aussi nauséabond.
    Les Etats- Unis eux-mêmes ont renoncé à considérer les notions de race et d'ethnie comme des entités scientifiques opérationnelles, tellement elles sont inapplicables pratiquement dans le monde mélangé d'aujourd'hui. Ils en ont fait, depuis peu, de simples catégories déclaratives, donc arbitraires. Pourtant, certains de nos voisins gaulois voudraient réinventer le communautarisme cloisonné et fiché. Demain l'apartheid ?
(les nationaux français peuvent signer l'excellent texte de SOS racisme sur http://www.fichepasmonpote.com/)
    Les scientifiques qui veulent mener des enquêtes de démographie et d'économie disposent de multiples données objectives et légales, dont les nationalités, les lieux de résidence et de naissance des individus et de leurs ascendants. Celles-ci leur permettent, depuis toujours, toutes les enquêtes utiles sur les populations, leurs migrations et leurs subdivisions légales. Y ajouter des critères aussi dépourvus de sens biologique que la race ou de pouvoir discriminant que l'ethnie serait créer, dans la culture et l'administration, des entités arbitraires et floues qui n'existent pas plus dans la nature que la race juive ou la race aryenne des nazis.
Notre politique d'immigration est déjà très restrictive et critiquable dans ses critères implicites et explicites de sélection. Il serait lamentable qu'elle s'inspire du pire qui se fait ailleurs et que notre communauté scientifique en soit complice. Anticipons- donc la prochaine offensive populiste en préparant un rejet net de ce style de propositions par les communautés scientifique et humaniste ...

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08/10/2007

Droit du sol, droit du sang ou droit du fric ?

    C'est Zêdess, excellent reggae man burkinabé, qui remarque que Nicolas Sarkozy descend d'un immigré "subi" et non "choisi". Il l'interpelle en lui demandant "Pourquoi ton père a fui la Hongrie?", ce qui rime bien avec son nom épelé méticuleusement. Si le père avait subi la loi du fils, il serait resté hongrois et son fils n'aurait jamais été "couronné chez les Gaulois", comme le dit la chanson ! ("Un hongrois chez les gaulois", tirée du bel album "Sagesse africaine").
    Les gaulois, eux, ne sont plus sages : après avoir ravagé les anglos, les saxons et les scandinaves, la génétique les rend fous ! Certains veulent faire des tests d'ADN pour éviter les regroupements familiaux "abusifs" des immigrés. Le premier problème, c'est que le test ne dit pas qui n'est pas la femme de qui, puisqu'on n'épouse pas, en général, sa soeur ou sa cousine. Par contre, il peut dire qui n'est pas l'enfant biologique de qui. Imaginez une seconde que maman Sarko ait fait son petit Nicolas avec un beau Turc de passage (en fait, sans doute plutôt un moche, mais c'est pour la beauté de la phrase !) : non seulement Nico aurait été reconduit à la frontière, mais l'atmosphère familiale serait devenue pesante. D'ailleurs, chez les gaulois, la filiation légale est sociale et non biologique. La meilleure preuve, c'est que chez eux, lors d'une insémination artificielle avec donneur, il est interdit de révéler qui est le père biologique. Ce serait un mauvais début d'assimilation que d'imposer une loi génétique opposée aux immigrés !
    Derrière le cas particulier du petit hexagone se place un problème plus général, qui nous concerne aussi au premier chef. Le bon sens voudrait qu'un enfant ait, de droit, la nationalité du pays où il naît et où il vit. C'est ce qu'on appelle le "droit du sol" et ce n'est que justice pour l'enfant, qui ne choisit pas où il naît. Mais les populistes voient déjà la menace de milliers d'étrangères en cloque, tenant leur ventre comme un ballon, qui viendraient accoucher en marquant des essais- bébés derrière nos poteaux frontières, plaquées par une mêlée de douaniers !
    La solution dont les conservateurs rêvent serait de revenir au féodal "droit du sang" - en fait le droit de l'ADN lisible dans le sang. La nationalité serait celle(s) des parents, donc héritée. Mais un tel système est profondément injuste pour les enfants qui ne choisissent pas plus leurs parents que l'endroit où ils naissent. Et qui se retrouveraient souvent expulsés d'où ils vivent vers un pays où ils n'ont jamais mis les pieds, et qui, souvent, n'en veut pas. En plus, ce système ne devrait pas plaire à ses promoteurs car il multiplie les bi- et multinationaux, à moins d'interdire les mariages binationaux, ce que même l'extrême droite n'oserait pas.
    Alors, je cherche un qualificatif pour le troisième système, celui que pratique la confédération et que d'aucuns voudraient encore durcir, oubliant nos besoins de main- d'oeuvre et de cerveaux d'oeuvre, ainsi que nos bonnes consciences. Dans ce système, qui rejoint l'immigration "choisie" du hongrois "subi", on recrute à l'extérieur ceux dont on a besoin, en les payant bien et en essayant de les garder. Et l'on admet, quelques soient leurs couleurs et leurs origines, ceux qui arrivent, comme Johnny, avec un coffre-fort bien garni. Nous arrivons ainsi à un "droit du fric", très tendance dans notre société, mais qui fait bien peu de cas de nos valeurs humanistes.

Pour les gaulois et pour tous ceux qui veulent réviser une partie de ces valeurs, une très jolie pétition sur : http://touchepasamonadn.com/

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11/09/2007

Le moteur : impasse du libéralisme !

   A l'opposé de nombreuses certitudes, je ne "sais" pas si le réchauffement climatique que nous vivons est "naturel", s'il doit peu ou beaucoup aux activités humaines. Des réchauffements et refroidissements comparables ou pires ont eu lieu de multiples fois dans l'histoire de la terre. Les "preuves scientifiques" qui ont été données de l'importance de l'impact humain dans le phénomène actuel sont misérables et masquent mal l'incompétence des spécialistes face à de nombreux paramètres inconnus et à des sujets trop complexes pour la science d'aujourd'hui. Elles ne font que traduire en jargon les propagandes médiatiques qui attaquent le cerveau au niveau des émotions reptiliennes plutôt qu'au niveau de l'intelligence rationnelle : les "experts" du domaine suivent les politiques, qui suivent l'opinion, manipulée par ceux qui crient le plus fort avec les meilleures médiatisations.
    Je ne vous dis pas qu'il faut continuer à aggraver notre impact possible, mais non certain (réduire les émissions de gaz carbonique ne peut pas faire de mal !). Mais l'urgence n'est pas comparable à celle de la mort programmée de millions d'humains ou de centaines de cultures, menacés par la faim, les guerres, le paludisme, le sida ou le cynisme économique du monde.
    Et puis on peut être tristement goguenard devant l'impuissance des verts et de leurs larbins socialistes à faire appliquer la moindre mesure efficace dans une société menée par l'argent, qui ne s'intéresse à leur humanisme affiché que s'il est rentable en termes de nouveaux profits et ne menace pas la sainte économie capitaliste.
    On voudrait vraiment réduire les émissions de CO2 et la pollution ? Rien de plus simple : il "suffit" d'interdire la circulation de tous les véhicules à moteurs inutiles ou surdimensionnés : plus de grosses cylindrées, ni de 4 x 4 en ville, ni partout où il y a des routes, plus de quads, d'ULM, d'avions de tourisme, de ski nautique, de motos-neige, en dehors des très rares contextes où ils ont une utilité collective. Plus de "sports mécaniques" motorisés où le moteur remplace les muscles et le combustible l'intelligence ! Quoi de plus facile et rationnel que d'interdire de mettre en vente des véhicules faits pour violer les limitations de vitesse ou de nuisances sonores ?
    Le problème, c'est qu'aucune autorité efficace n'est en mesure de prendre de telles dispositions et moins encore de les faire respecter. Il suffit que l'affaire rapporte beaucoup d'argent à quelques uns, et en fasse rêver beaucoup d'autres, pour que la "démocratie" l'impose contre le bon sens. La preuve : Peugeot et Mercedes, deux des gros pollueurs mondiaux attaquent ensemble le projet de directive européenne sur les émissions de gaz carbonique, au prétexte qu'elle est irréaliste - comprendre qu'elle ferait s'écrouler leurs bénéfices sur les très grosses cylindrées. L'intérêt d'une infime minorité de surconsommateurs et de deux multinationales contre celui de centaines de millions d'habitants de 25 pays, sinon du monde entier...
    Devinez qui va gagner ?
    La "liberté" du commerce, bien sûr !

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23/05/2007

La sarkophilie est-elle génétique ?

On sait que le nouveau président français a des idées sur tout, et pas seulement sur la liberté de la presse. Il avait, en tant que ministre, préconisé le dépistage des "pré- délinquants", dès l'école enfantine, et rejoint ainsi, en presque pire, tant les extrémistes de droite du "Club de l'Horloge" de sa chère Ecole Nationale d'Administration que les horreurs de la "biotypologie des criminels" populaire à la fin du 19ème siècle. Encore candidat, il n'avait pas hésité à déclarer,  dans Philosophie Magazine, que la pédophilie était innée. Sans toutefois aller jusqu'à préconiser son dépistage à la naissance et puis ... ???
Comme on m'avait demandé une mise au point scientifique sur le sujet, j'avais produit le texte ci-dessous que ses commanditaires ont finalement rejeté (faute de place parait-il, après avoir publié, en long, toutes les réactions "politiques" sur le sujet).
Pour une fois que la réponse scientifique à une question était simple et claire !

La pédophilie vient d'une "empreinte" acquise et non d'une prédisposition génétique innée.


Les observations par Konrad Lorenz de couples homosexuels de jars chez les oies cendrées et des expériences sur des coqs élevés en isolement montrent que, chez ces oiseaux, la détermination d'un objet sexuel potentiel dépend de sa rencontre, bien après la naissance, au cours d'une "période sensible". Cette "empreinte" identifie, avant que l'animal ait des comportements sexuels, ce que sera, plus tard, la catégorie d'objets sexuels recherchés. A l'âge adulte, une structure en plastique recouvrant un magnétophone diffusant des caquètements de poule pourra être préférée à une femelle de l'espèce par un coq élevé en isolement, si elle a fait l'objet de cette empreinte, en l'absence de poule, pendant la période sensible ! L'empreinte à l'objet sexuel est différente et bien plus tardive que l'empreinte maternelle, qui, par exemple chez les canards, survient dix à quinze heures après l'éclosion de l'oeuf.
Les phénomènes d'empreinte existent aussi chez les mammifères qui ont des comportements moins innés et plus acquis que les oiseaux. L'empreinte est moins prescriptive chez les mammifères, la période sensible est plus tardive et plus longue, et surtout l'empreinte est réversible, alors qu'elle l'est peu, ou pas du tout, chez les oiseaux. Mais n'importe qui a déjà subi les assauts de chiens mâles en rut, sevrés trop tôt et élevés sans congénères au milieu de jambes humaines. Une fois adultes, ils cherchent à s'accoupler avec des jambes humaines...
Du côté des humains, comme le signale Nicolas Sarkozy :
" ... nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents.".
La détermination des orientations sexuelles et de leurs perversions est donc une affaire d'expérience personnelle et d'éducation, certainement réversible dans la plupart des cas. Ce n'est donc pas une fatalité génétique programmée.
Toutefois, en particulier dans le monde anglo- saxon où les religions criminalisent l'homosexualité, les homosexuels et les avocats des pédophiles cherchent avec acharnement à démontrer que des gènes, des centres nerveux ou des hormones sont la cause des orientations sexuelles et des perversions, afin de faire reconnaître ces orientations comme "naturelles". Ce qui légitimerait l'homosexualité et fournirait des circonstances atténuantes aux pires pédophiles.
Comme si la détermination d'une orientation sexuelle entre adultes consentants n'était pas un droit fondamental des humains et comme si l'agression sexuelle d'enfants par des adultes responsables n'était pas un crime que toute société humaine se doit de réprimer...

André Langaney 06.04.2007

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11/05/2007

Racisme à Genève

DEVINETTE

Qui a dit, à propos des africains, et quand :

    " C'est une erreur de leur faire faire (sic!) des collections et des musées. Les Africains ne s'intéressent pas au patrimoine parce que leurs civilisations sont orales. Cela ne fait pas partie de leur culture !"

    "L'Afrique est un continent enfant dont nous devons conserver pendant 400, 500, 600 ans les objets, jusqu'à ce que, devenus adultes, ils aient peut-être même les moyens de les racheter."

Réponses possibles :

1) Blocher, en 2004

2) Le Pen, en 1961

3) Carl Vogt, en 1867

4) Le pape Pie VII, en sortant des toilettes

5) Un ami de Jacques Hainard, la semaine dernière

6) Yannick Noah, après une cuite


Gardez votre réponse en tête, et repassez cherchez la solution sur ce blog sous peu !

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08/05/2007

Genoland 2

         Le talent des grands conférenciers, comme des grands politiques, consiste à savoir ne rien dire, ou presque, mais à le dire très bien. Grâce, en particulier, à une communication non-verbale sophistiquée qui génère une empathie inconditionnelle du public. Celui-ci doit sortir avec une histoire à raconter, pour montrer qu'il y était, et avoir éventuellement un doute ou une objection mineure, pour prouver qu'il existe.

         Le magnifique pavillon des arts industriels accueillait une foule hétérogène, peu pressée de quitter le soleil de la terrasse. Il y avait là des banquiers, financiers, managers, en uniforme strict, une poignée d'artistes en contre uniformes de bon goût (selon eux !) et une majorité de scientifiques et universitaires, plus ou moins négligés, selon leurs ambitions et leurs convictions. La Fondation Perche faisait le maximum pour annoncer l'inauguration du Paradis des sciences dans son magnifique domaine. Là se rencontrerait, dans le luxe, le calme et la volupté, l'élite mondiale de la recherche dont les échanges, dans les meilleures conditions, ne pourraient que booster l'activité. Devant les diaporamas de paysages de rêve et de bâtiments luxueux, ou bien les interviews vidéo de résidents comblés, quelques étudiants rêvaient, tandis que l'élite et les banquiers affichaient un air poliment blasé.

         La soirée alliait une conférence du célèbre docteur Pébrock, sur l'éthique, à "un cocktail dînatoire". Il fallait se taper la conférence pour accéder au buffet. Pébrock fut époustouflant de culture, d'aisance et de savoir, ménageant et séduisant avec une égale aisance ceux qui dormaient et ceux qui l'écoutaient. Si l'on oublie son détour par les grecs - un helléniste interpellé assure qu'il s'est trompé de sophiste, mais que ce n'est pas grave -, il réussit à convaincre que la science seule mène à la barbarie, mais que, couplée à la dose pertinente de morale, religieuse ou pas, elle permet de choisir raisonnablement un avenir prometteur, malgré les difficultés. Selon le marronnier qu'il cita, avec moulte précautions pour paraître clair mais non-trivial, "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme"; même pour lui qui ne croit pas trop à l'âme mais quand même...

         A la sortie, les délices de la bouche entouraient souvent la même question dans notre pays du consensus: "N'est-il quand même pas un peu optimiste en espérant une morale universelle autour de la science dans les conditions sociales, culturelles et religieuses du monde actuel?"

         C'est évidemment la bonne question à laquelle cherche à répondre l'Association Cultures et rencontre. On en reparlera bientôt...

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