31/10/2014

Inauguration du MEG : cherchez "Charlie" Steve Bourget !

Aujourd'hui même, Genève s'apprête à ouvrir en grande pompe son musée d'ethnographie, somptueusement et coûteusement rénové aux frais du contribuable. Il paraît que l'opération architecturale est magnifique, que les espaces d'exposition multipliés sont remarquables et l'on s'apprête à fêter comme il convient ceux qui travaillent depuis quatre ans à ce grand projet : ce n'est pas tous les jours que l'on rénove ou que l'on ouvre un musée ! Parmi les clous d'une ouverture en fanfare, une exposition Mochica de trésors péruviens anciens, en première mondiale. Voici qui nous sort du provincialisme !

On s'attend donc à voir sur le pont Mr Steve Bourget, proche collaborateur du directeur, spécialiste en art précolombien, responsable du département Amériques et enseignant en archéologie à l'Institut Forel de l'Université. Mais ce Monsieur, qui devait organiser un débat ce mardi au Cercle Genevois d'Archéologie semble avoir disparu sans prévenir, sans doute débordé par l'inauguration de ce soir...

Le petit Vigousse, journal satirique illustré souvent bien informé, témoignait vendredi dernier (No208, 24 octobre p 5, article de Jean-Luc Wenger) d'une rumeur selon laquelle un "cadre éminent" du MEG, d'identité non précisée (sans doute, selon la formule, "connue de la rédaction") serait compromis dans une affaire d'objets volés, retrouvés par la police à son domicile ou par d'autres dans son bureau.

Il a été beaucoup reproché à d'actuels responsables du MEG d'être ou d'avoir été très liés au milieu local des collectionneurs et commerçants en antiquités et art exotiques, qui ont parfois des interprétations très personnelles des lois et des conventions internationales sur les acquisitions, exportations et importations de biens culturels. Ceux-là même qui avaient fait échouer, avec des méthodes "musclées", un précédent projet bien plus scientifique. Sans doute pour contrebalancer cette fâcheuse réputation, le directeur actuel se prétend irréprochable sur le sujet, allant jusqu'à co-présider la commission d'éthique des musées genevois. Une belle réaction, mais qui pourrait être mal partie ! On lui souhaite quand même une belle inauguration et, s'il s'avérait que Vigousse n'a pas complètement tort, il sera toujours temps de consacrer les beaux espaces du MEG à un projet culturel et scientifique intéressant pour tous, plutôt qu'aux intérêts esthétisants et intéressés de quelques privilégiés...

PS : je pensais trouver dans notre Julie un démenti scandalisé des insinuations de Vigousse - depuis une semaine, il y avait le temps - ou bien une enquête plus approfondie les confirmant. Mais je n'y trouve que des éloges du projet et de l'exposition péruvienne, sans mention de Steve Bourget qui, conservateur du département Amériques et spécialiste de la culture impliquée, me semble devoir être cité. J'ai peut-être mal cherché... Mais où est donc passé ce Charlie ?

01/09/2010

Cent millions pour un Musée bonzaï dans un parking à Genève : NON !

Le projet de nouveau Musée d'Ethnographie de Genève (MEG) est hideux, minable, scandaleusement cher, destructeur d'espaces verts et ne réalisera en rien ce que l'on nous promet.

La ville va voter, au sujet de trente arbres adultes détruits par le projet « Nouveau MEG ». Après une campagne grotesque pour prétendre qu'il s'agissait de Tilleuls « tueurs et dangereux » les promoteurs du projet prétendent les remplacer par deux fois plus d'arbres sympathiques.

Comment font-ils pour planter des arbres sur une dalle de béton ?

Regardez les dessins et maquettes de la propagande en couleur qui inonde boîtes aux lettres et journaux : on y voit des pelouses avec des bosses et des arbustes légers au milieu des bosses : les « arbres » seront donc en pots. On prétend remplacer trente tilleuls adultes par soixante bonsaïs, que l'on pourra toujours oublier, lorsqu'on aura dépassé le budget, à la réalisation.

Les bonsaïs, ça fait ethno, mais les promoteurs et les responsables du MEG se f... des électeurs !

Regardez maintenant les maquettes et plans : vu de la rue des Maraîchers, rien n'a changé : on retrouve l'ancienne école Carl Vogt dans toute sa laideur. Vu de Carl Vogt, la même, mais, devant, le mini - jardin à bonsaïs et, de chaque côté, deux nouvelles ailes hétérogènes et hideuses qui laissent penser que la commission d'urbanisme avait picolé ou fumé grave le jour où elle a laissé passer cela ! Les deux bâtiments abritent l'accueil et un bistrot, essentiels dans un musée à Genève !

Mais où est donc le musée ?

Une coupe nous montre, sous les bâtiments, un immense secteur rose : c'est le parking ! Eh bien non, figurez-vous, c'est le musée !

Mais où est donc le parking ?? Là, la réponse est claire, il n'y en a pas : pas besoin!

Dans ce projet « Vert », tout le monde se déplace à pied ou en vélo !

Vous me direz que la propagande nous annonce cent mille visiteurs par an, dont plein d'étrangers, dans un secteur très embouteillé ? Mais c'est bien connu, français et saoudiens visitent Genève en vélo ! Et puis, je vous rassure tout de suite : vu le projet muséographique, tristement copié sur le Musée du Quai Branly à Paris (plus de 500 millions de nos francs), la fréquentation sera un bide et les seuls embouteillages seront dus au bistrot, s'il ouvre le soir et est bien géré...

L'argument majeur du projet est l'agrandissement des espaces de présentation des collections, pour en montrer plus, en gros de 700 à 2000 m2, qui permettrait de présenter « dix fois plus d'objets ». Ce qui appelle plusieurs commentaires.

D'abord, deux mille mètres carrés est une surface d'exposition ridiculement faible pour un musée présentant des collections du monde entier. Ses homologues européens ou nord américains exposent souvent sur plus de dix mille.

Ensuite, si l'on multiplie la surface par trois et la quantité d'objets exposés par dix, cela signifie que l'on va accumuler trois fois plus d'objets dans les mêmes surfaces. Ce qui est à l'opposé de toutes les tendances de la muséographie moderne et que l'on n'a vu, ces dernières décennies, que dans une hideuse présentation des collections Barbier - Muller au Musée d'Art et d'Histoire ou dans les « accumulations » scandaleuses par lesquelles le sculpteur - collectionneur Arman traduit, sur la Côte d'Azur, son mépris pour ses confrères africains anonymes. Au dix-neuvième siècle, les musées cherchaient à présenter toute leur collection au public. C'est rapidement devenu impossible vue la croissance des collections et les musées à collection d'aujourd'hui présentent rarement plus de un à cinq pour cent de leurs réserves à la fois. Ce qui impose d'avoir un programme d'exposition qui est forcément un programme d'idées et d'avoir des espaces de réserve de capacité beaucoup plus grande que les surfaces d'exposition.

Mais où sont donc les réserves du nouveau MEG ??

Et bien figurez-vous qu'il n'y en a pas sur place ! Donc, il va falloir, soit en construire sur un futur nouveau budget, mais où et à quel prix ? Soit laisser indéfiniment l'essentiel des collections au Port - Franc, pas loin des entrepôts hors douane douteux des marchands d'art. A quel coût aussi ?

Quant aux idées, Boris Wastiau, directeur du MEG, venu du musée colonial de Tervuren en Belgique et ex - collaborateur zélé du Musée et de la Fondation Barbier - Muller, nous en propose d'intéressantes dans l'éditorial d'un tract largement distribué à la population ces derniers jours :

« ...les souvenirs de vacances sont encore frais dans nos mémoires. ... Ces voyages...sont autant d'occasions de rassembler des objets, des images, des documents que nous exposons ensuite d'une manière ou d'une autre dans nos intérieurs !

Le rôle d'un musée d'ethnographie est en quelque sorte un prolongement de cette faculté que nous avons tous. ... »

Bref, le nouveau MEG va prolonger la collection d'objets folkloriques des souks et l'art d'aéroports que vous ramenez de vacances, exposez dans le salon et reléguez au fond du jardin ou aux toilettes quand ils sont trop poussiéreux ou trop moches !

Quel programme ! C'est évidemment avec ça que l'on va séduire les universités suisses à qui l'on veut enseigner (si l'on en croît le luxueux numéro spécial votation de Totem, revue du MEG). Ce sont ces souvenirs suisses qui vont passionner les centaines de milliers de touristes étrangers et autres visiteurs attendus. Quant aux scolaires, ils se traîneront devant cette redite du pire des vacances en famille, cherchant à cacher dans la foule le natel, la console ou les câlins avec lesquels ils vivent leur vraie vie !

Alors, la bonne question est la suivante : pourquoi le conseil municipal a-t-il voté, presque à l'unanimité, un projet aussi lamentable ? Pourquoi les partis politiques locaux le soutiennent-ils à l'unanimité ? Pourquoi des personnalités politiques réputées pour leur franc parler prennent-elles la plume pour le défendre ?

Dans le Totem - Pravda électoral, la plume lasse de mon ami Louis Necker, ancien directeur du MEG, pendant longtemps, nous fournit un élément de réponse : la ville et le peuple ont déjà retoqué deux excellents projets de « nouveau MEG ». Celui du « Chemin de l'Impératrice » ouvrait à tous les espaces nécessaires dans les meilleures conditions. Celui de « l'Esplanade des mondes », à la place Sturm, faisait, du point de vue muséographie, comme du point de vue scientifique, ce que le parking à bonsaï de Carl Vogt n'aura pas les moyens de faire.

Mais est-ce parce que l'on a coulé deux beaux projets à la suite de campagnes de presse mensongères qu'il faut en laisser passer un troisième nul et inapproprié ?

La vraie raison de cette belle unanimité est ailleurs : le pouvoir de l'argent et les réseaux d'intérêts financiers. Dans cette affaire, personne, ou presque, n'ose parler des relations entre ethnographie, archéologie, et commerce, licite ou illicite, de l'art exotique. La vieille ville offre rue Calvin un luxueux Musée privé Barbier Muller, très peu fréquenté malgré la qualité des objets présentés et des campagnes d'affichage qui devraient être ruineuses. La collection Barbier Muller est une des plus importantes collections archéologiques et ethnographiques au monde. Elle réunit des objets rares et précieux, mais qui font aujourd'hui l'objet de revendications, souvent légitimes, des pays d'origine des objets. Beaucoup de ces objets patrimoniaux ont été réunis, dans des conditions liées à la colonisation ou à la pauvreté, avant l'existence de lois étrangères interdisant leur commerce. Certains autres, après... Depuis quelques années et l'intensification des revendications, le patron du Musée vend beaucoup ses collections, en particulier, il y a peu et cher, au Musée du Quai Branly à Paris.

Si nous nous reportons à nouveau à l'éditorial de Boris Wastiau dans le tract du MEG, nous lisons que le MEG « a, pour mission première d'acquérir, de conserver, de présenter et de valoriser des objets témoins de la diversité et de la créativité des civilisations. »

Sachant que Monsieur Barbier Muller a souvent critiqué la Ville et l'Etat qui ne lui achetaient pas ses remarquables collections, ne doutons pas que son (ancien ?) collaborateur, avec un tel programme, soit prêt à être un bon client ! Avec quel argent ? Celui des contribuables, au delà du budget actuel, sans doute...

Cela, tout le monde politique le sait, personne n'en parle. C'est que, entre l'immobilier, la presse payante et gratuite, et une Fondation très généreuse à l'égard de ses obligés, il est souvent difficile, sinon dangereux de critiquer...

Les trente tilleuls de Carl Vogt sont - ils les derniers défenseurs de la science et de la culture face au pouvoir de l'argent à Genève ? Amis de la ville, sauvez-les : votez NON !

 

12:57 Publié dans Genève | Tags : genève, meg, musée d'ethnographie, votation, tilleuls, art exotique, collections, argent, pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

30/06/2010

100 millions pour le « marché de l’art ? »

Les collections privées et les musées occidentaux détiennent des objets volés ou acquis dans des conditions déloyales.

Reliquaires, statues, fétiches, masques, objets archéologiques deviennent, à l’export, objets d’art négociables.

La mode des Arts dits primitifs ou premiers a fait monter les cours d’un commerce souvent illégal.

Faciles à transmettre, cet « art » permet spéculations et trafics, du pillage sur le terrain à la fraude sur les successions.

Il fait les fortunes illégitimes de ses négociants.

Dans ce domaine, la Suisse occupe une place privilégiée, très appréciée par le « marché de l’art ».

Pas de droits de succession.

Lenteur extrême à signer et ratifier les accords internationaux contre les trafics, oubli de les appliquer.

Dans les Ports - Francs opaques, à Genève et Bâle, des objets volés ou fraudés changent de mains ou se font oublier.

En toute discrétion jusqu’à l’an passé !

Mais l’attention sur notre pays s’est depuis portée sur eux.

Très gênant pour les riches collectionneurs et négociants qui utilisent leurs services et répugnent à aller à Singapour !

Tout ce beau monde cherche à sauvegarder une « respectabilité » mise à mal par l’information.

A la suite de Chirac, ils font main basse sur les musées et leurs collections anciennes, prises en otages.

L’abominable Musée du Quai Branly, à Paris, fût ainsi conçu pour relancer le « marché local des arts premiers ».

Coût du caprice pour le contribuable français: plus de 400 millions de nos francs.

Avec 100 millions pour un projet semblable, le musée d’ethnographie de Genève fait figure de parent pauvre…

Une honte face au rôle premier de la Suisse dans le système !

RSR 1 30-06-2010

15:39 Publié dans rsr.ch | Tags : musées, collections, pillages, trafic, ethnographie, fraude, spéculation, suisse, genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |