paléontologie

  • TOUS 100% AFRICAINS !

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    Ainsi que le rappelle l’exposition  « Afrique : 300 000 ans de diversité humaine »* qui vient de s’ouvrir au Muséum d’Histoire Naturelle de Genève, après avoir été présentée cet été à la salle d’exposition de l’Université, toutes les origines des sept milliards d’humains actuels remontent à des premiers ancêtres exclusivement africains. Toutes nos généalogies d’humains, si l’on remonte assez dans le temps, convergent vers quelque part entre le Maghreb et l’Afrique du Sud, entre l’Ethiopie et le Maroc. Même celles de Trump, Xi-Jinping, Le Pen ou Blöcher ! En effet, nos plus proches parents animaux sont des grands singes exclusivement africains : Chimpanzés, Bonobos et Gorilles. Nous savons aujourd’hui que nous partageons presque tout notre matériel génétique et l’essentiel de nos caractères biologiques avec eux. Ce qui prouve que nous descendons d’ancêtres communs que la recherche situe, en Afrique, il y a six à neuf millions d’années. Une fourchette de temps confirmée par les plus anciens fossiles de notre famille zoologique. Charles Darwin faisait déjà remarquer que, comme nos cousins grands singes africains ne sont jamais sortis de leur continent, il était sûr que nos premiers ancêtres humains y étaient apparus. Tous nos cousins fossiles, Australopithèques et premiers Homo non sapiens y vivaient, jusqu’à ce que certains de ces Homo partent à la conquête du monde, en Géorgie il y a 1,8 millions d'années, puis en Chine, en Indonésie et en Europe. Il y a sans doute eu toute une série de « sorties d’Afrique ». Certaines, non datées, ont engendré en Europe et en Asie des populations de « néandertaliens » et, en Sibérie et en Asie du sud des populations de « dénisoviens », identifiées par des fossiles, et qui ont transmis un peu de leurs gènes aux populations actuelles des mêmes continents. L’émigration hors d’Afrique de leurs ancêtres a précédé celle des Homo sapiens que nous sommes. Les Homo sapiens apparaissent tardivement, vers -300 000 ans au Maroc, vers -200 000 en Ethiopie, puis en Afrique du Sud. Ce n’est qu’à partir de -120 000 ans qu’ils sortiront à leur tour d’Afrique, en plusieurs vagues, passant par l’Arabie et la Palestine pour rejoindre l’Asie du sud et l’Australie, où ils arrivent vers -50 000 ans, puis l’Europe vers – 40 000 ans. En Eurasie, certains rencontreront des néandertaliens ou des dénisoviens, avec lesquels ils se métisseront un peu. Nos patrimoines génétiques d’Homo sapiens actuels descendent donc, pour l’essentiel, des dernières vagues d‘émigrés sapiens africains avec, pour certains d’entre nous, en Eurasie, en Orient et en Océanie, des traces d’émigrations antérieures. On ne sait pas grand chose de celles-ci, sinon que leurs descendants sont allés jusqu’en Dordogne et en Iran pour les néandertaliens, jusqu’en Sibérie et en Papouasie pour les dénisoviens.

    Toutes nos origines sont donc 100% africaines et l’on est en droit de s’interroger sur la signification des « tests d’ancestralité » que des sociétés américaines, anglaises et israéliennes vendent sur internet contre un frottis buccal (pour extraire de l’ADN) et plus ou moins d’argent. Avec un culot monstre et sans préciser aucune datation, ces entreprises fondées à la périphérie de grandes universités, vous raconteront que vos ancêtres venaient pour X% de Pologne, Y% du Valais, Z% du Cameroun et 1% de Laponie ou du Mexique! Dans les meilleurs cas, on vous raconte même une histoire sur leur mode de vie, leur religion ou je ne sais quoi. Dans les pires et les plus chers des cas, on vous annonce un futur médical, non garanti puisqu’il ne peut s’agir que de probabilités calculées n’importe comment. En négligeant ce genre de commentaires astrologiques, il convient de remarquer que les résultats fournis sont calculés d’après les fréquences des gènes et séquences d’ADN dans les populations actuelles, souvent très mal connues, alors qu’il faudrait, pour bien mesurer quoi que ce soit, connaître, aux dates successives de la préhistoire et de l'histoire, les fréquences des gènes dans les populations ancestrales du passé. Comme nos ancêtres n’ont cessé de se déplacer, de se métisser et de se séparer, tant pendant la préhistoire que pendant l’histoire, on ne les connaît, bien sûr, pas du tout ! Ces calculs prétendus d’ancestralité, si populaires sur internet aujourd’hui, sont donc une pure et lucrative escroquerie dont les résultats rejoindront, dans les poubelles de la science, les mesures de "typologie raciale" qu’un polonais, Czekanowski, prétendait faire, il y a près d'un siècle, à partir de mesures anthropométriques telles que la longueur du crâne ou la largeur du nez.

    Si vous ne me croyez pas, allez donc voir l’exposition au Muséum, qui vous présente ce que les sciences nous disent vraiment de nos lointains ancêtres, tous 100% africains !

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    *« Afrique : 300 000 ans de diversité humaine » Muséum d’histoire naturelle, 1 route de Malagnou, jusqu’en janvier 2020