23/05/2013

Le roman des races de Nancy Huston et Michel Raymond*

Dans un article du Monde** qui provoque quelques remous dans le Landernau parisien, la romancière Nancy Huston et Michel Raymond, grand prêtre de la sélection naturelle à l’Institut des sciences de l’évolution à Montpellier, renvoient à leurs études, avec un même mépris et pour cause de déviations idéologiques, aussi bien les généticiens des populations qui ont démontré depuis un demi siècle que le concept de race n’est pas opérationnel dans les populations humaines que les chercheurs en sciences humaines qui refusent les approches biologiques des comportements humains. Et ceci au moment où le parlement français vote des textes éliminant le terme race des textes juridiques.

L’article est bien écrit, mais son argumentation relève plus de la fiction, dont la romancière est spécialiste, que des sciences de l’évolution et de la biologie des populations humaines dont Raymond se voudrait le nouveau prophète en réhabilitant de vieux errements. On matraque que des faits sont incontournables, mais ils ne correspondent en rien aux paradigmes actuels des sciences concernées. On utilise l’analogie comme preuve dans l’argumentation, sans se demander si elle est pertinente. Enfin et surtout, on passe sous silence des connaissances bien établies qui cassent le réquisitoire. Reprenons donc les principales failles d’un raisonnement dont l’objectif clair et unique est de démontrer que « oui, les races humaines existent », comme les sexes, et que les généticiens et anthropologues qui prétendent le contraire sont aussi stupides et bornés idéologiquement que les imbéciles de parlementaires français qui ne veulent plus que les juges parlent de races en condamnant le racisme et qui autorisent en même temps un mariage homosexuel contre nature.

L’article passe totalement sous silence les trois plus grandes découvertes de la génétique évolutive et de la génétique des populations humaines au cours du siècle passé :

1)   dans toute espèce se maintenant uniquement par voie sexuée, tout individu est génétiquement unique, ce qui rend toutes les populations concernées très hétérogènes et lie toute subdivision de ces espèces au choix de critères plus ou moins arbitraires, selon leurs subdivisions et leur diversité génétique

2)   dans l’évolution des espèces, le hasard et les contingences de l’histoire jouent très souvent un rôle qui l’emporte à court terme sur les déterminismes à long terme de la sélection naturelle. Si celle-ci a un rôle majeur en éliminant le non viable et le non fécond, des gènes potentiellement avantageux sont éliminés par le hasard ou la dérive génétique, en particulier dans le cas des populations de relativement faible effectif, ce qui est le cas de tous les grands mammifères, dont les humains. Ceci ne permet donc pas à la sélection naturelle d’ « adapter » parfaitement les populations et d’ « optimiser » les caractères concernés comme les « sociobiologistes » et les « psychologues évolutionnistes » prétendent qu’elle le fait

3)   les modèles théoriques de Gustave Malécot et les études empiriques de la génétique des populations humaines (Morton, Cavalli-Sforza, etc…) ont établi que les migrations sont de beaucoup le facteur essentiel – le plus rapide et le plus intense – de l’évolution des fréquences des gènes et de la structure des populations. Il est démontré que les migrations, chez les humains préhistoriques comme chez la plupart des espèces, ont été conditionnées pour l’essentiel par la distance géographique des lieux de résidence, produisant une répartition continue des gènes et des populations en « gradients » de variation à travers les continents. Plus on vivait proches, plus on se ressemblait par les fréquences des gènes et des caractères quand on ne se déplaçait qu’à pied. Ces répartitions ont bien sûr été perturbées par l’hétérogénéité géographique et écologique des milieux, par la sélection relativement rapide de quelques caractères comme la couleur de peau, la stature, la morphologie, par la réponse aux pathogènes locaux, ainsi que par les nombreuses contingences de l’histoire.

D’un bout à l’autre de l’article du Monde, on parle de « groupes humains », dont on veut faire des races, des variétés ou des sous-espèces par analogie avec – je cite – les chiens, les girafes, les chimpanzés, les mésanges bleues et les … ratons laveurs ! On peut être surpris de voir un biologiste universitaire cosigner cet inventaire de Prévert où l’on mélange les races de chien créées artificiellement par les humains avec des variétés mal définies d’oiseaux et des sous espèces de girafes ou de chimpanzés bien séparées depuis longtemps dans l’espace et qui représentent des espèces en formation. Contrairement à ce que prétendent les auteurs, rien de tel n’existe chez les humains actuels dont aucune population n’a été isolée assez longtemps pour parvenir à de tels stades de différenciation. Il est aussi démontré, depuis peu, que les néandertaliens, dont on voulait autrefois faire au moins une race séparée, sinon une espèce distincte n’étaient qu’un maillon un peu isolé du réseau génétique humain. Le séquençage des génomes a même démontré que, depuis leurs derniers ancêtres communs d’il y a sept à neuf millions d’années, les ancêtres des gorilles, chimpanzés et humains ont continué à s’hybrider en Afrique pendant sans doute plusieurs millions d’années. Prétendre dans ces conditions, comme le font les auteurs, que les « races humaines » actuelles vont devenir des espèces différentes est donc une pure aberration !

Les auteurs jouent donc sur la complexité de la diversité biologique des humains qui, bien que considérable, ne se prête pas à des classifications raciales parce qu’il n’y a pas de frontières biologiques entre les populations. Ces dernières s’interpénètrent et varient de manière continue d’un bout à l’autre de la planète. On peut bien sûr faire des découpages en mettant des limites arbitraires aux populations et aux valeurs d’un ou plusieurs caractère physique ou génétique choisis tout aussi arbitrairement. Mais alors on n’obtient pas les mêmes classifications « raciales » selon les limites que l’on attribue aux populations et selon les caractères choisis. C’est ainsi que l’ «anthropologie physique » coloniale a décrit, dans des milliers d’articles et de livres, de deux à plus de quatre cent « races humaines », où les deux mêmes populations se retrouvaient réunies ou séparées selon les choix personnels du « savant ». Une situation évidemment très différente de celle des trois sous espèces de grands chimpanzés qui, séparées géographiquement et génétiquement depuis longtemps, font l’objet d’un consensus entre les primatologues : il n’y a pas d’ambiguïté dans l’attribution d’une population sauvage à l’une de ces sous espèces, même si ces dernières ont gardé la possibilité de s’hybrider entre elles si on les réunit.

Je ne m’attarderai pas beaucoup ici sur la confusion que le verbiage populiste de l’article tente d’introduire par une analogie forcée proclamant que les races humaines seraient aussi factuelles que les sexes et leurs individus aussi irréductibles les uns aux autres. Cette analogie est dépourvue de sens et vise surtout à déconsidérer la notion de genre et l’introduction dans les programmes de l’éducation nationale française de son enseignement. Il s’agit donc de faire un coup double politique en attaquant deux mesures qui n’ont rien à voir, sinon d’arriver en même temps. Est-il encore nécessaire de rappeler ici que la notion de genre, qui correspond à la construction sociale et psychologique de l’identité sexuelle, n’est en rien une négation de sa construction génétique et physiologique, qui intervient avant et pendant, les deux s’influençant réciproquement ***. Les féministes de toute obédience politique apprécieront la justification de la poursuite des discriminations arbitraires que cette confusion appelle.

Sur les races, comme sur le sexe, les auteurs ne font que tenter de recouvrir d’une caution scientifique les positions politiques de l’extrême droite ou d’une partie de l’establishment scientifique anglo-saxon. Un positionnement qui, en matière de races, a même été désavoué, voici une douzaine d’année, par la décision des juges de la très conservatrice cour suprême étasunienne lorsqu’ils ont décidé que désormais chaque citoyen déclarerait sa race et pourrait, éventuellement en déclarer plusieurs. Une manière élégante et discrète, pour des juges nommés en majorité par Reagan et les Bush père et fils, de confirmer que la « race » était affaire d’arbitraire social et non de réalité biologique !

 

*qui « n’a pas inventé la roue » mais n’hésite pas à inventer des faits

** http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/17/oui-les-races-existent_3296359_3232.html

*** cf par exemple mon bouquin « Le sexe et l’innovation » éd. Du Seuil 1979/1987

 

 

 

 

29/11/2012

Réponses intelligentes à des questions « idiotes »


Fischetti.jpgAntonio Fischetti est scientifique ET journaliste, ou peut-être l’inverse. Ce qui lui permet à la fois de poser les questions « idiotes » que tout le monde se pose, en particulier à propos des idées reçues et d’y répondre avec un humour qui n’exclue pas le sérieux. Ou bien de ne pas y répondre quand la science ne propose qu’un magma d’hypothèses et de résultats contradictoires. Avec une franchise et un courage simple qui font cruellement défaut aux blouses blanches et académiciens qui ont réponse à tout, ou bien vous renvoient vos questions « idiotes » au plexus.

La liste des trente six questions est politiquement très incorrecte et provocatrice : depuis « Les cons ont-ils une tête de cons ? » jusqu’à « Voit-on défiler sa vie avant de mourir ? », en passant par « Pourquoi les gays parlent-ils d’une façon particulière ? », « Les croyants sont-ils fous », « Pourquoi les femmes crient-elles pendant l’amour ? », « Les Juifs sont-ils surdoués ? », « Peut-on traiter un arbitre d’ « enculé » ? », « Pourquoi les Noirs gagnent-ils les courses à pied ? », « Les femmes ont-elles des chaleurs ? », etc… Chaque question est illustrée, comme la couverture, d’un dessin très décalé de Kamagurka !

Les réponses, par contraste, sont rédigées avec beaucoup d’humour et de délicatesse avec, à chaque point névralgique de l’explication, un discret renvoi à une publication scientifique récente qui traite du sujet. Je n’avais pas dévoré un livre aussi vite depuis longtemps et quiconque s’intéresse à la vie quotidienne et aux comportements humains y prendra le même plaisir. Mon seul bémol concerne peu de références dépassées à feu la psychanalyse ou improbables à cette grande farce qu’est la « psychologie évolutionniste ». Mais c’est à propos de banalités qui ne plombent pas cette lecture des plus stimulantes. Un cadeau original pour rire, faire rire et s’instruire entre les fêtes !

Questions idiotes et pertinentes sur le genre humain, d’Antonio Fischetti, éd. Albin Michel, Paris. 2012 Vient de sortir

 

15:52 Publié dans Humour, sciences | Tags : comportements humains, éthologie, humour, idées reçues, sexe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

27/02/2012

31 juin : grande fête à poil ?

Si vous voulez en savoir plus sur le Mouvement Révolutionnaire du 31 juin qui se propose de remettre en cause le calendrier judéo-chrétien et de passer à une existence plus festive que celle que les vampires néo-libéraux imposent aux masses populaires, il va vous falloir patienter jusqu'au Courrier de ce mercredi bissextile du 29-2-2012. Rendez-vous sur :  http://lecourrier.ch/dede

01.jpgEn attendant, pour vous aider à gérer rigoureusement et dans la bonne humeur, vos inextricables problèmes de familles recomposées, le Psikopat de ce mois sort un dossier aussi documenté que décapant. Bonnes idées et mauvais goût garantis ! Pour ne pas parler des BD's et dessins...

Vous y apprendrez aussi comment les Kometes vont relayer Dr Krospell, sans toutefois l'éradiquer...

Et puis, plein d'autres bonnes nouvelles à venir sous peu...

09/02/2011

Carla et Nicolas : Saint Valentin ratée !

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Tu es bien trop petit, Nicolas !

 

 

 

 

 

 

 

19:05 Publié dans franco-franchouillard | Tags : carla, nicolas, saint valentin, chiens, copulation, sexe, amour | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

10/01/2011

Benoit über alles !

Le double héritier de l'Inquisition et du nazisme a encore frappé !

On va confier l'éducation sexuelle des enfants aux familles intégristes coincées et aux bonnes sœurs névrosées sous l'autorité des curés pédophiles ...

Permettez au mécréant de service de se réjouir de l'actualité papale et de ricaner sataniquement des derniers soubresauts grotesques de la religion qui a ruiné les civilisations européennes !

Amis laïques de tous les pays, unissons-nous autour de l'éducation sexuelle à l'école publique, pour la liberté et la dignité de nos femmes, la santé mentale et l'épanouissement affectif et sexuel de nos enfants !

 

21:12 Publié dans Politique | Tags : pape, sexe, éducation, inquisition, nazisme, religion, laïcité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

10/09/2010

Pour mettre le feu le 11, allumez La Mèche le 10 !

Vous aimez Vigousse, vous pleurez Siné Hebdo ? Vous allez adorer La Mèche, nouveau journal satyrique francophone, en kiosque partout en France et, on l'espère, en Francophonie...

Allez Naville, on est pas de votre bord, mais il y a du pognon à gagner sur notre dos et celui de nos futurs nombreux lecteurs. Alors un petit effort pour la Romandie : sortez-nous bien le vendredi, comme Vigousse. Les sarkozystes Figaro ou Charlie Hebdo sortent bien à temps le mercredi...

Et puis pour les lecteurs qui veulent vraiment nous soutenir, abonnez-vous pour nous aider à faire péter de rire le désenchantement du monde néo-libéral et de la morbide société de consommation !

http://www.lameche.org    abonnement.pdf

A bientôt, partout où l'on pourra, Dédé-la-science

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10:23 Publié dans franco-franchouillard | Tags : la mèche, humour, dessins, satyre, politique, sexe, anarchie, allumer, subversion | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

07/04/2010

Juger l’amour et le sexe : caresse ou branlette ?

Une mère est au tribunal, dénoncée pour inceste par une drôle d’amie.

Son fils de sept ans avait été vu lui suçant le sein.

Elle l’avait allaité jusqu’à trois ans et demi et lui aurait caressé, au passage, le sexe en érection.

Elle est naturiste et fréquente les illuminés raëliens.

Les naturistes veulent désexualiser la nudité.

Se toucher nu est banal chez eux.

Les gourous raëliens, au prétexte d’amour et de spiritualité, abusent les simples d’esprit.

Sur le plan financier, toujours, sur le plan sexuel, parfois…

Comme ceux du Vatican qui n’arrive plus à cacher, ni démentir !

Mais qui définit l’abus et où commence-t-il ?

Quand il y a mauvais traitements et victime.

C’est le cas des enfants sodomisés par des curés frustrés.

Mais une simple dénonciation a fait retirer son fils à la mère prétendue incestueuse. Avant jugement !

Le petit garçon ne semblait pas souffrir et avait des érections spontanées, comme tous ceux de son âge.

On ne lui avait pas appris à les cacher aux tiers, ni fait honte de son corps.

Il ne savait pas que téter sa mère était normal à trois ans et incestueux après…

 

Considérant que « la mère ne semblait pas avoir eu d’intentions d’excitation ou de jouissance sexuelles », le tribunal l’a relaxée.

 

La jouissance serait donc répressible dans ce procès d’intentions !

 

Mais le ministère public fait appel et le mauvais film continue !

 

Va-t-on vers la vidéosurveillance des mères au foyer ?

 

On souhaiterait moins de rigueur sur ce qui semble anecdotique.

Et bien plus quand des prêcheurs de morale abusent de leur autorité usurpée et détruisent des processions de victimes…

 

RSR1 07-04-2010

12:44 Publié dans rsr.ch | Tags : amour maternel, inceste, gourous, justice, délation, amous, sexe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |