Circoncision : silence sur l'autre mutilation qui tue ! (15/10/2007)

    Dans un village d'Afrique de l'Ouest, j'ai vu, un jour, deux circoncis de neuf et dix ans sur onze "opérés" mourir de septicémie sans qu'il soit possible de les soustraire à la fin du rite "de guérison" pour les faire soigner. Les décès de ce genre étaient si fréquents que l'opération était vécue comme un moment de terreur par les familles et les villages entiers. Il y a un siècle, la circoncision était pratiquée vers seize à dix-huit ans dans certaines ethnies. C'était alors une opération très dangereuse et très douloureuse ; ce qu'elle est toujours lorsqu'elle est pratiquée par des forgerons avec le couteau traditionnel et dans des conditions septiques. L'abaissement de l'âge diminue les risques d'hémorragie grave, pas ceux de septicémie. Depuis plusieurs décennies, les gamins ont essayé de prévenir les risques en se faisant circoncire dans les dispensaires ou, gratuitement, par des bonnes soeurs infirmières. Mais la hiérarchie catholique a estimé que ce n'était pas une tache convenable pour des nonnes et leur avait interdit cette activité, qui sauvait pourtant des vies.
    Il ne fait aucun doute que la circoncision a fait des centaines de milliers de morts dans toutes les populations qui la pratiquent depuis des millénaires et que cette mortalité n'a baissé ou disparu que là où elle a été médicalisée. Un juif militant contre cette opération m'a un jour assuré qu'un des grands textes du judaïsme - désolé, j'ai oublié lequel ! - prévoit qu'un couple peut s'abstenir d'opérer un troisième fils, lorsque ses deux premiers sont morts du fait de leur circoncision. Ce qui confirmerait l'hécatombe, si la référence est exacte.
    La circoncision ne se justifie médicalement, plus ou moins, que dans de rares cas de malformation du prépuce. Mais une savante intoxication sur sa "valeur hygiénique" a abouti à sa pratique systématique jusque dans des populations athées, agnostiques ou pratiquant des religions qui ne la prescrivent pas, en particulier aux Etats- Unis. Des études démographiques et épidémiologiques, biaisées ou mal conduites, menées par des chercheurs très engagés, prétendent, à l'égal des mères juives psychanalystes et des imams télévisuels, que la circoncision est une mesure d'hygiène précieuse contre les maladies sexuellement transmissibles et, en particulier, excusez du peu, prévient le sida ! Avec comme conséquence, depuis qu'une organisation internationale leur a fait écho, un nouveau slogan : "Tu ne risques rien, je suis circoncis !". Un slogan qui devrait faire autant de victimes, féminines et masculines, que le décryptage du sigle en "Syndrome Imaginaire pour Décourager les Amoureux ". Beaucoup sont découragés, définitivement !
    La circoncision est une mutilation sexuelle dont la pratique, hors urgence médicale rare, est une atteinte à l'intégrité du corps d'enfants mineurs. Elle est donc contraire aux lois ou aux constitutions de beaucoup de pays démocratiques. Elle y est tolérée hors la loi parce que musulmans et juifs y constituent des minorités importantes et influentes. Pratiquée à plus vaste échelle, elle a certainement tué beaucoup plus, dans le passé, que l'excision, autre barbarie dont on a, bien sûr, raison de dénoncer les méfaits, mais dont personne ne recommande la médicalisation hors des sociétés qui la préconisent.
    Les "données" qui soutiennent l'effet hygiénique de la circoncision viennent souvent de comparaisons entre des ethnies différentes, habilement choisies, dont les  variations de moeurs sexuelles expliquent, à elles seules, les différences de contamination. L'argument hygiéniste vient de préjugés peu justifiés sur les fermentations génitales masculines (que dire alors de l'incubateur naturel que constitue un vagin : mieux vaudrait le fuir, mais nous ne serions pas là !). On peut, à l'inverse, supposer qu'un gland protégé est moins exposé aux lésions, donc aux contaminations, qu'un membre circoncis. Sans chiffres crédibles, cette hypothèse n'a cependant pas plus de valeur que l'argument hygiéniste opposé.
    Pour clore, je citerai un ami juif qui, comme beaucoup, dit n'avoir aucun mauvais souvenir de l'ablation de "ce petit bout de peau" qu'on lui avait retiré tout bébé (âge sans souvenir conscient, mais vulnérable aux traumatismes). Un petit bout de peau "qui ne lui manque pas du tout". Pour lui signaler que les petits garçons qui l'ont encore prennent souvent beaucoup de plaisir à jouer avec leur prépuce. Si, plus tard, de grandes filles s'y intéressent, ce peut être, aussi, l'occasion de jeux raffinés, non indispensables mais fort agréables, que ses parents lui ont refusés sans lui demander son avis. Ce qui devrait interpeller un éminent défenseur des droits humains ...

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