L'anarchronique - Page 7

  • La soldatesque, les islamistes et ... Gandhi !

    Imprimer

    Je rentre de France occupée : par la police, l’armée, les barbus et les manifestants homophobes du FNUMP. Si vous avez l’imprudence d’y entendre la radio ou d’y voir la télé – je ne dis délibérément pas écouter ou regarder, vous n’êtes quand même pas débiles ! – l’information y est coupée en deux. Moitié communiqués militaires triomphants pour expliquer comment leurs vaillants aviateurs surarmés ont explosé depuis le ciel des cibles terrestres non défendues au prix de pertes civiles non précisées, mais sûrement considérables quand les images de bombardements montrent la destruction quasi totale de villes et villages. Merci pour les enfants, les femmes et les paysans qu’on libère ! L’autre moitié de l’info, c’est la polémique extrême au sujet de la loi « mariage pour tous » qui risquerait de rattraper une très petite partie du bon siècle de retard que le code civil a pris sur les mœurs de la population. Les autres grands sujets dont on gavait le peuple sont laminés : Kate, DSK ou Madonna sont morts, le foot ou les pitreries lamentables des exilés fiscaux connus comme Depardieu ou pleins aux as comme Bernard Arnaud rament pour obtenir la moindre brève !

    Ce qui est intéressant, c’est la différence de traitement entre les deux sujets survivants : la « guerre contre le terrorisme » (on se croirait sous W Bush dont les mêmes médias ont tellement ricané il y a peu !) est l’objet d’un consensus total des journalistes, intervenants et « commentateurs indépendants ». Même quand il faut avouer le bide total de l’échec du commando de barbouzes qui voulait libérer une barbouze en Somalie (deux victimes, plus sans doute la « cible » et un nombre inconnu de dizaines d’ « ennemis » et civils innocents massacrés ! Il n’y a que des héros, des libérateurs, de grands soldats. Pas de femmes, enfants, vieillards explosés par des grenades, des bombes et des fusils d’assaut. Quant aux villes et villages du Nord Mali, si semblables en vue aérienne à d’autres que je connais bien, j’imaginais l’effet de chaque impact de bombe commenté victorieusement par l’officier sûrement aussi catholique que cathodique : la station d’essence ! Oui, mais le dispensaire est à côté… Le dépôt d’armes ? Oui, mais c’est derrière le dortoir de l’école… Les véhicules des djihadistes ? Oui, mais ils étaient garés devant la poste, le marché où les commerçants dorment et l’hôpital… Et, de tout cela, pas un mot ; sinon une brève mention de victimes civiles, en nombre indéterminé, et autres dommages collatéraux. Pas un mot de la destruction, en une nuit, du travail de milliers de paysans, pendant des siècles et des dizaines de générations, pour construire leurs communautés et leurs maigres biens dans l’un des lieux les moins hospitaliers de la planète. La même mentalité que les anglo-américains en Irak, au Viet Nam ou, il y a un peu plus longtemps, dans ma Normandie d’origine. La « civilisation » combat le terrorisme, rompez ! 

    Que les choses soient claires : je n’ai pas la moindre sympathie pour les apôtres lapideurs et coupeurs de mains qui respectent encore bien moins les enfants, les femmes, les libertés et les droits humains que ces intégristes catholiques qui défilent pour empêcher les homos de recourir aux procréations artificielles et d’obtenir la bénédiction du maire. Il est évident que, faute d’avoir pu empêcher les djihadistes de s’armer et de diffuser leur propagande, il faudra bien les arrêter militairement. Mais ce n’est pas une raison pour faire croire que la guerre peut être aussi clean que les avions rafale au 14 juillet, que les légionnaires sont des saints et pour oublier que les civils maliens et les touarègues du Nord Mali ne sont pas un, mais des centaines de milliers d’otages à sauver, pas des avatars dans un jeu vidéo. Ce n’est pas une raison pour transformer France Inter en Radio Pyong Yang ou France 2 en Télé Algérie française ! Le débat « démocratique » sur le mariage gay est un pitoyable cache sexe de leur prétendue objectivité.

    Je voulais vous parler de Gandhi, qui a triomphé sans très grandes violences dans des rapports de force a priori tellement défavorables. Qu’aurait-il pu faire et dire face aux islamistes, avec qui le dialogue semble pour le moins difficile ? Sans doute pas grand’ chose … Les islamistes seraient-ils plus forts que l’Angleterre colonialiste du siècle dernier ?

    Lien permanent 0 commentaire
  • La presse et le fric

    Imprimer

    sine-mensuel-16-home.jpgC’est le dossier fort du Siné mensuel de janvier, qui montre bien comment, du choix des directeurs à l’autocensure et à la distribution, une poignée de super-riches de la finance et de l’industrie tentent de fabriquer dans les grands médias, journaux en tête, le consensus ultralibéral de leurs rêves. Quant à ceux qui, avec de petits moyens, font entendre un son de cloche différent, on essaie de les réduire au silence à coup de procès multipliés et ruineux. Même quand ils les gagnent tous, comme Denis Robert face à Clearstream ou Bob Siné face à la LICRA-France ou Charlie Hebdo, on tente de ruiner les vrais opposants à coup de frais judiciaires et d’avocats. Des frais qui ne représentent rien pour les riches attaquants, mais ruinent facilement un particulier ou un petit journal indépendant que l’on veut réduire au silence en leur détruisant le moral et le porte monnaie. Dans ce type de justice du fric, ce sont souvent les gagnants qui perdent ! Un contre-exemple qui finit bien, magnifiquement relaté par Delfeil de Ton :

    http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20130107.OBS4644/le-waterloo-de-charlie-hebdo.html

    La presse « libre », c’est zéro pub, comme Siné mensuel, Le Courrier ou le Psikopat ; c’est aussi de petits moyens, une grande fragilité face aux attaques judiciaires, une prudence de sioux dans la critique des puissants du fric et… de bons copains avocats-militants de la liberté de la presse en cas de malheur.

    Psiko 249 Fêtes de fam 01.jpgPour parler de choses plus divertissantes, le Psikopat de ce mois vous propose des fêtes de famille hilarantes pour vous consoler, si nécessaire, de celles que vous avez peut-être vécus…

  • La justice en rouge et noir !

    Imprimer

    Les juges ont rarement des airs de Père Noël. Pourtant il n’y a pas que dans Stendhal que le rouge et le noir s’associent bien ! En témoigne le jugement d’appel qui vient enfin de condamner Charlie Hebdo pour le licenciement inique et infondé du dessinateur-chroniqueur Siné, militant de tous les anti -racismes respectables, accusé à tort d’antisémitisme par l’ex-patron de Charlie installé par Sarkozy dans le fauteuil directorial de France Inter. Les sanctions et indemnités sont aggravées et vous admirerez ci-dessous la couverture du prochain Charlie - un collector ! - faisant état du jugement.

    Un seul regret : ceux qui ont lancé l’ignoble campagne de diffamation contre Bob Siné, avec acharnement judiciaire pour tenter de le couler avec son journal selon les méthodes de l’extrême droite, échappent à toute sanction, qu’il s’agisse du patron haineux de France Inter, qui a quitté le navire ou de la LICRA-France. Et on ne peut pas compter sur sa mollesse Hollande pour trouver un directeur « normal » à cette radio…

    Joyeux Noël, Bob ! On compte sur toi pour nous compter et dessiner cet épisode avec ta verve et ton humour sans pitié sur  http://www.sinemensuel.com et dans le journal, en attendant d’arroser ça comme il convient, dès que les conditions le permettront !

    CH1071-01.jpg



    Lien permanent 0 commentaire
  • Lectures de décembre

    Imprimer


    palestine,droit international,onu,racisme,sport,compétition,siné mensuel,psikopatSiné Mensuel, bien sûr ! Pour une fois, je ne vous montre pas la jolie couverture de Berth annonçant dans un nuage le dossier cannabis, mais la 4ème de couverture de Carali célébrant la grande victoire symbolique des palestiniens sur les étatsuniens, leur colonie sioniste et leurs derniers alliés de Nauru ou des îles Marshall. Certes, cela ne rend ni les terres, ni les biens de ceux qui ont été chassés d'une manière ignoble par un régime raciste qui est la honte de l’occident, mais cela montre clairement que la quasi totalité des autres pays savent qui bafoue le droit international et les résolutions de l’ONU. Reste à défendre le droit et la justice contre la barbarie, le racisme et la force des armes, ce qui est malheureusement une toute autre histoire…

     

     

     

    Couv 248.jpgA propos de force, il en est forcément question dans le Psikopat de décembre et son dossier sobrement intitulé : sports de compétition, grosse arnaque. Un délice pour toutes celles, tous ceux qui ne supportent plus les hurlements des supporteurs débiles, le squat permanent des médias par des non événements à fric, les commentaires analphabètes des « journalistes » sportifs et les crétins qui ont besoin de tenues grotesques pour courir, nager, pédaler, conduire ou jouer au ballon…

    Si j’ajoute trois phrases commises dans un magazine télé pour défendre, malgré ma passion de la nature et des animaux, le minimum nécessaire d’expérimentation animale dans la recherche scientifique contre les fêlés les plus graves des amis des bêbêtes, vous ne pourrez pas dire que je cherche à me faire des amis…  

     

  • Réponses intelligentes à des questions « idiotes »

    Imprimer


    Fischetti.jpgAntonio Fischetti est scientifique ET journaliste, ou peut-être l’inverse. Ce qui lui permet à la fois de poser les questions « idiotes » que tout le monde se pose, en particulier à propos des idées reçues et d’y répondre avec un humour qui n’exclue pas le sérieux. Ou bien de ne pas y répondre quand la science ne propose qu’un magma d’hypothèses et de résultats contradictoires. Avec une franchise et un courage simple qui font cruellement défaut aux blouses blanches et académiciens qui ont réponse à tout, ou bien vous renvoient vos questions « idiotes » au plexus.

    La liste des trente six questions est politiquement très incorrecte et provocatrice : depuis « Les cons ont-ils une tête de cons ? » jusqu’à « Voit-on défiler sa vie avant de mourir ? », en passant par « Pourquoi les gays parlent-ils d’une façon particulière ? », « Les croyants sont-ils fous », « Pourquoi les femmes crient-elles pendant l’amour ? », « Les Juifs sont-ils surdoués ? », « Peut-on traiter un arbitre d’ « enculé » ? », « Pourquoi les Noirs gagnent-ils les courses à pied ? », « Les femmes ont-elles des chaleurs ? », etc… Chaque question est illustrée, comme la couverture, d’un dessin très décalé de Kamagurka !

    Les réponses, par contraste, sont rédigées avec beaucoup d’humour et de délicatesse avec, à chaque point névralgique de l’explication, un discret renvoi à une publication scientifique récente qui traite du sujet. Je n’avais pas dévoré un livre aussi vite depuis longtemps et quiconque s’intéresse à la vie quotidienne et aux comportements humains y prendra le même plaisir. Mon seul bémol concerne peu de références dépassées à feu la psychanalyse ou improbables à cette grande farce qu’est la « psychologie évolutionniste ». Mais c’est à propos de banalités qui ne plombent pas cette lecture des plus stimulantes. Un cadeau original pour rire, faire rire et s’instruire entre les fêtes !

    Questions idiotes et pertinentes sur le genre humain, d’Antonio Fischetti, éd. Albin Michel, Paris. 2012 Vient de sortir

     

  • Nous sommes tous des écologistes !

    Imprimer

    A l’heure où, pour les médias domestiqués, l’écologie consiste à magouiller avec des socio-traîtres des sièges de sénateurs ou bien des jobs de ministres soutenant des programmes contraires à ce qu’espèrent leurs électeurs, il est temps de se souvenir de l’histoire, et même de la préhistoire de l’écologie. C’est ce que propose Alain Hervé, avec, en sous titre de son livre « Merci la Terre », le titre de cette note. Il propose de revenir aux fondamentaux et d’en déduire des leçons pour la vie quotidienne. L’écologie est née, il y a un siècle, comme science étudiant les rapports entre les êtres vivants et leurs environnements physiques et biologiques, ainsi que, par extension, le fonctionnement des écosystèmes, jusqu’au niveau de la biosphère. Bref, un peu tout ce qui concerne la vie. « Vaste programme ! » aurait dit le général de Gaulle, comme quand il commentait un « Mort aux cons ! » lancé à la cantonade… Ce vaste programme piétinait les platebandes de la philosophie, de la géographie, de la démographie et des sciences de la nature qui se souciaient, de longue date, de certaines de ses problématiques. Au départ, l’écologie scientifique était plutôt réductionniste, cherchant à tout comprendre du fonctionnement d’une mare dans un jardin ou des interactions du faucon pèlerin avec les autres espèces vivantes. Mais il apparut vite à des précurseurs que les activités humaines compromettaient le fonctionnement habituel des écosystèmes naturels, qu’il s’agisse de l’agriculture industrielle, des exploitations minières invasives ou de la production d’énergie à tout prix. Leurs connaissances en écologie devaient donc émerger sur la place publique pour éviter un « désastre écologique » d’origine humaine. Les grandes remises en cause, autour de 1968, accouchèrent ainsi d’une écologie politique qui voulait mettre cette science sous les projecteurs et passer à une gestion intelligente du vivant. Journaliste, écrivain, voyageur, naturaliste de bon niveau, « Fou de Palmiers » Alain Hervé, fondateur en 1969 des « Amis de la Terre », fût avec René Dumont et François Terrasson l’un des principaux fondateurs et la plume de cette mouvance en France. On lui doit, en particulier, à l’époque, la publication de revues comme « Le Courrier de la Baleine » et, sous la protection un peu lourde du Nouvel Observateur, « Le Sauvage », qui existe toujours sous forme de blog*.

    Mais la politique, telle que la pratiquent nos prétendues démocraties, pourrit tout par sa dépendance de médias soumis aux mondes de l’argent et de la rentabilité immédiate. Cette dernière est un critère très antithétique de la science, en général, et de l’écologie, en particulier. Les politicards de l’écologie ne tardèrent pas à se perdre en querelles internes, compromis et renonciations, comme des radicaux d’autrefois. Quand ils ou elles ne finissent pas dans le blanchiment du trafic de drogue des banlieues chaudes… Et le mouvement se partage aujourd’hui entre des arrivistes prêts à n’importe quoi pour le pouvoir et des activistes sectaires marginaux, qui prêchent le bien et le mal comme toutes les religions, et annoncent la fin du monde si le « Bio » ne triomphe pas !

    Face à ces dérives, Alain Hervé, le navigateur, essaie de redresser la barre par un retour aux sources scientifiques, qu’il propose avec talent dans son « Merci la Terre » et par la résistance au catastrophisme religieux « des sauveurs de planète », dans des ouvrages semi-optimistes comme « Le Paradis sur Terre ». Il fait partie, avec son expérience personnelle et son histoire de fondateur, d’un mouvement essentiel de nos temps et il faut lire ses contributions. Même s’il convient de garder un œil critique, en ce qui concerne deux aspects, en particulier. D’une part des résidus chrétiens lui font encore partager le monde entre le bien et le mal, tout en restant conscient que c’est l’humanité et non la Terre qui est en danger. D’autre part, une critique trop indirecte de LA cause de la catastrophe : le capitalisme néolibéral, avec son culte de l’individualisme forcené et de l’argent, qui précipite nos descendants dans une impasse écologique.

    * http://www.lesauvage.org/

    « Merci la Terre » et « Le Paradis sur Terre » d’Alain Hervé, tous les deux aux éditions Sang de la Terre, Paris

    http://www.sangdelaterre.fr/

    Et très complémentaire de cette note :

    http://causetoujours.blog.tdg.ch/archive/2012/11/21/vingt-ans-apres-le-sommet-de-la-terre-sauver-la-terre-ou-les.html

    Merci Pascal !

    Lien permanent 0 commentaire
  • Quand la photo anime la peinture…

    Imprimer

    La peinture n’est pas ma passion, mais j’aime bien la photographie. Une magnifique exposition montre Picasso au travail et en famille, vu par le photographe David Duncan. Réalisée par Tatyana Franck et Stéphanie Ansari, elle a circulé de Malaga à Roubaix. Elle termine sa carrière au Musée d’Art et d’Histoire de Genève*, avec quelques ajouts locaux. Peintures, dessins, sculptures et céramiques, saisies par l’objectif, s’exposent en regard des clichés, tandis que ceux-ci s’enchaînent pour montrer, avec la complicité amusée du peintre, la réalisation d’un certain nombre d’œuvres emblématiques donnant les clefs de son immense talent. Une scène ou un paysage se construit en quelques coups de crayon ou de pinceaux, puis se meuble de personnages et de couleurs. Le tout dans une atmosphère de désordre créatif saturé d’objets, d’enfants, d’amis et autres visiteurs. Face aux œuvres, chaque cliché illustre l’amitié et la complicité, vite apparues entre le modèle et son photographe, tandis que tous les figurants rayonnent de la joie et de la convivialité des lieux. Commentaire souvent entendu : on aurait tellement aimé passer quelques jours dans cette ambiance, à la villa « La Californie » à Cannes…

    De quoi revernir un peu l’image d’un Musée de plus sabordé par la gestion de l’ère Mugny et les choix qui en sont issus, tant du point de vue architectural que du fait d'un calamiteux « partenariat » public privé.

    *jusqu’au 3 février 2013

     

    Plein de parutions décoiffantes à ne pas manquer :

    Un Siné Mensuel dont le titre et la zone de Bob sont collectors, un Psikopat avec dossier « 3 millions de chômeurs », qu’ils devraient tous avoir lu pour se remonter le moral, un numéro de Drosophile sur « La science en chansons » et une terrible juste colère dans Causette, à propos de l’immonde décision de justice française qui banalise le viol. De quoi agrémenter les longues soirées d’hiver avec des lectures intelligentes !

    sine-mensuel-14.jpg  72 dpi.jpgcouv10.png29_couverture.jpg

     

     

    Lien permanent 0 commentaire
  • Le bout du sexe à Fribourg... ne le ratez pas!

    Imprimer


           Parfois, la campagne surprend. Quand on me demande de parler de science et religion en Valais, par exemple, tout en sachant à quoi s'attendre...

           Cette fois-ci, c'est à Fribourg que l'Association "Les 4 vents" me demande d'intervenir à l'Université sur le thème décoiffant d'une série de 4 conférences :                                               "Le sexe, par quel bout le prendre" !                                                                                                En précisant que l'on attend de moi un regard "anthropologique".                                             Ayant fait le tour - devrais-je dire la quadrature ? - des 4 regards attendus, je me rends compte que ces 4 bouts du sexe envisagés (ça fait déjà un joli sexe !) ne concernent que des sujets sciences humaines : juridique, sociétal, philosophique et anthropologique. Un rapide coup de téléphone me confirme que l'on m'attend, a priori, pour des histoires de sexualités humaines exotiques, genre ethno-bunga bunga ! Mon sang de biologiste ne fait qu'un tour :

    -  " Mais vous n'avez pas envisagé un regard biologique ? " (je me dis quand même, papa dans maman, qui dépose un petit jet collant plein de millions de spermatozoïdes en rut visant, après un parcours du combattant de sept mètres de long dans les cryptes de l'utérus, un éventuel ovocyte, avec, sauf barrage de l'Immaculée Contraception, la perspective que l'un d'entre eux puisse en faire un oeuf en se plantant dedans, tout ça, ce qui précède et la suite, et ce qu'il y a autour, tout ça, c'est plutôt de la biologie !)

    - " On y avait pensé, mais finalement on ne l'a pas retenu !"

    - " Euh... ça ne vous dérangerais pas si je parlais, quand même, un tout petit peu de biologie ? "

    - " Non, non, bien sûr, au contraire ! " 

           Ouf ! Je vais pouvoir faire mon métier... Ce n'est pas que je ne sois pas capable d'un stand up de trois quarts d'heure sur les mœurs sexuelles des populations variées que j'ai eu le bonheur de fréquenter sur le terrain et/ou par mes lectures, mais j'aurais quand même eu l'impression, en tant que prof et généticien de rater le plus gros bout du sexe, même au pays du fromage, si je n'avais pas raconté des histoires de tuyauteries et d'évolution animale et humaine ! Mais pour ne décevoir personne, il y aura bien des histoires exotiques, de chez nous et d'ailleurs...

           Dernier détail, l'opération a lieu à la Kinderstube* de l'Université, ce qui, sauf méprise grave de mon germain sommaire, doit être fréquentée par des enfants. Vu le sujet que l'on me demande de traiter, je préfère avertir les enfants qu'il vaut mieux, pour la paix familiale, laisser les parents coincés à la maison ou au bistrot le temps de la conférence...

    * "Sexe : liberté biologique et prisons culturelles" Kinderstube (Université de Fribourg, rue de l'Hôpital 4, à 19h ce mardi 30 octobre, conférence suivie d'un débat et d'UN APERO !)

    Lien permanent 0 commentaire
  • NON, bien sûr !

    Imprimer

    572916682.jpgIl y a des pays comme l'Angleterre qui ne changent jamais de constitution et gardent des textes aussi datés par le temps que la Bible, le Coran ou le Kama Soutra ; parce que, au nom de ces textes que l'histoire et le temps ont rendus dérisoires, ils ont préservé un consensus social, moral et relationnel qui n'a plus rien à voir, mais qui leur convient. Quitte à se battre éternellement sur l'interprétation du dogme dès qu'un problème pratique doit être résolu.

    Et puis il y a des pays où, au prétexte de modernisation ou d'actualisation, on ne cesse de bricoler une loi fondamentale censée contenir des grands principes permanents en fonction d'objectifs minables des dominants du moments. La caricature en étant les "coups d'état" constitutionnels qui consolident les dictatures, les régimes populistes comme la Vème république en France ou les coups d'état militaires.

    Bien sûr, l'idée d'une nouvelle constitution pensée à neuf et consensuelle à Genève  a séduit. En négligeant qu'il s'agissait de suivre des modernisations déjà vues ailleurs où le monde dominant de l'argent et ses serviteurs néo-libéraux ont utilisé ladite modernisation comme cheval de Troie pour faire avaler des alouettes de progrès contre des chevaux de régression sociale.

    La constitution actuelle, dans ses "archaïsmes", contient encore des traces de pensée sociale que le monde du fric voudrait "moderniser", comprendre éradiquer ! Il est urgent de ne pas y toucher malgré les hurlements des loups libéraux et les bêlements des brebis socialistes qui ne demandent qu'à se faire tondre pour sauvegarder quelques leviers de commande dérisoires. Il est hautement symbolique que des militants ou ex-militants du PS réputés penser autrement que par une stalinienne "discipline de parti" se prononcent contre ou se réfugient dans des votes blancs ou des abstentions gênés. Sur un sujet aussi fondamental, il est clair que le libre choix individuel et son expression devraient l'emporter sur des votes bloqués dans le style de l'extrême droite.

    Lien permanent 0 commentaire
  • Ainsi va la vie

    Imprimer

     


    Premier cours demain jeudi matin, nouveaux étudiants, nouveaux questionnements pour le plaisir des uns et de l'autre. Une merveille de n'enseigner qu'à des volontaires et non à des captifs, ce qui les intéresse et qui me passionne aussi. Et la recherche annuelle de toujours chercher à mieux faire passer le message tout en intégrant les derniers échos de la recherche. 

    Rentrée littéraire aussi. Alors j'y rajoute mon demi-kilo de déforestation chez un excellent éditeur super écolo : Sang de la Terre. Qui, entre bien d'autres publia les écrits de mon regretté copain François Terrasson. Ça s'appelle "Ainsi va la vie" avec en sous-titre "La science au jour le jour". C'est un bouquin hybride - on fait bien des voitures hybrides, pourquoi pas des bouquins qui permettent de changer de lecture sans changer de volume, ni zapper sur un écran ! Les connaisseurs reconnaîtront dans la première partie une version actualisée de mon "Sauvage central" victime d'une fausse couche éditoriale lors de sa première édition. La seconde partie réunit et commente mes chroniques dans le Temps et surtout comment et pourquoi je suis passé d'une liberté d'écriture quasi-totale à une censure qui conduisit à la fin des chroniques "libres" dans ce journal. Les lecteurs d'Edipresse et de sa suite apprécieront... On devrait le trouver bientôt chez nous. Sinon :

    http://www.sangdelaterre.fr/index.php?art=106&th=135

    Ainsi va la... Couv.jpeg

    Et puis je ne suis pas le seul à écrire !

    Un dossier qui ne va pas manquer de faire causer dans le dernier Psikopat, sur le mariage gay. Je pensais détonner en étant contre parce que c'est difficile d'être pour le mariage gay quand on est contre le mariage tout court, ou plutôt contre toute intrusion des administrations, des flics et des juges dans les libres relations entre deux ou plusieurs personnes adultes. Eh bien figurez-vous que j'y suis bien moins isolé que je ne le pensais !

    246.jpg

  • Beurk la rentrée !

    Imprimer

    On a même pas fini de déguster les vacances, les derniers festivals et fêtes sur les plages et les terrasses qu'il faut s'y remettre ! Déjà que les commerciaux nous ont pourri l'été en cherchant à nous vendre des cartables, des Ipads et des fringues de ski depuis le mois de juillet, prouvant une fois de plus qu'ils font comme d'hab le contraire de ce qu'une société raisonnable attendrait d'eux : ils créent et imposent une offre inutile plutôt que de satisfaire une demande utile. Comme les frouzes ne sont pas encore rentrés, on voudrait prendre une dernière bouffée de liberté au-delà de Ferney Voltaire : las ! Ceux qui espéraient encore que le chauve bedonnant "normal" à lunettes moche serait moins pire que l'hystérique ubuesque dictateur d'extrême droite qui l'avait précédé en seront pour leurs rêves. Le discours est plus soft, mais la politique reste la même : bétonnage de l'Europe selon les diktats de la finance internationale, répression tous azimuts aux frontières, alignement sur les Etats Unis, juste critique des lamentables régimes Syrien ou Iranien ; mais pas un mot contre le régime le plus raciste, le plus armé, le plus belliqueux et le plus dangereux de la région, celui qui n'arrête pas de déclencher des guerres depuis 1948 et qui projette d'attaquer l'Iran au prétexte d'armes de destruction masssive qu'il ne possède pas. Ça ne vous rappelle rien ? Les gazaouis et autres palestiniens n'ont pas fini de souffrir de l'armée coloniale de protection des intérêts pétroliers étasuniens au Proche Orient !

    Sans papiers n'est pas délinquant ! On espérait plus d'humanité dans le traitement des pauvres, des réfugiés et des sans papiers qui, attirés par les néons européens, fuient la misère ou les persécutions de chez eux et espèrent trouver un peu de travail et de paix autour d'ici. On espérait une politique dans laquelle les européens Roms le seraient autant que les autres et où l'on ne se noierait plus en essayant de passer d'Afrique en Europe à Lampedusa ou Gibraltar. Raté ! L'immigré Valls, ministre-chef de la police française, poursuit la politique de répression, détention, expulsion, maltraitance de l'immigré Sarkozy. Tenez, les mauvaises manières des Polices Aux Frontières (PAF) françaises continuent même à être exportées aux quatre coins du monde, jusqu'au fond de l'Océan Indien où le lobby colonial français joue à Schengen entre les Comores indépendantes et l'île de Mayotte, scandaleusement annexée comme "département français" par une magouille électorale. Résultat, des dizaines et probablement des centaines de morts par noyade, des détentions et expulsions de femmes, d'enfants, de vieillards et de mineurs dans des conditions inhumaines. De glorieuses statistiques de reconduite à la frontière de "sans papiers", "clandestins" qui ont eu la naïveté de croire qu'ils auraient pu, comme leurs ancêtres, circuler entre Anjouan et Mayotte comme nous entre Genève et Vaud ! Des détails dans Le Courrier après demain jeudi 30 Août ou, une semaine après, environ, sur www.lecourrier.ch/dede/

    Quelques consolations avec de belles publications de rentrée : le Psikopat prend les belles résolution de rentrée par les cornes avec son dossier "Arrêter de fumer ? Et puis quoi encore ?". A contre courant, comme d'hab, je vous explique en exclusivité comment J'AI arrêté définitivement de fumer et comment éviter le tabagisme, ses cancers et ses accidents cardio et cérébro vasculaires à vos gosses. Pour vous, il est trop tard !

    01.jpgCausette, journal féminin, féministe, qui rend même les blondes intelligentes, après un lumineux numéro d'été avec dossier clitoris, nous offre une rentrée prudente en avertissant celles qui fantasment sur les pompiers de ce qui les attend dans les casernes et un dossier sur "La fabrique de la honte". Et puis s'interroge sur "Pourquoi hurlent-elles ?" pendant l'orgasme. Pourquoi seulement "elles" ? Et est-ce vraiment obligatoire pour être, selon leur slogan, "Plus féminine du cerveau que du capiton". Comme quoi le sexisme n'a pas de genre, même mauvais ! Bon, c'est des copines et leur mag marche d'enfer, alors on peut les chambrer un peu...

    Causette#27_Couv.jpg

  • Lire autre chose l'été

    Imprimer

    zoolympiques droso 2012.jpegPour tous ceux qui sont hypnotisés par les centièmes de seconde gagnés par les coureurs ou les millimètres qui rendent un sauteur célèbre, je recommende vivement la lecture du dernier Drosophile sur "Les jeux zoolympiques". Plutôt que de commenter niaisement à l'infini les performances nationalistes des drogués de Londres ou du Tour de France, la sympathique équipe de dessinateurs-naturalistes-humoristes du Professeur Noyau fait l'inventaire des performances "sportives" autrement bluffantes du monde animal. Tous les détails, bons de commande, et références sur www.drosophile.net.

    Ah, réflexion faite, ce journal oublie les performances sexuelles déjà traitées dans un autre numéro ou (mieux évidemment !) dans l'inoubliable numéro 1 de Siné Hebdo Hors Série "La vie en rut" qui recombinait ma science et l'humour décalé de Carali...

    A propos du même Carali, il plonge dans l'actualité brûlante avec les coups de soleil du dernier Psikopat, tout frais sorti avec son dossier sur "Les connards en vacances" dans un numéro double spécial été, cent pages de bonheur ! Vous pouvez vous sentir visé, ça tire dans tous les sens !thumb-275_M5323_244.jpg

    Si vous préférez du plus classique, genre des nouvelles, des jeux, des visites insolites, mais quand même pas aussi chiant que dans la presse trash, même Siné mensuel s'y est mis avec un numéro double - faut bien que les contributeurs jouent aussi aux connards en vacances. La même chose que partout ailleurs, mais franchement décalé. sine-mensuel-11.jpg

    Pour ma part, après le choc des examens et corrections, je me replonge dans l'histoire des sciences qui nous en dit tant sur les errements de la recherche actuelle...

    Pour ceux qui l'auraient ratée, avant la prochaine et pour continuer à me faire plein d'amis, je vous offre ma dernière contribution à notre vaillant Courrier :

    http://www.lecourrier.ch/100353/droits_humains_ou_barbaries_religieuses

     

    Lien permanent Catégories : Culture 0 commentaire
  • Changements urgents nécessaires

    Imprimer

    Pour celles et ceux qui n'auraient pas lu .

    http://www.lecourrier.ch/98514/pour_un_acces_ouvert_aux_publications_de_la_recherche

    sur

    http://www.lecourrier.ch/dede

    je vous l'offre ci dessous. Le sujet me parait assez grave pour que les universités et EPF de notre pays cessent de se faire racketter par des privés sans scrupules qui empêchent la majorité des chercheurs, enseignants et étudiants de travailler normalement.

    Et puis pour vous détendre un peu en rigolant des frouzes et de leur électoralite suraigüe, rien ne vaudra :

    sine-mensuel-09-home.jpg

    cover_archive.png

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Vous trouverez aussi un excellent article de Sébastien Diéguez sur les pièges de l'intuition dans le Vigousse de la semaine passée.

    Bonnes lectures !

     

    Pour un accès ouvert aux publications de la recherche !                                    Dédé la science in Le Courrier du 10-5-2012

    Les universités et organismes publics de recherche investissent des sommes considérables dans des activités produisant avant tout des publications de résultats. Ils doivent, bien sûr, offrir à leurs chercheurs et étudiants l'accès aux résultats signés par eux-mêmes et la concurrence. Mais voilà que de redoutables prédateurs financiers s'interposent et bloquent cet accès : les éditeurs privés qui rackettent par tous les bouts le système ! D'abord, ils ont conquis des monopoles de fait de la publication scientifique diffusée avec un impact important en occident. Ils font payer un maximum en amont des auteurs qui leurs donnent tous les droits sur la publication et la diffusion de résultats obtenus aux frais des contribuables. Ces éditeurs imposent ensuite des formes de publication contraignantes, souvent inadaptées. Ils décident arbitrairement ce qu'ils publient ou pas, souvent sans évaluations sérieuses. Ensuite, ils ont tellement augmenté les prix des abonnements à leurs multiples supports que la plupart des chercheurs, des laboratoires et, bien sûr, des étudiants à travers le monde n'y ont plus accès, hors quelques institutions très riches. Même au sein de celles-ci, la colère gronde devant cette privatisation des ressources publiques que sont les résultats scientifiques, pris en otages par des maffieux qui les confinent derrière un mur d'argent. Parmi les derniers « Indignés », l'Université de Harvard et quelques médailles Fields et prix Nobel anglo-saxons, que personne ne soupçonnera d'être à la pointe du combat anti - capitaliste, ont signé la pétition "Le coût du savoir" (http://thecostofknowledge.com/) contre, en particulier, Elsevier, éditeur hollandais particulièrement vénal. Ses concurrents Springer, Wiley, et les groupes qui publient Nature, Science et les comptes rendus de l'Académie des sciences étasunienne ne valent pas mieux ! Le comble de l'odieux a été atteint quand le Congrès étasunien fût saisi d'un projet de loi interdisant aux agences fédérales d'exiger le libre accès aux résultats de leurs travaux ! Projet d'un lobby parlementaire qui veut obliger l'état à légiférer contre ses intérêts et son devoir de diffusion au profit de ces rapaces !

    La première condition de bon fonctionnement de la recherche et de l'enseignement universitaire est que chercheurs, enseignants et étudiants aient accès aux résultats publiés par les organismes publics. Ce qui n'est pas un problème technique, au temps d'internet, mais un problème d'argent lié à ce racket maffieux des éditeurs privés. Les articles scientifiques sont la propriété de leurs auteurs et/ou des services publics qui financent les recherches. Ils n'ont pas à être privatisés et revendus par des machines à profit qui n'apportent rien à leur qualité, qui exploitent les chercheurs gratuitement pour leurs évaluations et qui revendent aux producteurs à des prix exorbitants, même pour les plus riches, ce qu'ils n'ont pas payé !

    Imaginez des producteurs de cinéma qui paieraient les auteurs, les acteurs et la réalisation de films à fonds perdus, qui paieraient des agences de diffusion pour les revendre avec exclusivité et qui rachèteraient les places de cinéma au prix fort à ces agences parce que les clients sont leurs auteurs : vous remplacez producteurs par états et agences par éditeurs et admirez l'entourloupe !

    En Suisse, les universités, les Ecoles polytechniques et le Fonds de la Recherche Scientifique s'alignent sur le système anglo - saxon, aux dépens des cultures locales. Vivant le quotidien d'étudiants et de chercheurs handicapés par les difficultés ou impossibilités financières d'accès à l'information professionnelle pertinente, je ne peux qu'engager nos collègues à joindre le mouvement, à refuser l'édition privée des fruits de leurs recherches publiques et à veiller à ce que leurs résultats soient accessibles à tous gratuitement sur Internet. En espérant que cela finira par inciter nos si américanophiles recteurs et présidents à suivre les boycotteurs d'Harvard et Cambridge, plutôt que les éditeurs félons...

     

     

  • Marraine Lapine n'est pas glandue !

    Imprimer

    Il est étrange que les commentateurs politiques conformistes médiatisés n'aient pas noté le seul aspect très positif du succès électoral de Madame le Pen...

    Je me réjouis fort de voir le ramassis de dirigeants machistes du Front national, rassemblement de néo-nazis, anciens collabos ou parachutistes, fascistes pieds noirs, racistes coloniaux, chrétiens intégristes, néo païens identitaires, patrons ultra libéraux, sectaires variés, militaires factieux et anciens tortionnaires dirigés avec succès par ce qui n'est pour eux qu'une "méprisable gonzesse" !

    A commencer par papa Lapin qui doit en faire des cauchemars toutes les nuits et préférerait sans doute un avortement rétrospectif à cette suprême humiliation !

    La cause des femmes est une juste cause des plus négligées.

    Ce n'est pas rien qu'elle progresse chez ses pires ennemis.

    On peut toujours se réjouir, même en se bouchant le nez !

    242-1.jpgImage qui n'a rien à voir, encore que ...

     

  • GENETIQUEMENT PREDISPOSES POUR APPRENDRE ?

    Imprimer

    Voici un mois, je reçois de Sept - Iles (c'est au Québec), le mail suivant qui a initié un échange, qui me semble d'intérêt général, avec un professeur de philosophie du lieu.

    Je vous le livre donc tel quel, avec l'autorisation, bien sûr, du professeur Cossette, que je remercie de cet échange.

     

    Le 15 mars 2012, Patrick Cossette a écrit :

    Je m'appelle Patrick Cossette, enseignant de philosophie dans un collège de la province du Québec (Canada).

     

    Récemment, j'ai pris connaissance de votre livre Les Hommes. Passé, présent, conditionnel (1988, Armand Colin). Dans ce livre, vous y affirmez que contrairement à l'animal, l'humain est programmé pour apprendre et non pour faire (autrement dit l'humain n'est pas programmé pour faite telle ou telle chose) ; vous y affirmez même que l'animal peut faire des apprentissages complexes, mais qu'il ne peut, contrairement à l'humain, modifier son mode de vie.

     

    À ce sujet, j'aurais deux questions.

     

    1.      Pouvons-nous y voir là une explication de l'existence des cultures chez l'humain ? Je veux dire qu'étant donné que nous ne sommes pas programmés pour faire telle ou telle chose, nous devons l'apprendre d'un congénère ; mais avant de pouvoir apprendre, si nous ne sommes pas programmés, si ce n'est pas inscrit dans notre «disque dur», nous devons d'abord et avant tout «inventer» nos façons de faire ; ainsi, la culture d'un groupe humain serait l'ensemble de ses inventions de façons de faire, transmis de génération en génération par l'apprentissage.

     

    2.      Advenant que ce soit une explication du phénomène culturel chez l'homme, serait-ce une explication matérialiste ? Voyez-vous, le philosophe Luc Ferry offre une explication telle que je viens de décrire de la culture et de l'historicité : il dit que l'humain n'est pas programmé par la nature, et ainsi il doit inventer son mode de vie ; sauf que pour Ferry, absence de programmation naturelle = libre-arbitre/liberté (lui-même parle de surnaturel). Serais-je dans l'erreur si j'interpréterais vos propos comme étant une explication matérialiste de l'origine de la culture, i.e. rivale de celle de Luc Ferry ?

     

    La raison de mon intérêt pour votre livre est que j'aimerais présenter brièvement vos principales idées dans le cours d'anthropologie philosophique que je donne.

     

    Alors, si votre emploi du temps vous le permet, j'aimerais avoir votre son de cloche sur le sujet.

     

    Cordialement,

     

    Voici donc mes réponses :

    17-03-2012

    Bonjour Monsieur Cossette,

     

    Tout d'abord, je voudrais rendre à mon vieux maître et ami François Jacob la paternité de la citation :

    "L'Homme, lui aussi est programmé, mais il est programmé pour apprendre" qu'il a écrite, sauf erreur dans son livre "La logique du vivant"

    Je ne l'avais pas reprise telle quelle parce qu'en 1988 déjà, on était revenu de la notion de programme génétique qui est en voie d'abandon aujourd'hui tant l'analogie du programme est grossière par rapport à ce que l'on sait en génétique. Par ailleurs, je n'écrirais plus aujourd'hui que les autres animaux sont "programmés pour faire" tant on a observé de variations de traditions et de relations à l'environnement dans diverses espèces animales, au point de parler de cultures différentes au sein des espèces, en particulier chez les grands singes.

    En fait, comme je l'écrivais déjà dans la réédition en 1987 de mon livre "Le sexe et l'innovation", la grande rupture est entre les animaux qui naissent et peuvent produire la quasi totalité de leurs comportements sans apprentissage et ceux dont la survie et la descendance nécessitent des apprentissages plus ou moins complexes.

    Après, la différence entre les humains et les autres animaux est plus affaire de quantité d'apprentissage et de diversification culturelle produites que de rupture entre ceux qui apprennent et les autres.

    Sauf pour un seul critère à ce jour : le langage à double articulation des signes pour faire des mots, d'une part et d'autre part des mots selon une syntaxe.

    Ces considérations changent, bien sûr, le contexte de vos questions auxquelles je vais essayer de répondre maintenant :

    1) Oui, c'est bien évidemment parce que nous sommes les animaux qui "savent" le moins faire de naissance et apprennent jusqu'aux comportements les plus basiques - marcher, se nourrir, ...- que nous avons des possibilités aussi extrêmes de diversification culturelle. Mais, ainsi que je vous le disais plus haut, nous ne sommes pas les seuls à devoir apprendre, ni même à devoir apprendre beaucoup. Beaucoup d'autres espèces de primates, de mammifères, d'oiseaux et même de mollusques sont "programmées pour apprendre" plus ou moins, mais évidemment bien moins que nous. Entre l'araignée qui tisse une toile complexe sans jamais avoir appris et les chimpanzés qui ont des technologies de chasse et de cueillette sophistiquées, mais variables entre populations dans le même environnement, il existe plein de situations intermédiaires avec des proportions d'apprentissage et de traditions culturelles très variables de presque rien jusqu'à beaucoup.

    2) Il est clair que mes idées sur l'origine de la culture sont matérialistes pour la simple raison que les sciences que je pratique n'admettent pas d'autres types de raisonnements. Mais elles sont aussi incomplètes et ne prétendent pas avoir réponse à tout. Je ne dirais pas que ces idées sont opposées à celles de Luc Ferry parce que ses propositions que vous rapportez me semblent extrêmement floues par la référence à une "nature" qui programmerait en étant dotée d'une volonté consciente. "Programmé par la nature" pourrait aussi bien qualifier les animaux qui, comme l'araignée, peuvent faire sans apprendre que ceux qui, comme les grands singes et nous, peuvent apprendre, par apprentissage et tradition, les gestes et comportements nécessaires à la survie dans la nature et en société. La survie de nos ancêtres primates anciens et humains fossiles dépendait déjà de traditions culturelles et de technologies de cueillette et de chasse apprises. Et l'idée idiote que ce serait des humains qui auraient inventé la famille, les traditions et les cultures, qu'ils ont nécessairement hérités de leurs ancêtres animaux, réunit d'aussi grands esprits que Jean-Jacques Rousseau et Claude Lévi-Strauss !

    Le "surnaturel" très anthropocentrique de Luc Ferry, au delà d'un jeu de mot douteux, repose sur une grave méconnaissance de ce que l'on sait aujourd'hui des comportements et traditions des autres espèces, primates et cétacés en particulier. Que Luc Ferry apprécie ou pas, nos pires excès culturels restent dans le cadre d'une nature qui en a vu d'autres et ne manifeste guère de projet évident.

    Quant au libre arbitre, je le vois aussi comme quelque chose qui aurait pu émerger bien avant nous, sous des formes limitées... et dont je crains qu'il ne régresse fort dans les sociétés manipulées par les médias tout puissants d'aujourd'hui !

    Vous retrouverez des discussions complémentaires ou sur des sujets liés, au milieu de bien d'autres choses, sur mes blog et site http://alanganey.tdg.ch , http://lecourrier.ch/dede

    Ainsi que dans mes livres Le sexe et l'innovation, Le sauvage central, La philosophie biologique.

    ...

     

     

    Le 19 mars 2012, Patrick Cossette répond et je réponds à nouveau - en gras - peu après :

    ...

    D'abord j'ai aimé la nuance que vous apportiez, à savoir que les humains ne sont pas les seuls à être «programmés pour apprendre» (si cette expression est douteuse, pourrions-nous plutôt dire «génétiquement prédisposé à l'apprentissage» ?), que les animaux (du moins certains) ne sont pas exclusivement «programmés pour faire», et qu'ainsi on peut trouver quelque chose qui s'apparente à de la culture chez les animaux, principalement les singes. Cette idée concorde avec ma première compréhension de votre théorie : que l'humain soit la seule espèce ou non à pouvoir apprendre ne change rien, car l'équation [possibilité d'apprentissage = possibilité de culture] reste toujours la même. J'avais déjà eu moi-même cette idée il y a deux ou trois ans, lorsque j'ai commencé à aborder la pensée de Luc Ferry dans mon cours d'anthropologie philosophique : j'ai présenté cette idée à mes élèves en leur disant que ce pouvait être une explication matérialiste de l'origine de la culture, explication qui rivalise avec celle que Luc Ferry met de l'avant dans Le nouvel ordre écologique et Qu'est-ce l'homme ?.

     

    Dans votre réponse à mon premier courriel, vous disiez :

    «Après, la différence entre les humains et les autres animaux est plus affaire de quantité d'apprentissage et de diversification culturelle produits que de rupture entre ceux qui apprennent et les autres.», ainsi que «Entre l'araignée qui tisse une toile complexe sans jamais avoir appris et les chimpanzés qui ont des technologies de chasse et de cueillette sophistiquées, mais variables entre populations dans le même environnement existent plein de situations intermédiaires avec des proportions d'apprentissage et de traditions culturelles très variables de presque rien à beaucoup».

    Je crois comprendre que selon vous, la culture n'est pas une particularité humaine, et qu'il pourrait même y avoir une continuité, une graduation, entre la culture humaine et les cultures chez les animaux. Ai-je bien interprété vos dires ?

     

    Oui, à une réserve près : la pratique de langages à double articulation, aujourd'hui chez notre seule espèce, constitue une discontinuité et les scénarios sur son apparition pendant la préhistoire sont spéculatifs.

    Le plus vraisemblable est celui de Derek Bickerton, mais il est aussi invérifiable que les autres, donc très hypothétique.

    Il est clair aussi que la différence quantitative importante sur les apprentissage et le "volume de culture" possible entre nous et les autres espèces tient à ce stockage linguistique que les autres espèces ne pratiquent pas.

     

    Si c'est le cas, votre pensée serait semblable à celle de Frans de Waal sur ce sujet.

     

    Je suis assez d'accord sur certains sujets polémiques avec Frans que j'ai rencontré un certain nombre de fois et que j'aime bien.

    Je ne peux le suivre en tout, évidemment, malgré mon admiration pour son travail et son talent pour le présenter.

     

    J'aurais encore deux autres questions au sujet de Les Hommes. Passé, présent, conditionnel. Vous y affirmiez (si je me souviens, c'est à la page 194 de l'édition de 1988) que les animaux supérieurs peuvent faire des apprentissages compliqués, mais que contrairement aux humains ces apprentissages ne leur permettent pas de remettre en question leur mode de vie et leurs structures sociales :

     

    Vous avez raison de rappeler que "Les Hommes..." datent de 1988 !

    J'ai beaucoup évolué depuis sur le sujet à cause d'abondantes données nouvelles sur les cultures animales et celles des grands singes en particulier.

    Chez les chimpanzés, modes de vie et structures sociales varient significativement d'une population à l'autre de la même sous espèce.

    Ma rencontre avec Watana, jeune Orang-Outan femelle élevée avec des Bonobos dont elle avait adopté les comportements sexuels, puis sa rencontre sous mes yeux avec un "fiancé" Orang Outan m'ont fait remettre en question, au moins chez les Anthropomorphes, l'idée que les comportements sexuels animaux étaient régis par des contraintes biologiques innées. Il est clair que, dans cet exemple, ils sont appris. J'ai raconté ça, dans une chronique, du Temps du 15-6-2004. Donc, mea culpa ! Je m'étais trompé par préjugé anthropocentrique.

     

    1.      Serait-ce ce qu'on appelle «l'évolution culturelle» ? Je veux dire par là qu'un espèce animale quelconque pourrait peut-être avoir une culture, mais que celle-ci ne changerait pas au fil du temps, ne pourrait pas s'améliorer ou se raffiner

     

    Non, justement ! Il est clair que les comportements et les structures sociales des animaux à apprentissage varient à la fois par évolution génétique classique et évolution culturelle et que l'évolution culturelle va beaucoup plus vite.

    On en a de nombreux exemples même chez des Oiseaux.

     

    Ça demeurerait une culture de base, si je peux dire ainsi.

     

    Ça ne peut être qu'une base très changeante au contraire.

     

    Si c'est le cas, cette idée se rapprocherait de ce que Luc Ferry appelle l'historicité chez l'Homme dans Qu'est-ce l'homme ?

    (excepté que Ferry base sa théorie sur le libre-arbitre plutôt que sur l'apprentissage).

     

    Je n'ai pas beaucoup lu Luc Ferry. Je ne connais pas sa notion d'historicité, mais d'après ce que je comprends il est probable qu'il se trompe s'il en fait une exclusivité humaine.

    Il m'a agréablement surpris une fois où je l'ai rencontré (malgré nos incompatibilités politiques extrêmes !), mais je ne pense pas qu'il connaisse bien la biologie, du comportement animal en particulier.

     

     

    2.      Depuis 1988, avez-vous esquissé une explication pour rendre compte de cette incapacité chez l'animal à pouvoir changer ses modes de vie ?

     

    Vous avez la réponse au dessus. Je pensais que ces modes de vie changeaient par sélection génétique de contraintes biologiques et l'on a maintenant plein d'exemples de changements de traditions purement "culturels".

     

    Je dois confesser que vous ayant découvert que récemment, votre livre Les Hommes. Passé, présent, conditionnel est le seul de vos ouvrages que j'ai lu.

     

    J'ai écrit sur pas mal d'autres sujets depuis, mais mon livre sur les comportements, commencé il y a 12 ans à Montréal, est toujours en chantier ... Le sujet bouge trop vite !