05/04/2017

Pas d’immunité religieuse !

La magnifique saillie (« pas d’immunité ouvrière ! ») du camarade Philippe Poutou, représentant du Nouveau Parti Anticapitaliste dans la consternante élection présidentielle française, a fait mouche. La preuve, c’est quasiment la seule chose que le site de la Julie – qui, jusqu’à ce jour, ne brillait pas dans la lutte anticapitaliste…- a retenue de plus de trois heures de débats entre une demi douzaine de psychopathes graves de l’ambition politique et quelques personnages de la vie réelle. Parmi ces derniers, deux militants sans illusions ni ambition, poussés par leur base à faire semblant pour diffuser des idées occultées par les médias. Si la formule de Poutou a fait mouche, c’est parce qu’elle dénonce, en trois mots, les privilèges, la corruption et l’impunité, totale ou relative, non seulement des gouvernants et des parlementaires, mais aussi des riches, des puissants et des paranoïaques de l’argent qui s’approprient tout ce qui passe, que ce soit les ressources naturelles ou l’argent des contribuables.

Mais, pire encore que l’appropriation impunie du bien commun, la confiscation permanente de l’information et de « la vérité » par les médias soumis à l’argent et/ou au politique n’est exposée à aucun contrôle, ni aucune sanction. Qu’il s’agisse du financement des partis libéraux par les complexes industriels ou financiers, du rachat de la presse, de l’audiovisuel et d’internet par des milliardaires fraudeurs fiscaux, ou bien des vérités Trumpeuses sur le climat. Qui paye la pub, la propagande, et leur diffusion, bricole sa vérité qui écrasera les autres au rouleau compresseur !

Le problème est qu’en journalisme, comme en science, la définition de la vérité ne va pas de soi. En science, le problème théorique est à peu près résolu parce que la partie éclairée des professionnels admet qu’il n’existe de « vérités » et de théories que réfutables et provisoires, destinées à être remplacées un jour par d’autres, plus efficaces pour représenter l’état du monde ou pour agir sur lui. Mais cette philosophie des sciences est inconnue ou incomprise hors des milieux concernés, et même de nombreux scientifiques qui continuent à chercher des vérités définitives et absolues.

Le phénomène n’est pas nouveau puisque, depuis plus de six millénaires, des prêtres imposent des « vérités alternatives » - contradictoires et incompatibles entre les différents cultes - basées sur des « faits alternatifs » d’origine douteuse, souvent réfutables ou réfutés. Que chacun ait le droit de croire aux miracles des évangiles, du coran ou du talmud est une chose. Que des gens puissent vouloir imposer aux autres, fût-ce leurs enfants, ce genre de « vérités révélées », non réfutables, est un crime contre l’intelligence humaine ! La plupart des prêtres en sont coupables depuis les débuts de leurs cultes et ils bénéficient d’une immunité scandaleuse ! Le problème n’est pas seulement la transformation de l’eau en pinard (à laquelle on aimerait croire !) ou l’ascension balistique du grand Jésus ressuscité. Il survient quand les illuminés qui croient à ces stupidités ou les diffusent veulent faire la loi et imposer leurs lubies aux autres. Quand des islamistes, au nom de ce qui est écrit dans leur coran, tuent les « apostats » ou les « coupables » d’adultère. Quand des barbares sionistes volent les terres et réinventent l’apartheid. Quand des cinglés évangélistes ou « manif pour tous » sont prêts à tuer des personnels de santé et veulent faire changer la loi, pour empêcher des femmes de faire ce qu’elles veulent de leur ventre et son contenu. Ou quand un pape, prétendu progressiste par abus, dit parler au nom d’un milliard de paroissiens pour imposer à toute l’humanité et à sa majorité féminine une vision de l’embryon humain précoce qui ne correspond en rien à l’état des connaissances scientifiques actuelles. Mais le même pape n’a toujours rien contre le racket des paroissiens pauvres et ne refuse pas plus les dons des riches que DAESH les pétro- dollars… Il faut bien vivre bien, on est infaillible et pourquoi mettre fin à deux millénaires d’immunité papale !

Le lien que je faisais ci-dessus entre science et journalisme est que les deux professions ont pour ambition de faire émerger et diffuser un état évolutif des connaissances, indépendant des faits alternatifs assénés par les religieux, les publicitaires et les propagandistes de tout poil. Les deux professions ont fait et font encore l’objet des pires persécutions depuis qu’elles existent. L’actuel répit relatif dont ont bénéficié les scientifiques en occident prend fin avec l’arrivée au pouvoir d’énergumènes amateurs de faits alternatifs comme Trump, Poutine, Netanyahu ou Erdogan, pour n'en citer que quelques uns. Qu’il s’agisse de religion ou de politique, l’immunité des puissants est la source des pires atteintes aux droits humains et aux libertés de tous…

PS : plus dans Le Courrier mardi prochain.

02/04/2012

Dieu est le pire poisson d'avril !

Dédé - la - foi, (suite et fin)

Derrière tout mensonge se cache une part de vérité, même quand il s'agit d'une blague de premier avril ! Un de mes anciens étudiants, devenu bon pasteur - pour moi un échec relatif - organisait une rencontre de jeunes sur le thème « science et foi » hier, premier avril aux Grottes. Je trouvais que c'était une excellente idée : Dieu est le pire poisson d'avril de tous les temps, au vu des malheurs sans fin que cette mauvaise blague a déclenché dans toutes nos sociétés humaines. Aussi, j'ai accepté de bonne grâce de répondre aux questions des jeunes et de leur berger, regrettant juste que les jeunes présents, bien timides, ne se soient exprimés que par les expressions, souvent éloquentes, de leurs doux visages. Le problème des prêtres, comme des profs, c'est de trop parler et d'inhiber leurs disciples !

Je m'arrête donc pour vous livrer la préparation de l'entretien...

 

Questions du bon pasteur :

 

  • Pouvez ‐vous nous donner une définition de la science ?

 

C'est une méthode pour essayer que deux humains faisant la même observation ou la même expérience en tirent les mêmes conclusions.

Elle consiste à tester des hypothèses en les mettant à l'épreuve et à les conserver provisoirement tant que l'on ne les a pas rejetées et que l'on n'a pas trouvé plus simple.

Ensuite on regroupe ces hypothèses en théories qui, par définition, sont provisoires et incomplètes.

Il n'y a donc :

- aucune « vérité scientifique » permanente

- aucune théorie complète

possibles.

  • Et pour vous la foi c'est quoi ?

Une erreur de jeunesse !

L'ayant découverte à 10 ans et perdue à 11, je suis mal placé pour répondre !

 

comment comprenez ‐vous cette histoire de croyance, de foi, de Dieu ?

Vu de l'extérieur, cela ressemble à un mélange d'émotions semblables entretenues par des mythes, différents d'une culture à l'autre, au profit des prêtres...

 

  • Pouvez ‐vous nous présenter un petit historique de cette éternelle guerre entre la science et la foi ?

 

Jules César Vanini torturé et brûlé à Toulouse par l'Inquisition catholique

Galilée, obligé de mentir pour échapper au supplice.

Giordano Bruno brûlé à Rome.

Michel Servet brûlé par les Calvinistes à Genève.

Fontenelle, de Maillet, Buffon, empêchés de s'exprimer sur ce qu'ils pensaient et obligés de se contredire sans cesse.

Lamarck ridiculisé au retour de l'église après la révolution française.

Darwin diabolisé par les anglicans pour ce qu'il pensait.

La Charia qui condamne à mort pour apostasie.

Ça donne envie de casser du prêtre, non ?

Encore que ce sont souvent des prêtres chercheurs qui ont été ainsi traités.

Mais ce n'est pas dans les usages de la science !

 

  • Cette guerre est ‐elle vraiment fondée ?

 

Oui : une bonne pratique de la science est incompatible avec une foi qui donne la priorité aux révélations sur l'observation et l'expérience.

  • Est ‐ce qu'on pourrait concilier le point de vue de la science et celui de la foi ?

 

Seule une foi qui considère les textes sacrés comme des mythes dont l'interprétation doit s'accommoder de ce l'on sait de l'état du monde est compatible avec une bonne pratique scientifique.

 

  • Et la Genèse qui dit que la terre a été créée en 6 jours par Dieu, qu'en penser ?

 

Buffon objectait déjà dans « Les époques de la nature » que le mot araméen traduit en grec, puis en latin, puis en français par « jour » ne pouvait signifier jour de 24h puisque la lumière n'était créée que le 2ème jour ! Lui, comme plus tard Cuvier, pourtant créationniste, considérait qu'il s'agissait de sept fois une très longue durée.

 

  • Que penser de l'évolution ?

 

C'est la théorie consensuelle actuelle provisoire de la biologie, rassemblant tout ce que l'on sait dans ce domaine et posant plein de questions sans réponses. Il faudrait vraiment des faits très inattendus pour la remettre en cause : une visite convaincante de Jésus  qui nous explique les trucs de Dieu le père ou un débarquement d'extra terrestres plus malins que nous...

 

peut ‐on vraiment croire que la terre a 6000 ans comme le proposent certains créationnistes ?

 

On peut le croire, mais c'est évidemment idiot au vu des connaissances actuelles.

 

 

  • Peut ‐on dire avec certitude que l'Homme descend du singe ?

 

Les humains ne descendent pas des singes, puisque les humains SONT des singes !

Des singes bizarres, mais des singes quand même ...

 

  • Comment selon vous devrions nous parler de la science dans les églises ?

 

Comme d'une méthode qui vaut la peine qu'on la connaisse si l'on prétend essayer de comprendre le monde.

Une méthode qui répond à beaucoup de questions du type « comment ? » et presque jamais aux questions du type « pourquoi ? ».

Qui s'intéresse plus aux causes proximales qu'aux causes finales.

 

Quelles sont les fautes à ne pas commettre ?

 

Je dirais erreurs, pas fautes !

Croire que la science énonce des vérités définitives.

Prendre les scientifiques, les chercheurs pour des « savants » devant répondre à tout, en particulier aux questions « simples ».

Prendre la science pour une théologie dont on attend, dans la plupart des cas, qu'elle réponde effectivement à tout.

 

 

  • Si on parle d'un monde meilleur, quel est votre espoir de voir un jour un monde meilleur et à quoi devons nous nous accrocher ?

 

Je n'ai aucun espoir de voir un monde meilleur de mon vivant et j'aimerais penser qu'il ne sera pas pire pour mes enfants et petits enfants.

Mais c'est très mal parti !

Sinon, d'ici très peu de temps à l'échelle de la vie, je ne serai plus préoccupé par la suite de l'histoire...

Question des jeunes :

  • Est ‐ce que le big‐bang prouve l'existence de Dieu ?

 

Non, bien sûr !

Le big-bang n'est qu'une hypothèse pour expliquer le « rayonnement fossile » observé par les radio - télescopes, qui est la plus ancienne information dont on dispose sur l'univers et pas du tout « l'origine » de l'univers.

 

(et si oui en quoi est-ce qu'il le prouve ?)

 

  • D'après un célèbre scientifique (Monsieur Lavoisier), il dit que : <<Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme>>.

 

Une belle formule qui décrit bien notre expérience de tous les jours !

 

Et alors : nous, d'où venons ‐nous ?

 

De ce que nous savons de l'histoire de la vie et de l'évolution des espèces.

Avant et au début, je n'en sais rien !

 

Et Dieu dans tout cela...?

 

Le même Lavoisier avait répondu qu'il n'avait pas besoin de cette hypothèse !

J'ajouterai que Dieu n'est pas une hypothèse scientifique parce que son existence n'est pas « réfutable » (elle ne peut pas être mise à l'épreuve par l'observation ou l'expérience).

Dieu n'a donc pas de place dans les hypothèses et théories scientifiques et la science n'a pas à se prononcer sur son existence ou son inexistence.

 

  • Est-ce que vous y croyez vraiment quand vous vous levez le matin et que vous vous dites : "Je vais essayer de découvrir/comprendre ce grand mystère qui est l'Univers", je veux dire ça ne vous semble pas absurde d'essayer d'émettre des millions de théories afin de comprendre, pour ne pas se résigner à juste croire en la grandeur de Dieu ?

 

Ma réponse est dans votre question : pour moi, croire sans preuve, c'est se résigner ! C'est une solution de paresseux ou de trouillards...

 

  • En quoi une théorie scientifique expliquant la création du monde contredirait l'existence de Dieu ?

 

Mais aucune théorie scientifique ne peut expliquer une éventuelle création du monde à partir des données dont on dispose aujourd'hui !

Les données manquent...

 

  • Est ‐ ce que, toutes vos recherches dans la science et vos découvertes du fonctionnement merveilleusement bien articulé du monde que nous connaissons ne vous ont pas, à un certain point, amenées à penser que seul un Dieu tout puissant pouvait être à l'origine de tout cela ?

 

Non, parce que pour moi, affectivement et émotionnellement, la souffrance et les malheurs des humains, et même des autres animaux, sont inacceptables et incohérentes avec les merveilles du monde : beautés, plaisir et humour. Donc, si un Dieu tout puissant a créé cela, pour moi c'est un fou ou un pervers et je préfère l'ignorer. Et s'il n'est pas « assez » tout puissant pour corriger ses propres erreurs, quel intérêt ?

 

Vous semble ‐ t ‐il rationnel de penser que tout cela n'est que le fruit du hasard ?

 

C'est une hypothèse rationnelle et c'est la plus simple, même si elle n'est pas très agréable. Je la garde tant que je n'ai pas trouvé mieux, selon la philosophie actuelle des sciences...

« Si l'Eternel exi i ste,

En fin de compte il voit

Qu'j'me conduit guère plus mal

Que si j'avais ... la foi ! »

Georges Brassens (Le mécréant)

 

14:29 Publié dans Spiritualités | Tags : dieu, foi, poisson d'avril, jeunes, questionnement, science, science et religion, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/02/2012

Vive le GG 3 !

L'université de Genève s'est dotée d'un institut de génétique et génomique de Genève nommé iGE3 et inauguré en grande pompe la semaine passée. Il regroupe les meilleures compétences locales, depuis la biophysique des interactions cellulaires jusqu'à la clinique des maladies génétiques, la génétique des populations animales et humaines et leur évolution. Voici une entreprise prometteuse dans des domaines où l'uni a accumulé de nombreux succès de recherche depuis des décennies ! Je regrette seulement un sigle qui risque d'entraîner des confusions avec l'entreprise privée iGENEA qui vend à prix d'or sur internet, depuis Zürich, de prétendues expertises raciales relevant de ce que j'ai qualifié avec une indulgence coupable d' « astrologie génétique ». C'est pour éviter toute confusion avec cette officine, un produit Apple ou une réunion de tout-puissants que je propose le diminutif familier GG 3, plus euphonique !

Le fait que le premier dirigeant de l'entreprise ait un nom irrésistiblement grec doit être mis en rapport avec la sagesse antique et l'esprit d'entreprise des armateurs plutôt qu'avec l'actualité européenne...

Comme toute technique puissante, la génétique est potentiellement dangereuse si mise en de mauvaises mains et non contrôlée par des autorités indépendantes extérieures informées. Par précaution, le GG 3 a intégré un groupe d'éthique biomédicale expérimenté qui ne manquera pas de rappeler, en cas de besoin, l'histoire sinistre de nos disciplines, que j'ai évoquée le mois dernier sur

http://lecourrier.ch/dede

D'ailleurs, l'un des deux prestigieux conférenciers invités pour la séance d'inauguration, généticien clinicien, a fort opportunément rappelé que les traitements efficaces connus actuels des maladies génétiques devaient peu ou rien aux connaissances de pointe et avaient souvent été trouvés empiriquement par des cliniciens d'autres disciplines. Ce n'est pas que ces connaissances ne promettent pas des pistes médicales fructueuses à long terme, mais celles tentées à ce jour ont souvent plus d'inconvénients que de succès, sans même parler de coûts. Ce n'est pas la faute des chercheurs qui donnent tout ce qu'ils peuvent, mais qui se heurtent, sur les meilleurs projets, à des quantités de difficultés techniques imprévisibles. Seuls les technocrates et autres imbéciles croient que la recherche peut trouver à la demande et dans les délais impartis ! Quand un résultat est prévisible, par définition, ce n'est plus de la recherche que d'y arriver. Une petite idée à rappeler aux bureaucrates des organismes de recherche qui, depuis deux décennies, n'hésitent pas à demander les résultats « escomptés » des recherches et les applications à en attendre avant de financer les projets. On devrait systématiquement retoquer les demandes des chercheurs qui remplissent ces paragraphes !

Mais en fait, c'est souvent le contraire...

Autre discours, étonnant, celui de notre sympathique recteur qui s'est, à peu près, limité à faire un éloge dithyrambique de la compétition et de l'excellence et de leur promotion actuelle telle qu'on la fait ... en France et ... qu'on devrait la faire chez nous !

Alors là recteur, vous m'avez coupé le souffle...

Il serait bon que vous alliez d'un côté au-delà de Ferney-Voltaire pour voir la tiermondisation des universités gauloises et le naufrage d'une recherche française qui connut son heure de gloire du temps... de de Gaule, qui n'était pas spécialement gauchiste. Et puis, de l'autre, un peu au-delà de Morges où certaines stars de l'UNIL et de l'EPFL feraient passer le nabot de l'Elysée et sa pécresse pour de dangereux égalitaristes !

Au cas où vous auriez des doutes, je vous conseille de lire la pétition que font circuler les fondateurs de deux des plus grands instituts de recherche français en neurobiologie, pourtant un des domaines les plus favorisés de la recherche biomédicale française :

http://www.petitions24.net/halte_a_la_destruction_de_la_r...

Le mal ici dénoncé n'est ni français, ni suisse, ni même européen puisque c'est un système anglo-saxon à prétentions universalistes - en fait impérialistes avant tout ! - qui en est responsable à l'échelle mondiale. Le néo-libéralisme veut soumettre toute recherche et toute éducation au pouvoir de l'argent, qui ne tolère rien de se qui s'écarte de son moule idéologique ou qui innove contre les intérêts économiques du moment. Je ne vais pas écrire là dessus ici parce que Annick Stevens, philosophe à l'université de Liège et « chargée de cours » (en belge c'est le premier grade des professeurs plein temps titularisés) l'a remarquablement fait dans un texte accompagnant ... sa lettre de démission qu'elle m'autorise à reproduire ici. Lisez-le attentivement, c'est fort bien pensé et écrit, et cela vous explique pourquoi aucun des philosophes de référence de la pensée européenne ou aucun des grands découvreurs de notre histoire des sciences n'aurait la moindre chance d'être admis dans de telles institutions qui finissent d'étouffer les libertés académiques...

 

POURQUOI JE DÉMISSIONNE DE L'UNIVERSITÉ

APRÈS DIX ANS D'ENSEIGNEMENT

Par Annick Stevens

 

Plus que jamais il est nécessaire de réfléchir au rôle que doivent jouer les universités dans des sociétés en profond bouleversement, sommées de choisir dans l'urgence le type de civilisation dans lequel elles veulent engager l'humanité. L'université est, jusqu'à présent, la seule institution capable de préserver et de transmettre l'ensemble des savoirs humains de tous les temps et de tous les lieux, de produire de nouveaux savoirs en les inscrivant dans les acquis du passé, et de mettre à la disposition des sociétés cette synthèse d'expériences, de méthodes, de connaissances dans tous les domaines, pour les éclairer dans les choix de ce qu'elles veulent faire de la vie humaine. Qu'à chaque époque l'université ait manqué dans une certaine mesure à son projet fondateur, nous le lisons dans les critiques qui lui ont constamment été adressées à juste titre, et il ne s'agit pas de s'accrocher par nostalgie à l'une de ses formes anciennes. Mais jamais elle n'a été aussi complaisante envers la tendance dominante, jamais elle n'a renoncé à ce point à utiliser son potentiel intellectuel pour penser les valeurs et les orientations que cette tendance impose à l'ensemble des populations, y compris aux universités elles-mêmes.

D'abord contraintes par les autorités politiques, comme on l'a vu de manière exemplaire avec le processus de Bologne, il semble que ce soit volontairement maintenant que les directions universitaires (à quelques rares exceptions près) imposent la même fuite en avant, aveugle et irréfléchie, vers des savoirs étroitement utilitaristes dominés par l'économisme et le technologisme.

Si ce phénomène repose très clairement sur l'adhésion idéologique de ceux qui exercent le pouvoir institutionnel, il ne se serait pas imposé à l'ensemble des acteurs universitaires si l'on n'avait pas instauré en même temps une série de contraintes destinées à paralyser toute opposition, par la menace de disparition des entités qui ne suivraient pas la course folle de la concurrence mondiale : il faut attirer le « client », le faire réussir quelles que soient ses capacités (« l'université de la réussite » !), lui donner un diplôme qui lui assure une bonne place bien rémunérée, former en le moins de temps possible des chercheurs qui seront hyper productifs selon les standards éditoriaux et entrepreneuriaux, excellents gestionnaires et toujours prêts à siéger dans les multiples commissions et conseils où se prennent les simulacres de décisions - simulacres, puisque tant les budgets que les critères d'attribution et de sélection sont décidés ailleurs. De qualité, de distance critique, de réflexion sur la civilisation, il n'est plus jamais question. La nouvelle notion d'« excellence » ne désigne en rien la meilleure qualité de l'enseignement et de la connaissance, mais la meilleure capacité à engranger de gros budgets, de grosses équipes de fonctionnaires de laboratoire, de gros titres dans des revues de plus en plus sensationnalistes et de moins en moins fiables. La frénésie d'évaluations qui se déploie à tous les niveaux, depuis les commissions internes jusqu'au classement de Shanghaï, ne fait que renforcer l'absurdité de ces critères.

Il en résulte tout le contraire de ce qu'on prétend promouvoir : en une dizaine d'années d'enseignement, j'ai vu la majorité des meilleurs étudiants abandonner l'université avant, pendant ou juste après la thèse, lorsqu'ils ont pris conscience de l'attitude qu'il leur faudrait adopter pour continuer cette carrière ; j'ai vu les autres renoncer à leur profondeur et à leur véritable intérêt intellectuel pour s'adapter aux domaines et aux manières d'agir qui leur offriraient des perspectives. Et bien sûr j'ai vu arriver les arrivistes, à la pensée médiocre et à l'habileté productive, qui savent d'emblée où et avec qui il faut se placer, qui n'ont aucun mal à formater leur écriture pour répondre aux exigences éditoriales, qui peuvent faire vite puisqu'ils ne font rien d'exigeant. Hormis quelques exceptions, quelques personnes qui ont eu la chance d'arriver au bon moment avec la bonne qualification, ce sont ceux-là, les habiles médiocres, qui sont en train de s'installer - et la récente réforme du FNRS vient de supprimer les dernières chances des étudiants qui n'ont que leurs qualités intellectuelles à offrir, par la prépondérance que prend l'évaluation du service d'accueil sur celle de l'individu. Ces dérives présentent des variantes et des degrés divers selon les disciplines et les pays, mais partout des collègues confirment les tendances générales : concurrence fondée sur la seule quantité ; choix des thèmes de recherche déterminé par les organismes financeurs, eux-mêmes au service d'un modèle de société selon lequel le progrès humain se trouve exclusivement dans la croissance économique et dans le développement technique ; inflation des tâches administratives et managériales aux dépens du temps consacré à l'enseignement et à l'amélioration des connaissances. Pour l'illustrer par un exemple, un Darwin, un Einstein, un Kant n'auraient aucune chance d'être sélectionnés par l'application des critères actuels. Quelles conséquences pense-t-on que donnera une telle sélection sur la recherche et les enseignements futurs ? Pense-t-on pouvoir encore longtemps contenter le

« client » en lui proposant des enseignants d'envergure aussi étroite ? Même par rapport à sa propre définition de l'excellence, la politique des autorités scientifiques et académiques est tout simplement suicidaire.

Certains diront peut-être que j'exagère, qu'il est toujours possible de concilier quantité et qualité, de produire du bon travail tout en se soumettant aux impératifs de la concurrence. L'expérience dément cet optimisme. Je ne dis pas que tout est mauvais dans l'université actuelle, mais que ce qui s'y fait de bon vient plutôt de la résistance aux nouvelles mesures imposées que de leur application, résistance qui ne pourra que s'affaiblir avec le temps. On constate, en effet, que toutes les disciplines sont en train de s'appauvrir parce que les individus les plus « efficaces » qu'elles sélectionnent sont aussi les moins profonds, les plus étroitement spécialisés c'est-à-dire les plus ignorants, les plus incapables de comprendre les enjeux de leurs propres résultats.

Même les disciplines à fort potentiel critique, comme la philosophie ou les sciences sociales, s'accommodent des exigences médiatiques et conservent toujours suffisamment de conformisme pour ne pas être exclues de la bataille productiviste, - sans compter leur incapacité à affronter l'incohérence entre leurs théories critiques et les pratiques que doivent individuellement adopter leurs représentants pour obtenir le poste d'où ils pourront se faire entendre.

Je sais que beaucoup de collègues partagent ce jugement global et tentent héroïquement de sauver quelques meubles, sur un fond de résignation et d'impuissance. On pourrait par conséquent me reprocher de quitter l'université au moment où il faudrait lutter de l'intérieur pour inverser la tendance. Pour avoir fait quelques essais dans ce sens, et malgré mon estime pour ceux qui s'efforcent encore de limiter les dégâts, je pense que la lutte est vaine dans l'état actuel des choses, tant est puissante la convergence entre les intérêts individuels de certains et l'idéologie générale à laquelle adhère l'institution universitaire.

Plutôt que de s'épuiser à nager contre le courant, il est temps d'en sortir pour créer autre chose, pour fonder une tout autre institution capable de reprendre le rôle crucial de transmettre la multiplicité des aspects des civilisations humaines et de stimuler la réflexion indispensable sur les savoirs et les actes qui font grandir l'humanité. Tout est à construire, mais il y a de par le monde de plus en plus de gens qui ont l'intelligence, la culture et la volonté pour le faire. En tous cas, il n'est plus temps de perdre ses forces à lutter contre la décadence annoncée d'une institution qui se saborde en se trompant d'excellence.

Annick Stevens,

Docteur en philosophie,

Chargée de cours à l'Université de Liège depuis 2001.

 

15/09/2011

La paresse sans gène

L'immonde journal Les Echos relaie une étude parue dans les "PNAS", Compte rendus de l'académie des sciences étasunienne, censés être le top de la science internationale pour les savants bling bling. C'est simple : selon des chercheurs canadiens, les souris porteuses du gène AMPK parcourent des kilomètres, tandis que celles qui ne l'ont pas " restent pratiquement immobiles et commencent à grossir ».

Ils en déduisent que le gène non-AMPK est "le gène de la paresse !"

J'en aurais plutôt déduit que le gène AMPK joue un rôle dans le fonctionnement normal et que le gène non-AMPK est un gène de panne générale, qui coupe le cerveau ou les pattes des souris, comme la télévision lobotomise vos enfants et les rend obèses ! Et Canal J ou Disney Channel ne sont, à ma connaissance, pas codés dans l'ADN, mais, au plus, dans votre décodeur...

Mais, chez les anglos, il faut que tout soit génétique, pour des questions d'héritage, de propriété privée et de conservation généalogique des privilèges. Aussi pour déculpabiliser : je suis criminel, homosexuel, paresseux, c'est pas moi, ce sont mes gènes !

Ainsi naissent des pseudo-sciences, comme je le racontais ces derniers temps dans les "Regards" du Courrier - le journal qui publie n'importe qui, même moi, SANS AUCUNE CENSURE A CE JOUR, repris sur ce blog dans les mêmes conditions, à ce jour toujours, et dont je vous livre la suite ci-dessous, toute fraîche pour une fois...

Il y aura encore une suite marrante, mais ce sera dans le No2 de Siné Mensuel, en octobre.

Ciné quoi ? Mais non, pas Ciné, Siné, comme le dessinateur oxygéné qui sème sa Zone !

Mais non, pas Hebdo, Mensuel : avec l'âge il prends le temps de réfléchir...

Comment, Naville n'a plus, ou pas assez du No1, superbe collector ?

Une minute, j'appelle Al Qaïda...

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De la tautologie aux Totologies... in Le Courrier du 14-9-2011

Une tautologie est une proposition qui n'apporte rien de plus que son point de départ : « je ne suis pas mort, parce que je vis encore ». Toto, c'est Ouin - Ouin chez les frouzes. Mais Ouinouinlogie sonnait mal et ne ressemble pas du tout à tautologie : le jeu de mot du titre est intraduisible en Romand !

Les Totologies, seront donc les sciences approximatives de Toto et de Ouin - Ouin, qui n'ont pas encore une méthode très rigoureuse...

La sélection naturelle est parfois dénoncée comme une théorie « tautologique » dans son rapport à l'adaptation des espèces vivantes à leur milieu : les populations d'animaux ou de plantes « adaptées à leur milieu » survivent et on les dit adaptées parce qu'elles ont survécu. Raisonnement circulaire dénoncent certains ! Vu comme cela, le schmilblick n'avance pas...

Mieux vaut être précis et se souvenir que la génétique a montré que toute population change de manière imprévisible à chaque génération, surtout si elle est sexuée, tandis que la plupart des milieux naturels changent sans cesse, eux aussi, de manière indépendante. L'« adaptation » est donc un mythe après lequel la sélection naturelle courrait en vain, sans pouvoir la rattraper le plus souvent. C'est l'histoire de la « Reine rouge » qui court après son image dans le miroir, pour reprendre un « marronnier »* de la biologie évolutive ! La théorie de la sélection naturelle dit plus simplement que, dans une population qui se maintient et se transforme, assez d'individus parviennent à l'âge de la reproduction et produisent assez de descendants pour que la génération suivante remplace numériquement la précédente. Tout est donc lié par deux conditions : la survie et la fécondité. Bien des combinaisons de ces deux conditions et de la durée de vie des individus sont possibles. Les harengs ou les souris vivent peu d'années, avec une mortalité terrible, mais une énorme fécondité : leur innombrable descendance compense les dommages de la vie courte et de la mortalité énorme due aux prédateurs. Les chênes vivent longtemps, meurent en grand nombre, mais se reproduisent beaucoup. Les éléphants, les gorilles, ou autrefois les humains, vivaient longtemps, mourraient beaucoup moins, mais se reproduisaient beaucoup moins. Pour qu'une population se transforme par sélection naturelle et « s'adapte biologiquement » à son milieu, il faut qu'elle élimine beaucoup par la mortalité. Ce qui n'est pas le cas des grands mammifères et des grands oiseaux, encore moins le cas des humains actuels. Ils ne sont donc pas « adaptés » par la biologie, mais par le hasard, l'histoire, la contingence, l'apprentissage et la culture. Contrairement à ces insectes, ces plantes ou ces bactéries que l'on croirait « fabriqués pour » vivre dans leur milieu, jusqu'au plus petit détail de leurs formes, de leur couleurs ou de leurs comportements.

Mais ceux qui n'ont rien compris de la génétique de la transformation des populations croient souvent que la sélection naturelle « optimise » tout dans toutes les espèces, y compris la nôtre, réalisant partout des écosystèmes statiques, parfaits et des « stratégies évolutives stables ». Ces nouveaux bigots de la sociobiologie et de la psychologie « évolutive »*, que nous qualifierons aimablement de « Totologies », rejoignent ainsi les néo - créationnistes qui veulent retrouver leurs dieux dans la perfection supposée de la nature et les adeptes des « théologies naturelles », qui donnèrent tant de souci à Lamarck, Darwin et Wallace et bloquèrent les avancées de la biologie pendant plus de deux siècles.

 

 

* pour les journalistes, un marronnier est un sujet déjà traité un grand nombre de fois et que l'on reprend régulièrement en période creuse. Rien à voir avec l'arbre...

 

**cf. regard du Courrier du 31.8.2011 ou L'Anarchronique sur blog.tdg.ch

 

11:03 Publié dans science et politique | Tags : science, politique, anglos, paresse, génétique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

20/06/2010

Singer la science !

Pour exister dans leur communauté, ou pour l’impact dans les médias, les scientifiques ne cessent de bluffer. Exemple…

Une primatologue fait des tests sur des petits singes qui obtiennent des fruits par un système de trappes ouvertes ou fermées. D’autres, qui observent le schmilblick, réussissent plus ou moins le test. Notre chercheuse trouve que les femelles sont plus souvent matées et que ceux qui les imitent réussissent mieux le test que ceux qui imitent les mâles. Pourquoi pas ? Mais, dans la « très prestigieuse » revue qui publie les résultats, ceci démontre que ce sont les femelles qui transmettent les traditions locales, les mâles changeant de groupe et transmettant peu. Et puis, « bien sûr », il en va de même chez les autres singes et les humains !

On est passé d’une expérience sympa mais anecdotique, sur UNE espèce de petits singes dans des conditions artificielles, à des conclusions générales planétaires sur la transmission de la culture chez tous les singes et tous les humains… Pur délire !

Mais, dans la science du fric anglo – occidentale, notre chercheuse n’aurait pas eu ses crédits de recherche et n’aurait jamais publié dans cette revue si elle avait raconté honnêtement ce qu’elle voulait faire et ce qu’elle avait obtenu.

Ainsi, vous ne trouverez pas un projet de recherche ou un article de « prestigieuse » revue sur les virus ou les cellules qui ne prétende contribuer (…peut –être, un jour !) à guérir le SIDA ou les myopathies. Ou bien vaincre la pollution et sauver la biodiversité !

La recherche doit justifier une activité incompréhensible pour qui n’est pas dedans, gouvernants et citoyens en particulier. Elle le fait par un répertoire de belles légendes, plus souvent transmises par les mâles, puisque les chercheuses sont encore minoritaires…

 

In Siné Hebdo N° 84

10:37 Publié dans dédé siné | Tags : science, recherche, éthique, communication, financements, bluff, mensonge | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

10/06/2010

Chapeau la science étasunienne !

Le journal de l’Institut National du Cancer Etasunien publie une recherche réalisée en Floride…

Des chercheurs ont étudié l’intérêt d’opérations de promotion du port du chapeau dans les écoles !

Selon leur hypothèse décoiffante, le chapeau protègerait la peau contre les cancers dus aux rayons solaires !

22 écoles, 1115 élèves exposés à la promotion et 1378 contrôles, répartis selon des critères stricts, étaient concernés.

L’enquête aboutit à des conclusions pleines de rigueur et d’originalité.

D’abord, la promotion accroit le port du chapeau à l’école !

Par contre, une sous enquête par « auto - déclaration » - bref en demandant aux gamins ! – n’établit aucune différence hors l’école.

Enfin, sur un sous groupe de 378 élèves – il ne faut pas trop se fatiguer ! – on ne trouve pas de différence de pigmentation cutanée.

Vous retenez de cette étude bouffonne que les chapeaux n’ont servi à rien et que les élèves s’en fichaient sortis de l’école ?

Mauvais esprit !

Les sept auteurs concluent que la promotion du port du chapeau pourrait avoir des effets bénéfiques…

…et, au final, diminuer le risque de cancer !

Mais elle devrait bénéficier de la participation des parents, des professeurs et de l’ensemble de l’école…

Qui n’ont rien d’autre à faire…que de porter le chapeau !

Qui finance cette étude digne du bonnet d’âne de la médiocrité scientifique : les contribuables ou les marchands de chapeaux ?

Ce qui me rassure, c’est que malgré le rêve américain de nos autorités scientifiques, je n’ai jamais vu pire chez nous !

RSR1 9-6-2010

18:11 Publié dans rsr.ch | Tags : science, recherche, cancer, chapeau, usa | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

21/05/2010

Topless !

- Pourquoi les hommes ont-ils des tétons alors même que ce qui est inutile disparaît généralement lors de l'évolution?

Cette question, posée par une jeune femme, m'a été relayée par le site www.tsrdecouverte.ch (Questions à un biologiste) de notre télévision romande. Vous trouverez une version vidéo de la réponse, merveilleusement illustrée par Tanya Chytil, (encore qu'il est question de tétons masculins, mais il faut bien comparer...) sur

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=25;vid=11913134

Mais, comme le dit Tanya, sa grand mère s'oppose formellement à la diffusion de la version topless...

Dommage !

Voici la version originale de ma réponse :

Eh bien justement, Sidonie, c'est une idée fausse de penser que ce qui est "inutile" disparaît systématiquement dans l'évolution.
Cette idée fausse vient de l'application abusive de la "loi de l'usage et du non usage" proposée par Jean Lamark et reprise par Charles Darwin lui-même, 50 ans après.
D'abord, dans leur esprit, la régression des organes inutilisés était lente et progressive, ce qui explique la présence d'organes résiduels atrophiés et non fonctionnels tels que les ébauches de pattes de certains serpents ou certains cétacés. Evidemment, dans cet ordre d'idées, les tétons masculins sont, en général, modestes par rapport à ceux des femmes.
Mais on peut aussi remarquer, avec François Jacob, que la nature "bricole" et que, souvent, un organe, une cellule, une molécule, un gène, sont réutilisés, un jour, dans une fonction différente de leur fonction initiale, ainsi :
- un arc branchial des poissons anciens devient osselet de l'oreille interne chez leurs descendants reptiles mammaliens, puis mammifères. Il leur permettait de respirer, il nous permet d'entendre !
- un cul de sac du tube digestif devient poumon chez certains poissons et chez les vertébrés terrestres. Il leur permettait de digérer, il nous permet de respirer !
Si vous connaissez bien les hommes, Sidonie, vous en aurez certainement remarqué qui ont une extrême sensibilité des tétons, si petits soient ils, ce qui peut être une fonction importante dans l'excitation sexuelle et donc dans l'aspect fécondité de la sélection naturelle. Inutile de vous préciser que c'est une fonction, secondaire peut-être, mais importante aussi des tétons des femmes.
Enfin, je saisis l'occasion de rappeler que la construction de l'organisme d'un mammifère se fait selon un "patron" général où des organes comme seins et tétons vont par une série de paires (il arrive qu'une deuxième paire apparaisse exceptionnellement chez les humains) et que les programmes mâle et femelle, homme et femme, viennent se greffer secondairement sur ce patron unique, au cours du développement de l'embryon, grâce à des gènes que tout le monde possède, mais qui peuvent être inactivés  chez elles et activés chez eux, ou l'inverse. Agissent aussi des hormones sexuelles qui sont les mêmes, mais en proportions différentes selon les sexes.
Il n'est donc pas étonnant que des caractères sexuels puissent être partagés entre les sexes ou ambigus chez certains individus.

08:57 Publié dans Questions à un biologiste TSR.ch | Tags : tétons, seins, science, évolution, sensibilité, érotisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

19/05/2010

Fric et pub religieux contre enseignement des sciences

Je voudrais dire la stupeur d’amis professeurs de l’enseignement secondaire.

Dans la société du succès sans peine, ils enseignent des sciences passionnantes, mais difficiles.

Dont la biologie, qui n’a de sens que par sa synthèse moderne : la théorie de l’évolution.

Une théorie incomplète, provisoire, laissant place au doute et aux réfutations sérieuses, comme toute théorie scientifique.

Une théorie qui figure dans les programmes scolaires parce que c’est le seul état de la science, en biologie, aujourd’hui.

Or, d’immenses affiches niant l’évolution ont annoncé partout des conférences d’un militant islamiste turc.

Au Centre international de conférences de Genève et au Palais Beaulieu, à Lausanne, pour ne pas parler de Zürich.

Le graphisme anti – évolutionniste est mensonger et explicite.

Il renvoie à des sites internet fondamentalistes.

Qui enseignent que l’évolution, c’est du terrorisme communiste, sioniste et maçonnique, la seule science étant la création d’Allah.

Adnan Oktar, dit Harun Yahya, utilise une énorme fortune, d’origine inconnue, pour répandre son fanatisme religieux à travers le monde.

L’argent lui ouvre les portes de nos lieux les plus prestigieux pour des prêches débiles qualifiés de conférences scientifiques.

Il couvre nos murs de propagande attaquant notre éducation scientifique, notre démocratie et notre liberté de pensée.

La publicité malmène déjà notre santé et notre qualité de vie en vendant la malbouffe, la surconsommation et le culte de l’argent.

Elle se met aujourd’hui au service d’un obscurantiste islamiste.

Pourquoi pas Al Qaïda, Blackwater ou le Mossad demain?

S’ils payent assez…

RSR1 19-05-2010

13/01/2010

Réchauffement climatique !

Chers auditeurs, quelle chance depuis trois semaines !

Génial l’air glacial en ouvrant portes et fenêtres !

Vous tremblez dans la bise noire ? Tant mieux !

Votre train a des heures de retard ?

Vous êtes pris dans une tempête de neige, au risque de mourir de froid ? Profitez-en !

Vos descendants ne connaîtront pas ça, du moins si le GIEC ne se trompe pas !

Le GIEC, vous savez, le Groupe International des Experts sur le Climat.

Des « savants » qui votent à l’unanimité que la terre se réchauffe à cause de vos émissions de carbone.

Ils ne sont pas d’accord pour les délais.

Mais, d’après eux, vos enfants ou leurs descendants grilleront sur la terre que vous transformez en toasteur.

Pour eux, plus de glace aux Pâquis, une bise noire transformée en foehn, bientôt plus de pare brise à dégivrer !

Un quotidien glauque comme celui des people en Californie ou aux Antilles !

La preuve : les glaciers alpins reculent ! C’est vrai…

Mais ne croyez pas les neiges d’aujourd’hui, ce sont les illusions d’un peuple qui ne comprend rien !

C’est fou ce que le GIEC est discret cet hiver, après son boucan d’été !

Comme l’OMS et ces gouvernements qui bradent leurs centaines de millions de doses de vaccins et de Tamiflu !

Pourquoi je vous raconte ça ?

Pour vous rappeler que la science consiste d’abord à douter.

Si l’on vous dit « tous les savants disent que… » ou bien « les experts sont unanimes», criez « Menteur » !

Au mieux ils doutent, au pire ils ne savent rien !

Ne croyez que ceux qui n’ont pas de certitudes !

Et profitez bien de l’hiver, même si ce n’est pas le dernier !

RSR1 13-01-2010

10:04 Publié dans rsr.ch | Tags : réchauffement, climat, écologie, froid, science, doute | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

18/11/2009

Science et politique, de Darwin à nos jours

Les scientifiques d’une société propagent ses idéologies et participent à leur construction.

Charles Darwin était un riche bourgeois.

Il fréquentait Adam Smith et Herbert Spencer, prophètes du capitalisme.

Ces derniers lui ont sans doute fait exagérer, un temps au moins, le rôle de la compétition dans l’histoire de la vie.

A l’opposé, des communistes prenaient la sélection naturelle comme argument pour la lutte des classes !

Pourtant, Darwin n’a pas rencontré Karl Marx, comme l’imagine une excellente fiction théâtrale romande !

Il évitait les récupérations politiques, religieuses et les conflits, même si sa théorie ruinait le fondamentalisme chrétien.

La science occidentale idolâtre Darwin, mais s’inspire plus de Spencer que de la prudence du grand naturaliste.

Elle fait l’apologie de la compétition et du court terme, provoquant un énorme gâchis de moyens et de talents.

Elle pratique le culte de l’argent et même la spéculation : l’université de Lausanne a perdu ses économies en bourse l’an passé !

Cette science néo - libérale recourt à la propagande, quand ce n’est pas à la publicité mensongère.

Elle méprise souvent les subalternes, les femmes et les étudiants, considérés comme de la « chair à canon ».

De jeunes docteurs, aujourd’hui, se font détruire leur vie privée par de courts contrats qui les baladent à travers le monde…

Ils passent par la case chômage, selon les moyens et les besoins temporaires des laboratoires.

Comme ils doivent envier Charles Darwin qui a travaillé à son goût, chez lui, pendant des décennies, grâce à la fortune familiale !

RSR1 18-11-2009

09:47 Publié dans rsr.ch | Tags : science, politique, darwin, spencer, marx, université | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

04/11/2009

Darwin en vrai : la modestie de la science face aux abus des religions

Les pays épris de sciences, dont Genève et la Suisse, célébrent, la semaine prochaine, l’anniversaire de "l’Origine des espèces..." de Charles Darwin.

L’originalité de ce livre a été soulignée par les ennemis religieux de l’auteur, qui y rassemblait surtout des faits et des idées déjà connus.

Sa démonstration montre que l’histoire de la vie est un processus matériel dans lequel aucune explication surnaturelle n’est nécessaire.

Sélection naturelle, continuité des lignages, histoire des milieux et contingence, ce que Buffon qualifiait de « causes actuelles », explique ce que nous savons de l’histoire de la terre.

Il n’est pas étonnant que les excités fondamentalistes diabolisent, encore aujourd’hui, le paisible naturaliste malade de Down.

Ni que ses supporteurs excessifs créent un mythe religieux autour de celui qui avait montré que les dieux n’aident pas à comprendre la vie.

Le Muséum de Genève nous donne l’occasion de revenir à des textes originaux importants ou méconnus de Darwin par des lectures, suivies de débats.

On y découvre un Charles Darwin curieux de tout ce qui fait la vie quotidienne et se posant plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

L’Académie suisse des sciences naturelle et l’Université de Genève, avec la complicité de François et Jean-David Rochaix, nous offrent deux pièces de théâtre, suivies de débats animés par des chercheurs.

On y montre la réalité humaine attachante et les interrogations du grand homme.

Pour cela, les auteurs utilisent un mélange subtil de réalisme historique et de fiction, souvent drôle, sinon délirante.

Comme la supposée rencontre avec Karl Marx.

Des occasions à ne pas manquer par ces longues soirées d’hiver…

RSR1 04-11-2009

Ne pas manquer les lectures débats au Muséum d’histoire naturelle de Genève, à Malagnou http://www.ville-ge.ch/mhng/anima_2009_darwin.php

Ni « Darwin en finit avec les Cirripèdes » et « La confession de Darwin » à Uni Bastions www.darwin2009.net

17:19 Publié dans rsr.ch | Tags : darwin, évolution, lecture, théatre, religion, science, marx | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

27/07/2009

Science pour tous !

Dieu peut-il tuer la science ? C’était la question de la Radio Suisse Romande pour le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin. Ceci pour évoquer les offensives des sectes de tout poil contre l’enseignement de la biologie dans les écoles. Car, comme nos inspecteurs généraux de l’éducation nationale, leurs homologues suisses paniquent devant les gamins qui brandissent la bible, le coran ou le kama soutra et expliquent que les profs qui racontent l’histoire de la vie seront transformés en merguez ou en crapauds tandis qu’ils recevront soixante dix vierges ou le droit de prier pour l’éternité (je préférerais les vierges, mais soixante dix, c’est beaucoup !).
Face à moi, un allumé créationniste qui veut surtout vendre son bouquin, un gentil petit sous - pape qui représente mal le führer du Vatican et une théologienne anti – pape, alliée de circonstance contre les hypocrisies biblico - cathologiques.
Et Dédé – le démon de rappeler que le but de la science est de mettre d’accord, si possible, des gens de cultures et d’origines différentes sur l’état du monde qui nous entoure et sur le peu que nous savons de nous mêmes. Que la science n’est pas une théologie et n’a pas à être complète et à avoir réponse à tout. Qu’elle est plus forte de ses doutes que de ses certitudes. Que nos bonnes questions sont plus sérieuses que leurs mauvaises réponses. Et que s’ils veulent croire que nous serons transformés en merguez ou en cafards après la mort, ou bien qu’un baba-cool a fait des miracles il y a deux millénaires, c’est leur problème, mais que ce n’est pas une raison pour l’infliger aux gamins et nous briser les couilles !

In Siné Hebdo N° 24

23:14 Publié dans dédé siné | Tags : dieu, darwin, science, théologie, éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

03/04/2009

Grosse colère ! (Pauvre France ...)

Le nombre d’étudiants en sciences décroit, alors qu’il en faudrait bien plus pour gérer notre société et enseigner comment y survivre.

Dans les médias de merde, les Delarue et Dechavanne brocardent sciences et culture sur le thème : c’est compliqué, c’est chiant, on est là pour se marrer !

Par la jonction improbable des télévangélistes américains et des islamistes lardés de pétro - dollars, la propagande antiscience des lobbies religieux dispose de moyens dans le monde de l’édition et d’internet qui écrasent l’éducation et la communication scientifique non commerciale.


Que fait le Ministère de l’Education Nationale ?


1) il fait confisquer les livres créationnistes envoyés dans les écoles. Plutôt que de les utiliser comme matériel pour en démontrer l’imposture et éditer les manuels qui les rendraient désuets. Censurer ou brûler les livres n’a jamais fait avancer la science !


2) il organise, entre Cité des sciences et Collège de France, un énième colloque pour savoir comment, quand et où enseigner la biologie de l’évolution. Les spécialistes s’y crêpent le chignon autour de leurs marottes, des théologiens du Vatican et des philosophes viennent dire qu’il ne faut surtout pas aller trop vite …


Pour mémoire : la « commission Picon » créée par le ministère a proposé en 1983 une refonte cohérente des programmes de biologie où les élèves, du primaire jusqu’au brevet ou au bac, apprendraient à leurs niveaux l’état des sciences sur l’histoire et les mécanismes de la vie.
Comme d’hab, gouvernement et ministère se sont torchés de deux ans de travail de vingt personnes et ont jeté le rapport à la corbeille ! Pour ne nommer personne, il s’agissait de Lionel Jospin et Claude Allègre, bouffon sarkozyste …

In Siné Hebdo 12 Novembre 2008

06:05 Publié dans dédé siné | Tags : science, évolution, médias, programmes scolaires, biologie, créationnistes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

18/03/2009

Scientifiques – public : le malentendu

Le malentendu permanent entre les scientifiques et le grand public a plusieurs causes.
Les gens voudraient des réponses simples et définitives à toutes leurs questions.
Or la science ne répond pas à toutes et ses réponses sont souvent partielles, compliquées et provisoires !
C’est la conséquence de sa méthode de travail, par mise à l’épreuve d’hypothèses au cours d’expériences reproduites.
Cet incertain, ce flou et ce provisoire sont décevants pour ceux qui voudraient que tout soit blanc ou noir, et définitif !
Par ailleurs, les questions du public sont souvent des « pourquoi … ? ».
Alors que la science est plus à l’aise avec les « comment … ? »
Le doute, essentiel dans l’approche scientifique, est source d’angoisse et parfois pris pour de l’incompétence par le public.
Les débats contradictoires entre chercheurs, normaux aux frontières du savoir, sont souvent interprétés comme mettant en cause des bases qui, elles, font l’unanimité des scientifiques.
La quantité de résultats produits, leur complexité et la vitesse croissante de leur accumulation débordent parfois les spécialistes eux-mêmes.
Ce contexte avantage, dans les débats, les religieux et les politiques qui savent où sont le bien et le mal, ainsi que les prétendus savants ou journalistes qui ont réponse à tout.
L’un des plus connus déclarait un jour en confidence privée :
« En vulgarisation, on est juste et incompris, ou bien faux et compris. J’ai choisi la deuxième solution ! »
C’était une double trahison : trahison de la science travestie et trahison du public trompé !
Elle est malheureusement très répandue …

RSR1 18-03-2003

15:58 Publié dans rsr.ch | Tags : science, vulgarisation, communication | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |