06/05/2015

Ni dieux, ni prophètes !

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      J'en veux un petit peu à Bob Siné d'épargner les bouddhistes qui massacrent les hindous à Sri Lanka et les musulmans en Birmanie et puis les hindouistes qui massacrent les musulmans en Inde, et puis tous les autres qui, eux aussi, tuent, oppriment, terrorisent, empêchent de penser et de respirer au nom de surnaturels imaginaires inventés par des prophètes allumés ou sordides et diffusés par des prêtres menteurs, intéressés et malveillants. Mais je comprends que les impératifs techniques de la mise en page de cette splendide image l'aient contraint à se limiter à ceux qui font des dégâts terribles près de chez nous depuis deux ou trois millénaires de croisades, de djihads et de génocides variés jusqu'à ces derniers jours ! Et si vous saviez tout ce que vous réserve ce splendide numéro...

Dans ce genre de conviction, vous ne pouvez pas manquer le livre posthume de Charb : "Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes" (Ed. les Echappées) dans lequel il dénonce ceux qui effacent le vrai crime du racisme contre des individus et des communautés, souvent peu religieux, pour tout ramener à des religions en compétition qui surfent dans les médias en jouant sur des victimisations particulières. Il n'y a aucun lieu de décliner le racisme en islamophobie, cathophobie, antisémitisme ou bouddhophobie quand il s'agit simplement d'affirmer que personne ne doit être maltraité du fait de l'origine de ses ancêtres, ni pour ce qu'il pense ou ce qu'il vit tant qu'il ne pourrit pas la vie des autres avec ! J'avais jadis proposé de remplacer racisme, trop lié au physique, par "autrisme" tant hostilité et agressions peuvent s'appuyer sur n'importe quel critère biologique, culturel ou économique. Bien sûr, à l'origine de ces racismes- autrismes, il y a les pouvoirs qui les flattent, qui s'en servent ou qui les tolèrent en fermant les yeux sur le pire. Eh bien figurez-vous que Le Pouvoir, 275-01.jpgc'est justement le thème du dossier du dernier Psikopat, que vous devrez toujours aller chercher à l'étranger puisque Naville et autres ne vous jugent pas dignes de le trouver en Helvétie ! Vous y passerez sûrement d'aussi bons moments que dans l'avant dernier Charlie Hebdo où Luz et Coco, en particulier, se sont formidablement déchaînés contre les cathos et où Riss fait un portrait très émouvant de notre regretté Bernard Maris, l'un des rares économistes crédibles en ces temps de fondamentalisme néo-libéral.

Lisez-vite tant qu'il pleut, pour passer à autre chose quand le soleil revient !

31/10/2014

Inauguration du MEG : cherchez "Charlie" Steve Bourget !

Aujourd'hui même, Genève s'apprête à ouvrir en grande pompe son musée d'ethnographie, somptueusement et coûteusement rénové aux frais du contribuable. Il paraît que l'opération architecturale est magnifique, que les espaces d'exposition multipliés sont remarquables et l'on s'apprête à fêter comme il convient ceux qui travaillent depuis quatre ans à ce grand projet : ce n'est pas tous les jours que l'on rénove ou que l'on ouvre un musée ! Parmi les clous d'une ouverture en fanfare, une exposition Mochica de trésors péruviens anciens, en première mondiale. Voici qui nous sort du provincialisme !

On s'attend donc à voir sur le pont Mr Steve Bourget, proche collaborateur du directeur, spécialiste en art précolombien, responsable du département Amériques et enseignant en archéologie à l'Institut Forel de l'Université. Mais ce Monsieur, qui devait organiser un débat ce mardi au Cercle Genevois d'Archéologie semble avoir disparu sans prévenir, sans doute débordé par l'inauguration de ce soir...

Le petit Vigousse, journal satirique illustré souvent bien informé, témoignait vendredi dernier (No208, 24 octobre p 5, article de Jean-Luc Wenger) d'une rumeur selon laquelle un "cadre éminent" du MEG, d'identité non précisée (sans doute, selon la formule, "connue de la rédaction") serait compromis dans une affaire d'objets volés, retrouvés par la police à son domicile ou par d'autres dans son bureau.

Il a été beaucoup reproché à d'actuels responsables du MEG d'être ou d'avoir été très liés au milieu local des collectionneurs et commerçants en antiquités et art exotiques, qui ont parfois des interprétations très personnelles des lois et des conventions internationales sur les acquisitions, exportations et importations de biens culturels. Ceux-là même qui avaient fait échouer, avec des méthodes "musclées", un précédent projet bien plus scientifique. Sans doute pour contrebalancer cette fâcheuse réputation, le directeur actuel se prétend irréprochable sur le sujet, allant jusqu'à co-présider la commission d'éthique des musées genevois. Une belle réaction, mais qui pourrait être mal partie ! On lui souhaite quand même une belle inauguration et, s'il s'avérait que Vigousse n'a pas complètement tort, il sera toujours temps de consacrer les beaux espaces du MEG à un projet culturel et scientifique intéressant pour tous, plutôt qu'aux intérêts esthétisants et intéressés de quelques privilégiés...

PS : je pensais trouver dans notre Julie un démenti scandalisé des insinuations de Vigousse - depuis une semaine, il y avait le temps - ou bien une enquête plus approfondie les confirmant. Mais je n'y trouve que des éloges du projet et de l'exposition péruvienne, sans mention de Steve Bourget qui, conservateur du département Amériques et spécialiste de la culture impliquée, me semble devoir être cité. J'ai peut-être mal cherché... Mais où est donc passé ce Charlie ?

30/09/2013

Au travail, il pleut !

Les diplomates fonctionnaires chercheurs du GIEC me font bien rire avec leurs multiples certitudes à 90% ou 95%, basées sur des simulations numériques aux hypothèses invérifiables et leurs communiqués de presse prévoyant des réchauffements de 0,7 à 4°C, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Mais ils savent que les médias, qui vendent la panique qu'ils provoquent, ne mettront que le 2ème chiffre en gros titre d'articles que personne ne lira jusqu'au bout !

Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de vous dire que le réchauffement n'existe pas et que la civilisation du gaspillage ne prépare pas un avenir nauséabond à nos descendants. La fonte des glaciers et des calottes polaires, le dégel des permafrosts et autres montées locales des eaux sont des problèmes aussi graves que les désertifications et déforestations, qui avancent plus vite ici ou là depuis deux siècles, du fait de l'absence de vision collective et à long terme de l'Homo neoliberalus, un primate borné, ravagé par l'addiction à l'argent facile, même si ce dernier ne vaut plus rien à peine gagné. Non, je voulais juste vous dire tout le mal que je pense du GIEC et des grandes et très coûteuses conférences climatiques par lesquels les gouvernements font semblant de faire quelque chose alors qu'ils ne font que du pipeau. Avec nos prétendues démocraties à alternance, ils ne tireraient que des inconvénients immédiats et aucun bénéfice de la moindre politique de bon sens à long terme, qu'il s'agisse d'éducation ou d'économie ! Entre ça et l'OMS qui lance une campagne internationale de mutilations sexuelles invasives (comprendre circoncisions), au prétexte aussi douteux que mal motivé de lutte contre le SIDA, on réalise que les politiques mondiales peuvent être aussi débiles et potentiellement plus catastrophiques que les politiques nationales...

Bon, on est passé brutalement du plein été au presque hiver, à peine chaud. Si l'on n'a pas la chance de pouvoir fuir sous les tropiques, il reste à travailler, par exemple en reprenant les cours publics, entre autres à l'uni jeudi prochain !

Et puis, en attendant la fin des averses, on peut aussi lire, par exemple de la science présentée avec humour et BD's comme dans le dernier "Drosophile"...

couv12mini-0f802.png ...qui vous raconte tout sur les microbes : autant de bactéries dans votre intestin que de cellules dans tout votre corps, et on ne peut pas vivre sans : ça interpelle, comme disent les psys !

Et puis, si vous êtes plus politiques, le dernier Psikopat, en cours de parution, s'interroge sur la guerre technologique à distance et la manière dont elle masque ses crimes à leurs auteurs. Le tout avec humour et bandes dessinées, glauques à souhait ! On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde, ...et surtout pas avec notre présidant Maurer, sinon ça gripen, c'est toujours pour la sécurité des faibles femmes...01.jpg

24/04/2013

François Jacob : souvenirs personnels

Pour l’étudiant que j’étais du temps de son prix Nobel, François Jacob était un monstre sacré que l’on pouvait apercevoir de loin, noyé dans la foule, lors d’une conférence prestigieuse. C’était surtout l’auteur de La logique du vivant, l’un des livres qui m’ont le plus marqué dans ma quête sur l’histoire de la vie et la nature humaine. J’y retrouvais le hasard et la contingence, rencontrés lors de mes études de biologie, qui relativisent le rôle de la sélection naturelle, mais surtout l’idée du « bricolage évolutif » qui fait que les êtres vivants ne sont pas des prototypes parfaits issus des dernières technologies apparues dans l’histoire de la vie, mais sont des assemblages de bric et de broc de caractères nouveaux et de vieilles combines archaïques, conservées indéfiniment parce qu’elles permettent aux lignées qui les portent de satisfaire les deux conditions de la sélection naturelle : survivre assez pour procréer et procréer assez pour survivre.

Et puis, après pas mal de recherches et une grande exposition réalisée grâce à de nombreux collègues du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, je publie un essai*. Quels ne furent pas mon bonheur et ma stupéfaction de découvrir, en première page du Monde une recension élogieuse de mon livre signé du prix Nobel ! Ce fût aussi l’occasion de le rencontrer, moins dans ses bureaux à l’Institut Pasteur ou au Collège de France, que dans les médias, puis à titre privé, longtemps après, par suite de contingences. La plus passionnante de nos interactions fût la préparation et l’enregistrement d’un débat télévisé d’une heure sur l’évolution, pour une chaîne de télévision de qualité mais relativement confidentielle. La préparation avait été minutieuse, de son fait, mais deux différences de sensibilités apparaissaient. D’une part, suite à un long combat gagné contre les vieux biologistes de l’université, il se battait encore pour la reconnaissance de la biologie moléculaire. Pour moi, elle avait, à juste titre mais parfois excessivement, conquis le devant de la scène. D’autre part lui, le « bricoleur de l’évolution », était encore très « sélectionniste », bien que moins que feu son compère Monod. Bien qu’amoureux des colibacilles, puis des souris, François Jacob connaissait bien mieux la génétique humaine que la plupart de ses collègues médecins et maîtrisait la biologie évolutive qu’ils ignorent souvent. Sinon, nous étions d’accord sur les conséquences philosophiques de l’état de la biologie, ainsi que sur de nombreuses issues idéologiques et politiques qui nous firent nous rencontrer souvent dans des instances et débats discutant d’éthique biomédicale ou de lutte contre le racisme. Il est vrai que nous n’avons jamais parlé d’armées et de guerres ensemble, des thèmes sur lesquels nous ne risquions pas de tomber d’accord…

 

Vous trouverez ailleurs de nombreux éloges et historiques de sa vie et de sa carrière remarquable. Ils portent sans doute moins que ces souvenirs personnels sur certaines de ses qualités, rares à ce niveau et à l’âge qu’il a atteint : un sens de l’écoute  et une attention très critique, la rigueur intellectuelle, bien sûr, mais aussi un grand sens de l’humour, souvent féroce. J’ai peut-être eu de la chance, mais je me souviens de lui presque toujours souriant ou riant. Même quand il me demandait, parfois avec une certaine insistance, comment il se faisait que sa fille, éditrice, « n’avait pas encore réussi à m’arracher un bouquin », contrairement à la plupart de ses collègues et amis. La réponse était évidente : les affinités et empathies ne sont pas plus héréditaires que les talents, selon un thème qui nous était cher et commun ! Mais la courtoisie, tant vers elle que vers lui, ne me permettait guère de le préciser… Il faut dire aussi qu’être enfant d’un personnage aussi prestigieux, célèbre et énergique n’est pas facile et que la médiatisation et les responsabilités aussi lourdes que celles qu’il a assumées pendant sa longue carrière ne facilitent pas les vies familiales…

 

*Le sexe et l’innovation, éd. du Seuil.

 

29/11/2012

Réponses intelligentes à des questions « idiotes »


Fischetti.jpgAntonio Fischetti est scientifique ET journaliste, ou peut-être l’inverse. Ce qui lui permet à la fois de poser les questions « idiotes » que tout le monde se pose, en particulier à propos des idées reçues et d’y répondre avec un humour qui n’exclue pas le sérieux. Ou bien de ne pas y répondre quand la science ne propose qu’un magma d’hypothèses et de résultats contradictoires. Avec une franchise et un courage simple qui font cruellement défaut aux blouses blanches et académiciens qui ont réponse à tout, ou bien vous renvoient vos questions « idiotes » au plexus.

La liste des trente six questions est politiquement très incorrecte et provocatrice : depuis « Les cons ont-ils une tête de cons ? » jusqu’à « Voit-on défiler sa vie avant de mourir ? », en passant par « Pourquoi les gays parlent-ils d’une façon particulière ? », « Les croyants sont-ils fous », « Pourquoi les femmes crient-elles pendant l’amour ? », « Les Juifs sont-ils surdoués ? », « Peut-on traiter un arbitre d’ « enculé » ? », « Pourquoi les Noirs gagnent-ils les courses à pied ? », « Les femmes ont-elles des chaleurs ? », etc… Chaque question est illustrée, comme la couverture, d’un dessin très décalé de Kamagurka !

Les réponses, par contraste, sont rédigées avec beaucoup d’humour et de délicatesse avec, à chaque point névralgique de l’explication, un discret renvoi à une publication scientifique récente qui traite du sujet. Je n’avais pas dévoré un livre aussi vite depuis longtemps et quiconque s’intéresse à la vie quotidienne et aux comportements humains y prendra le même plaisir. Mon seul bémol concerne peu de références dépassées à feu la psychanalyse ou improbables à cette grande farce qu’est la « psychologie évolutionniste ». Mais c’est à propos de banalités qui ne plombent pas cette lecture des plus stimulantes. Un cadeau original pour rire, faire rire et s’instruire entre les fêtes !

Questions idiotes et pertinentes sur le genre humain, d’Antonio Fischetti, éd. Albin Michel, Paris. 2012 Vient de sortir

 

15:52 Publié dans Humour, sciences | Tags : comportements humains, éthologie, humour, idées reçues, sexe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

23/12/2011

Vive Noël, neutre et païen !

 

Noël est une grande fête païenne. Dans son jeune temps, Claude Lévi-Strauss, dont je n'aimais pas beaucoup les écrits ni la mondanité parisienne, avait écrit un remarquable article sur le mythe païen du père Noël, lié au solstice d'hiver, que les églises chrétiennes ont, en vain, cherché à éradiquer. Puis, ont récupéré de mille manières, du Saint Nicolas belge au Jésus palestinien, en bricolant les calendriers, maquillant l'histoire et les faits et en inventant n'importe quoi, comme tous les prêtres de toutes les religions savent si bien faire.

Ils sont tout juste débordés par la propagande marketting de Sainte consommation, Sainte Pub et Saint Marketting, qui abrutissent les gamins par des jeux électroniques de guerre et de poupées immondes, et les parents par la propagande pour les drogues légales, les sports cons et les partis racistes.

L'année prochaine, je vous propose un réveillon harengs-patates-gros rouge qui tache, avec fumette sur le balcon de mes futurs quatre pieds de chanvre carougeois légaux pour ceux qui aiment - en ce qui me concerne, je déteste !

Mais cette année, désolé, je n'ai pas le temps : j'ai encore des courses à faire pour ne pas passer pour un père indigne !

On détaillera tout ça une autre fois...

PS : il semble que tout le monde n'ait pas tout compris de mon trop court billet concernant l'évolution, le neutralisme, la sélection et les idéologies. Faute de temps, je vous renvoie à :

http://www.lecourrier.ch/dur_d_etre_neutre_en_evolution_m...

 

04/10/2007

Biodiversité : conserver n'est pas gérer !

    Les crétins qui prétendent "conserver" la nature ou la biodiversité n'ont rien compris à l'histoire de la vie ! Le monde vivant n'a jamais été en équilibre "durable", pour utiliser la tarte à la crème du vocabulaire d'aujourd'hui. Depuis plus de trois milliards d'années, de multiples espèces de microbes, de plantes et d'animaux ne cessent de se transformer en d'autres espèces. Les espèces ne durent, au mieux, qu'une dizaine de millions d'années avant d'en engendrer d'autres, qui ne durent pas plus longtemps. Si vous faites le calcul, vous vous rendez vite compte que les espèces actuelles (moins de deux millions décrites, plus trois à cinquante millions inconnues - selon les "experts" !) ne sont qu'une infime partie de celles qui ont existé. Les espèces du futur ne seront pas les mêmes que leurs ancêtres d'aujourd'hui. La quasi-totalité des espèces du passé ont disparu sans descendance.
    Dans le passé géologique, de nombreuses "crises", climatiques ou autres, ont provoqué l'extinction de la plupart des espèces de l'époque. Jusqu'à 95% de disparitions comptées, par exemple, à la fin de l'ère primaire. Chaque fois, la nature est repartie sur de nouvelles bases, avec de nouvelles espèces, issues des lignées "résilientes" qui avaient traversé la crise. Elle témoignait ainsi de ce que mon vieux maître en écologie et ami Jean Dorst avait appelé "La force du vivant", titre d'un livre déjà ancien, mais que les "écolos" énervés d'aujourd'hui feraient bien de relire. La nature n'est pas menacée par les activités humaines, elle leur survivra et la vie continuera, sans aucun doute, après nous et nos bêtises.
    Depuis cent mille ans - avant aussi, mais on ne sait pas très bien - les climats n'ont cessé de changer. Alternativement on est passé du chaud au froid, de l'humide au sec. Les forêts se transformaient en savanes ou en toundras, puis en déserts, ou bien l'inverse. A chaque fois, les espèces de plantes, comme les animaux, au cours des millénaires, sont montées ou descendues de milliers de kilomètres en latitude, "envahissant" de nouvelles zones propices à leur survie et abandonnant celles qui ne l'étaient plus.
    Depuis dix mille ans, les humains ont transformé les paysages en rasant les forêts pour faire des champs et devenir des millions, puis des milliards alors que leurs ancêtres n'étaient que quelques dizaines de milliers, du temps des chasseurs paléolithiques. Cet avatar n'était qu'un de plus, parmi les rapides et les cascades du torrent du vivant. Il avait pour conséquence mécanique la disparition des forêts que l'on ne saurait conserver que comme des musées de la biodiversité. Pour paraphraser un titre célèbre, la vie n'est pas un long fleuve tranquille et uniforme, de la source à l'embouchure. Elle change sans arrêt ! Vouloir conserver tous ses éléments intacts, tels quels, est mission impossible et dépourvue de sens. Nous ne reviendrons pas au paléolithique et la plupart des espèces des forêts tropicales disparaitront avec la plupart de ces forêts.
    Faut-il pleurer neuf cent mille espèces de scarabées et autres coléoptères qui constituent la moitié des espèces décrites, et beaucoup plus que l'on ne connait même pas ? Surement pas ! Ils n'ont pas leur place dans la nature humanisée de demain, ni dans la nature post- humaine, dont nous n'avons guère de raisons de nous soucier...
    A l'heure où les humains sont les premiers connus à pouvoir agir consciemment sur le devenir de leur espèce et un peu sur l'environnement terrestre, l'heure n'est pas à chercher à remonter le torrent de la vie mais à éviter, autant que possible, par des corrections avisées, les catastrophes humaines prévisibles. Gérer la biodiversité doit d'abord fournir des ressources à partager plus équitablement entre nos descendants qu'entre nos contemporains. Et ceci ne sera possible qu'en utilisant, judicieusement et sous contrôle, toutes les techniques de transformation du vivant susceptibles d'y contribuer. En commençant par les organismes recombinés qui constitueront des populations domestiques plus productives, plus résistantes, moins polluantes et meilleures, diététiquement et au goût, pour notre consommation. Les moratoires imbéciles n'arrêteront pas plus les OGM qu'ils n'ont autrefois arrêté les trains, l'électricité ou les avions. Ils ne feront que faire prendre un retard catastrophique aux pays assez riches et inconscients pour y jouer.    
    Reste-t-il, dans cette dynamique intraitable, une place pour la "conservation" des espèces ?
    Oui, bien sûr ... chaque fois qu'elle est justifiable, et non désespérée !
    Chaque fois qu'une espèce ou une variété menacée présente une potentialité de ressource importante pour le futur : les conservatoires botaniques et agronomiques sont précieux et font un travail indispensable.
    Ou chaque fois que des espèces présentent un intérêt crucial pour la science ou la recherche, comme les grands singes : ils nous apprennent sur notre biologie et notre passé des choses que six milliards d'humains ne nous apprendraient pas.
    Ou chaque fois que des espèces représentent, dans nos cultures ou dans nos arts, des symboles ou des charges émotionnelles respectables.
    Les pandas, les baleines, les ours, les aigles et quelques autres n'auront qu'un rôle et un avenir très limités dans les écosystèmes de demain. Mais les préserver aussi longtemps que possible, dans des conditions aussi naturelles que possible, est un luxe relativement peu couteux, pour le bonheur qu'il pourrait donner à nos descendants !

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27/06/2007

Du résultat sans intérêt à l'idiotie médiatique

Si des scientifiques responsables d'une grande enquête ne trouvent rien, mais le publient dans une "bonne revue"... Si, pour une raison quelconque, ce rien devient quelque chose  sous la plume d'un "prestigieux éditorialiste"... Si le spécialiste local, embarrassé, bafouille que ce n'est pas grand-chose, mais quand même ... et si celui qui fait titres et manchettes dans votre cher journal manque de matière, alors le plomb scientifique se transforme en or médiatique.
Exemple dans votre Tribune du 26 juin !
Sur la couverture et sous le titre "intelligence", on annonce : "Le lien entre l'ordre de naissance dans une fratrie et le quotient intellectuel est établi. Page 27".
Déjà énervé, je passe page 27 et tombe sur le titre imparable :
"Les aînés sont plus intelligents que leurs cadets. Prouvé!".
Ma colère froide monte car ce titre prétend que la psychologie, invoquée comme caution scientifique, démontre que n'importe quel aîné est supérieur à n'importe quel cadet, ce qui est évidemment grotesque. Quand on passe aux justifications, on tombe sur une vieille enquête sur les conscrits norvégiens, dans laquelle on a trouvé deux points de QI de plus, en moyenne, chez les aînés que chez les seconds, et trois, en moyenne, de plus que chez les troisièmes. Ce qui, en pratique et compte tenu de la très large variation des QI entre 60 et 140, chez les aînés comme chez les cadets, veut dire que dans les paires (un aîné, un second), la performance de l'aîné sera supérieure dans environ 52 à 55% des cas ... et inférieure dans 48 à 45 % ! Pas de quoi en faire le fromage que l'autoproclamée "très prestigieuse revue Science" en fait, en titrant :
"Expliquant la relation entre l'ordre de naissance et l'intelligence", ou, dans un commentaire plus long que l'article qu'il commente : "Ordre de naissance et intelligence", toujours sous la rubrique psychologie, caution de scientificité !
Une fois de plus, on passe, sans réserve, de la mesure unique, non- répétable d'une performance, le QI du jour du test, à un concept non défini, multi- dimensionnel et non- mesurable sur une échelle linéaire : l'intelligence. Comme si le QI était une propriété identitaire et invariable des individus ! D'ailleurs, dans une des études citées sur les enfants, il est montré que la relation s'inverse quand l'aîné, avant le cadet, atteint l'adolescence et devient plus ou moins con... mais toujours bien plus réticent aux tests de QI !
Le roi des titres en profite pour faire dire, au passage, au spécialiste local interviewé que "60% de l'intelligence est héritée", ... les 40% qui restent étant sans doute trouvés au marché aux puces de la vie. Or, ce n'est pas cela que le spécialiste a dit : il s'est contenté de dire que "60% de la variance du QI sont dus à des facteurs génétiques, hérités de nos parents" faisant référence à la très complexe "théorie de l'héritabilité" qui mesure une caractéristique des statistiques sur les populations et non une propriété biologique des individus et de la transmission des gènes. Si c'est 60% chez les norvégiens, ce fût 80% chez des anglais et entre 40 et 90% ailleurs, sans que ceci soit contradictoire. Alors, quand on n'a ni les outils, ni l'espace pour expliquer un concept très complexe que l'on met 6 ans à apprendre à des étudiants très spécialisés en bio- statistiques, il vaudrait mieux ne pas lui faire dire, en un slogan simpliste, ce qu'il ne veut pas dire du tout. Bien entendu, toutes les réserves prudentes des auteurs norvégiens, états-uniens ou du spécialiste local sont passées à la trappe, ou bien en petits caractères que personne ne lira.
Le lecteur ne retiendra que deux slogans :
- toi, le petit, tu es toujours plus bête que le grand !
 Ce qui est faux !
- 60% de l'intelligence est héritée !
 Ce qui ne veut rien dire !
En résumé, un fichier inutile d'une armée aussi inutile a produit des statistiques complexes sans intérêt. Le copinage éditorial et l'émulsion médiatique incontrôlable en ont fait un pseudo- événement, basé sur des affirmations erronées ou dépourvues de sens.
Ainsi va, parfois, la communication scientifique !


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09/05/2007

Genoland, mode d'emploi

    J'ai des excuses à vous faire : il paraît que Genoland ou Genoland 2 sont ésotériques et demandent un mode d'emploi. Le voici :

- la génétique est ma première activité, ce qui ne veut pas dire, pour autant, que j'explique tout par la génétique, comme le font beaucoup de mes collègues nord américains ou bien ces européens qui pensent que la culture scientifique ne traverse plus l'Atlantique que d'ouest en est et plus du tout d'est en ouest, comme autrefois.
D'où Gen... !

- les comportements animaux et humains constituent mon deuxième intérêt majeur et sans doute celui qui rejoint le plus ma vocation d'anthropologue, certes, mais surtout de biologiste qui sait qu'aucun comportement humain ne s'explique sans son arrière plan biologique. Et celui-ci est semblable, chez nous, à ce qu'il est chez nos plus proches parents animaux

- ma vie et mon métier me font évoluer dans des lieux et des sociétés qui sont autant de sources d'observation sauvage des comportements, avec un regard professionnel nourri de références éthologiques et de sciences dites humaines. Ces lieux d'observation constituent un territoire, plutôt fréquenté par des scientifiques, d'où ...land, que j'ai fait précéder, pour l'euphonie, d'un o : Genoland. Il ne me déplait pas, de plus, que Genoland commence comme Genève, lieu d'observation privilégié, avec Paris et quelques autres plus privés.
    C'est cela que j'ai envie de transmettre, sans impliquer forcément les personnes concernées que, selon les cas, vous ne connaissez pas, ou bien, au contraire, vous ne connaissez que trop ! Par exemple, dans Genoland No 1, peu importe que le mathématicien évoqué soit Tralalère ou bien un autre et que le politique soit X, Y ou Z, qu'il soit bleu, rouge, vert, président, député, magistrat ou simple larbin de cabinet. Ce qui compte, c'est que, responsable de la culture - scientifique en particulier-, il a vraiment dit qu'il ne connaissait rien de Tralalère. N'avait-il pas de secrétaire pour téléphoner au directeur du musée et lui demander de préparer le brouillon du discours, comme fait un professionnel en pareil cas ? Et il a vraiment dit, aussi, que les scientifiques n'étaient pas crédibles parce qu'ils changeaient tout le temps d'avis et qu'ils avaient d'abord dit que la terre était plate ! Un responsable important de la culture scientifique vit donc encore aux marges du courant positiviste du 19ème siècle, où l'on croyait que la science énonçait des vérités définitives et non des théories provisoire, destinées à être améliorées ou réfutées, comme on le pense aujourd'hui en philosophie des sciences.
    Mais qui, mais où ? Me direz-vous. Peu importe ! Cela aurait aussi bien pu être un conseiller administratif de Cologny que le président des Etats- Unis... L'incompréhension entre le monde politique et le monde scientifique est souvent totale, parce que les scientifiques ne savent généralement pas communiquer, parce que la plupart des politiques n'ont aucune culture scientifique et que la plupart des médiateurs qui prétendent les faire communiquer ne communiquent guère que sur leur ego. Je ne me sens pas procureur des scientifiques ou encore moins des politiques. Ce qui m'intéresse, ce sont leurs problèmes de communication, d'où l'anonymat des partenaires décrits et l'invention ou le changement des détails de l'histoire, à prendre plus comme une fiction et non comme un reportage.
    Sciences à Genoland 2 raconte un événement où se rencontraient des scientifiques et des bailleurs de fonds privés, en présence de quelques invités d'autres bords, amis des uns ou des autres. J'ai essayé de le raconter avec les yeux de David Lodge, en réservant le côté sexuel pour un prochain épisode.
    Voilà ! A vous de décrypter si cela vous amuse ...

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