02/08/2016

Petite correspondance

Reçue depuis peu :

 « Votre article paru le 20 juillet dans la Tribune de Genève sous "Lu sur les blog" m'a inspiré les lignes suivantes:

Votre manière de banaliser le terrorisme islamisme en la comparant aux morts de la route n'est ni plus moins qu'une manœuvre pour rendre acceptable ces assassinats de masse aux yeux des débiles qui ne font pas la différence entre un attentat et un accident.  Est-ce à dessein que vous contribuez par votre prose à grossir leur rangs? En un mot comme un cent vous êtes en première ligne dans l'armée des idiots utiles de l'Islam le plus rétrograde.

Que diriez-vous d'un groupe ou d'une personne qui utiliserait une dialectique comparable à la votre pour mettre en relation le nombre des migrants morts dans des naufrages en Méditerranée (10 000) à la surmortalité des personnes âgées attribuée à la grippe l'hiver 2015 en France (10 000 ?!)... Par exemple en citant Chateaubriand qui a dit que la vieillesse est un naufrage?

Vous y êtes?!  C'est exactement ce que je pense de vous.

Jean Marc Berthoud »

 En résumé, avec délicatesse, mon correspondant parle, à mon sujet, de :

 « Votre manière de banaliser le terrorisme islamisme (sic)…

 …rendre acceptable ces assassinats de masse…

 …vous êtes en première ligne dans l'armée des idiots utiles de l'Islam le plus rétrograde. »

 Me traite de "débile" et conclue :

 « …la vieillesse est un naufrage?

Vous y êtes?!  C'est exactement ce que je pense de vous. »

 

Ma réponse aux trois premières accusations est simple : relisez-donc ci-dessous, je n’ai jamais écrit cela !

Le refus de la banalisation des morts routières évitables n’implique, en rien, la banalisation du terrorisme que je dénonce sans ambigüité du début à la fin. Par ailleurs, j’accepte volontiers ma débilité comme mon idiotie – le handicap n’est pas un crime !

Mais me prêter une complaisance vis-à-vis de l’Islam radical est faire peu de cas de ce que je ne cesse d’écrire contre toutes les religions et leurs prosélytismes, médiatiques et militaires, passés ou présents.

Cela dit, répondre au dernier point m’est difficile : il y a, au moins, entre 3 et 8 Jean-Marc Berthoud en Suisse !

Le plus folklorique et le plus bruyant est un hurluberlu créationniste, porte parole des fous de Dieu étasuniens, croisé un jour à Lausanne. Il a rencontré Dieu à la gare de Neuchâtel et le recycle jusque dans les radios de l’extrême droite française…

Si c’est lui qui m’écrit, il est bien placé pour parler de naufrage sénile : il a trois ans de plus que moi !

 

18/07/2016

Les « bons » et les mauvais terrorismes

Nul doute que l’attaque au camion de Nice est l’un des actes les plus cruels et « inhumains » qui puisse se concevoir. Rien n’excuse celui qui l’a commis et ses éventuels commanditaires, quelques soient leurs raisons. Cela dit, la comparaison s’impose avec d’autres sources de malheurs, comparables par leurs victimes et peut-être évitables. Pour rester dans le pays atteint, j’ai pensé tout de suite au nombre de victimes d’accidents de la route, en France, pour les longs week-ends, comme celui de la Pentecôte. Le bilan en morts est du même ordre de grandeur que l’horreur niçoise et il est plus élevé par le nombre des blessés. Les conditions de souffrance et de survie sont comparables, les enfants et autres victimes innocentes sont aussi présents. Et chacun admet que ces violences routières et autoroutières insupportables reviennent plusieurs fois chaque année, avec la régularité du Père Noël et de l’Escalade ! Aggravées parfois par l’alcoolisation illégale, mais chronique, des conducteurs, que ce soit pour cause de tradition locale vigneronne ou de rituels de restaurants ou de boîtes de nuit. Pourtant, les responsables du « terrorisme routier » sont bien mieux connus que ceux des attentats djihadistes. Les fabricants et vendeurs de véhicules construits pour des circuits, ou manifestement pour violer les lois de la circulation en vigueur, leur marketing agressif pour la puissance et la sur-motorisation, ainsi que les « clubs » de promotion routière viennent en tête. Aidés par les spectacles « sportifs » motorisés qui n’hésitent pas à faire la promotion conjointe de l’alcoolisme. Ce type de terroristes, qui fait bien plus de victimes chez nous que le djihadisme, bénéficie d’une indulgence totale, grâce à un lobby puissant du patronat, auquel aucun politique ne s’attaquera, à moins d’être suicidaire.

Et puis, dans un autre genre, les marchands d’avions, de tanks et d’armes variées, qui alimentent des guerres inefficaces en Irak et en Syrie, tuent des centaines de milliers d’innocents et en jettent des millions sur les routes. Ils restent néanmoins des commerçants aussi « respectables » que ceux qui affament des pays entiers, en spéculant à Chicago sur les récoltes, ou à Genève sur le pétrole. Tandis que, dans notre indifférence, les polices et armées maritimes de méditerranée ou de Mayotte laissent se noyer bien plus de pauvres gens sur leurs bateaux de la mort que le maudit camion n’a fait de victimes. Bien sûr, ce n’est pas sous les caméras et les projecteurs de la Promenade des anglais !

Le vieil économiste réactionnaire qu’était Alfred Sauvy avait, il y a très longtemps, fait une « étude sur le coût de la vie humaine ». En fait, celui de la mort pour les assurances. Il était déjà évident que cette « valeur » était très hétérogène, dans un seul pays, selon les régions et les catégories sociales. A l’échelle mondiale, elle varie, comme les revenus, de rien à infiniment trop. Et l’inégalité la plus scandaleuse est celle qui n’attribue ni émotion, ni intérêt à l’enfant qui meurt en Syrie, au Sud Soudan ou en Méditerranée, alors que l’on éprouve l’émotion et l’indignation qui conviennent pour les victimes innocentes médiatisées.

27/03/2016

Fondamentalismes : la théorie ne vaut pas mieux que la pratique !

Grosse colère en lisant, en tête de gondole du site de Libération (journal français des résistants, puis des soixante-huitards, puis des marchands d’armes et des financiers), l’interview d’un jeune « philosophe et sociologue » gominé, style Macron, qui explique que le gouvernement français se trompe avec sa politique « tout sécuritaire » inefficace – jusque là on serait presque d’accord ! Mais, selon le bellâtre (un certain Raphaël Liogier, inconnu au bataillon), ces gouvernants se trompent en persécutant les salafistes qui ne seraient que de gentils croyants complètement apolitiques et non violents, des bisounours que l’on devrait, au contraire, choyer pour qu’ils nous servent d’indicateurs contre DAESH qui les persécute eux-aussi ! Tiens, même l’Imam de Brest, celui qui veut interdire « la musique qui fait naître le mal », entre bien d’autres causes sacrées, serait menacé ! La preuve que les salafistes ne sont pas dangereux, c’est qu’avec leurs barbes, leurs burqas et autres déguisements, ils ne peuvent pas se cacher comme les délinquants de DAESH !

Je suis le premier à clamer que les scientifiques doivent explorer et tester toutes les hypothèses, même les plus absurdes. Mais entre explorer et médiatiser, style café du commerce, dans un journal qui pèse dans son pays, on se demande quel est le projet du directeur de publication et de ses maîtres financiers qui laissent propager de telles inepties !

DAESH, Al Qaïda, les salafistes et autres wahabites ont pour objectif clair commun de détruire nos modes de vie pour les remplacer par celui qu’ils préconisent. Tout comme le Vatican et les sectes évangélistes étasuniennes ont pour projet de christianiser le monde à leur sauce et les sionnistes de réaliser le Grand Israël, pour commencer… On ne détaillera pas les Hindouistes, Bouddhistes et d’autres, qui ne valent pas mieux !

Pour tous ces prêtres, la liberté de pensée, la démocratie où la majorité des gens choisiraient leur destin de manière personnelle, éclairée et vivraient comme chacun l’entend, dans le respect des autres et des droits élémentaires de tous, sont des cauchemars. Croisés, djihadistes et missionnaires veulent chacun imposer sa morale archaïque, au nom de révélations bidonnées et de prophètes tocards, plus ou moins déifiés. Pour ne parler que de l’actualité européenne, le salafisme veut imposer l’apart-sexe à l’école et dans les piscines, des codes vestimentaires moyenâgeux, le muezzin et la prière, cul en l’air et en rangs serrés, comme à l’armée. Il refuse, comme Tariq Ramadan, de condamner les douceurs de la charia style lapidations, mutilations des voleurs ou exécutions au sabre, tant prisées dans l’Arabie Saoudite pelotée par nos politiques, nos économistes et l’industrie touristique. Ce combat, prétendu non-violent par ceux qui ne le subissent pas directement, a pourtant le même objectif de sabordage des libertés que celui, violent, des chefs religieux des terroristes. Et ce n’est pas parce que ces derniers recrutent, comme chair à canon, des paumés et des délinquants, et qu’ils ne jouent pas les kamikazes eux-mêmes, qu’ils sont plus innocents que les prêcheurs de haine ou les monarques saoudiens, décorés ou pas de la légion d’honneur. Ceux dont des cousins et/ou rivaux en islam financent DAESH, Al Qaïda ou Boko Haram.

Plutôt que de réunir des aéropages de religieux de tous poils pour « condamner les attentats et la violence », il conviendrait d’expliquer aux peuples que Bible, Talmud et Coran appellent explicitement à cette violence et que ceux qui veulent en imposer les principes sans aucun esprit critique sont des fascistes, des ennemis du vivre ensemble, de l’empathie pour le différent et de la paix que tous les peuples, croyants ou non, désirent. Si les religions d’Europe sont presque maîtrisées, du moins chez nous, par la philosophie des lumières, les révolutions laïques et des politiques musclées d’autrefois, ce n’est pas le cas des islams importés depuis peu par les wahabites, les salafistes ou les ayatollahs chiites, à coups de pétro- dollars. Compter sur ce genre de prédicateurs pour aider à calmer les musulmans peu religieux et opprimés des banlieues difficiles est une erreur politique majeure, dans laquelle le philosophe-sociologue propose de s’entêter avec la même absurdité que pour la loi travail ou la déchéance de nationalité style Front National.

La sauvegarde de nos libertés de penser et d’écrire, du principe d’égalité et de respect des droits, quels que soient l’origine, le sexe, l’âge, l’orientation sexuelle et les croyances, est incompatible avec les communautarismes répressifs musclés que les sectes fondamentalistes musulmanes, chrétiennes, juives et autres établissent pour s’y opposer. Nos droits et nos libertés sont autant, sinon plus menacés par les prosélytismes sectaires que par les attentats. Des millions de convertis sont plus dangereux pour ces libertés que les centaines de terroristes qu’ils engendrent. La liberté de penser et de vivre selon des choix personnels a autant à redouter de l’alliance des calottes et des tapis de prière que de celle du sabre et du goupillon !

La liberté de croyance est une liberté individuelle. Ce n’est pas une « liberté de religion » qui consisterait à prêcher ou imposer sa religion à qui que ce soit, et surtout pas à son conjoint ou ses enfants. En conséquence, les religions qui oppriment les femmes et les homosexuels, qui ne tolèrent ni les mariages mixtes, ni les changements ou pertes de foi, devraient être dans le collimateur des autorités et leurs prédicateurs combattus sans scrupules par des états démocratiques. La religion, c’est comme la prostitution : les principaux coupables sont les prêtres et les proxénètes, pas leurs disciples, ni leurs victimes !

PS : une image agricole et poétique, qui n'a rien à voir...

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28/01/2015

Trois semaines déjà...

Voilà, on a tous repris qui ses crayons, qui ses plumes, qui son clavier et vous n'avez que le choix entre les analyses, les commentaires, les dessins, les BDs, etc...

Je vous conseille quand même d'éviter les multiples récupérations intéressées et opportunistes au profit de ceux qui ont bossé avec les intéressés, partagé leurs projets ou ont vécu l'affaire de près. Comme dans cet excellent Psikopat, en espérant que Naville fera, en sa faveur, l'effort de mise en place et de diffusion qu'il ne fait pas d'habitude.

Réclamez-le !

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09/01/2015

« C’est dur d’être pleurés par des cons ! »

Que d’émotion, que de confusion après l’assassinat de cinq de mes amis dont trois très proches par ce commando de plomb parti massacrer un régiment de plumes… Des envoyés du moyen âge, armés comme dans une guerre vidéo, qui pulvérisent les corps, les membres et les cerveaux de gens parmi les plus pacifiques et les plus gentils que j’ai connus. Des dessinateurs, des humoristes, un économiste qui aurait hésité avant de tuer le moustique venu le piquer. Ils ont tué les gentils, comme l’a dit justement une de leurs collègues. Ils les ont tués parce qu’ils étaient sincères : ils ne pouvaient s’empêcher d’écrire et dessiner tout ce qui leur passait par la tête. Par les fibres fragiles de ces cerveaux extraordinaires dont les débris, noyés de sang, ont éclaboussé les murs et le sol de la salle de rédaction. Parce qu’ils osaient répéter qu’Allah, Yahvé, Dieu le père et tutti quanti n’étaient que des pères Fouettard inventés par de faux prophètes et amplifiés jusqu’à l’absurde par les délires des fidèles. Une opinion, une hypothèse, certes invérifiable, donc non scientifique, mais plus simple et au moins aussi respectable que les radotages religieux des poseurs de bombe et des adorateurs de reliques. Et puis la médiatisation s’en mêle. L’affaire devient le presque unique sujet de l’ « information », de l’actualité. Cinq personnes dont la plupart des gens n’avaient jamais entendu parler, jamais lu une ligne, au plus vu un dessin ou lu un album, deviennent mondialement connues du fait de leur « martyre ». Des centaines de milliers de personnes manifestent ou défilent, des millions compatissent sans jamais avoir vu un numéro de Charlie Hebdo ou alors qu’elles réprouvaient ce genre d’expression. C’est à la fois rassurant et inquiétant. Rassurant parce que tous ces gens s’identifient aux victimes, qu’elles soient journalistes, flics ou nettoyeurs. Rassurant parce qu’ils refusent qu’on tue pour des idées et que les assassins, comme n’importe quel militaire « entraîné », aient nié l’humanité des victimes, réduites à des cibles ou des objectifs. Mais inquiétant parce que la foule est vite noyautée par les « récupérateurs » de tout poil. D’abord les politiques et les confrères journalistes, parfois réellement émus, mais qui y voient d’abord un formidable créneau pour obtenir du temps d’audience ou améliorer leurs cotes d’opinions. Ensuite les « représentants des cultes », des pitreries religieuses responsables de millions d’assassinats de même nature au cours des derniers millénaires, qui viennent pleurnicher leur horreur de la violence et leur solidarité avec les victimes. Tandis que leurs semblables font massacrer pour les mêmes causes au quotidien, partout à travers le monde. Dans cette affaire, les victimes et leurs combats sont oubliés, négligés, méprisés. Est-ce que ces foules ou ces notables se sont demandé ce que nos mécréants, politiquement pas corrects, auraient pensé des pitoyables proclamations des Hollande-Sarkozy-Le Pen sur une liberté d’expression que les puissances d’argent réduisent de jour en jour ? Est-ce leur rendre hommage que de dire des messes à Notre-Dame ? Pourquoi pas rendre des hommages militaires à Cabu et Charb qui ont passé leur vie à conchier l’armée, ou mieux : tirer des rafales de kalachnikovs en leur honneur ? L’idée que les foules qui viennent les pleurer et défendre la liberté blessée par leur mort soient débordées par des politiciens, des officiels, des prêtres et des drapeaux est obscène. Les larmes n’ont pas à être polluées par ces charognards qu’ils combattaient et méprisaient. Si des gens veulent rendre hommage à Philippe Honoré, Bernard Maris ou Charb, ils devront d’abord se montrer intelligents. Si des filles veulent rendre hommage à Wolinski ou à Cabu, elles peuvent se montrer coquines et exhiber ce qu’elles voudront. Mais si vous voulez rendre hommage à l’ensemble des cinq sur un mode respectueux de ce qu’ils avaient en commun, il ne s’agit pas d’aller défiler avec les politiques et les culs-bénits. Vous devrez d’abord vous montrer drôles, et ça, c’est beaucoup plus difficile… Selon un de leurs slogans, à peine détourné, c’est dur d’être pleurés par des cons !

PS : les émotions trop fortes, ce n'est pas bon pour l'orthographe. Merci à Marc-André Oberholzer d'être sorti de sa retraite de correcteur pour corriger mes fautes d'hier ! Charlie et Siné ont toujours été intraitables sur l'orthographe, contrairement à trop d'autres supports. L'occasion d'un hommage à tous les correcteurs et plus particulièrement Mustapha Ourrad assassiné, lui aussi, avant-hier. En même temps que notre irremplaçable Tignous, dont les fautes d'orthographe nous ont tant amusés...