07/09/2008

Prématurité et handicap : précisions

Entre deux compliments aimables, Jean-François Mabut m’a reproché ce que je ne pensais pas du tout avoir fait dans ma chronique radio de la semaine passée, à savoir une charge personnelle contre Charles Beer. Celui-ci n’était évoqué que par sa fonction, malgré l’invraisemblable maladresse de ses propos qui ont indigné tous ceux qui vivent le handicap d’un enfant au quotidien. Les réactions du Comité ALERTE, que je ne connaissais pas, en témoignent.
Mais, pour moi, les déclarations d’un chef de service de médecine spécialisée selon lesquelles on ignorait les raisons possibles d’un record de prématurité en Suisse et à Genève alors que les facteurs de prématurité dans le monde occidental sont bien connus étaient beaucoup inquiétantes. Et je regrettais aussi que le journaliste ait titré sans aller plus loin que les déclarations de deux interlocuteurs qui, il est vrai, paraissaient aussi respectables qu’institutionnels.
Cela dit, cher Jean-François, une chronique radio de une minute trente secondes, c’est, en termes de presse, à peine un feuillet, avec les contraintes de l’oral, de la diction et de l’état des auditeurs à l’aube ! On a donc juste le temps de lancer une idée, une réflexion, une indignation, et certainement pas celui de développer et épuiser un sujet aussi compliqué, dont j’ai volontairement évité les aspects qui appelaient trop de développements.
Ma réaction venait de ce que ni le médecin, ni le journaliste, ni le politique n’avaient rappelé les causes majeures des excès de prématurité, qu’il convient de toujours rappeler : tabagisme, alcoolisme et suractivité des femmes enceintes. Nul doute que ce record helvéto- genevois de 10% soit dû à des records dans ces trois domaines liés et interactifs : beaucoup de femmes de ce pays travaillent trop pendant leurs grossesses, sont souvent épuisées et dépressives, ce qui aggrave les tendances mondaines au tabagisme et à l’alcoolisme.
Pour aller dans le sens de J-F Mabut, je n’oublierai pas les pères et le tabagisme passif des femmes enceintes. Ne serait-ce que pour rappeler la condamnation d’un médecin - chercheur local, des plus dotés financièrement, par l’industrie du tabac pour démontrer l’innocuité du tabagisme passif ! Les dégâts de ce dernier sont pourtant bien établis par des enquêtes indépendantes des dealers …
Quant à l’alcool, je suis assez navré de voir sa consommation augmenter sans cesse parmi les volées successives d’étudiants, de constater la persistance des publicités explicites, implicites et clandestines ou de voir les saouleries d’ados à l’espagnole présentées comme un must dans les médias. Tout ceci ne prépare rien de bon pour l’avenir !
Je n’ai rien contre les libertés individuelles de boire et même de fumer tant qu’elles ne nuisent pas aux autres, à commencer par l’embryon, le fœtus ou les enfants d’une famille. Les femmes enceintes et leurs compagnons qui fument et boivent sont donc au premier rang de responsabilité. Mais la propagande des multinationales et des lobbies de l’alcool et du tabac est criminelle et la responsabilité des politiques qui la permettent ou des médecins qui ne la dénoncent pas est très forte.
Je n’ai pas dit que tout était faux dans l’article et les déclarations qu’il contenait. En particulier les procréations médicalement assistées, dont on fait une consommation aberrante pour des taux de succès très décevants, augmentent les risques de prématurité, que ce soit par l’augmentation de la proportion des naissances multiples ou parce qu’elles concernent souvent des femmes déjà âgées. Mais il s’agit là d’"acharnement procréatique " et non des « progrès de la médecine », en général. On notera quand même que les conditions de vie et la pression du marché du travail sont les principales raisons pour lesquelles les femmes, par choix ou par nécessité de survie, retardent les naissances et font leurs enfants longtemps après la période de fécondité maximale et de plus grande aptitude à des grossesses sans problème. Là encore les responsabilités médicales et politiques sont claires : les stérilités définitives comme les prématurés fréquents sont le prix payé pour que les femmes jeunes travaillent trop longtemps avant et s’arrêtent peu quand elles font des enfants.
Enfin, et ce n’est pas le plus simple de la question, la plupart des prématurés ne sont heureusement pas handicapés, mais, comme c’était très bien expliqué dans la déclaration du spécialiste et l’article, ce sont les très grands prématurés qui ont des risques considérables de handicap, jusqu’à un sur deux pour des enfants qui n’auraient pas survécu sans des « exploits » médicaux. Savoir à partir de quelle durée de grossesse, à quel prix et au dessous de quel risque de handicap très grave on fait tout pour sauver un fœtus plus jeune, demain, que certains avortés thérapeutiques, est un problème éthique insoluble dans un consensus social. Il ne peut être résolu qu’individuellement entre les médecins concernés et les parents dûment informés, non seulement des chances de succès, mais des coûts du handicap possible, pour le sujet comme pour son entourage.
Voilà, cher Jean-François Mabut, ce que j’avais envie de dire, au minimum, sur le sujet. Dit à toute vitesse et de manière sans doute incompréhensible pour la plupart des auditeurs, cela représente le temps de trois chroniques radio …

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16/05/2008

L’ANARCHIE, CE N’EST PAS LE BORDEL, QUE DIABLE !

COMMENTAIRE DE JEAN-CLAUDE BOUILLE / ALIAS PERE SIFFLEUR
Désolé d'avoir attendu aussi lontemps pour parler de votre billet "Blog, territoire, parano" et de devoir le faire ici. Mais, c'est ma seule "entrée". Je sais que tout ceci restera entre nous. J'ai une simple question! Est-ce que les deux commentaires d' "Edo" et "Micheline", sont arrivés sur votre blog par erreur ou est-ce votre ego qui n'a pu résister aux réponses (enflammées ?) de vos deux "groupies"? Je m'imagine, après vous avoir lu attentivement, qu'il ne peut s'agir que d'une malencontreuse erreur et que ces deux "commentateurs" écrivant sous pseudo, font partie de ceux qui possèdent des comportements de mammifères surmarquant le territoire de l'autre en venant uriner ou déféquer dessus. Votre propre rage est féconde: je trouve cette tournure superbe!

Dernière remarque: Même la presse écrite permet le droit de réponse et possède très souvent un "courrier des lecteurs". Pas le blog de Monsieur Langaney! Et si vous pensez que j'ai fait les questions et les réponses, vous n'avez qu'à vous en prendre à vous-même, puisque vous ne publiez pas mes questions et que. évidement, vous ne répondez pas directement.                                                                         Le diable n'est guère anarchique... Bordel!


REPONSE SIMPLE :
Quand le système de gestion des blogs TDG a changé, une faille dans la migration des réglages sur les commentaires a permis à deux astucieu-se-x-s (comme on dirait sans doute en féministiquement correct !), dont j’ignore tout, sexe et/ou genre compris, de placer deux commentaires par la voie que vous avez trouvée. Vous êtes le 3ème, Jean Claude, bravo d’avoir trouvé cette faille dont je n’ai pas eu le temps, ni l’envie frénétique, d’ailleurs, d’obtenir correction – je ne cacherai pas mon admiration, dans certaines limites, pour les hackers !
Sur le fonds, je persiste bien sûr : l’espace public des blogs TDG, à ma connaissance totalement ouvert jusqu’à nouvel ordre, permet toutes les réponses et tous les commentaires. Il ne me semble donc pas nécessaire du tout, pour la liberté d’expression, de venir surmarquer l’espace personnel des blogs que chacun remplit, décore et meuble selon ses goûts et compétences. Un espace privé de réflexion me semble faire partie des droits humains, même si l'on y invite le regard des autres, dans les limites de son bien être ...


L’ANARCHIE, CE N’EST PAS LE BORDEL, QUE DIABLE !

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31/03/2008

Blog, territoire, parano...

Ce qui est sympa, c'est quand les commentateurs font les questions et les réponses...
Ainsi, Jean-Claude Bouille, qui blogue pas loin sur ce site et s'y exprime en toute liberté sous le pseudo de "persiffleur" m'accusait rien moins que de censure, de mépris mandarinal et d'"anarchisme dictatorial", en majuscules dans son titre!
Eh bien, figurez-vous, je me suis tout de suite reconnu, à ce seul titre !
La raison de cette rage, c'est que ces commentaires et qualificatifs délicats, il aurait voulu les apposer directement sur MON blog et pas sur le sien.
Et je souhaite vivement qu'il puisse les faire librement n'importe où ailleurs...
    Nous n'avons pas la même conception des blogs et je ne vois d'ailleurs pas pourquoi il n'y en aurait qu'une. On en est loin et heureusement !
Il y a ceux qui se servent du blog comme outil de propagande religieuse, politique, électorale, ou bien comme publicité événementielle, sportive, culturelle,...    Il y a ceux dont le blog fait partie d'un "plan com." ou constitue un marqueur de statut social.
    Comme d'autres, j'ai accepté l'aventure du blog par goût d'écrire et séduit par la possibilité de pouvoir publier sur n'importe quel sujet et sans intermédiaires pesants. Contrairement à  ce que j'avais vécu avant dans le monde de l'édition du livre et la presse, où j'ai tenu des chroniques régulières... qui finirent régulièrement censurées, que ce soit à Charlie-Hebdo, ou au Temps.
    Outre l'actuelle liberté de publication, les blogs permettent aussi d'écrire sur des sujets variés, en sautant du coq à l'âne et en échappant à l'écriture linéaire du sujet d'un livre ou d'un article classique. Il permettent donc de mieux exprimer le fil d'une pensée qui n'est ni continue, ni linéaire, mais sectionnée, saucissonnée par les rythmes et les contingences de la vie.
    Comme je le rappelais à propos de "La plus belle histoire du langage", nos langues ont peut-être pour première fonction d'organiser notre pensée, avant même de permettre de communiquer entre individus différents. D'une certaine manière, j'utilise l'écriture blog pour m'obliger à penser de manière plus claire un certain nombre de sujets sur lesquels je n'avais que des avis superficiels ou confus. Sans aller jusqu'à ceux qui confondent blog et webcam et nous racontent, presque au quotidien, comment ils cirent leurs chaussures ou les pompes des autres, je crois que nous sommes un certain nombre, ici, à avoir choisi cette option personnelle de notre activité, plutôt que de chercher à transformer nos blogs en forums, comme l'espèrent peut-être certains autres.
    Vouloir commenter la note d'un autre, sur le blog même de cet autre, par surprise, alors qu'on peut le faire ailleurs ou par dialogue direct me semble être  un comportement de mammifère qui surmarque le territoire de l'autre en venant uriner ou déféquer dessus. Cela caractérise plus un souci de polémique que de dialogue : s'annexer le territoire des autres ou ignorer les limites du sien est source de tous les conflits et caractérise certaines psychoses graves. C'est pour cela que les commentaires "libres" me semblent plus dangereux que libertaires.

    L'anarchie, ce n'est ni la guerre, ni le bordel, que diable !

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29/03/2008

La Constituante, pourquoi pas ?

Sébastien Bertrand m'a envoyé ce commentaire :
Juste pour expliquer (mais un peu tard... donc rétroactivement) la position de gauche contre la révision de la constitution: l'actuelle, loin d'être
idéale, contient un certain nombre de points très progressistes: droits au logement, politique énergétique, etc. Maintenant, tous les militants
engagés dans des combats (offensifs ou défensifs) difficiles, vont devoir se taper en plus la constituante pour proposer des avancées (on peut
effectivement rêver), mais surtout contrecarrer les reculs que ne manqueront pas de proposer les réac' de tous poils, qui ne sont pas seulement à l'UDC, mais qui comptent plusieurs officines bien achalandées dans Landernau!!! (un Landernau où le nouveau président du parti soi-disant centriste PDC plagie -en claironnant ensuite qu'il l'assume fièrement- l'ex maire de Neuilly-sur-Seine, mari de Carla)... Alors vous avez maintenant gagné, donc au travail, pour gagner...heu.... Le statu quo?

Ce que j'en pense :
    Si je comprends bien, la "position de gauche" est opportuniste et défaitiste : on est contre parce qu'on est les moins forts ! C'est typique socialiste : puisque le grand capital mène le monde, gérons ses miettes à sa place plutôt que de vouloir changer ce qui est aberrant dans les fondements. Si cela avait duré, on vivrait sous la féodalité et on se marrerait comme sous Calvin.
    Les progrès durables (et quelques catastrophes) sont venus de ceux qui ont osé, souvent seuls contre tous. Et beaucoup de bonnes décisions sont venues d'individus éclairés de droite avec qui on peut discuter, plutôt que de félons de pseudo- gauche. Puisque tu écris de France, la sécurité sociale, c'était de Gaulle (sous pression communiste, bien sûr), les lois Veil sur contraception et avortement, c'était Giscard et Simone, mais le cadeau de TF1 à Bouygues, qui abrutit l'hexagone, c'était Mitterrand ...
    Alors pourquoi pas à Genève une constituante avec des gens intelligents de droite et - il en reste ! - de gauche ? Aucun doute que, si son projet était aberrant, le peuple le balaierait ! On ne change pas tout si facilement au bout du lac ...
 

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