06/08/2013

Pourquoi les chats ne sont pas verts ?

C'est la question amusante posée par un ou une cher-chère auditeur-trice de la RTS et que l'on m'a fait suivre sous cette forme : 


Pourquoi ne voyons-nous pas d'animaux (par exemple des chats) avec des poils de couleur verte? Alors qu'à priori cela pourrait leur donner un avantage lorsqu'ils chassent dans les champs.

Il m'a semblé que cette question posait de vrais problèmes fondamentaux, tant dans le domaine de la biologie que dans ceux de la politique et de la psychologie.

Pourquoi ?

Et bien vous le saurez sous peu, pour peu que la canicule vous laisse l'énergie de cliquer sur :

http://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/animaux-et-plantes/5117248-pourquoi-ne-voyons-nous-pas-d-animaux-par-exemple-des-chats-avec-des-poils-de-couleur-verte-alors-qu-a-priori-cela-pourrait-leur-donner-un-avantage-lorsqu-ils-chassent-dans-les-champs.html



23/05/2013

Le roman des races de Nancy Huston et Michel Raymond*

Dans un article du Monde** qui provoque quelques remous dans le Landernau parisien, la romancière Nancy Huston et Michel Raymond, grand prêtre de la sélection naturelle à l’Institut des sciences de l’évolution à Montpellier, renvoient à leurs études, avec un même mépris et pour cause de déviations idéologiques, aussi bien les généticiens des populations qui ont démontré depuis un demi siècle que le concept de race n’est pas opérationnel dans les populations humaines que les chercheurs en sciences humaines qui refusent les approches biologiques des comportements humains. Et ceci au moment où le parlement français vote des textes éliminant le terme race des textes juridiques.

L’article est bien écrit, mais son argumentation relève plus de la fiction, dont la romancière est spécialiste, que des sciences de l’évolution et de la biologie des populations humaines dont Raymond se voudrait le nouveau prophète en réhabilitant de vieux errements. On matraque que des faits sont incontournables, mais ils ne correspondent en rien aux paradigmes actuels des sciences concernées. On utilise l’analogie comme preuve dans l’argumentation, sans se demander si elle est pertinente. Enfin et surtout, on passe sous silence des connaissances bien établies qui cassent le réquisitoire. Reprenons donc les principales failles d’un raisonnement dont l’objectif clair et unique est de démontrer que « oui, les races humaines existent », comme les sexes, et que les généticiens et anthropologues qui prétendent le contraire sont aussi stupides et bornés idéologiquement que les imbéciles de parlementaires français qui ne veulent plus que les juges parlent de races en condamnant le racisme et qui autorisent en même temps un mariage homosexuel contre nature.

L’article passe totalement sous silence les trois plus grandes découvertes de la génétique évolutive et de la génétique des populations humaines au cours du siècle passé :

1)   dans toute espèce se maintenant uniquement par voie sexuée, tout individu est génétiquement unique, ce qui rend toutes les populations concernées très hétérogènes et lie toute subdivision de ces espèces au choix de critères plus ou moins arbitraires, selon leurs subdivisions et leur diversité génétique

2)   dans l’évolution des espèces, le hasard et les contingences de l’histoire jouent très souvent un rôle qui l’emporte à court terme sur les déterminismes à long terme de la sélection naturelle. Si celle-ci a un rôle majeur en éliminant le non viable et le non fécond, des gènes potentiellement avantageux sont éliminés par le hasard ou la dérive génétique, en particulier dans le cas des populations de relativement faible effectif, ce qui est le cas de tous les grands mammifères, dont les humains. Ceci ne permet donc pas à la sélection naturelle d’ « adapter » parfaitement les populations et d’ « optimiser » les caractères concernés comme les « sociobiologistes » et les « psychologues évolutionnistes » prétendent qu’elle le fait

3)   les modèles théoriques de Gustave Malécot et les études empiriques de la génétique des populations humaines (Morton, Cavalli-Sforza, etc…) ont établi que les migrations sont de beaucoup le facteur essentiel – le plus rapide et le plus intense – de l’évolution des fréquences des gènes et de la structure des populations. Il est démontré que les migrations, chez les humains préhistoriques comme chez la plupart des espèces, ont été conditionnées pour l’essentiel par la distance géographique des lieux de résidence, produisant une répartition continue des gènes et des populations en « gradients » de variation à travers les continents. Plus on vivait proches, plus on se ressemblait par les fréquences des gènes et des caractères quand on ne se déplaçait qu’à pied. Ces répartitions ont bien sûr été perturbées par l’hétérogénéité géographique et écologique des milieux, par la sélection relativement rapide de quelques caractères comme la couleur de peau, la stature, la morphologie, par la réponse aux pathogènes locaux, ainsi que par les nombreuses contingences de l’histoire.

D’un bout à l’autre de l’article du Monde, on parle de « groupes humains », dont on veut faire des races, des variétés ou des sous-espèces par analogie avec – je cite – les chiens, les girafes, les chimpanzés, les mésanges bleues et les … ratons laveurs ! On peut être surpris de voir un biologiste universitaire cosigner cet inventaire de Prévert où l’on mélange les races de chien créées artificiellement par les humains avec des variétés mal définies d’oiseaux et des sous espèces de girafes ou de chimpanzés bien séparées depuis longtemps dans l’espace et qui représentent des espèces en formation. Contrairement à ce que prétendent les auteurs, rien de tel n’existe chez les humains actuels dont aucune population n’a été isolée assez longtemps pour parvenir à de tels stades de différenciation. Il est aussi démontré, depuis peu, que les néandertaliens, dont on voulait autrefois faire au moins une race séparée, sinon une espèce distincte n’étaient qu’un maillon un peu isolé du réseau génétique humain. Le séquençage des génomes a même démontré que, depuis leurs derniers ancêtres communs d’il y a sept à neuf millions d’années, les ancêtres des gorilles, chimpanzés et humains ont continué à s’hybrider en Afrique pendant sans doute plusieurs millions d’années. Prétendre dans ces conditions, comme le font les auteurs, que les « races humaines » actuelles vont devenir des espèces différentes est donc une pure aberration !

Les auteurs jouent donc sur la complexité de la diversité biologique des humains qui, bien que considérable, ne se prête pas à des classifications raciales parce qu’il n’y a pas de frontières biologiques entre les populations. Ces dernières s’interpénètrent et varient de manière continue d’un bout à l’autre de la planète. On peut bien sûr faire des découpages en mettant des limites arbitraires aux populations et aux valeurs d’un ou plusieurs caractère physique ou génétique choisis tout aussi arbitrairement. Mais alors on n’obtient pas les mêmes classifications « raciales » selon les limites que l’on attribue aux populations et selon les caractères choisis. C’est ainsi que l’ «anthropologie physique » coloniale a décrit, dans des milliers d’articles et de livres, de deux à plus de quatre cent « races humaines », où les deux mêmes populations se retrouvaient réunies ou séparées selon les choix personnels du « savant ». Une situation évidemment très différente de celle des trois sous espèces de grands chimpanzés qui, séparées géographiquement et génétiquement depuis longtemps, font l’objet d’un consensus entre les primatologues : il n’y a pas d’ambiguïté dans l’attribution d’une population sauvage à l’une de ces sous espèces, même si ces dernières ont gardé la possibilité de s’hybrider entre elles si on les réunit.

Je ne m’attarderai pas beaucoup ici sur la confusion que le verbiage populiste de l’article tente d’introduire par une analogie forcée proclamant que les races humaines seraient aussi factuelles que les sexes et leurs individus aussi irréductibles les uns aux autres. Cette analogie est dépourvue de sens et vise surtout à déconsidérer la notion de genre et l’introduction dans les programmes de l’éducation nationale française de son enseignement. Il s’agit donc de faire un coup double politique en attaquant deux mesures qui n’ont rien à voir, sinon d’arriver en même temps. Est-il encore nécessaire de rappeler ici que la notion de genre, qui correspond à la construction sociale et psychologique de l’identité sexuelle, n’est en rien une négation de sa construction génétique et physiologique, qui intervient avant et pendant, les deux s’influençant réciproquement ***. Les féministes de toute obédience politique apprécieront la justification de la poursuite des discriminations arbitraires que cette confusion appelle.

Sur les races, comme sur le sexe, les auteurs ne font que tenter de recouvrir d’une caution scientifique les positions politiques de l’extrême droite ou d’une partie de l’establishment scientifique anglo-saxon. Un positionnement qui, en matière de races, a même été désavoué, voici une douzaine d’année, par la décision des juges de la très conservatrice cour suprême étasunienne lorsqu’ils ont décidé que désormais chaque citoyen déclarerait sa race et pourrait, éventuellement en déclarer plusieurs. Une manière élégante et discrète, pour des juges nommés en majorité par Reagan et les Bush père et fils, de confirmer que la « race » était affaire d’arbitraire social et non de réalité biologique !

 

*qui « n’a pas inventé la roue » mais n’hésite pas à inventer des faits

** http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/17/oui-les-races-existent_3296359_3232.html

*** cf par exemple mon bouquin « Le sexe et l’innovation » éd. Du Seuil 1979/1987

 

 

 

 

23/12/2011

Vive Noël, neutre et païen !

 

Noël est une grande fête païenne. Dans son jeune temps, Claude Lévi-Strauss, dont je n'aimais pas beaucoup les écrits ni la mondanité parisienne, avait écrit un remarquable article sur le mythe païen du père Noël, lié au solstice d'hiver, que les églises chrétiennes ont, en vain, cherché à éradiquer. Puis, ont récupéré de mille manières, du Saint Nicolas belge au Jésus palestinien, en bricolant les calendriers, maquillant l'histoire et les faits et en inventant n'importe quoi, comme tous les prêtres de toutes les religions savent si bien faire.

Ils sont tout juste débordés par la propagande marketting de Sainte consommation, Sainte Pub et Saint Marketting, qui abrutissent les gamins par des jeux électroniques de guerre et de poupées immondes, et les parents par la propagande pour les drogues légales, les sports cons et les partis racistes.

L'année prochaine, je vous propose un réveillon harengs-patates-gros rouge qui tache, avec fumette sur le balcon de mes futurs quatre pieds de chanvre carougeois légaux pour ceux qui aiment - en ce qui me concerne, je déteste !

Mais cette année, désolé, je n'ai pas le temps : j'ai encore des courses à faire pour ne pas passer pour un père indigne !

On détaillera tout ça une autre fois...

PS : il semble que tout le monde n'ait pas tout compris de mon trop court billet concernant l'évolution, le neutralisme, la sélection et les idéologies. Faute de temps, je vous renvoie à :

http://www.lecourrier.ch/dur_d_etre_neutre_en_evolution_m...

 

14/12/2011

Attaque neutraliste sur Genève !

C'est ce jeudi après midi que ça se passe au grand auditoire A 300 de la Faculté des sciences 30 quai Ansermet, de 13h30 à 18h !

Quatre des meilleurs spécialistes helvètes et internationaux vont expliquer et discuter le meilleur et l'actualité d'une des avancées qui ont révolutionné les théories de l'évolution des espèces au cours du siècle passé. Ce sous les impulsions successives en simplifiant, coté théorie, de Gustave Malécot généticien, mathématicien, théologien protestant, français, puis, vingt ans plus tard, côté théorie et pratique, de Motoo Kimura, mathématicien, généticien, amateurs d'orchidées, japonais.

Bien sûr, la théorie neutraliste de l'évolution moléculaire, c'est plus compliqué que le foot, parce que c'est beaucoup de mathématiques difficiles, de génétique pas simple et de biochimie passablement gratinée !

Mais on essaiera quand même de vous expliquer en quoi elle a donné lieu à des affrontements idéologiques et à des retombées philosophiques importantes et a changé, pour ceux qui l'acceptent, nos représentations du monde vivant et de l'histoire de la vie.

Alors, pour les biologistes et les courageux anglophones - tout en anglais, hélas ! -, à demain !

Détails sur l'affiche

Symposium_Neutral_Theory_2011.pdf

17:35 Publié dans Science | Tags : évolution, neutralisme, conférence, genève, histoire des sciences, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

05/09/2011

« Sociobiologie », « psychologie évolutionnaire » … : des pseudo – sciences attaquent les universités !

Newton pratiquait l'astrologie et Wallace, co - découvreur oublié de la sélection naturelle, le spiritisme. L'interprétation rationnelle de phénomènes naturels n'était pas une garantie contre des égarements de la pensée dans d'autres domaines ! Beaucoup de nos contemporains y voient un égarement de précurseurs. Ou bien les premiers effets de la spécialisation imposée par un volume des connaissances qui dépasse les capacités de chacun. Contrairement à l'injonction de Boris Vian, on ne saurait, en sciences, être un spécialiste de tout !

La sagesse et l'histoire des sciences commandent une autre attitude quand la spécialisation de chacun croît et quand la recherche fait appel à des connaissances d'origines diverses, en partie mal maîtrisées par les chercheurs. Les pseudo - sciences ont donc, comme jadis l'astrologie, l'alchimie ou le spiritisme, des perspectives de développement croissantes. Plus encore si elles se masquent d'un arsenal technologique plus obscur que le latin des médecins de Molière et communiquent mieux que les vrais scientifiques.

La « sociobiologie » et son avatar humain, la psychologie dite évolutionnaire ou évolutionniste sont de bons exemples. Derrière une façade de bon sens et des concepts intuitifs peu rigoureux, mais accessibles à tous, elles cachent des fondements inexacts et réfutés par des connaissances établies mais trop difficiles pour qui n'a pas fait d'études spécialisées.

L'idée de départ est simple et peu discutable : les sociétés animales, humaines comprises, sont composées d'êtres vivants soumis aux lois de la sélection naturelle : survivre et procréer. Une organisation sociale ou un comportement qui compromet survie ou reproduction sera éliminé. Mais les sociobiologistes pratiquent la même dérive idéologique que les faux héritiers de Darwin, fondateurs du « darwinisme social » au 19ème siècle. Ils en déduisent que les sociétés et les comportements, en compétition permanente, tendraient vers une « optimisation » de leurs performances, les meilleurs, les plus « adaptés » balayant les autres. Cette croyance mystique dans un perfectionnement continuel, une optimisation de « l'adaptation » et la réalisation de « stratégies évolutives stables » est contraire à tout ce que les sciences de l'évolution et de la nature nous ont appris après Darwin. Si les sociétés doivent, comme les espèces, respecter les nécessités de la sélection naturelle pour durer (si elles se suicident comme l'Ordre du Temple solaire ou ne font plus d'enfants ou de disciples, elles disparaissent !), elles sont aussi soumises aux hasard des mutations, de la procréation et aux contingences de l'histoire. Et ce rôle de l'histoire, du hasard et des contingences est d'autant plus important que les populations sont peu nombreuses. Chez des insectes ou crustacés qui se comptent par centaines de milliards, produisent beaucoup de descendants (dont la plupart sont éliminés), sélection et compétition peuvent produire des formes et des comportements qui nous semblent parfaits. Chez des grands singes ou des humains préhistoriques qui se comptaient seulement par milliers, se reproduisaient peu et survivaient souvent, des calculs simples montrent que les effets du hasard, des contingences et de l'histoire l'emportent sur ceux de la sélection qui se réduit à l'élimination de l'impossible. Ainsi, de nouvelles mutations favorables sont, le plus souvent éliminées, tandis que, partant de la même origine, des populations séparées ont des histoires divergentes, des modes de subsistance, des sociétés et des cultures diverses, loin de tout optimum ou des stratégies évolutives stables rêvées ou calculées par les bigots de la sociobiologie ou de la psychologie prétendue évolutive.

Ce n'est pas un hasard que ces aberrations sévissent surtout en zoologie et dans des sciences sociales où l'on ne connaît rien des recherches sur les mécanismes de l'évolution après Darwin. Ni qu'elles viennent d'un monde anglo - saxon dont l'idéologie néolibérale est l'héritière sans ruptures de la féodalité et du capitalisme sauvage du 19ème siècle...

In le Courrier du 31-8-2011

 

28/06/2010

Mammouth écrase l’esprit !*

Mammouth, Buffon, Newton, Depardieu, Dassault, Siné :

Laissons du temps au temps, bordel !

 

Buffon, contemporain de Newton, pensait que la terre était un morceau de soleil qui se refroidissait. Quand ses correspondants lui envoyèrent des ossements de mammouths du Canada et du Spitzberg, il les prit pour des éléphants. Il en conclut qu’il faisait d’abord chaud au pôle nord, avant un refroidissement climatique qui se propageait vers le Sud, chassant les éléphants vers l’Equateur. Par des calculs astronomiques sophistiqués et sur des hypothèses aussi fantaisistes que celles des simulateurs d’aujourd’hui, il calcula même la vitesse de cette migration et du refroidissement.

Il en déduisit l’âge de la terre : 70 000 ans !

Ce chiffre fit scandale à l’Académie des sciences, aux mains des bigots qui croyaient qu’elle avait 5 000 ans, selon les salades biblesques. Les intégristes au pouvoir en ces temps lui tombèrent sur le râble, qu’il avait, par chance, aussi solide que Depardieu. Et comme Buffon était le Dassault de l’époque, il se permit même de monter à 400 000 ans, ouvrant un boulevard à Lamarck pour que les espèces aient le temps de changer dans l’histoire de la vie.

J’adore cette histoire où Buffon prend des mammouths pour des éléphants, puis bâtit une théorie aberrante sur des hypothèses absurdes et des calculs faux pour arriver à une théorie fantasmée. Car ce festival d’erreurs a cassé le dogme religieux qui bloquait le développement d’une biologie rationnelle : l’âge de la terre n’était pas encore quatre milliards d’années, mais il laissait désormais aux espèces le temps de se transformer, d’évoluer.

Avec Sarko, les retraités risquent de disparaître comme les Mammouths autrefois, faute d’adaptation au chaud et à la chasse au pognon. Mais ils risquent de laisser place à de vieux éléphants, rebelles et travailleurs, encore bien plus méchants …

N’est-ce pas Bob ?

 

In Siné Hebdo 85

 

* Pour mémoire, pour ceux qui ne fréquentaient pas le Sarkoland quand une chaine d’hypermarchés s’annonçait sous le slogan « Mammouth écrase les prix », quand un ministre obèse prétendait « dégraisser le Mammouth » et bien avant l’admirable film de Delépine et Kervern dans lequel Depardieu chevauche une Mammuth en rêvant d’Adjani.

09:36 Publié dans dédé siné | Tags : temps, retraite, buffon, siné, depardieu, évolution, mammouths, mammuth, science et religion | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

21/05/2010

Topless !

- Pourquoi les hommes ont-ils des tétons alors même que ce qui est inutile disparaît généralement lors de l'évolution?

Cette question, posée par une jeune femme, m'a été relayée par le site www.tsrdecouverte.ch (Questions à un biologiste) de notre télévision romande. Vous trouverez une version vidéo de la réponse, merveilleusement illustrée par Tanya Chytil, (encore qu'il est question de tétons masculins, mais il faut bien comparer...) sur

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=25;vid=11913134

Mais, comme le dit Tanya, sa grand mère s'oppose formellement à la diffusion de la version topless...

Dommage !

Voici la version originale de ma réponse :

Eh bien justement, Sidonie, c'est une idée fausse de penser que ce qui est "inutile" disparaît systématiquement dans l'évolution.
Cette idée fausse vient de l'application abusive de la "loi de l'usage et du non usage" proposée par Jean Lamark et reprise par Charles Darwin lui-même, 50 ans après.
D'abord, dans leur esprit, la régression des organes inutilisés était lente et progressive, ce qui explique la présence d'organes résiduels atrophiés et non fonctionnels tels que les ébauches de pattes de certains serpents ou certains cétacés. Evidemment, dans cet ordre d'idées, les tétons masculins sont, en général, modestes par rapport à ceux des femmes.
Mais on peut aussi remarquer, avec François Jacob, que la nature "bricole" et que, souvent, un organe, une cellule, une molécule, un gène, sont réutilisés, un jour, dans une fonction différente de leur fonction initiale, ainsi :
- un arc branchial des poissons anciens devient osselet de l'oreille interne chez leurs descendants reptiles mammaliens, puis mammifères. Il leur permettait de respirer, il nous permet d'entendre !
- un cul de sac du tube digestif devient poumon chez certains poissons et chez les vertébrés terrestres. Il leur permettait de digérer, il nous permet de respirer !
Si vous connaissez bien les hommes, Sidonie, vous en aurez certainement remarqué qui ont une extrême sensibilité des tétons, si petits soient ils, ce qui peut être une fonction importante dans l'excitation sexuelle et donc dans l'aspect fécondité de la sélection naturelle. Inutile de vous préciser que c'est une fonction, secondaire peut-être, mais importante aussi des tétons des femmes.
Enfin, je saisis l'occasion de rappeler que la construction de l'organisme d'un mammifère se fait selon un "patron" général où des organes comme seins et tétons vont par une série de paires (il arrive qu'une deuxième paire apparaisse exceptionnellement chez les humains) et que les programmes mâle et femelle, homme et femme, viennent se greffer secondairement sur ce patron unique, au cours du développement de l'embryon, grâce à des gènes que tout le monde possède, mais qui peuvent être inactivés  chez elles et activés chez eux, ou l'inverse. Agissent aussi des hormones sexuelles qui sont les mêmes, mais en proportions différentes selon les sexes.
Il n'est donc pas étonnant que des caractères sexuels puissent être partagés entre les sexes ou ambigus chez certains individus.

08:57 Publié dans Questions à un biologiste TSR.ch | Tags : tétons, seins, science, évolution, sensibilité, érotisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

24/03/2010

Le carnaval des testicules

La rotation de la terre nous expose un peu plus au soleil, les jours l’emportent sur les nuits, le chaud sur le froid.

C’est le printemps !

Les êtres vivants l’ont comploté tout l’hiver, en embuscade !

Un mois froid a préparé les bourgeons à fleurs des lilas.

La chaleur précipite jonquilles et narcisses hors des bulbes…

Durant les jours courts, le poids du testicule de canard est passé de un à cent vingt cinq grammes !

Les hormones ont transformé les doux colverts de l’automne en serial violeurs du Carnaval.

Mais, chez ces canards, les jours longs calment les testicules.

En quelques semaines, les Donalds s’assagissent.

Finie la bagatelle !

Ils se mettent en couple pour élever les jeunes de madame, pas forcément les leurs…

L’élan des plantes entraîne celui des insectes et le retour de migrateurs prolifiques, tant qu’on peut nourrir des jeunes.

L’ajustement précis des espèces au rythme des saisons résulte de millions d’années de sélection naturelle.

Il s’affine sans cesse jusqu’à ce que des changements, climatiques ou géologiques, le bousculent.

Alors, les espèces fragiles disparaissent et des opportunistes prospèrent, de nouveaux équilibres émergent…

... tout aussi provisoires que les précédents !

En rasant les forêts depuis dix mille ans, nous avons déclenché un de ces grands déséquilibres.

Avant de faire bien pire aujourd’hui !

Pollution et déboisement menacent bien plus d’espèces que le réchauffement, moins rapide qu’il y a 15000 ans.

Nul doute qu’une nouvelle biodiversité en émergera…

Le printemps sera toujours là, nos descendants peut-être pas …

Bon printemps quand même !

RSR1 24-03-2010

11:48 Publié dans rsr.ch | Tags : printemps, saisons, fleurs, rythmes de vie, évolution, biodiversité, testicules, canards | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

04/11/2009

Darwin en vrai : la modestie de la science face aux abus des religions

Les pays épris de sciences, dont Genève et la Suisse, célébrent, la semaine prochaine, l’anniversaire de "l’Origine des espèces..." de Charles Darwin.

L’originalité de ce livre a été soulignée par les ennemis religieux de l’auteur, qui y rassemblait surtout des faits et des idées déjà connus.

Sa démonstration montre que l’histoire de la vie est un processus matériel dans lequel aucune explication surnaturelle n’est nécessaire.

Sélection naturelle, continuité des lignages, histoire des milieux et contingence, ce que Buffon qualifiait de « causes actuelles », explique ce que nous savons de l’histoire de la terre.

Il n’est pas étonnant que les excités fondamentalistes diabolisent, encore aujourd’hui, le paisible naturaliste malade de Down.

Ni que ses supporteurs excessifs créent un mythe religieux autour de celui qui avait montré que les dieux n’aident pas à comprendre la vie.

Le Muséum de Genève nous donne l’occasion de revenir à des textes originaux importants ou méconnus de Darwin par des lectures, suivies de débats.

On y découvre un Charles Darwin curieux de tout ce qui fait la vie quotidienne et se posant plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

L’Académie suisse des sciences naturelle et l’Université de Genève, avec la complicité de François et Jean-David Rochaix, nous offrent deux pièces de théâtre, suivies de débats animés par des chercheurs.

On y montre la réalité humaine attachante et les interrogations du grand homme.

Pour cela, les auteurs utilisent un mélange subtil de réalisme historique et de fiction, souvent drôle, sinon délirante.

Comme la supposée rencontre avec Karl Marx.

Des occasions à ne pas manquer par ces longues soirées d’hiver…

RSR1 04-11-2009

Ne pas manquer les lectures débats au Muséum d’histoire naturelle de Genève, à Malagnou http://www.ville-ge.ch/mhng/anima_2009_darwin.php

Ni « Darwin en finit avec les Cirripèdes » et « La confession de Darwin » à Uni Bastions www.darwin2009.net

17:19 Publié dans rsr.ch | Tags : darwin, évolution, lecture, théatre, religion, science, marx | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

28/10/2009

Mon pote le virus…

Si une cellule humaine mesurait dix mètres, le virus de la grippe A serait gros comme une noisette.

Dans sa coque, huit gènes, inertes.

La coque peut les injecter dans une cellule.

Si la cellule est vulnérable, elle copie alors le virus en grandes quantités.

La copie des virus comporte souvent des erreurs, des mutations : autant de nouveautés !

Parfois, plusieurs virus infectent la même cellule.

Ils mélangent alors leurs gènes et créent de nouveaux virus, désuets ou redoutables.

Les virus sont donc les enfants de la chimie et du hasard.

Certains s’attaquent à plusieurs espèces vivantes, d’autres à une seule.

Mais s’ils tuent tout le monde, ils disparaissent aussi !

En mutant, ou en se mélangeant, les virus peuvent changer : d’inoffensifs à dangereux, ou l’inverse.

Ils peuvent aussi changer de transporteurs : passer des porcs aux oiseaux, ou bien aux humains.

Malgré ses soixante mille milliards de cellules, dotées chacune plus de gènes que soixante mille virus, chacun de nous peut être tué par un seul virus.

Et notre espèce pourrait disparaître si les virus se trompaient un peu trop en se recopiant.

Une seule mutation, au hasard, du plus infime virus pourrait mettre fin à l’histoire des humains et de la pensée, des dieux et des stars… Bref, à l’histoire tout court…

Finies les religions, les civilisations, les philosophies, la gastronomie et l’érotisme. Morts la Lambada et Mozart, le loto et le foot !

Comme Brassens, personne n’aurait plus jamais mal aux dents…

Quelle leçon de modestie ! Mieux vaut en rire…

 

RSR1 28-10-2009

 

 

11:22 Publié dans rsr.ch | Tags : grippe a, virus, évolution, fin de l'humanité, biologie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

10/06/2009

Quand le singulier fait le pluriel… et le changement !

Du fait des mutations, du sexe et du hasard, la loterie génétique de la vie ne produit pas deux fois le même individu.
En comprenant ceci dès 1896, August Weismann était très en avance sur son temps.
Personne, en septante ans, n’a réalisé l’importance de sa découverte de l’unicité des individus dans les populations sexuées.
Ni qu’elle prouvait la transformation, l’évolution de ces populations, de génération en génération.
Au cours des années 1960, les cartes d’identité chimiques dont nous sommes pourvus ont été découvertes.
Une équipe internationale a trouvé, au laboratoire et avec stupeur, ce que Weismann avait anticipé.
Elle était menée par Jean Dausset, prix Nobel français, que nous venons de perdre.
Les conséquences de cette diversité du système génétique, appelé « HLA », qui conditionne les greffes d’organes, ne sont pas encore bien comprises par tous.
En témoignent les moyens énormes consacrés au séquençage des génomes par rapport à ceux, dérisoires, dédiés à leur stupéfiante diversité.
De ce point de vue, Genève fait figure très honorable, grâce aux travaux de l’équipe d’Alicia Sanchez - Mazas.
Cette jeune professeure a pris un rôle déterminant dans la coordination des enquêtes, mondiale et européenne, sur la diversité HLA humaine et dans l’interprétation de leurs résultats.
Des enquêtes sur des centaines de populations, par des dizaines de laboratoires, dans l’esprit de coopération internationale impulsé par Jean Dausset.
Elles permettent enfin une approche précise de la diversité génétique humaine, de sa géographie, de son histoire et de ses conséquences, bio – médicales, anthropologiques, philosophiques et éthiques. 

RSR1  10-06-2009

09:34 Publié dans rsr.ch | Tags : dausset, génétique, évolution, hla, unicité, diversité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

03/04/2009

Grosse colère ! (Pauvre France ...)

Le nombre d’étudiants en sciences décroit, alors qu’il en faudrait bien plus pour gérer notre société et enseigner comment y survivre.

Dans les médias de merde, les Delarue et Dechavanne brocardent sciences et culture sur le thème : c’est compliqué, c’est chiant, on est là pour se marrer !

Par la jonction improbable des télévangélistes américains et des islamistes lardés de pétro - dollars, la propagande antiscience des lobbies religieux dispose de moyens dans le monde de l’édition et d’internet qui écrasent l’éducation et la communication scientifique non commerciale.


Que fait le Ministère de l’Education Nationale ?


1) il fait confisquer les livres créationnistes envoyés dans les écoles. Plutôt que de les utiliser comme matériel pour en démontrer l’imposture et éditer les manuels qui les rendraient désuets. Censurer ou brûler les livres n’a jamais fait avancer la science !


2) il organise, entre Cité des sciences et Collège de France, un énième colloque pour savoir comment, quand et où enseigner la biologie de l’évolution. Les spécialistes s’y crêpent le chignon autour de leurs marottes, des théologiens du Vatican et des philosophes viennent dire qu’il ne faut surtout pas aller trop vite …


Pour mémoire : la « commission Picon » créée par le ministère a proposé en 1983 une refonte cohérente des programmes de biologie où les élèves, du primaire jusqu’au brevet ou au bac, apprendraient à leurs niveaux l’état des sciences sur l’histoire et les mécanismes de la vie.
Comme d’hab, gouvernement et ministère se sont torchés de deux ans de travail de vingt personnes et ont jeté le rapport à la corbeille ! Pour ne nommer personne, il s’agissait de Lionel Jospin et Claude Allègre, bouffon sarkozyste …

In Siné Hebdo 12 Novembre 2008

06:05 Publié dans dédé siné | Tags : science, évolution, médias, programmes scolaires, biologie, créationnistes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |