23/05/2013

Le roman des races de Nancy Huston et Michel Raymond*

Dans un article du Monde** qui provoque quelques remous dans le Landernau parisien, la romancière Nancy Huston et Michel Raymond, grand prêtre de la sélection naturelle à l’Institut des sciences de l’évolution à Montpellier, renvoient à leurs études, avec un même mépris et pour cause de déviations idéologiques, aussi bien les généticiens des populations qui ont démontré depuis un demi siècle que le concept de race n’est pas opérationnel dans les populations humaines que les chercheurs en sciences humaines qui refusent les approches biologiques des comportements humains. Et ceci au moment où le parlement français vote des textes éliminant le terme race des textes juridiques.

L’article est bien écrit, mais son argumentation relève plus de la fiction, dont la romancière est spécialiste, que des sciences de l’évolution et de la biologie des populations humaines dont Raymond se voudrait le nouveau prophète en réhabilitant de vieux errements. On matraque que des faits sont incontournables, mais ils ne correspondent en rien aux paradigmes actuels des sciences concernées. On utilise l’analogie comme preuve dans l’argumentation, sans se demander si elle est pertinente. Enfin et surtout, on passe sous silence des connaissances bien établies qui cassent le réquisitoire. Reprenons donc les principales failles d’un raisonnement dont l’objectif clair et unique est de démontrer que « oui, les races humaines existent », comme les sexes, et que les généticiens et anthropologues qui prétendent le contraire sont aussi stupides et bornés idéologiquement que les imbéciles de parlementaires français qui ne veulent plus que les juges parlent de races en condamnant le racisme et qui autorisent en même temps un mariage homosexuel contre nature.

L’article passe totalement sous silence les trois plus grandes découvertes de la génétique évolutive et de la génétique des populations humaines au cours du siècle passé :

1)   dans toute espèce se maintenant uniquement par voie sexuée, tout individu est génétiquement unique, ce qui rend toutes les populations concernées très hétérogènes et lie toute subdivision de ces espèces au choix de critères plus ou moins arbitraires, selon leurs subdivisions et leur diversité génétique

2)   dans l’évolution des espèces, le hasard et les contingences de l’histoire jouent très souvent un rôle qui l’emporte à court terme sur les déterminismes à long terme de la sélection naturelle. Si celle-ci a un rôle majeur en éliminant le non viable et le non fécond, des gènes potentiellement avantageux sont éliminés par le hasard ou la dérive génétique, en particulier dans le cas des populations de relativement faible effectif, ce qui est le cas de tous les grands mammifères, dont les humains. Ceci ne permet donc pas à la sélection naturelle d’ « adapter » parfaitement les populations et d’ « optimiser » les caractères concernés comme les « sociobiologistes » et les « psychologues évolutionnistes » prétendent qu’elle le fait

3)   les modèles théoriques de Gustave Malécot et les études empiriques de la génétique des populations humaines (Morton, Cavalli-Sforza, etc…) ont établi que les migrations sont de beaucoup le facteur essentiel – le plus rapide et le plus intense – de l’évolution des fréquences des gènes et de la structure des populations. Il est démontré que les migrations, chez les humains préhistoriques comme chez la plupart des espèces, ont été conditionnées pour l’essentiel par la distance géographique des lieux de résidence, produisant une répartition continue des gènes et des populations en « gradients » de variation à travers les continents. Plus on vivait proches, plus on se ressemblait par les fréquences des gènes et des caractères quand on ne se déplaçait qu’à pied. Ces répartitions ont bien sûr été perturbées par l’hétérogénéité géographique et écologique des milieux, par la sélection relativement rapide de quelques caractères comme la couleur de peau, la stature, la morphologie, par la réponse aux pathogènes locaux, ainsi que par les nombreuses contingences de l’histoire.

D’un bout à l’autre de l’article du Monde, on parle de « groupes humains », dont on veut faire des races, des variétés ou des sous-espèces par analogie avec – je cite – les chiens, les girafes, les chimpanzés, les mésanges bleues et les … ratons laveurs ! On peut être surpris de voir un biologiste universitaire cosigner cet inventaire de Prévert où l’on mélange les races de chien créées artificiellement par les humains avec des variétés mal définies d’oiseaux et des sous espèces de girafes ou de chimpanzés bien séparées depuis longtemps dans l’espace et qui représentent des espèces en formation. Contrairement à ce que prétendent les auteurs, rien de tel n’existe chez les humains actuels dont aucune population n’a été isolée assez longtemps pour parvenir à de tels stades de différenciation. Il est aussi démontré, depuis peu, que les néandertaliens, dont on voulait autrefois faire au moins une race séparée, sinon une espèce distincte n’étaient qu’un maillon un peu isolé du réseau génétique humain. Le séquençage des génomes a même démontré que, depuis leurs derniers ancêtres communs d’il y a sept à neuf millions d’années, les ancêtres des gorilles, chimpanzés et humains ont continué à s’hybrider en Afrique pendant sans doute plusieurs millions d’années. Prétendre dans ces conditions, comme le font les auteurs, que les « races humaines » actuelles vont devenir des espèces différentes est donc une pure aberration !

Les auteurs jouent donc sur la complexité de la diversité biologique des humains qui, bien que considérable, ne se prête pas à des classifications raciales parce qu’il n’y a pas de frontières biologiques entre les populations. Ces dernières s’interpénètrent et varient de manière continue d’un bout à l’autre de la planète. On peut bien sûr faire des découpages en mettant des limites arbitraires aux populations et aux valeurs d’un ou plusieurs caractère physique ou génétique choisis tout aussi arbitrairement. Mais alors on n’obtient pas les mêmes classifications « raciales » selon les limites que l’on attribue aux populations et selon les caractères choisis. C’est ainsi que l’ «anthropologie physique » coloniale a décrit, dans des milliers d’articles et de livres, de deux à plus de quatre cent « races humaines », où les deux mêmes populations se retrouvaient réunies ou séparées selon les choix personnels du « savant ». Une situation évidemment très différente de celle des trois sous espèces de grands chimpanzés qui, séparées géographiquement et génétiquement depuis longtemps, font l’objet d’un consensus entre les primatologues : il n’y a pas d’ambiguïté dans l’attribution d’une population sauvage à l’une de ces sous espèces, même si ces dernières ont gardé la possibilité de s’hybrider entre elles si on les réunit.

Je ne m’attarderai pas beaucoup ici sur la confusion que le verbiage populiste de l’article tente d’introduire par une analogie forcée proclamant que les races humaines seraient aussi factuelles que les sexes et leurs individus aussi irréductibles les uns aux autres. Cette analogie est dépourvue de sens et vise surtout à déconsidérer la notion de genre et l’introduction dans les programmes de l’éducation nationale française de son enseignement. Il s’agit donc de faire un coup double politique en attaquant deux mesures qui n’ont rien à voir, sinon d’arriver en même temps. Est-il encore nécessaire de rappeler ici que la notion de genre, qui correspond à la construction sociale et psychologique de l’identité sexuelle, n’est en rien une négation de sa construction génétique et physiologique, qui intervient avant et pendant, les deux s’influençant réciproquement ***. Les féministes de toute obédience politique apprécieront la justification de la poursuite des discriminations arbitraires que cette confusion appelle.

Sur les races, comme sur le sexe, les auteurs ne font que tenter de recouvrir d’une caution scientifique les positions politiques de l’extrême droite ou d’une partie de l’establishment scientifique anglo-saxon. Un positionnement qui, en matière de races, a même été désavoué, voici une douzaine d’année, par la décision des juges de la très conservatrice cour suprême étasunienne lorsqu’ils ont décidé que désormais chaque citoyen déclarerait sa race et pourrait, éventuellement en déclarer plusieurs. Une manière élégante et discrète, pour des juges nommés en majorité par Reagan et les Bush père et fils, de confirmer que la « race » était affaire d’arbitraire social et non de réalité biologique !

 

*qui « n’a pas inventé la roue » mais n’hésite pas à inventer des faits

** http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/17/oui-les-races-existent_3296359_3232.html

*** cf par exemple mon bouquin « Le sexe et l’innovation » éd. Du Seuil 1979/1987

 

 

 

 

24/04/2013

François Jacob : souvenirs personnels

Pour l’étudiant que j’étais du temps de son prix Nobel, François Jacob était un monstre sacré que l’on pouvait apercevoir de loin, noyé dans la foule, lors d’une conférence prestigieuse. C’était surtout l’auteur de La logique du vivant, l’un des livres qui m’ont le plus marqué dans ma quête sur l’histoire de la vie et la nature humaine. J’y retrouvais le hasard et la contingence, rencontrés lors de mes études de biologie, qui relativisent le rôle de la sélection naturelle, mais surtout l’idée du « bricolage évolutif » qui fait que les êtres vivants ne sont pas des prototypes parfaits issus des dernières technologies apparues dans l’histoire de la vie, mais sont des assemblages de bric et de broc de caractères nouveaux et de vieilles combines archaïques, conservées indéfiniment parce qu’elles permettent aux lignées qui les portent de satisfaire les deux conditions de la sélection naturelle : survivre assez pour procréer et procréer assez pour survivre.

Et puis, après pas mal de recherches et une grande exposition réalisée grâce à de nombreux collègues du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, je publie un essai*. Quels ne furent pas mon bonheur et ma stupéfaction de découvrir, en première page du Monde une recension élogieuse de mon livre signé du prix Nobel ! Ce fût aussi l’occasion de le rencontrer, moins dans ses bureaux à l’Institut Pasteur ou au Collège de France, que dans les médias, puis à titre privé, longtemps après, par suite de contingences. La plus passionnante de nos interactions fût la préparation et l’enregistrement d’un débat télévisé d’une heure sur l’évolution, pour une chaîne de télévision de qualité mais relativement confidentielle. La préparation avait été minutieuse, de son fait, mais deux différences de sensibilités apparaissaient. D’une part, suite à un long combat gagné contre les vieux biologistes de l’université, il se battait encore pour la reconnaissance de la biologie moléculaire. Pour moi, elle avait, à juste titre mais parfois excessivement, conquis le devant de la scène. D’autre part lui, le « bricoleur de l’évolution », était encore très « sélectionniste », bien que moins que feu son compère Monod. Bien qu’amoureux des colibacilles, puis des souris, François Jacob connaissait bien mieux la génétique humaine que la plupart de ses collègues médecins et maîtrisait la biologie évolutive qu’ils ignorent souvent. Sinon, nous étions d’accord sur les conséquences philosophiques de l’état de la biologie, ainsi que sur de nombreuses issues idéologiques et politiques qui nous firent nous rencontrer souvent dans des instances et débats discutant d’éthique biomédicale ou de lutte contre le racisme. Il est vrai que nous n’avons jamais parlé d’armées et de guerres ensemble, des thèmes sur lesquels nous ne risquions pas de tomber d’accord…

 

Vous trouverez ailleurs de nombreux éloges et historiques de sa vie et de sa carrière remarquable. Ils portent sans doute moins que ces souvenirs personnels sur certaines de ses qualités, rares à ce niveau et à l’âge qu’il a atteint : un sens de l’écoute  et une attention très critique, la rigueur intellectuelle, bien sûr, mais aussi un grand sens de l’humour, souvent féroce. J’ai peut-être eu de la chance, mais je me souviens de lui presque toujours souriant ou riant. Même quand il me demandait, parfois avec une certaine insistance, comment il se faisait que sa fille, éditrice, « n’avait pas encore réussi à m’arracher un bouquin », contrairement à la plupart de ses collègues et amis. La réponse était évidente : les affinités et empathies ne sont pas plus héréditaires que les talents, selon un thème qui nous était cher et commun ! Mais la courtoisie, tant vers elle que vers lui, ne me permettait guère de le préciser… Il faut dire aussi qu’être enfant d’un personnage aussi prestigieux, célèbre et énergique n’est pas facile et que la médiatisation et les responsabilités aussi lourdes que celles qu’il a assumées pendant sa longue carrière ne facilitent pas les vies familiales…

 

*Le sexe et l’innovation, éd. du Seuil.

 

20/03/2013

L’horreur coloniale française s’aggrave encore à Mayotte

Un nouveau pas dans l’horreur vient d’être franchi dans les atteintes aux droits humains, en particulier à ceux des enfants, dans l’île de Mayotte, soustraite illégalement à la République des Comores pour être « départementalisée » à la frouze malgré les condamnations de l’ONU. Contre toutes les lois françaises et européennes – mais Mayotte ne connaît que des dérogations sous le système « Balladur-Sarkozy-Hollande-Valls » - la sous-préfecture prend désormais en compte les dénonciations de mahorais-collaborateurs visant à faire expulser les enfants comoriens « non français » scolarisés, et si possible leurs parents « en situation irrégulière ». Ceci pour avoir voulu continuer à vivre dans une île où ils s’étaient souvent installés du temps de la libre circulation dans les Comores et où parfois ils étaient eux-mêmes nés. L’arrestation dans les classes d’enfants « en situation irrégulière » sur dénonciations « citoyennes » ne manque pas de rappeler des souvenirs sinistres de la seconde guerre mondiale. Au delà des milliers de morts des transits « clandestins » entre Anjouan et Mayotte, il est incroyable que cette situation insupportable et ces exactions administratives d’un autre âge ne soient pas dénoncées depuis des années dans les médias français et européens. Plus d’informations dans le document joint.

Mayotte, 1er département vichyste.docx

21/02/2013

Les chimpanzés de Christophe et Hedwige Boesch

20327758.jpgCe n'est pas tous les jours que je vous encouragerai à aller voir une production Disney lancée par une grosse machine publicitaire digne du pire d'Hollywood. Mais la filiale Disney Nature, qui a déjà pris des rateaux à vouloir présenter des animaux tels qu'ils sont plutôt que des Bambis humanisés, nous montre dans son film Chimpanzés des images d'un intérêt et d'une qualité exceptionnelle. On y observe, en vrai, ce qui était décrit depuis des années dans les publications scientifiques de Jane Goodall, Christophe et Hedwige Boesch et tous leurs confrères : l'utilisation d'outils, la chasse, les conflits violents, la tendresse des soins des adultes aux jeunes. Des images que seuls des initiés avaient vues, sous forme de vidéos, médiocres le plus souvent, et qui nous confrontent tous à l'"humanité" de nos plus proches parents animaux. Cinquante ans de travail des chercheurs, des décennies de patience pour se faire accepter par des animaux extrêment farouches et accessoirement dangereux, trois ans de tournage dans des conditions inhumaines sous le contrôle sévère des chercheurs, nous offrent un spectacle qui nous interroge directement sur ce que nous sommes et ce que nous faisons à ces cousins troublants. Alors certes, Disney n'est pas une ONG humanitaire, ni chimpanzéitaire et doit rentabiliser son investissement. On a donc censuré - au montage seulement j'espère - tout ce qui était sexe, violence et cruauté de la chasse et des combats. On a donné des petits noms aux animaux - comment les identifier autrement ? Les chercheurs sont les premiers à le faire ! - et tout est fait dans le commentaire pour susciter l'empathie en humanisant "Oscar" et ses amis, ou en rendant le chef de bande ennemi encore plus patibulaire qu'il ne l'est. Le cinéma n'est pas la vérité mais la fiction quand il doit vendre des billets pour vivre. On sait très bien que les films animaliers intégristes ou austères comme les admirables "Le territoire des autres" et "La griffe et la dent" de Bel et Vienne, ou même certains Nuridsany-Perrenou se sont plantés, malgré des images à couper le souffle, parce que le spectateur moyen n'y comprenait rien et ne s'y identifiait pas. C'est pourquoi je pardonne volontier un commentaire omniprésent et moins débile que je ne craignais, qui a fait dézinguer le film à un immonde gratte-papier du journal Le Monde, qui en a fait une critique aussi snob et méprisante que déplacée. Prouvant qu'il méprise autant le public que les animaux et n'a même pas su reconnaître que la musique était bonne, drôle et judicieuse !

Mon seul regret est que l'on ne rende pas l'hommage qui convient à ceux à qui ce film doit tout : Christophe et Hedwige Boesch qui ont passé une grande partie des quatre dernières décennies à courir après les chimpanzés dans l'"enfer vert" de la forêt de Taï en Côte d'Ivoire, malgré les pluies, les dangers, les braconniers, les guerres, Ebola et quelques autres "détails" désagréables. Espérons que les bonus du DVD rattrapperont un peu cet oubli fâcheux.

28/11/2011

Défi science : le Conseil d'Etat irresponsable !

 

Psiko 237 Impérialisme US 01.jpgD'abord, une info qui n'a rien à voir : la parution d'un délicat dossier sur l'impérialisme américain, plus d'actualité que jamais, dans le Psikopat du mois à venir. Et j'anticipe vos protestations : ce n'est pas à moi mais aux kiosquiers et à leurs chefs qu'il faut vous plaindre si vous ne trouvez pas le Psiko en Suisse romande. Et comme râler est souvent peu efficace, vous feriez mieux de vous abonner : c'est comme cela que l'on fait vivre les journaux qui ne servent pas la soupe aux commerciaux et aux impérialistes !!

Bon, on en revient à notre sujet local du jour : l'idée débile de restreindre encore l'enseignement des sciences au Cycle d'orientation genevois dans une société où l'absence de formation scientifique de base devient un handicap grave dans la vie quotidienne...

Nous sommes cernés par des réalités relevant de la science et de la technique. Pas un pas sans traverser des ondes d'antennes radio ou téléphoniques, des nuages de pollen avec traces d'OGM, des gaz d'échappement, sinon des retombées d'isotopes venant de Fukushima ou Tchernobyl.

Certes, ce n'est plus la vie du paléolithique, où il fallait déjà connaître les racines comestibles ou toxiques et les mœurs des lapins, des mammouths et des merles quand on avait faim.

Mais l'accumulation des connaissances et des techniques rend chaque jour ce monde plus compliqué et exige des décisions politiques éclairées.

En démocratie bourgeoise, le peuple souverain est censé décider, surtout chez nous où il a droit de référendum, au moins en dernier recours.

Mais comment décider si l'on n'y comprend que couic ?

Comment voter sur le nucléaire si l'on ne sait pas ce que sont un atome ou une radiation ? Si l'on ne sait pas que nous sommes constitués de particules et provoquons des rayonnements à chaque geste ? Comment voter sur les OGM, si l'on ne sait pas ce qu'est un gène ou une mutation ? Si l'on ignore qu'un humain, un animal ou une plante sont faits de molécules fabriquées par des gènes qui mutent au fil de radiations... même à trou-du-cul la campagne !

Faut-il se fier à l'avis des autres, comme aux confesseurs de jadis ? Faire confiance, à la tête du client, au politique ou au journaliste. A Charles Beer et son air triste de communiant innocent ? A Decaillet, bon élève énergique et sans nuances, ou à Leutard, qui semble propre et en ordre ? Est-ce que ça garantit de bonnes décisions sur l'énergie, la liberté d'expression ou l'éducation ? Bien sûr que non !

La seule solution démocratique, c'est donc d'apprendre avant de voter, en particulier à l'école, pendant le tronc commun, primaire et secondaire, au cycle d'orientation, en particulier.

Or justement, en matière d'enseignement au cycle, le Conseil d'Etat vient de renier les engagements du susdit Charles Beer pour 8% d'horaires scientifiques, en petits groupes pour mieux comprendre. Il a opté pour 6%, soit deux fois moins que les autres pays de l'OCDE où 12% ne sont déjà pas trop ! Vous me direz que la tendance est la même dans presque tout l'Occident. Ce n'est pas une raison pour être résigné et faire des économies sordides dans notre pays plein de pognon.

Car il n'est pas besoin de chercher loin pour trouver l'origine d'une décision aussi aberrante : supprimer des heures, et des heures qui coûtent plus cher que d'autres en salaires et en matériel, c'est faire de petites économies au profit du budget du grand argentier Vert. C'est casser l'investissement à long terme - pas rentable en politique ! - pour faire des « économies » qui pourraient peut-être satisfaire les exigences des financiers néolibéraux qui contrôlent tout. Tandis qu'ailleurs on se craint pas de se livrer à d'énormes investissements grotesques dans de grands travaux inutiles, des cadeaux de fait au patronat ou de soutenir les errements de l'art contemporain. Du point de vue des Verts, pas de problème : leur propagande grossière centrée sur les grands problèmes à dimensions scientifiques passe mieux si le public n'y comprend rien et vote à l'émotion plutôt qu'en connaissance de cause. Et les socialistes, qui devraient être de gauche et intransigeants sur l'éducation et la préparation de l'avenir ? Il en reste peut-être un ou deux, mais sûrement pas au Conseil d'Etat...

Si vous ne voulez pas que Beer et Hiler continuent à renvoyer nos enfants au paléolithique, je vous conseille la pétition ci -dessous contre cette forfaiture.

 

http://www.petitionenligne.ch/petition/donnons-les-moyens...

In Le Courrier du 23-11-2011

 

 

29/10/2011

La vie, c'est chimie !

A l'heure où la démagogie verte, prétendue abusivement de gauche, a commencé à faire long feu aux élections fédérales, il est temps de sortir des slogans sentimentaux et inexacts pour reparler sérieusement des problèmes politiques liés aux questions d'environnement. Bref, de faire une écologie politique qui respecte autant les connaissances scientifiques que notre cadre de vie.

Mais on ne peut faire cela qu'avec des citoyens assez cultivés pour sortir de la dialectique religieuse du bien et du mal et être ouverts à toutes les argumentations raisonnées concernant les avenirs réellement possibles. Or, depuis des années, la propagande écolo "new age" procède par slogans imbéciles genre La nature c'est bien, La chimie c'est mal, Le soleil c'est bien, Le nucléaire c'est mal, Le poireau bio, même à la Migros, c'est bien, Les tomates OGM, c'est mal, ... Même si la vie n'est qu'affaire de chimie, d'atomes et de recombinaisons génétiques naturelles, si le soleil est une gigantesque machine nucléaire naturelle et si la nature est pleine de poisons, de toxiques chimiques et de multiples dangers plus que naturels.

Bien sûr, si vous rappelez ces évidences dans une quelconque assemblée, vous vous faites traiter d'agent pourri de Monsanto, Areva, Novartis et Firmenich, voire de militariste fanatique, même si vous n'avez jamais cessé de soutenir publiquement le GSSA, de voter contre les avions et l'armée, de dénoncer les usages irresponsables du nucléaire et des OGM et de condamner l'omerta scientifique et le grand banditisme des multinationales...

Alors, pour parler raisonnablement du monde de demain et essayer de trouver des freins à la course à la misère et à la mort de nos sociétés, il faut cesser de parler dans le vide d'économie et d'écologie, et revenir aux fondamentaux : que sont la vie et les humains, où vont la démographie, les consommations et les ressources, comment diriger pour mieux partager.

Et pour, d'abord, dire un peu moins de bêtises sur la vie, tout en s'amusant, je ne saurais trop vous recommander l'excellent No 7 de Drosophile journal de science amusant ET sérieux, courageusement intitulé : "La vie, c'est 100% chimique".

Droso La vie, c'est chimie !.jpegPuisque je suis dans les recommandations, je dois aussi vous signaler le dernier Psikopat et son dossier sur "Les chasseurs" dont la couverture, bien gore, ravira tous les juniors...

01 - copie.jpg

18:26 Publié dans éducation | Tags : vie, chimie, nucléaire, enseignement, culture, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |

28/04/2008

"Economie- Suisse" : maffieux ou crétins ?

Après nous avoir gratifiés, il y a quelques années d'une campagne pour l'augmentation des taxes universitaires, nos patrons des patrons voudraient, cette fois-ci, offrir des études gratuites aux prétendus "surdoués". Le "chef économiste" (sic) Rudolf Minsch aurait pourtant déclaré à 20 minutes que "seules les taxes d'études élevées incitent à obtenir une meilleure performance", ce qui semble contradictoire : ne craint-il pas que la gratuité pousse ses "surdoués" à la paresse et ne vaudrait-il pas mieux, dans sa logique, les faire payer plus, puisque, de toute façon, ils sont assez malins pour trouver les fonds !
Trêve de stupidités ! Je ne m'étendrai pas sur le fait, bien documenté, que les tests de QI par lesquels on prétend détecter les surdoués détectent au mieux le retard mental, les névroses maniaques et certaines performances qui relevent en partie de l'entraînement et en partie de la conformité socio- culturelle. Ce ne sont en aucun cas des mesures objectives, fiables et répétables d'aptitudes permanentes.
L'idée de privilégier encore ceux qui auraient des dons de naissance et de handicaper encore ceux qui n'ont que leur travail pour réussir est, par contre, aussi idiote que cynique. Elle n'aboutirait qu'à privilégier encore plus outrageusement ceux qui ont déjà tout pour réussir et à éliminer les talents que les handicaps sociaux dissimulent.
La meilleure façon de reconnaître les meilleurs, qu'il faut placer où la société les rendra les plus utiles au bien commun, consiste à donner à tous, au départ, des chances, aussi égales que possibles. Puis à sélectionner, par le mérite et non par une psychométrie aberrante, ceux qui auront la possibilité de continuer. Enfin de leur donner les moyens de le faire, quelle que soit leur origine sociale.
Dans une société déjà très perturbée par la marchandisation de l'enseignement élémentaire et secondaire, des universités et hautes écoles publiques, accessibles à tous et sélectives sont les seules institutions susceptibles de réunir les critères d'efficacité et de justice sociale.
Les attaques incessantes du patronat et de politiques néo-libéraux, dont certains de nos voisins de blogs, contre ces institutions, en particulier par la revendication inepte de taxes universitaires beaucoup plus élevées, viennent de deux soucis : d'abord créer des structures privées concurrentes et financièrement rentables, ce qui n'est pas possible face à des institutions publiques quasi-gratuites. Il s'agit donc de démanteler et marchandiser l'enseignement supérieur comme on l'a déjà fait, en partie, pour les enseignements primaire et secondaire. Ensuite, pour certains, de focaliser les contributions publiques vers les rejetons d'une élite économique et sociale déjà bien trop privilégiée. Le "Toujours plus" de François de Closet, en somme !
Quant à la contradictoire "Gratuité pour les surdoués", ne doutons pas une seconde qu'il s'agirait de poudre aux yeux, pour faire croire que la sélection serait au mérite et non par l'argent. Bref, d'un argument plus cynique et maffieux que stupide !

18:39 Publié dans éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |

11/03/2008

La religion et moi ...

   Mes parents étaient "catholiques non- pratiquants", contrairement à une grand mère normande et patronne de bistrot, laquelle ne ratait pas une messe du dimanche, ni les vêpres des grandes occasions. Elle gagnait des "indulgences plénières" de quelques jours en baisant le pied baveux de la statue de Saint Pierre, se confessait scrupuleusement et communiait quand il le fallait. Tout petit, elle me traînait parfois à la messe de son village où elle me forçait à me lever- asseoir, sans cesse, et à baisser la tête sans regarder à la sonnette de l'élévation, l'un des seuls moments intéressants. Ne parlons pas des cantiques en latin que ces pratiquants du patois normand chantaient d'après leur missel, sans y comprendre d'autres mots qu'amen et surtout "ité michaesse" qui, manifestement, signifiait pour eux "Tous au bistrot, café-calva et dominos" ! L'offense à la musique des cantiques en latin patoisé était grave : à côté de ce que l'on entendait, la fanfare du village ou la musique militaire étaient des sommets de l'art ! Quant au sens, les interrogations perfides que je faisais subir à ma pauvre grand'mère la faisaient rougir de confusion : elle ne comprenait strictement rien de ce qu'elle chantait avec tant d'entrain...
    La religion de mes parents était uniquement festive. Par obligation, pour les enterrements, et pour le plaisir, lors des communions ou des mariages. Seules comptaient vraiment les repas de fête et les bals qui clôturaient ces événements. La cérémonie religieuse était le prix à payer, pour eux, auquel s'ajoutait, pour moi, le catéchisme. On m'expliqua que je devais avoir de bonnes notes, pour que l'on puisse faire la communion et le banquet.
    Bon élève presque partout, je fus vite premier en catéchisme, même si je partais de rien, au contraire de la plupart de mes condisciples. Mais ces histoires de romains et d'orientaux, si loin dans le temps et l'espace ne me disaient rien : les évangiles et la bible me paraissaient ennuyeux et dépourvus du moindre intérêt. Néanmoins, suivant le principe de Blaise Pascal, chanté par Brassens, je fis semblant de croire et bientôt je crus ! Les vibrations des grandes orgues, les jolies filles pieuses du "caté." et les vapeurs d'encens, que je sniffais avec délectation, n'y étaient pas pour rien ... A l'époque, le cocktail Led Zeppelin- cannabis n'était pas encore disponible !
    Ma foi naissante et fragile avait été mise à rude épreuve à plusieurs reprises. D'abord quand l'abbé féroce du catéchisme nous avait suggéré de mettre des cailloux pointus dans nos chaussures, pour faire pénitence après je ne sais quel péché véniel. Marchant déjà bien mal après un accident et mettant parfois trois quarts d'heure pour faire un kilomètre au retour de l'école, je souffris un maximum avant de me faire engueuler, à juste titre, à l'arrivée, parce que les cailloux du curé sadique avaient percé mes chaussettes ! Et puis quand, le dimanche après ma communion, abandonnant mon roman policier, je pris ma veste et mon béret (eh oui, les jeunes, comme le Che !) pour aller à la messe, je fus interpellé par mon père en pyjama :
        - Qu'est-ce que tu fais ?
        - Ben je vais à la messe, comme d'habitude ...
        - Mais t'as fait ta communion la semaine dernière !
        - ...
    Après quarante seconde de flottement métaphysique, je décidai que mon père avait raison, que je n'avais plus aucune raison de souffrir le dimanche pour marcher jusqu'à l'église et je replongeais avec délices au lit dans mon polar !
    Quelques années plus tard, après m'être consolé dans Brassens de la dureté du monde, j'étais devenu le pire des paroissiens et ne croyais définitivement plus en de quelconques divinités, ni à une vie post- mortem que rien de sérieux ne confirmait.
    Je décidais alors d'écrire au curé pour réclamer mon excommunication d'une religion où l'on m'avait fait entrer par erreur, sans consentement éclairé, le jour de mon baptême. En réponse le saint homme m'envoya une lettre quasi injurieuse prétendant qu'il n'y avait pas de procédure semblable dans l'église catholique et m'accusant de trahir mes pauvres parents qui avaient tant fait pour m'élever dans la foi chrétienne et le respect du seigneur !
    Il me semblait bien sûr totalitaire et scandaleux de me contester le libre choix revendiqué, de me refuser ce que l'on accorde au moindre hérétique ou blasphémateur, et dérisoire de mêler, sans savoir, mes pauvres parents à une histoire strictement personnelle. Fallait-il pisser dans un bénitier, ou comme dit le juron du Québec, toaster une hostie, pour que ces chrétins reconnaissent ma liberté de penser ?

20:00 Publié dans éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |

18/12/2007

IAM, l'Egypte et le racisme

   Je les avais rencontrés peu de temps après le MIA, il y a presque 20 ans, au hasard d'un plateau de télé. Akhenaton, leur leader, m'avait assailli de questions sur ce que je pensais des théories de Cheikh Anta Diop, illustre archéologue sénégalais, devenu, malgré lui puisque déjà mort, idole des rappeurs, vers Chicago. Ce qui était un exploit pour un francophone ! Pour résumer brutalement, ce collègue était considéré comme ayant démontré que la décadence de la civilisation égyptienne correspondait à la prise de pouvoir de pharaons blancs aux dépens des premiers pharaons, supposés noirs. Et que la probable origine africaine des humains modernes faisait que, ayant évolué plus longtemps comme humains modernes, les Africains noirs seraient plus civilisés que les Européens blancs. J'avais fait remarquer que la palette de couleurs de peau, du noir au blanc, des Egyptiens actuels n'avait certainement pas changé en quelques années et que les documents sur les couleurs de peau des pharaons étaient rares et peu convaincants. Et cité les théories d'Andor Thoma, anthropologue hongrois d'extrême droite, qui prétendait que l'homme de Vértesszőlős, en fait un unique os crânien très déformé et mal interprété, démontrait que les Européens avaient acquis un gros cerveau avant les Africains !
    Nous en avions conclu que le racisme, scientifique ou pas, n'avait pas de couleur, et que les seules choses importantes étaient que la civilisation égyptienne ait été fascinante et que la musique soit bonne !
    A l'heure où, par une bien faible majorité, nos parlementaires fédéraux ont pas mal rééquilibré le rapport de masculinité du Conseil fédéral et, enfin, un peu masqué la propagande anti- immigration qui donne honte d'être suisse, français ou européen, il était salutaire de rappeler que le racisme est la chose la mieux partagée du monde. Et qu'il n'y a pas de "droit au racisme" des victimes ou de leurs descendants, plus ou moins lointains, réels ou imaginaires, que ce soit à Chicago, Ryad, Beijing ou Tel Aviv.
    Et puis, pour ceux qui auront réussi à avoir des places, n'oubliez pas IAM, samedi à l'Arena de Genève ! Du bon vieux rap, francophone, quasi archéologique ...

08:11 Publié dans éducation | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |

17/08/2007

The University of Geneva : Non, merci !

    Genève, ville internationale, se doit d'avoir une université internationale, tant par son niveau de recherche et d'enseignement que par l'ouverture dans le recrutement de ses étudiants et de ses enseignants ; ce qui est largement le cas. Toutefois, la responsabilité de notre Alma Mater dans la formation des élites locales et suisses exige aussi le respect de la culture et des contribuables locaux et confédérés. Ce respect se perd souvent, en particulier dans les sections de biologie et médecine. Comme à l'université de Lausanne, beaucoup de cours avancés et la plupart des séminaires de biologie sont donnés en anglais, y compris par les enseignants francophones, comme la quasi-totalité des séminaires de recherche. Les nouveaux enseignants anglophones s'engagent pourtant, comme tous les étrangers et confédérés, à avoir, dans un délai d'un an, une maîtrise suffisante de la langue locale pour donner des enseignements de base en français. Pourtant, certains savent à peine dire bonjour ou merci après dix ou vingt ans sur place. Ceci alors que les confédérés ou les Russes, pour ne prendre que deux exemples, respectent, pour la plupart, ce contrat. Dans les réunions administratives obligatoires francophones, un nombre croissant de muets s'ennuient, lisent ou tapent tout autre chose sur leur clavier, se faisant traduire un résumé par un voisin ou se faisant accompagner par un interprète quand ils ont quelque chose d'incontournable à dire.
Bien sûr certains lecteurs sont déjà en train de gloser sur cette défense ringarde d'une langue dans laquelle ne se publie plus qu'une partie infime de la recherche signifiante en biologie, où l'anglais représente 98% de la science occidentale (pour eux, chinois, japonais, russes et autres, latinophones en particulier, n'existent pas !). Ceci, bien sûr, si on limite la science à ce qui est publié par un étroit marché de l'édition, totalement contrôlé par des lobbies anglo-saxons maffieux et déloyaux (on lira avec intérêt le dossier de Campus, mensuel de l'université, qui évoquait, avec beaucoup de tact, une situation scandaleuse). Gouvernements et organismes nationaux financent généreusement la recherche, mais acceptent sans ciller que le produit de celle-ci soit unilatéralement exploité par très peu de sociétés privées ou académiques anglo- saxonnes où le copinage anglophone, la potentialité de scoops, justifiés ou non, et des coûts de publication aberrants sont les règles premières dans la sélection de la "vraie science". Avec comme résultat un certain nombre de perles historiques comme la fusion à froid, la mémoire de l'eau, l'Eve africaine, le gène de l'homosexualité et tant d'autres stupidités qui feront s'esclaffer les historiens des sciences du futur... Comme le soulignait Campus, le développement de publications électroniques plus accessibles, plus contrôlées sur la correction de leurs contenus ou méthodes, et moins sensibles au désir de scoops permet d'espérer un changement de cet état aberrant de la valorisation du produit de la science.
Dans le droit- fil de cette MacDonaldisation de la science, certains voudraient que tous les cours de biologie soient donnés en anglais, que les résumés de thèses d'une page en français ne soient plus obligatoires pour les thèses de l'université de Genève rédigées en anglais, et que l'on ne recrute plus que des stars anglophones comme profs de biologie ou de médecine. Merci pour les nombreux étudiants qui se destinent à l'enseignement secondaire ou au journalisme par exemple, qui ne connaîtront plus leur matière qu'en anglais, pour ceux qui n'ont pas l'intention d'émigrer dans des pays ou des compagnies anglophones, ou pour les Tessinois parlant leur langue, vivant en partie en italien, scolarisés en allemand et venus à Genève pour la proximité linguistique. Ils seront ravis quand on leur apprendra que la biologie, c'est seulement en anglais !
Mais le pire de cette histoire, c'est la volonté de vouloir recruter au prix fort des enseignants anglo-saxons que l'on fait passer pour des vedettes à partir de curriculums médiocres ou surévalués. Quarante ans d'expérience ont pourtant montré que beaucoup d'anglo- saxons recrutés à grand frais, qui étaient souvent bons, sont repartis très vite - certains ne sont même pas venus ! - après avoir obtenu les mêmes conditions ou mieux dans un pays anglophone. Genève leur a juste servi de marchepied à ses frais... Quant à ceux qui sont restés, à part de très rares francophiles, c'étaient souvent parce que trop mauvais pour être pris chez eux ou dans un autre pays anglophone. L'université de Genève a recruté beaucoup de biologistes prestigieux et primés internationalement ces dernières années pour des travaux remarquables. La plupart sont francophones, confédérés, européens et très peu anglo- saxons. Par contre, les anglo- saxons incompétents et aigris représentent une part non négligeable de nos erreurs de casting.
Il est bien clair qu'un chercheur en biologie, aujourd'hui, doit savoir lire, écrire et si possible penser en anglais. Par contre, cette exigence est totalement injustifiée pour des enseignants du secondaire, des médecins ou des techniciens qui exerceront, pour la plupart, en milieu non anglophone. Comme les futurs chercheurs ne constituent qu'une très petite minorité des étudiants et passeront, de toute façon, par l'anglais, il est totalement aberrant de vouloir imposer ce dernier comme langue véhiculaire à l'université pour le seul bénéfice de quelques collègues, souvent médiocres, qui ne tiennent pas leurs engagements.
Au contraire, l'expérience montre que penser la biologie dans d'autres langues permet souvent d'échapper aux biais idéologiques des cultures anglophones, en particulier en matière de génétique ou d'apologie frénétique de la compétition. Les anglo- saxons sont les premiers à nous montrer l'avantage considérable qu'il y a, pour l'enseignant comme pour les étudiants, à travailler dans sa culture, dans de bonnes conditions psychologiques et matérielles, et avec une bonne connaissance de la culture de ceux à qui l'on enseigne. Il serait scandaleux que les francophones ne puissent bénéficier, au moins en grande partie, des mêmes avantages à l'université de Genève.

13:41 Publié dans éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |

19/06/2007

Comment faire des bébés ??

C'est une question posée sur le site 300 questions à un biologiste.
http://www.tsrdecouverte.ch/4-12/forums/all/forum-biologie412/
Comme elle est vraiment d'intérêt général, je vous confie ma réponse en trois temps, un mouvement...
" Comment les premiers hommes sur terre ont ils appris à faire les bébés alors qu’ils ne savaient pas comment les faire? "
 
Si les premiers humains sont nos ancêtres, c'est parce qu'ils savaient comment faire des bébés, sinon nous, qui sommes leurs descendants directs, ne serions pas là !
Et puis, bien avant, leurs propres ancêtres, qui n'étaient pas encore des humains, mais déjà des grands singes ou, encore bien avant, d'autres animaux, savaient aussi faire des bébés ...
Comme tous les animaux qui font des bébés en s'accouplant entre un père et une mère s'accouplent et font des bébés, sans avoir jamais appris !
Sinon, leur espèce disparaîtrait...

Les humains, comme les autres animaux, n'ont donc jamais appris à s'accoupler pour faire des bébés, mais ils ont toujours su le faire, avec la même compétence innée qu'ils ont pour respirer ou uriner, sans avoir jamais appris non plus.
Comme les animaux, les humains s'accouplent parce qu'ils éprouvent du plaisir à le faire. Ce plaisir est une récompense qu'ils recherchent. Les animaux s'accouplent parce qu'ils ont envie de ce plaisir, sans savoir que cela conduit, plus tard, à des naissances et à des bébés. Chez les animaux, la grossesse ou la ponte des oeufs viennent si longtemps après qu'ils ne savent pas que l'accouplement est la cause des grossesses ou des pontes, plusieurs jours, plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard.

Une bonne question est donc de se demander quand, et comment, les premiers humains, ou leurs ancêtres, ont compris que s'accoupler pouvait produire des bébés dans le ventre des mamans et comment d'autres, ensuite, ont découvert les mécanismes de la fécondation. La fécondation réunit un spermatozoïde et un ovule, qui, après pénétration du spermatozoïde, devient oeuf, puis embryon, puis foetus, puis bébé.

Dans toutes les sociétés humaines actuelles, on sait que les jeunes filles ne peuvent pas avoir de bébés tant qu'elles n'ont pas de rapports sexuels en s'accouplant avec des garçons ou des hommes. Mais, dans certaines sociétés, on croyait encore, il y a peu, qu'il fallait qu'une jeune fille ait des rapports amoureux avec plusieurs hommes différents avant de réussir à être enceinte et à avoir un enfant. En 1868, Charles Darwin croyait qu'il fallait un seul père, mais plusieurs spermatozoïdes pour féconder un ovule. C'est Hertwig qui, quelques années plus tard, a montré, grâce au progrès des microscopes, qu'un seul spermatozoïde pénétrait un seul ovule à la fécondation et donnait un oeuf, puis un bébé
(ou parfois deux ou plus, si l'oeuf se divise et produit des jumeaux).

Les humains se sont vite posé une autre question, contrairement aux animaux qui n'ont pas compris que faire l'amour produisait des bébés. C'était de trouver comment profiter du plaisir que s'accoupler procure, sans faire trop de bébés que l'on aurait du mal à élever. Quand les humains font tous les bébés possibles, comme au Québec au 19 ème siécle, ils font de "belles familles" comptant jusqu'à vingt ou vingt cinq enfants par femme. Or, dans toutes les autres populations, on faisait rarement plus de six à dix enfants par femme, dont la moitié, ou plus, mourraient très jeunes. Toutes ces sociétés anciennes de chasseurs ou d'agriculteurs avaient donc, non seulement compris comment on fait les bébés, mais aussi comment ne pas en faire trop, sans se priver pour autant du plaisir de faire semblant d'en faire !

Et puis une autre bonne question est de se demander comment il se fait que les humains d'aujourd'hui doivent apprendre à faire des bébés et recevoir une "éducation sexuelle" alors que tous les  animaux et certains humains font des bébés sans jamais en avoir. Certains disent que les animaux font tout instinctivement, alors que les humains doivent apprendre et avoir des comportements raisonnés. Mais il y a  une explication plus simple : chez la plupart des animaux, et dans certaines sociétés humaines, personne ne se cache pour s'accoupler. Les enfants n'ont qu'à regarder et faire comme les parents ! C'est seulement dans les sociétés humaines actuelles que l'on se cache le plus souvent pour faire l'amour, et que l'on prive ainsi les jeunes d'un exemple facile à suivre, dont il faut compenser la perte par l'éducation...

17:32 Publié dans éducation | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |

13/06/2007

Les preuves de l'évolution

Question posée par un élève sur le forum 300 questions à un biologiste :
http://www.tsrdecouverte.ch/4-12/forums/all/forum-biologie412/
Existe-t-il des preuves que la théorie de l'évolution est vraie?
Je pense que question et réponse sont, comme souvent sur ce forum que je recommande, assez générales pour vous intéresser 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------
La théorie de l'évolution est une théorie scientifique.
Elle réunit, en un ensemble cohérent, les faits et propositions actuels sur l'histoire de la vie. Elle doit y intégrer sans cesse les connaissances nouvelles sur le sujet.
Comme toute théorie scientifique, la théorie de l'évolution est donc provisoire, incomplète et susceptible de changer par la réfutation de certains de ses éléments et l'adjonction de nouvelles propositions qui les remplacent.
On ne peut donc pas dire globalement que théorie de l'évolution est vraie, ni qu'elle est fausse. Elle comporte des éléments "robustes", prouvés et vérifiés par la théorie ou l'expérience, qui ont peu de chance d'être remis en cause. Beaucoup d'autres propositions doivent encore être vérifiées. Certaines sont sans doute fausses, mais beaucoup d'autres seront conservées après vérification. Enfin, de nombreuses questions que l'on se pose, en particulier sur les mécanismes de l'évolution, n'ont pas de réponse dans l'état actuel de la science. Ce qui n'a rien d'anormal dans une théorie scientifique.

    Parmi les propositions vérifiées par de multiples preuves et qui risquent peu d'être remises en cause, figurent :

- la très longue durée de l'histoire de la vie, que l'on sait mesurer avec une bonne précision (plus de 3 milliards d'années, prouvée par les fossiles, la géologie et les datations physiques).

- la transformation des populations et des espèces au cours du temps. On connaît aujourd'hui les principaux mécanismes génétiques qui la gouvernent.

- l'origine unique, commune, de toutes les espèces d'êtres vivants, par une descendance généalogique, à partir des formes de vie les plus simples.
    Cette hypothèse de Lamarck (1800) a été démontrée par la découverte de l'universalité du code génétique (1953), ainsi que l'universalité des structures et de la chimie des cellules, entre beaucoup d'autres preuves. Il n'y a pas d'autre explication rationnelle des observations de la biologie.

Parmi les sujets débattus, on peut citer comme exemples :

- l'importance de la sélection naturelle, prouvée dans certains cas, mais dont Darwin lui-même avait constaté qu'elle n'expliquait pas toute l'évolution.

- les mécanismes de survie des "macro- mutations" qui ont parfois changé le plan des organismes d'une espèce ancestrale à ses descendantes.

Parmi les sujets incompris, on peut citer les mécanismes de transformation des formes et des dimensions des organismes, parce que l'on ne sait toujours pas quels gènes les contrôlent, ni comment. On peut citer aussi l'autre hypothèse de Lamarck selon laquelle la vie serait issue par transformation physico-chimique à partir du monde minéral. C'est l'hypothèse la plus simple, mais on n'a pas les moyens de la mettre à l'épreuve parce que cet événement historique n'a pas laissé de traces connues autres que les êtres vivants d'aujourd'hui.

    Aucune théorie scientifique alternative, rationnelle et crédible, ne s'oppose aujourd'hui à la théorie de l'évolution.
 

19:31 Publié dans éducation | Lien permanent | Commentaires (44) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |

04/06/2007

En finir avec vos préjugés, ce soir à UNIMAIL !

La LICRA Genève milite contre le racisme sans sombrer dans le communautarisme qui mine l'action de nombreux mouvements dits anti-racistes. Je n'en fais pas partie, mais j'aime bien ce qu'ils font, sauf quand ils prennent Mugny pour président ! Erreur tragique réparée depuis ! Après Gaston Kelman, inoubliable bourguignon auteur de "Je suis noir et je n'aime pas le manioc", ils invitent Caroline Fourest, journaliste à Charlie Hebdo. Laquelle ne manque pas de courage en dénonçant les pièges des communautarismes anti- laïques, frère Tariq ou en commentant sereinement "Le choc des préjugés". Plutôt que de continuer à paraphraser, je vous répercute l'invitation.
A ce soir !


La LICRA-Genève vous invite à la conférence de

Mme Caroline Fourest
Essayiste - Journaliste

« Le choc des préjugés »

Jeudi 7 juin 2007 à 20 h. Auditoire MS 150 – Uni-Mail, 40, bd du Pont-d’Arve,1205 Genève Entrée libre (Salle au sous-sol)

Sans fantasmes ni angélisme, Mme Fourest dénonce l’impasse des postures sécuritaires et victimaires. Elle démontre et démonte les mécanismes des amalgames et des préjugés des uns auxquels répondent les amalgames et les préjugés des autres. Elle conteste
« l’ethnicisation de la question sociale » et au communautarisme qui entraîne fantasmes, mythes, peurs et déresponsabilisation elle oppose le respect de l’individu.

Elle pose les véritables questions qui permettent le vivre-ensemble dans une société laïque.

« L’identité est une alchimie mystérieuse, elle doit le rester. Pour dénoncer les discriminations, la tentation est grande de la réduire à l’expression de son stigmate le plus visible. Il faut alors prendre garde à ne pas confondre un moyen différentialiste (parfois nécessaire pour souligner la nature des discriminations subies) avec un objectif différentialiste (revendiquer des droits culturels au nom d’un particularisme), sous peine d’entretenir soi-même la machine à figer les identités. Au contraire, les discriminations doivent être pointées du doigt pour ce qu’elles sont : la trahison de l’idéal républicain égalitaire et universaliste. » in Le choc des préjugés, 2007, éditions Calmann-lévy »

Caroline Fourest est diplômée de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, rédactrice en chef de la revue ProChoix et journaliste à Charlie Hebdo. Elle enseigne sur "Identités, égalités et vivre-ensemble" à l'IEP à Paris. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Tirs croisés : la laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman" 2003, "Frère Tariq" 2006. Elle a reçu le Prix national de la laïcité en 2005. Son ouvrage "La tentation obscurantiste" a obtenu le Prix du livre politique en 2006.

Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme - LICRA-Genève
Adresse postale : Licra-Genève - 1200 Genève - tél. +4179 6783855 licra-ge@freesurf.ch

23:06 Publié dans éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |

12/05/2007

Culture & Rencontre : 20 ans déjà !

L'association Culture & Rencontre fête ses vingt ans demain et publie une plaquette du même nom. J'en extraie, avec l'autorisation amicale de son président, Jean-Jacques Forney, le texte ci-dessous. Le racisme connaît un renouveau inquiétant à Genève, sous des formes qui vont du mépris honteux dans les gestes quotidiens à l'arbitraire, aux bavures et même à la théorisation par un invité du musée d'ethnographie ! (la bonne réponse à la devinette d'hier est 5, on en reparlera...). Il serait temps d'établir des règles du jeu qui évitent l'aggravation sans fin des confrontations liées à la rencontre des cultures lors d'une mondialisation irrépressible.
Dans la même plaquette, on notera l'excellente mise au point sur les OGM de Pierre Spierer, là où le public ne sait plus que croire entre les hurlements des populistes vert-e-s et le cynisme de certaines multinationales.

Rassembler les cultures du monde autour de leur PGCD * ?

André Langaney

* pour ceux- celles qui sont un peu fâché-e-s avec l'arithmétique, rappelons qu'il s'agit du plus grand commun diviseur de deux nombres entiers. L'ironie de notre propos étant de rassembler par un diviseur !

Vue d'une science aussi inhumaine que la biologie d'aujourd'hui, la culture est un ensemble arbitraire de règles, de conditionnements et d'informations qui permettent à une société animale ou humaine de survivre, de procréer et de reproduire cet ensemble, pendant un certain nombre de générations, avant de disparaître avec la population correspondante ou de se transformer en une autre culture. Les cultures sont donc, comme les espèces animales ou végétales, provisoires et exposées à la sélection naturelle. Toutefois, elles subissent cette dernière selon des modalités très différentes de celles des espèces, contrairement à ce que prétend une pseudo- science comme la "sociobiologie". En particulier, du fait de l'importance de la transmission "horizontale" d'information entre les membres de même génération d'une société (opposée à la transmission uniquement "verticale", des parents aux enfants, qui est le propre de la génétique mendelienne), l'évolution des cultures est beaucoup plus rapide que l'évolution génétique. En contre- partie, l'évolution culturelle est beaucoup moins sûre, puisque qu'elle repose sur la répétition, au fil des générations, d'apprentissages souvent longs et complexes. Ceux-ci peuvent, à tout moment, être abandonnés, déformés ou bien oubliés, par leurs porteurs ou par ceux qui doivent les transmettre.
Les cultures humaines diffèrent des autres par la généralité d'un langage à "double articulation" utilisant des signes sonores, gestuels ou écrits pour constituer des mots, qui eux-mêmes s'articulent selon une syntaxe. Il s'agit là d'une performance du cerveau qui n'a rien à voir avec les capacités de production des sons, puisque le langage peut être écrit ou gestuel, tel celui des sourds-muets. Dans l'état actuel des choses, bien que certains mammifères et oiseaux aient une mémoire suffisante, aucune autre espèce que la nôtre n'a su (ou voulu!) pratiquer une syntaxe digne de ce nom. Le langage, ou peut- être l'aptitude à sa pratique, semble donc bien être la dernière composante du "propre de l'humain" après la découverte de multiples compétences stupéfiantes des grands singes ces dernières années.
Un débat important, que nous n'ébaucherons pas ici, consiste à savoir si la fonction première du langage est de communiquer ou d'organiser la pensée et l'action. Ce qui compte ici, c’est qu'il fait les deux dans nos sociétés.
Les civilisations à écriture, très minoritaires au départ, ont, le plus souvent pris l'avantage sur les autres, sans doute parce que l'écrit était plus stable que la tradition orale dans le passé, quand le milieu changeait, en général, lentement. Par contre, de nos jours, l'environnement social, technique et humain change tellement vite que les moeurs dépassent sans cesse des règles écrites devenues inadaptées, souvent avant d'être mises en oeuvre. On constate d'ailleurs, à travers l'audio-visuel et les multi- medias, un retour à la transmission orale. Les textes fondateurs les plus sacrés des religions, écrits en d'autres temps, par et pour des sociétés disparues, connus par de multiples sources, transcriptions, traductions et adaptations contradictoires ont aussi changé depuis leur supposée origine divine. Leurs prédicateurs les plus convaincus en proposent des interprétations contradictoires, conduisant à des pratiques sociales incompatibles. Nous y reviendrons à propos des rencontres des cultures.
La survie dans le temps d'une population nécessite que sa culture lui permette de satisfaire les besoins primaires des individus (sécurité, eau et nourriture, motivation à survivre, sommeil) et de la population (comportement sexuel conduisant à la procréation, élevage des jeunes, transmission à ces derniers du minimum vital de culture). Peu importe ce que la culture impose arbitrairement en plus, tant que ces conditions de base sont satisfaites ! Peu importent les modalités de cette satisfaction, du moment qu'elles conduisent au résultat nécessaire. Les besoins concernant tant la population que les individus sont satisfaits à travers des systèmes physiologiques de récompense/punition, innés ou appris, qui orientent les comportements des individus dans le respect des normes de la culture et de la société. Ces systèmes physiologiques, très archaïques, sont semblables chez tous les vertébrés, humains compris, et ont leurs équivalents chez des invertébrés. Ils concernent, par exemple, la prise de boisson, de nourriture ou les rapports sexuels et constituent notre première source de motivations.
Mais les systèmes récompense/punition sont flexibles et peuvent facilement être détournés de leurs fonctions évolutives par des dérèglements ou des manipulations de la physiologie correspondante. En particulier par des modifications de l'environnement ou de l'apprentissage chez les espèces qui en sont capables. L'introduction de substances agissant sur les centres et circuits neuro- hormonaux de la récompense, de la punition ou du sommeil peut conduire à la dépendance et/ou à la toxicomanie. L'apprentissage d'une culture différente peut conduire à des conflits existentiels avec la culture d'origine. C'est, chez les humains, le cas des conflits de générations entre parents et enfants exposés à des conditions de vie très différentes, soit du fait des transformations rapides de la technique et de la culture, soit du fait de l'immigration. Mais c'est aussi le cas des conflits entre comportement des jeunes et des parents adoptifs, chez les animaux, dans le cas d'adoptions inter- espèces. Deux exemples aident à y voir plus clair quant aux causes de tels conflits. Il est bien connu que les jeunes oiseaux adoptent comme "mère" tout objet mobile perçu pendant une courte période sensible peu après la naissance. Un caneton exposé à une poule treize heure après sa naissance l'adopte comme mère et est, en général, adopté comme rejeton, surtout si elle a couvé son oeuf. Mais cette maternité est soumise à rude épreuve quand, rencontrant une mare, le caneton s'y précipite pour nager, tandis que sa "mère" tente désespérément de l'empêcher d'aller se noyer ! Ici la rencontre de deux composantes du comportement, l'une innée: s'attacher à un objet maternel ou rechercher l'eau pour y nager, l'autre apprise: la nature de l'objet maternel rencontré à la treizième heure fait partie de la culture du caneton.
Le second exemple concerne une amie orang- outan, Wattana. Elle appartenait, de naissance, à cette espèce solitaire dont les comportements sexuels, dans la nature, sont rares, pendant le court oestrus des femelles et plutôt calmes. Les hasards de la gestion des parcs zoologiques l'ont fait élever parmi des bonobos, chimpanzés bien connus pour leurs performances sexuelles permanentes et variées, nombreuses et brèves, entre partenaires de toutes combinaisons de sexes. Eduquée par ce groupe, Wattana fût ensuite "mariée" à un orang mâle qui, d’abord, prit si mal ses grimaces provocatrices et propositions sexuelles explicites qu'il fallut les séparer ! Dans un deuxième temps, introduite dans un groupe familial, Wattana fût acceptée par son fiancé, dont elle modifia culture et comportements, ainsi que ceux des autres membres du groupe !
Ce deuxième exemple souligne que, chez ces primates non humains, les comportements sexuels, sociaux et d'attachement, qui conditionnent la survie du groupe, sont appris, et non innés. Ils peuvent être altérés ou détournés de la fonction reproductive. Chez les bonobos, ils évitent les conflits violents d'intérêt ou de hiérarchie, si fréquents chez les "grands" chimpanzés. Chez les humains, la sexualité peut être orientée vers d'autres fonctions sociales, telles que l'attachement des mâles lors de l'éducation des jeunes, ou, par addiction, vers la seule recherche d'un plaisir sans fonction évolutive claire.



La rencontre des cultures


Les contraintes sélectives évoquées ci-dessus font que les seules cultures humaines parvenues jusqu'à nous sont celles qui assurent à la fois la survie physique, alimentaire et identitaire des populations, en particulier en donnant des règles et structures sociales encadrant les relations sexuelles, la procréation et l'éducation des jeunes. Ce que Conrad Lorenz qualifiait d'"ouverture du programme génétique" fait que, chez les grands singes, beaucoup de ces règles et comportements sont appris, alors qu'ils résultent de contraintes biologiques innées dans d’autres espèces. En conséquence, les structures sociales et les répertoires de comportements, généralement uniques et stables dans les populations d'une même espèce animale, peuvent varier d'une population à l'autre chez les grands singes. Ils varient à l'extrême d'une population humaine à l'autre.
On trouve ainsi des populations humaines vivant dans les environnements les plus variés, exploitant des ressources animales ou végétales très différentes, par des comportements tout aussi diversifiés. Toutes les structures sociales observées dans différentes espèces animales, et bien d'autres, se retrouvent dans nos sociétés où l'on sera monogame ou polygame, souvent polygyne, parfois polyandre, pratiquant ici la fidélité sexuelle ou matrimoniale, là l'infidélité ou la promiscuité. Au- delà des règles déjà variables permettant de satisfaire les besoins fondamentaux individuels et collectifs, nos cultures sont riches de traditions locales introduisant des règles et comportements totalement arbitraires, sans valeur sélective dans la plupart des cas. C'est ce que font les dogmes religieux qui contrôlent les structures sociales, la sexualité et les comportements parentaux à travers les mythologies, les traditions orales, les textes "révélés", les superstitions et les illuminations des prêtres et gourous.
Dans de telles conditions, malgré les proclamations oecuméniques de l'internationale religieuse, il n'y a aucun espoir de concilier entre elles deux traditions religieuses différentes, et encore moins de les concilier avec un idéal de démocratie et de libertés individuelles. Pour ne prendre qu'un exemple, les différentes interprétations de la Bible, du Talmud et du Coran ne sont conciliables ni pour l'un, ni pour l'autre de ces textes, encore moins entre eux. Les communautés religieuses et sociales sont en compétition permanente pour le contrôle des états, des économies et des paroissiens, et cette compétition est responsable de beaucoup de guerres et autres malheurs de l'histoire.
Pour s'en sortir, les humanistes occidentaux et les assemblées internationales ont tenté de définir des droits universels des humains. Ceux-ci visent à introduire une sorte de minimum vital, de "plus grand diviseur commun" des principes sociaux des grandes cultures du monde actuel. Mais ces droits mêmes posent un problème d'objectifs: certaines sociétés voudraient que ce soit des droits individuels qui soient garantis, ce qui n'assure pas la reproduction des sociétés et des cultures. D'autres voudraient que ce soit les droits de familles traditionnelles qui soient pris en compte, ce qui bafoue les libertés individuelles en perpétuant les oppressions familiales. D'autres, enfin, voudraient que l'objectif soit le maintien de la diversité culturelle et religieuse actuelle, c'est à dire le maintien de la barbarie où elle existe et de la compétition sans merci entre les sectes expansionnistes!
La rencontre des cultures n'est pas nouvelle, mais leur confrontation généralisée actuelle est sans précédent. Il serait temps de comprendre que la seule issue pacifique possible passe par le renoncement de la plupart d'entre elles à beaucoup des principes sur lesquels elles sont fondées et à l'accord de ce qui en resterait sur quelques grands principes fondamentaux: un « PGCD culturel », somme toute!

10:26 Publié dans éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | | | |