11/07/2017

Sciences et lectures d'été

Nous vivons dans un monde désorganisé par la médiatisation de n’importe quoi et l’incitation permanente à la paresse intellectuelle. Pourquoi se fatiguer à observer, comprendre, déduire pour aboutir à des incertitudes quand les marchands, les prêtres, les politiques, les charlatans et les astrologues vous proposent des « vérités » toutes faites, que l’on peut répéter avec l’arrogance dont on est capable, sans avoir à se justifier par autre chose qu’un vu à la télé, lu sur internet ou entendu en rumeur prioritaire ? Si le citoyen de base avait une formation critique élémentaire en philosophie, histoire et sciences, aucune publicité commerciale n’aurait le moindre effet, aucune religion « révélée » ne réussirait à conserver ses paroissiens. Les partis politiques contrôlés par l’argent privé perdraient leurs électeurs, les médecines parallèles leurs victimes, tandis que les jeux d’argent disparaîtraient.

Nous en sommes bien loin quand les dirigeants des plus grands pays du monde, à l’exception d’une partie de l’Europe et, dans une certaine mesure, de la Chine, s’opposent à des conclusions scientifiques consensuelles au nom de dogmes financiers, religieux, pseudo-économiques ou politiques. Au point, dans les cas, extrêmes comme celui de la Turquie ou des USA, de démembrer ou restreindre un enseignement scientifique existant pour laisser libre cours aux intolérances fondamentalistes. Cf. Science en danger dans le Courrier du 4/7 passé.

La plupart des chercheurs en sciences, la tête dans le guidon, n’ont pas encore réalisé à quel point leur activité indépendante se restreint et est menacée par la conjonction des intérêts privés à court terme, des prescriptions religieuses et politiques, des superstitions et des sarcasmes des pires médias. Laquelle tend à faire passer les connaissances scientifiques au mieux comme incompréhensibles et ennuyeuses, au pire comme inappropriées, relatives ou blasphématoires. L’arrogance positiviste des scientifiques ou pseudo-scientifiques médiatisés n’arrange rien à l’impopularité actuelle de la profession. Paradoxalement, la grande force de la science est la modestie de ses propositions et sa réfutabilité, bref l’aptitude à douter de soi. Mais cela devient une faiblesse dans les médias où le temps est court et où l’invective l’emporte à tous les coups sur la réflexion. Où l’autocritique, au lieu d’être perçue comme signe d’honnêteté est traitée comme preuve d’incompétence ou d’ignorance. Ce qui explique aussi que des scientifiques et pseudo-scientifiques parmi les moins rigoureux et les plus péremptoires squattent les écrans et les ondes.

Charlie au labo.jpgPour sortir un peu de ce marécage, je vous recommande vivement « Charlie au labo », qui regroupe les meilleures chroniques d’Antonio Fischetti dans le journal du même nom, aux Editions Belin, magnifiquement illustrées par les dessins hilarants de Loïc Faujour. Vous y verrez que les résultats sciences peuvent être parfois simples, compréhensibles pour tous, intéressants ou drôles, et que l’autocritique de la science n’est ni un aveu, ni un suicide, mais sa grande force face à tous les irrationnels qui l'attaquent. Vous vous méfierez seulement de quelques dérives liées à la sensiblerie animalière de l’auteur et à son indulgence coupable pour la psychanalyse…

 

couv299.jpgParmi les parutions régulières remarquables disponibles en numéros doubles d’été, ne manquez pas le Psikopat « spécial bricolage », qui vous rappelera avec humour moulte drames familiaux, ni un Siné Mensuel plein de jeux intelligents, de dessins et de nouvelles que vous ne lirez pas ailleurs...

 

 

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03/01/2017

Le petit homard qui bou-hout dans la marmite !

Ce refrain très daté des Frères Jacques me revient à la lecture de cette annonce selon laquelle notre parlement fédéral envisage, sérieusement, d’interdire de cuire par ébullition des homards vivants sur le territoire national ! D’autant plus qu’une de mes cultures ancestrales me prescrit de le faire, dans le respect du talent de cuisinière de ma grand’mère restauratrice cauchoise… Alors, j’avoue avoir ébouillanté un homard, pas plus tard qu’hier soir, et l’avoir consommé, tiède, avec délice, pain frais et beurre salé, dans l’heure qui suivait.

Certes, mon empathie pour les animaux m’avait mis mal à l’aise, comme toujours, au moment de l’introduire dans la marmite. J’avais même utilisé le truc empirique qui consiste à lui passer la tête sous l’eau chaude avant le plongeon dans l’eau bouillante. Il s’était recroquevillé, comme anesthésié et n’avait pas donné, dans l’eau de cuisson, les grands coups de queue qu’ils donnent autrement en projetant le bouillon.

Mais, pour en revenir à nos législateurs et aux « anti-spécistes » qui les harcèlent, je pense qu’il est temps de remettre à l’heure leurs pendules scientifiques et rationnelles, car leur projet de loi risque d’être absurde et inappliqué, sinon inapplicable !

D’abord une telle condescendance pour des animaux jusqu’à nouvel ordre importés fait preuve d’un respect bien inhabituel de l’immigration. Ira-t-on jusqu’à interdire l’importation de tout homard ou langouste qui n’aurait pas été achevé selon un complexe rituel helvétique empathique, à côté duquel casher et halal ne sont que pets de sansonnets intégristes ? Va-t-on vers le développement de fermes à crustacés marins en Valais, avec abattoirs Swiss-Concept ?

Et puis je n’ai pas entendu dire que le projet législatif concerne NOS écrevisses, que la loi nous autorise, à nouveau, à pêcher. Favoriser ainsi des crustacés étrangers par rapport à ceux de nos lacs et rivières me semble intolérable : mon sang à croix blanche ne fait qu’un tour ! Et puis encore, pourquoi ne parler que des gros homards alors que les petites crevettes subissent le même zoocide au quotidien, dans de bien plus fortes proportions : des millions, ou bien plus, contre quelques milliers. C’est un inadmissible racisme en faveur des gros, contre les petits !

Pour en venir au fondamental, il convient de rappeler des banalités sur la douleur, sa fonction, sa perception chez soi et chez les autres animaux, humains ou pas. La douleur est un signal vital des perturbations de notre organisme, et l’on ne peut pas vivre sans. Les très rares enfants qui naissent incapables d’en éprouver ne cessent de se blesser et mutiler gravement jusqu’à ce que mort s’ensuive. Cela dit, c’est pour les autres une expérience assez négative pour que l’on apprenne vite à l’éviter, ou à l’interrompre une fois qu’elle a joué son rôle d’avertisseur. Les circuits nerveux de la douleur remontent de la périphérie du corps vers le cerveau, à travers la moelle épinière. Ils sont communs à tous les vertébrés et ont des équivalents chez les crustacés ou insectes. Mais une différence fondamentale vient de leur interconnexion, chez les grands mammifères avec les centres nerveux qui gèrent notre pensée consciente. Des centres qui sont bien plus réduits chez les autres vertébrés, et ce d’autant plus qu’ils sont zoologiquement plus éloignés de nous. On n’en connaît pas d’équivalents chez les invertébrés. Il ne nous est donc pas possible d’imaginer la douleur subjective du homard qui bout, ni la conscience ou la représentation qu’il en a. Est-ce à dire qu’il faut y être insensible ? Sûrement pas ! Est-ce à dire qu’il faut légiférer ? Si oui, comment et jusqu’où ?

Presque tout le monde sera d’accord pour interdire l’exécution des humains par le bouillon ou les barbecues religieux, style Michel Servet, Giordano Bruno ou Jeanne d’Arc. Nos lois qui interdisent de donner la mort sous des formes non suicidaires consentantes y suffisent. Nous nous identifions à la victime et refusons sa torture que nos neurones miroirs nous font appréhender, comme si elle nous était destinée. Nous éprouvons des empathies de même type pour des mammifères supérieurs, singes et animaux familiers en particulier, dotés de centres nerveux comparables aux nôtres et auxquels nous nous identifions facilement. Mais les rats qui, cognitivement, sont souvent bien plus performants et plus proches de nous que, par exemple les chevaux, ne bénéficient en général pas de la même empathie. A cause de leur petite taille ? De leur mauvaise réputation ? Parce que ce sont des concurrents pour les ressources ?? Pourtant, il n'y a aucun doute : leur sensibilité et leur intelligence sont bien plus proches des nôtres que de celles, éventuelles, du homard. On ne peut donc pas envisager une loi rationnelle de protection du homard de la souffrance sans envisager, AVANT, une loi de protection comparable des rats et autres mammifères de tortures équivalentes. Certains veulent, depuis longtemps, faire une loi générale contre la souffrance de tous les animaux, sans considérations zoologiques, sans se rendre compte de l’absurdité de la proposition. Pour les remettre à leur place, j’avais écrit autrefois une chronique dans Charlie Hebdo, où je dénonçais « l’inadmissible génocide des charmants collemboles ». Une étude très scientifique du piétinement des tapis de feuilles dans les forêts tempérées froides humides avait en effet montré que chaque pas humain y tuait, en moyenne, huit cent de ces minuscules et mignons insectes, et en blessait sans doute encore bien plus. Pour les collemboles, chaque pas humain, c’est Alep ou Raqqa, sinon Hiroshima ! Et interdire de marcher en forêt n’est pas vraiment à notre portée…

Et puis encore, serait-il sain de légiférer contre une souffrance animale que la nature n’est pas près d’éviter ? Quand on voit la façon dont un chimpanzé, un faucon ou un simple chat traite ses proies, beaucoup d’entre nous préféreraient sans doute une courte ébullition ou une brève combustion à une longue consommation chirurgicale tranquille, à vif, sans anesthésie, digne des pires supplices ecclésiastiques moyenâgeux ! Le seul sort comparable est celui que nous infligeons aux huîtres et autres mollusques dévorés crûs, que le projet de loi ne semble pas devoir protéger. Sans doute parce qu’ils n’ont pas, comme le homard et nous, un long corps segmenté, des pattes pour marcher, et surtout deux grands yeux de part et d’autre de la face.

Sur le fond, je suis assez d’accord avec l’éthique qui consiste, dans la mesure du possible, à éviter toutes les souffrances humaines et animales inutiles. Mais autant des lois – aujourd’hui si peu respectées – s’imposent quand il s’agit des humains ou d’espèces menacées par la stupidité humaine, autant une loi générale de prévention de la souffrance animale ne pourrait être cohérente. Il est là question d’éthique individuelle, sûrement aussi d’éducation, mais la loi reviendrait à imposer, à tous, des choix individuels que l’état du monde ne justifie pas. En d’autres termes, il s’agirait de choix religieux et intolérants. En ce qui me concerne, j’ai choisi d’assumer mes choix. Consommant des crustacés, je n’hésite pas à les faire bouillir moi-même. De même qu’il m’est arrivé d’égorger les poulets que je devais manger. Les bœufs, pas encore, puisque la loi l’interdit ! Mais, quelque part, déléguer cette mission de mort me dérange un peu. Pas autant toutefois que laisser des militaires tuer en mon nom, ou bien laisser des financiers et des commerçants sans scrupules ruiner délibérément les pauvres de tous les pays…

03/08/2015

La gratuité de la vie

Il y a près d'un an, un journal professionnel confidentiel décidait de faire un numéro sur le thème de la gratuité à travers toutes les disciplines et me posait une question bizarre sur "la gratuité dans l'évolution des espèces". Comme ce thème inhabituel est susceptible d'intéresser certain-e-s d'entre vous, je vous livre ici le fruit de mes réflexions... Bonnes fêtes de Genève !

PS : les commentaires sont ouverts

29/06/2015

DAESH, le FMI et les grecs

Les volontaires étrangers de DAESH ont choisi de quitter des conditions de vie variables, mais relativement confortables, pour l’enfer de la guerre, de la violence, de la souffrance ou le néant de la mort. Parmi eux, certains font cela par amour, réel ou platonique, d’un partenaire ou d’un gourou. D’autres, suicidaires de toutes façons, choisissent, en moins sympa, une fin à la Pierrot-le-fou. Mais beaucoup ont sans doute été amenés là par une cascade  d’événements sur la pente de la soumission à l’autorité et à la propagande, individuelle ou collective. En cela, la propagande radicale islamiste n’a rien d’original par rapport à celle des armées, des religions, des nationalismes et du marketing « sportif » ou commercial. On fait adhérer le « client » à des slogans, à des théories simples et fausses, à des comportements stéréotypés et irréfléchis, mais gratifiants dans l’immédiat, récompensés dans le réel ou l’imaginaire. On ne demande pas au supporteur de mourir grenades à la main pour son club, ni au geek de décapiter pour soutenir l’iWatch, mais ce n’est qu’une question de degrés d’intensité ! Ce qu’il y a de commun entre tous ces braves gens, c’est la soumission à une autorité intrusive par des conditionnements, par la récompense et la punition, ce qui leur évite toute hésitation avant de passer à l’acte et toute analyse critique des conséquences de l’action qu’ils décident, sur un mode affectif inconscient et trop rapide pour être raisonné-raisonnable.

Quand la dictature de Bruxelles, le FMI, la BCE et autres marionnettes de la finance internationale et des Etats-Unis humilient la Grèce parce qu’elle a été ruinée par les prêts félons qu’ils ont fait à ses dictateurs, militaires fascistes et socio-démocrates pourris, au bénéfice des armateurs, religieux et autres financiers évadés fiscaux, c’est une forme de terrorisme presque aussi violente que les bombes et les décapitations : soumettez-vous, acceptez la misère de l’austérité, ou bien nous faisons tout sauter de votre économie, donc de votre quotidien, nourriture, éducation et confort minimal ! Et que les espagnols, français ou même les allemands pauvres qui sont tentés de jouer à Syriza se tiennent à carreau, s’ils ne veulent pas subir le sort que nous allons vous infliger…

Face à ce terrorisme économique, les grecs vont devoir voter sur des enjeux incroyablement complexes et face à une incertitude majeure. Si voter pour la soumission au reste du monde est la garantie de la poursuite de l’appauvrissement des pauvres et de l’accroissement des inégalités les plus scandaleuses, voter non sera l’assurance d’une récompense sous forme de dignité retrouvée… et de difficultés conduisant sans doute à une situation dont Cuba, la Corée du Nord ou l’Iran sont des exemples concrets. Les grecs avaient inventé une démocratie toute relative en des temps où le reste du monde leur laissait une certaine tranquillité. Sous les pressions terroristes de DAESH ou du FMI, ce « moins mauvais des systèmes politiques » fonctionne de plus en plus mal et ne leur laisse que des choix impossibles…

10/06/2015

Racisme français: les socialistes régatent avec Sarko et le Front National !

Dans le numéro de juin de Siné Mensuel, Me Dominique Tricaud, avocat du journal, raconte comment des dizaines de milliers d'africains qui possédaient la nationalité française, ou qui y avaient droit selon la loi, se la sont fait retirer ou refuser. Des citoyens travailleurs et leurs descendants ont ainsi été administrativement transformés en sans papiers ou immigrés clandestins, que l'on refoule ou que l'on laisse se noyer dans la grande bleue. Ceux qui veulent confirmer ou récupérer cette nationalité se retrouvent face à des courses d'obstacles administratives insensées, des demandes de justificatifs impossibles et des situations kafkaïennes comme de ne pas avoir été considéré comme un résident dans le pays où l'on travaillait durement pour avoir laissé sa famille au pays... à une époque où le regroupement familial était interdit !

SM43_COUV.jpgAjoutez cela aux tracasseries insensées des demandes de visas et vous constaterez que racisme et xénophobie ont été institutionnalisés par le PS et l'ex- UMP.

Les mots "Républicains" et "Socialistes" sont devenus aujourd'hui des masques de l'extrême droite dans l'hexagone...

Pour rester dans des considérations pas drôles, le Psikopat 276.pdf s'est lancé dans la tâche difficile de nous faire rire avec un dossier sur le thème "Chômage et Pôle emploi". Le pire, c'est qu'il y réussit, au moins du côté des travailleurs, car les patrons et politiques n'y sont guère épargnés...

couv16.pngS'il faut achever de vous saper le moral, mais pas la bonne humeur, Drosophile, que nous aimons toujours bien, s'est lancé dans un numéro expliquant fort bien la problématique du réchauffement climatique... Un peu débordé toutefois par le militantisme de la peur et la dérive journalistique qui consistent à ne mettre en valeur que les pires hypothèses et à minimiser les doutes sur des prévisions très imprécises. Ce n'est bien sûr pas que le réchauffement n'existe pas, que les activités humaines ne l'aggravent pas, mais, contrairement aux prétentions du GIEC, nous ne savons vraiment pas vers quelle catastrophe nous allons, ni comment nous y allons...

27/05/2015

L’histoire détournée au Panthéon !

Un nom familier aux oreilles romandes ne sera pas prononcé ce jour au Panthéon, où l'on honore la mémoire du réseau de résistance du Musée de l'Homme de Paris, bien que l'intéressé ait, en son temps pesé autant sur l'histoire que ceux que l’on honore.

                                 Ce nom, c'est celui du Dr George Montandon,                                     ancien étudiant des universités de Genève et Zürich, héritier d’une Montandon.jpggrande famille neuchâteloise comportant de multiples descendants, en particulier dans le domaine de la médecine de haut niveau.

Ethnologue-anthropologue réputé de l’entre deux guerres, spécialiste des classifications raciales (et racistes), Montandon avait pris la nationalité française et dérivé, avec Céline et beaucoup d’autres, dans un antisémitisme délirant et pour lui rémunérateur. « Ethnologue » du Commissariat aux questions juives de Pétain, il donnait, ailleurs et au Musée de l’Homme (où le germanophile Vallois avait remplacé le socialiste Paul Rivet pendant l'occupation nazie), des consultations très chères « d’expertise raciale ». Selon que l’on y était déclaré, sur critères physiques, « plus ou moins juif », on était libéré ou envoyé en camp de concentration. Face au réseau de résistance panthéonisé aujourd’hui et dont on ne saurait méconnaître la réalité et l’héroïsme, il y avait donc un « réseau de collaboration » du Musée de l’Homme de Paris, trou noir de l’épopée panégyrique que nous raconte le nationalisme d’aujourd’hui. Or l’histoire, comme la science, consiste à raconter, sans choix et sans détournements, ce qui dérange comme ce qui flatte, la honte comme la gloire. On en est très loin dans toutes les cérémonies et politiques des nations et des nationalismes d’aujourd’hui…

 

10/03/2015

Femmes et cerveau

Après la "Journée des femmes", dimanche dernier, l'Université de Genève nous propose, la semaine prochaine, la

"SEMAINE DU CERVEAU".

Aurait-on ménagé cet écart dans le temps pour éviter toute confusion ?

Trève de plaisanterie ! La Semaine du Cerveau est une manifestation remarquable qui, chaque année, nous offre une série de conférences, débats, expositions qui nous apprennent chaque fois un peu plus sur notre vie quotidienne, notre corps, son fonctionnement ordinaire et ses maladies. Si vous avez le temps, tous les jours du 16 au 20 mars, détails sur www.semaineducerveau.ch et programme ci-joint Programme_SDC_2015.pdf

Sinon, comment ne pas vous signaler, dans le cadre de la défense de la presse satirique et non-décérébrée, le nouveau Psikopat avec son dossier "Nos amis les cons", vaste programme ! aurait précisé, en son temps le Général de Gaulle ! On attend toujours qu'un distributeur romand ne nous condamne plus à aller l'acheter à l'étranger, ce Psikopat...

Et puis, presque sur le même sujet, la couverture d'un remarquable No 40 de Siné Mensuel, avec juste une petite erreur sur l' "Humanitude" que je corrige, ce jeudi, dans Le Courrier...

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17/09/2014

Pourquoi et comment les animaux font-ils ce qu'ils font ?

C'est la question à laquelle je tenterai de répondre, à partir de demain, devant les étudiants et ceux que ça intéresse, dans le cadre du cours public "Introduction à la Biologie du Comportement" de l'Université de Genève. Ce sera un cours en dix séances réparties sur l'année universitaire, uniquement pour ceux que ça intéresse. Une participation raisonnable permet aux étudiants inscrits de glaner quelques crédits par le plaisir plutôt que par la douleur. Bien entendu, quand je dis comportements des animaux, ceux des humains sont inclus... Voici, en gros, de quoi il s'agit :

La vie a une histoire, dont nous retrouvons les traces dans les sols entassés des périodes de temps successives du passé. L'actuel et le plus récent en surface, le plus ancien au plus profond. Dans ces sédiments, on trouve les restes fossiles des végétaux et des animaux de l'époque, répartis en centaines de milliers d'espèces pour les végétaux, en millions d'espèces pour les animaux. Buffon, puis Lamarck, classant ces espèces, ont constaté qu'elles se regroupent en "familles", plus ou moins vastes, réunies par le fait qu'elles partagent des caractères communs héréditaires que l'on ne retrouve pas dans les autres familles. Bien que ce soit une idée hérétique et très réprimée par la religion de l'époque, Buffon (Histoire naturelle, générale et particulière... publiée de 1749 à 1789) propose que deux espèces proches par la plupart de leurs caractères le soient parce qu'elles descendent toutes les deux d'une seule espèce ancestrale commune, dont les descendants séparés ont divergé au cours du temps . Lamarck étend cette proposition aux "familles" de plantes, qui seraient ainsi de vraies familles, au sens généalogique, descendantes d'une seule espèce ancestrale, dont les descendantes se sont partagés en lignées de populations indépendantes et divergentes (Flore française 1778). Puis il étend cette idée aux familles d'animaux et propose dans le discours inaugural de son cours de 1800 (publié en 1801), que l'ensemble des espèces vivantes soient issues les unes des autres, selon une généalogie commune et unique, à partir des formes de vie les plus simples. Une idée que Charles Darwin, né en 1809, reprend et diffuse en 1859 dans son Origine des espèces, sans citer La philosophie zoologique de Lamarck (1809), dans laquelle il l'a puisée. L'origine des espèces, outre la vulgarisation de la théorie généalogique de l'histoire du vivant de Buffon et Lamarck, apporte une contribution majeure avec la théorie de la sélection naturelle, inspirée de l'Essai sur le principe de population de Malthus (1798), généralisé au monde vivant, alors que Malthus ne parlait que de fécondité et d'écologie humaines.

 Avec ses théories sur la sélection naturelle (découverte en même temps par Alfred Russel Wallace) et la sélection sexuelle, une des plus importantes contributions de Charles Darwin arrive plus tard dans son traité sur L'expression des émotions chez l'Homme et chez les animaux (1872), considéré comme le manuel fondateur de la biologie du comportement et de l'éthologie animale et humaine. Darwin y montre comment l'origine généalogique commune d'espèces différentes leur procure des organisations anatomiques et physiologiques semblables, qui leurs permettent d'exprimer les mêmes émotions dans les mêmes contextes, et de comprendre cette expression entre espèces proches parentes. C'est l'amorce d'une histoire de l'apparition, des mécanismes et de la transformation des comportements animaux au cours des ères géologiques successives.

La reconstitution des grands traits de cette histoire est un des sujets essentiels du cours public d'Introduction à la Biologie du Comportement (IBC) que je donne dès demain jeudi à 10h15, en cinq séances d'automne et cinq de printemps (rue G Revilliod 12, entrée des étudiants dans la cour derrière la Migros Acacias).

Ce cours IBC est un cours autonome, ouvert à tous les étudiants et au public, pour lequel aucun prérequis n'est demandé. Il comporte une série de chapitres sur la détermination des comportements animaux (génétique et physiologie), l'apprentissage, la territorialité, les structures sociales, les comportements des primates, les traditions et cultures, les comportements humains).

 

 

 

 

 

26/08/2014

Il n'y a pas que la compétition dans la vie...

Le succès sur internet d'images montrant des comportements inattendus d'affection ou de collaboration entre des espèces animales très différente s'explique d'abord par l'idée trop répandue d'une nature faite seulement de violence et de compétition entre des espèces qui se battent et se dévorent. A cette vision "darwiniste intégriste" s'opposent les observations de bien d'autres et de Darwin lui-même de comportements altruistes et d'entre-aides en milieu naturel. Parfois ce sont des espèces très différentes, comme les petits poissons qui viennent nettoyer les dents de gros prédateurs sans être dévorés ou bien les oiseaux qui nettoient la peau et la bouche d'hippopotames ou de bovins: des services souvent intimes. Si, comme le soulignait Kropotkine au début du 20ème  siècle, la nature offre de multiples exemples de collaborations étonnantes aux bénéfices réciproques, les mécanismes de l'attachement, de l'empathie ou du dressage expliquent souvent les images "contre-nature" de relations affectueuses entre espèces ennemies ou indifférentes. L'"empreinte", qui permet l'identification de la mère, du jeune ou, plus tard, de l'objet sexuel chez les oiseaux ou les mammifères, dépend des individus rencontrés en "période sensible". Ainsi, en milieu humain, des oiseaux ou des mammifères privés de congénères identifient, comme mère ou comme objets sexuels, des humains ou d'autres animaux inhabituels dans leur monde. Ils développent, vis-à-vis d'eux, les comportements correspondants. Ce qui explique qu'une chienne puisse materner des chats, une chatte des souris. Ou que des corbeaux, des chiens ou des tigres fassent parfois des offrandes de nourriture et d'affection paradoxales et... embarrassantes ! Lorenz racontait comment un chouca tombé du nid, élevé en main puis relâché, était revenu l'année suivante lui offrir un ver de terre dans la bouche, un comportement d'offrande classique entre partenaires sexuels chez les oiseaux, entre autres...

NB : j'avais envoyé ce texte en réponse à des questions de Nic Ulmi, du Temps, qui en a publié quelques extraits dans l'article attaché

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07/07/2014

Il est temps de partir en vacances !

Comme vous avez pu le voir, j'en arrive à me planter dans l'édition d'une note dont j'ai perdu la fin et que je n'ai pas eu le temps de compléter car, justement, j'y retournais à la Nuit de la Science. Pour y découvrir entre autre des spectacles hilarants et de grande qualité, comme Dr H, Vie et mort des crêpes, de l'innénarable Heiko Buchholz qui faisait tordre de rire grands et petits, scientifiques et profanes ou L'incredible procédé des soeurs Oswald par la Compagnie Cendres la Rouge. Sans parler bien sûr de tous les jeux, stands de démonstration et lieux de palabres délicatement gastronomiques. Même le temps faisait chanter la Perle du Lac, se contentant d'annoncer la fin de l'opération par une bonne averse au soleil couchant...

Bon, beaucoup partent en vacances et auront besoin de lecture et de passe-temps ludiques et intelligents tandis que les gamins mettent des heures à se préparer ou la belle-mère à brûler son rôti. Pour vous calmer ou vous énerver un peu plus, des nouvelles et des quizzs dans Siné Mensuel de juillet-août. Avec bien sûr une mention spéciale pour le mien, Connais-tu ton corps ? particulièrement cruel...SM33_COUV.jpeg

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Pour ceux à qui ça dit quelque chose, un dossier du Psikopat sur les colonies de vacances vaut son pesant de      Youkaïli,            youkaïla !

Bon, puisque ce sont les vacances, je ne vais pas faire plus long et je vous les souhaite heureuses et... surprenantes !

10:44 Publié dans Culture, Général, Humour, lecture, Loisirs, Médias, Science | Tags : nuit de la science, vacances, lectures, jeux | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

03/06/2014

Débaptisons la rue de Hollande !

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Certes, elle n'est pas bien grande, et puis ça lui va bien d'être au milieu des banques et des financiers de tout poil.                Mais quand même...                                   Nous courrons le risque que je ne sais quel  Nord Coréen mal informé, retour du stand de tir, pense que notre Genève a voulu honorer le nullissime président des frouzes !

Tiens, à propos de lui, la presse, même la bonne s'énerve et prouve que son facteur d'impact en communication est aussi fort que ses échecs politiques sont énormes. (C'est comme en science où le facteur d'impact de la pire publication, dans la "meilleure" revue, est01.jpg très supérieur à celui du meilleur article dans une revue moyenne. Ce qui n'empêche pas les grandes institutions universitaires de recruter de plus en plus en fonction des facteurs d'impact des chercheurs et non de leurs besoins en matière de recherche et d'enseignement). Donc, Hollande, après son double triomphe électoral, réussit à faire la couverture de notre Psikopat, dont le dossier sexe et politique - reconnaissons-le -était prévu bien avant les élections. Je vous offre la délicate couverture "tête de noeud président".

                         Et puis aussi celle, plus tristounette, de Siné- Mensuel. sine-mensuel-32-home.jpgMais, rassurez-vous!                              Quand Bob Siné déprime, c'est pour mieux préparer les éclats de rire qui suivent.                          

Comme le rappelait souvent Gregory Bateson,on ne perçoit que les différences !

10/05/2014

Exploration du corps, derniers jours !

Il ne vous reste plus que ce soir à 20h et demain dimanche à 17h pour voir à l'auditoire de l'Hôpital Beaumont, au CHUV à Lausanne, la très remarquable pièce "RENCONTRE" écrite et mise en scène par notre François Rochaix à propos de l'anatomiste André Vésale, l'un des premiers voici 500 ans, à avoir osé disséquer des cadavres humains pour éclairer une médecine alors obscurantiste. Morbide ? Pas du tout ! Avec un humour de situations bien rôdé et deux acteurs remarquables (Isabelle Bosson et Daniel Ludwig dans le rôle de Vésale) l'auteur intéresse, amuse et en profite pour poser des tas de questions éthiques extrêment actuelles quant à ce qu'il est permis, interdit ou obligatoire de faire à des corps humains avant ou après la mort. Un bon moment intelligent !

Si vous ratez ces deux occasions, vous avez encore un rattrappage possible le 24 mai à 17h et le 25 à 13h ou 17h dans le cadre des "Mystères de l'UNIL". Vous ne saviez pas que l'Université de Lausanne avait des mystères, franchement moi non plus !

Enfin, si vous ratez tout mais que Vésale vous interpelle, vous avez jusqu'au mois d'Août pour aller voir la passionnante exposition que lui consacre le Musée de la main de la Fondation Verdan (aussi au CHUV). Les chefs d'oeuvre scientifiques et artistiques que constituent les planches anatomiques de Vésale y sont doublement  confrontés aux images les plus spectaculaires des technologies médicales actuelles et à des oeuvres et performances contemporaines. D'excellentes visites guidées sont possibles et, comme moi, vous risquez de mordre aux sujets et d'y passer bien plus de temps que prévu, entre l'art, la science, la médecine et les questionnements sur leurs interactions et leurs limites...

31/01/2014

Ciao CAVANNA ! Dédé-la-science est orphelin

François, tu charries ! Tu étais déjà dans l'histoire, tu n'avais pas besoin de claquer en plus...

Toi l'immigré dont l'amour du pays d'immigration et de sa langue ont fait plus pour la culture francophone que tous ces nationalistes merdeux qui agitent des drapeaux et lancent des référendums débiles !

Toi dont l'humour, la curiosité, la non violence, le culot et la générosité ont fait plus pour toutes les causes perdues que les pleurs et les grincements de dents.

CAVANNA-1erW.jpgEn me nommant ainsi, par référence au Raymond-la-science de la bande à Bonnot (l'artificier des anars qui saoulait toujours tout le monde par ses discours techniques incompréhensibles), tu m'avertissais clairement que ce qui ne serait pas compris de mes écrits n'aurait aucune valeur, quel que soit ton respect pour "ma science". J'essaie donc de la faire passer, partout où elle ne devrait pas être, à des gens qui n'en ont rien à battre, même parfois en mesurant - difficilement ! - mes gros mots, comme ici sur tdg.ch.

François, il y a un truc pour lequel je t'en voudrai toujours. En publiant, il y a bien longtemps "Et le singe devint con...", tu m'as piqué le seul titre possible pour un bouquin sérieux sur l'hominisation. Ça m'a dégoûté de l'écrire ! Dommage, on se serait bien marré... Enfin nous, d'autres sans doute moins, mais tant pis pour eux !

Tu n'existes plus que par nos souvenirs et quelques milliers de pages et dessins admirables, vieux frère. Dommage ! Parce que si tu voyais ce que tous nos potes sont en train de dessiner à ton sujet et tout ce qu'on va picoler en ton honneur, tu partirais d'un éclat de rire éternel...

Tant pis pour toi, tu n'avais qu'à rester !

                           Ciao Bello !              Ni Dieu, ni Maître !


 

06/08/2013

Pourquoi les chats ne sont pas verts ?

C'est la question amusante posée par un ou une cher-chère auditeur-trice de la RTS et que l'on m'a fait suivre sous cette forme : 


Pourquoi ne voyons-nous pas d'animaux (par exemple des chats) avec des poils de couleur verte? Alors qu'à priori cela pourrait leur donner un avantage lorsqu'ils chassent dans les champs.

Il m'a semblé que cette question posait de vrais problèmes fondamentaux, tant dans le domaine de la biologie que dans ceux de la politique et de la psychologie.

Pourquoi ?

Et bien vous le saurez sous peu, pour peu que la canicule vous laisse l'énergie de cliquer sur :

http://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/animaux-et-plantes/5117248-pourquoi-ne-voyons-nous-pas-d-animaux-par-exemple-des-chats-avec-des-poils-de-couleur-verte-alors-qu-a-priori-cela-pourrait-leur-donner-un-avantage-lorsqu-ils-chassent-dans-les-champs.html



09/07/2013

Voulez-vous jouer avec moi, cet été ?

SM22_CouvOK.jpegEt si l’on riait un peu avec le retour d’un soleil tant attendu ?

Siné mensuel part en vacances à la plage avec, entre les œuvres magistrales de Bob Siné et de notre grand Poussin vacances,humour,lecture,sciences,vin,politique,littérature,dessin de pressede presse, une foule de jeux : l’irrésistible jeu de lois de notre économiste atterré Concialdi, un fabuleux guide des meilleurs pinards et des meilleurs producteurs illustré par le grand chef, le quizz cinéphile de Bouyxou et mon quizz de biologie hilarante, le tout illustré par la crème décapante de nos illustres dessinateurs qui se lâchent, dans leurs pages comme dans les nôtres, et puis des nouvelles aussi inédites que décalées des auteurs que vous lirez rarement ailleurs. Un énorme numéro double, qui vous tiendra en haleine et pliés de rire pendant des heures pour le prix de même pas un hamburger…

De quoi se retrouver pétant le feu et très méchants à la rentrée !

Communiqué SM22.pdf