21/02/2013

Les chimpanzés de Christophe et Hedwige Boesch

20327758.jpgCe n'est pas tous les jours que je vous encouragerai à aller voir une production Disney lancée par une grosse machine publicitaire digne du pire d'Hollywood. Mais la filiale Disney Nature, qui a déjà pris des rateaux à vouloir présenter des animaux tels qu'ils sont plutôt que des Bambis humanisés, nous montre dans son film Chimpanzés des images d'un intérêt et d'une qualité exceptionnelle. On y observe, en vrai, ce qui était décrit depuis des années dans les publications scientifiques de Jane Goodall, Christophe et Hedwige Boesch et tous leurs confrères : l'utilisation d'outils, la chasse, les conflits violents, la tendresse des soins des adultes aux jeunes. Des images que seuls des initiés avaient vues, sous forme de vidéos, médiocres le plus souvent, et qui nous confrontent tous à l'"humanité" de nos plus proches parents animaux. Cinquante ans de travail des chercheurs, des décennies de patience pour se faire accepter par des animaux extrêment farouches et accessoirement dangereux, trois ans de tournage dans des conditions inhumaines sous le contrôle sévère des chercheurs, nous offrent un spectacle qui nous interroge directement sur ce que nous sommes et ce que nous faisons à ces cousins troublants. Alors certes, Disney n'est pas une ONG humanitaire, ni chimpanzéitaire et doit rentabiliser son investissement. On a donc censuré - au montage seulement j'espère - tout ce qui était sexe, violence et cruauté de la chasse et des combats. On a donné des petits noms aux animaux - comment les identifier autrement ? Les chercheurs sont les premiers à le faire ! - et tout est fait dans le commentaire pour susciter l'empathie en humanisant "Oscar" et ses amis, ou en rendant le chef de bande ennemi encore plus patibulaire qu'il ne l'est. Le cinéma n'est pas la vérité mais la fiction quand il doit vendre des billets pour vivre. On sait très bien que les films animaliers intégristes ou austères comme les admirables "Le territoire des autres" et "La griffe et la dent" de Bel et Vienne, ou même certains Nuridsany-Perrenou se sont plantés, malgré des images à couper le souffle, parce que le spectateur moyen n'y comprenait rien et ne s'y identifiait pas. C'est pourquoi je pardonne volontier un commentaire omniprésent et moins débile que je ne craignais, qui a fait dézinguer le film à un immonde gratte-papier du journal Le Monde, qui en a fait une critique aussi snob et méprisante que déplacée. Prouvant qu'il méprise autant le public que les animaux et n'a même pas su reconnaître que la musique était bonne, drôle et judicieuse !

Mon seul regret est que l'on ne rende pas l'hommage qui convient à ceux à qui ce film doit tout : Christophe et Hedwige Boesch qui ont passé une grande partie des quatre dernières décennies à courir après les chimpanzés dans l'"enfer vert" de la forêt de Taï en Côte d'Ivoire, malgré les pluies, les dangers, les braconniers, les guerres, Ebola et quelques autres "détails" désagréables. Espérons que les bonus du DVD rattrapperont un peu cet oubli fâcheux.

29/11/2012

Réponses intelligentes à des questions « idiotes »


Fischetti.jpgAntonio Fischetti est scientifique ET journaliste, ou peut-être l’inverse. Ce qui lui permet à la fois de poser les questions « idiotes » que tout le monde se pose, en particulier à propos des idées reçues et d’y répondre avec un humour qui n’exclue pas le sérieux. Ou bien de ne pas y répondre quand la science ne propose qu’un magma d’hypothèses et de résultats contradictoires. Avec une franchise et un courage simple qui font cruellement défaut aux blouses blanches et académiciens qui ont réponse à tout, ou bien vous renvoient vos questions « idiotes » au plexus.

La liste des trente six questions est politiquement très incorrecte et provocatrice : depuis « Les cons ont-ils une tête de cons ? » jusqu’à « Voit-on défiler sa vie avant de mourir ? », en passant par « Pourquoi les gays parlent-ils d’une façon particulière ? », « Les croyants sont-ils fous », « Pourquoi les femmes crient-elles pendant l’amour ? », « Les Juifs sont-ils surdoués ? », « Peut-on traiter un arbitre d’ « enculé » ? », « Pourquoi les Noirs gagnent-ils les courses à pied ? », « Les femmes ont-elles des chaleurs ? », etc… Chaque question est illustrée, comme la couverture, d’un dessin très décalé de Kamagurka !

Les réponses, par contraste, sont rédigées avec beaucoup d’humour et de délicatesse avec, à chaque point névralgique de l’explication, un discret renvoi à une publication scientifique récente qui traite du sujet. Je n’avais pas dévoré un livre aussi vite depuis longtemps et quiconque s’intéresse à la vie quotidienne et aux comportements humains y prendra le même plaisir. Mon seul bémol concerne peu de références dépassées à feu la psychanalyse ou improbables à cette grande farce qu’est la « psychologie évolutionniste ». Mais c’est à propos de banalités qui ne plombent pas cette lecture des plus stimulantes. Un cadeau original pour rire, faire rire et s’instruire entre les fêtes !

Questions idiotes et pertinentes sur le genre humain, d’Antonio Fischetti, éd. Albin Michel, Paris. 2012 Vient de sortir

 

15:52 Publié dans Humour, sciences | Tags : comportements humains, éthologie, humour, idées reçues, sexe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |