25/07/2011

Les grands chimpanzés au pouvoir !

L'agressivité et l'empathie conditionnent les relations entre individus, la répartition dans l'espace et les structures sociales des animaux. Des poissons aux primates, l'agressivité est contrôlée par les mêmes centres nerveux du « cerveau ancien » - dit abusivement « reptilien » - et les mêmes hormones, très conservés dans l'histoire des vertébrés. L'action de ce système est compliquée par les centres nerveux supérieurs qui peuvent moduler, réorienter ou changer ses manifestations. En particulier chez les mammifères à gros cortex cérébral, comme les humains et autres singes, chez qui mémoire, culture et histoire personnelle compliquent, au moment de l'action, les motivations dues à l'état sensoriel, hormonal et social du sujet.

Et puis il y a les variations entre espèces : chez certains poissons la vue d'un congénère déclenche une  attaque immédiate et mortelle ; à l'opposé, d'autre dépérissent si on les isole et rejoignent tout groupe qui passe au plus vite. Les espèces agressives sont souvent territoriales et dispersées, sinon solitaires comme les caméléons. Les espèces moins agressives peuvent être plus grégaires ou régler leurs conflits par des affrontements ritualisés, comportant plus d'esbrouffe que de coups invasifs ou mortels.

Il ne faut pas oublier les différences sexuelles d'agressivité, liées à des différences hormonales et à leurs conséquences dans le système nerveux. Elles sont renforcées, de façon variable, par l'éducation et la culture chez les primates supérieurs.

On peut avoir ainsi des rapports de pouvoir, de domination et des relations entre catégories sociales (genres, groupes d'âge, familiers versus étrangers) différents entre espèces même très proches (chimpanzé et bonobo, gibbons et siamangs, etc...) et même entre des populations d'une même espèce conditionnées par des histoires et des intéractions différentes avec le monde. On se reportera avec grand profit aux passionnants écrits de Frans de Waal pour réaliser à quel point chimpanzés et bonobos, confondus par les zoologistes du 19ème siècle diffèrent : aux chimpanzés violents querelleurs, machistes, obsédés de pouvoir côté mâle, il oppose les bonobos à dominance matriarcale, paisibles et réglant leurs moindres différends par un rapport sexuel, quelle que soit la combinaison de partenaires. Chez les Gorilles, la société est très patriarcale, mais aussi paisible et ordonnée au quotidien que celle des grands chimpanzés est agitée. L'agressivité se limite à la défense du territoire ou du groupe par les grands mâles et à de rares conflits de statut.

Bien que les humains soient également parents des chimpanzés et des bonobos, nos sociétés actuelles ressemblent beaucoup plus à celles des grands chimpanzés qu'à celles des bonobos : organisation sociale patrilocale et machiste, conflits de pouvoir permanents entre les mâles, puis entre prétendants au pouvoir des deux sexes en cas de « libération des femmes ». Avec un effet pervers : si une société décide de promouvoir les femmes au pouvoir, elle tend à sélectionner, pour régater avec les machos, une minorité de femelles parfois plus agressives que la moyenne des mâles dominants. Plutôt que de promouvoir les femmes, il vaudrait mieux dégrader les super machos et surtout dévaloriser le pouvoir et son prestige aberrant...

Tenez, l'autre jour, je roulais paisiblement au volant d'une épave empruntée, sur une voie très fréquentée et à la vitesse maximale autorisée. Pendant près de trois kilomètres en interdiction de dépasser, j'ai eu droit à des coups de klaxon et appels de phares incessants de la part d'un gros 4x4 allemand qui finit par doubler face à un camion, en me faisant un doigt d'honneur. Eh bien ce n'était ni un costume-cravate éjaculateur précoce, ni un chasseur ivre en battle-dress : juste une petite brune sexy « libérée »...

In Le Courrier, rubrique Regards du mercredi 8 juillet

 

16:33 Publié dans comme des bêtes ! | Tags : politique, chimpanzés, bonobos, comportement, sociétés, agressivité, empathie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/10/2010

1) Pourquoi a-t-on l'instinct grégaire?

C'était une question d'un jeune téléspectateur à TSR.découverte.ch et ma réponse :

Les biologistes n'aiment pas trop parler d'instinct, un mot que le langage courant attribue à des situations très différentes et pas toujours de façon très rationnelle.

Il s'agit ici de savoir quelles raisons poussent des animaux ou des humains à se regrouper en certaines occasions ou même à vivre en permanence en groupes plus ou moins nombreux.

Ces raisons sont multiples et très variables, selon les espèces et les circonstances.

Elles s'opposent souvent à de bonnes raisons de vivre dispersés, par exemple pour éviter la compétition pour la nourriture ou les autres ressources, telles que le territoire, pour les espèces qui en ont un.

 

En voici quelques unes, cette liste n'étant certainement pas complète :

 

- vivre en groupes, plus ou moins nombreux, permet de mieux se défendre contre les prédateurs d'autres espèces ou contre des concurrents de la même espèce, chez les poissons, les oiseaux et les mammifères entre autres.

Cela permet aussi une spécialisation de certains dans des fonctions bénéficiant à tous, tels que les "guetteurs" dans certaines troupes de singes, ou les "soldats" ou les "ouvriers" chez les insectes sociaux, ainsi, bien sûr, que dans les sociétés humaines

 

- certains rassemblements ou entassements d'individus servent à lutter contre le froid nocturne (certains singes, jeunes oiseaux,..) ou saisonnier (chauve-souris), ou contre le vent (manchots), ou bien aident à "climatiser" un nid (abeilles)

 

- chasser en groupe est indispensable pour beaucoup de prédateurs s'attaquant à des proies beaucoup plus fortes qu'eux

 

- beaucoup d'animaux grégaires ou sociaux (on dit « grégaires » s'il s'agit de simples rassemblements et « sociaux » s'il existe des structures sociales avec partage des rôles et des tâches) supportent mal la solitude qui peut les mener à la panique ou au stress.

Chez eux, comme chez une majorité d'humains, la présence des autres est gratifiante, récompensée par un sentiment de sécurité, tant que cette présence n'est pas trop proche ou envahissante et qu'elle respecte des espaces privés de taille très variables selon les espèces animales et les cultures humaines, selon les contextes et souvent selon les saisons

 

- beaucoup de rassemblements sont liés à des activités communes nécessitant des partenaires, qu'il s'agisse de sexe, de jeux, de chasse ou de pêche, d'activités sportives ou culturelles chez les humains. Chez nous, le sentiment d'appartenance à un groupe ou à une foule permet une identification à des statuts et des conditions inaccessibles à chacun personnellement, avec tous les dangers que cela comporte en cas d'affrontement de tels groupes ...

 

- ...