27/04/2011

RESPECT !

C'était à Rennes, plutôt mondain bobo se croyant de gauche parce que lisant un journal qui en fût, il y a si longtemps ! Mais on y était fort bien accueilli pour parler du respect sous toutes ses coutures. En tant qu'anthropologue, on m'avait demandé de débattre avec un partenaire du "respect dans les sociétés "primitives"(sic!)". J'ai évidemment hurlé que les primitifs avaient disparu depuis longtemps, par définition, que le "RESPECT" commençait par parler de "traditionnelles", au plus et à condition d'y inclure la sienne, ou tout au moins celle de nos grands parents et parents si c'était le cas et si l'on se sentait un peu marginal !

J'avais choisi comme partenaire un vrai ethnologue, François Lupu, spécialiste de la Chine, où il enseigne quand ce n'est pas en France. Il nous avait fait mourir de rire dans une autre vie, en nous racontant au bistrot ses problèmes de relations sur un autre "terrain", en Papouasie-Nouvelle Guinée. J'ai ajouté le Sahel, les Inouits du Groënland et les banlieues multiculturelles.

Si vous voulez voyager dans vos oreilles, vous pouvez écouter le débat sur :

http://www.forumlibe2011.rennes.fr/fr/retrouvez-les-debat...

ou en cliquant ici Respect société traditionnelles by Rennes

Et puis voici mon texte, paru avant dans Libération du mardi 12 avril, en même temps qu'une excellente contribution de mon complice François Lupu

 

A LA RECHERCHE DE L'ORDRE PERDU

Respect, tradition, mondialisation.

 

L'accusation de manque de respect est une des plus fréquentes de la vie quotidienne des sociétés en transformation rapide. Qu'il s'agisse de l'évolution des cultures de génération en génération ou de l'immigration de provinciaux ou d'étrangers variés parmi citadins ou résidents.

Le manque de respect peut venir d'abus de la part de sujets qui violent les règles de leur société ou la déontologie de leur profession. Comme dans les contrôles policiers au faciès, où l'on tutoie, humilie et maltraite des citoyens dont le seul tort est d'être sur l'itinéraire de pandores qui sont la honte de la fonction publique.

Mais, souvent, l'accusation vient de différences de codes de communication entre les groupes sociaux de l'accusateur et de l'accusé. Des codes qui concernent à la fois le langage (lexique, syntaxe, codes, ton, niveau sonore, références implicites, etc...) et la communication non verbale (look, posture, codes du regard, gestes, attitudes, réactions,...).

Les sociétés traditionnelles, d'occident comme du reste du monde, vivaient et vivent souvent encore dans des systèmes de règles arbitraires mais très précises définissant la façon de s'adresser à l'autre en fonction des âges, des genres, des appartenances sociales et professionnelles des interlocuteurs et de l'histoire de leurs relations antérieures. Ces règles très strictes varient d'une société à l'autre et, dans une société particulière, en fonction des relations sociales de ceux qui interagissent. Elles concernent à la fois des usages conscients et des règles intériorisées devenues inconscientes, comme les distances de conversation - très différentes selon les cultures et les contextes. Ou bien les modes de salutation, avec ou sans contacts physiques variés.

Beaucoup de sociétés, par exemple, pratiquent un respect - parfois très abusif ! - des vieillards. Dans la conversation, cela se traduit par des marques de soumission désuètes d'une part, de l'autre un paternalisme qui se prétend bienveillant, mais peut être perçu comme très humiliant par l'autre.

Les règles de conversation des sociétés peuvent dépendre de relations de parenté classificatoires entre deux individus, incompréhensibles à un témoin extérieur. Dans certaines sociétés ouest africaines, toute personne du lignage d'une mère ou d'une belle sœur sera considérée comme « belle-mère ou beau-père ». Qu'il s'agisse d'une petite fille ou d'un vieillard, on doit la saluer de loin, à voix basse, lui faire de petits cadeaux à chaque rencontre, l'éviter si l'on ne peut pas. A l'opposé, un « cousin à plaisanterie » pourra être salué d'une bordée d'injures exubérante et de gestes à connotation sexuelle, même si le rapport de genre et d'âge est le même que dans le cas précédent. Malheureux missionnaires qui répétaient hors contexte des salutations mal comprises !

Chez certains touaregs du Mali on traite, au contraire, avec une grande familiarité la belle famille. Ce qui créerait des quiproquos sans fin, si ce n'est des conflits, en cas de mariages mixtes.

Dans les organisations internationales, des accusations de manque de respect innombrables opposent ceux qui parlent doucement et ceux qui parlent trop fort, ceux qui parlent de trop loin et ceux qui parlent de trop près, ceux qui déballent les cadeaux dès réception et ceux pour qui la politesse exige d'attendre le départ de celui qui a offert, ceux qui travaillent portes ouvertes ou portes fermées,... Elles sont un laboratoire de la confrontation des cultures du monde et de celles de générations successives dans la phase de mutations sociales et culturelles accélérées des villes mondialisées.

Mais personne n'a jamais imaginé que les choses pourraient être plus simples si l'école et les médias apprenaient à chacun le savoir vivre des autres qu'il rencontre, et à adapter le sien de manière à les respecter et éviter les malentendus...

 

André Langaney, Libération 12/4/2011

 

30/09/2009

Relations internationales et diversité culturelle

L’interminable dialogue de sourds entre nos gouvernants et le chef tribal libyen est lamentable.

Il illustre la difficulté d’accord entre des personnes de cultures trop différentes.

Ainsi que l’impréparation de nos gouvernants à ce genre de tâche.

Que n’ont-ils lu Edward Hall ou Desmond Morris !

Ou bien suivi des formations comme celles que Hall donnait aux diplomates étasuniens en partance pour d’autres cultures…

Il faut savoir que, par politesse, un oriental ne saurait dire non à un hôte prestigieux.

Il laisse donc penser qu’il répond oui, même si on lui demande l’impossible, ou bien ce qu’il ne veut pas concéder.

Et qu’il ne concédera pas, bien sûr, une fois l’honorable invité reparti…

Pas étonnant, dès lors, que notre président soit rentré bredouille en clamant, à tort, avoir gagné !

La situation n’est certes pas simple avec un énergumène comme Kadhafi.

Surtout quand des vies, qui ne comptent pas pour lui, mais sont prioritaires pour nous, sont en jeu.

Mais sous-estimer son habileté et son imprévisibilité après quarante ans de survie au pouvoir est ridicule.

Nos plus hauts gouvernants n’auraient pas dû s’exposer, avec naïveté, sans faire écouter la partie adverse par des oreilles expertes en culture locale.

Une culture qui implique, en particulier, de ne rien céder sur un « honneur » bien mal placé.

Chacun doit avoir l’impression et l’air de gagner, vis-à-vis des siens, dans tout marchandage.

Faute de quoi, toutes les remises en cause sont possibles et les accords passés restent lettres mortes !

RSR1 30-09-2009

09:07 Publié dans rsr.ch | Tags : cultures, communication, diplomatie, orientaux, kadhafi, marchandage, honneur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

27/05/2009

Réunion : diversité vécue et tolérance

Au large de Madagascar, l’île de la Réunion porte bien son nom : les hasard des déportations, de la colonisation, l’esclavage et les migrations y ont composé l’une des populations les plus mélangées de la terre.
Les mosquées, les églises, les temples hindous, bouddhistes ou protestants laissent s’échapper des fidèles : leurs couleurs de peau, leurs traits physique et leurs vêtements évoquent l’Inde, l’Afrique, la Chine ou l’Europe.
Au marché de Saint Denis, des musulmanes voilées vendent     des vêtements à des femmes habillées très sexy.
Le marchandage se fait en créole, la langue qu’utilisent aussi, entre eux, des chinois de l’hôtel voisin.
Des filles voilées de noir très strict, à la sortie d’un collège, rient aux éclats, la main dans la main avec des compagnes qui exhibent leurs décolletés, leurs nombrils et leurs cuisses.
Des adolescents, de physiques et de comportements très africains se promènent. La moitié des filles et même un garçon portent, à l’indienne, un piercing nasal et une tache colorée entre les sourcils.
Des familles mélangées recombinent des traits africains avec des peaux claires, des cheveux blonds, lisses ou crépus et des yeux bridés.
Un indien très noir, au front peint de blanc, salue d’un « salam alêcoum » et d’une plaisanterie créole son parent musulman qui le rejoint au restaurant.
Pendant ce temps, la radio relate l’extermination des tigres tamouls et les guerres religieuses du Proche Orient.
L’île de la Réunion nous rappelle que la tolérance face aux différences et l’intermariage des communautés sont des alternatives possibles aux conflits, aux racismes et aux totalitarismes.

RSR1 27-05-2009

14:34 Publié dans rsr.ch | Tags : île de la réunion, diversité, tolérance, métissages, cultures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |