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  • Les chiffres idiots n’aident pas vraiment les bonnes causes !

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    Je ne prendrai que deux exemples, au hasard des news du site internet de notre Tribune. Sous le titre inquiétant mais très juste « L’égalité femme-homme est en recul » (du fait de la pandémie), un article cite une étude du Forum économique mondial (W.E.F. en anglais) et en particulier Saadia Zahidi, membre du comité exécutif de cette instance, qui déclare, entre guillemets : « La pandémie a eu un impact fondamental sur l’égalité femmes-hommes, tant sur le lieu de travail qu’à la maison, faisant reculer des années de progrès ». Quoi de plus juste et de plus important comme prise de conscience ! Et un peu plus loin, ces répercussions de la crise sont détaillées par secteurs d’activités avec pertinence. Jusqu’ici tout va bien, mais j’ai sauté le chapeau de l’article et des « précisions » chiffrées qui gâchent le tout. Le chapeau déclare que « La crise sanitaire a également retardé de plus d’une génération le temps nécessaire pour parvenir à l’égalité homme-femme, … » selon l’étude du WEF. Au-delà de l’inversion anecdotique de l’ordre du tandem femme-homme par rapport au titre et à la déclaration, je m’interroge doublement : cette phrase sous- entend que l’on parviendra à cette souhaitable égalité un certain jour dans le temps à venir : on était pas égaux avant, et hop !, on le devient à partir de ce jour-là ! En plus, cette date heureuse est retardée de « plus d’une génération » par la pandémie. S’agit-il d’une génération au sens génétique des parents ou des enfants, soit quelque chose de l’ordre de 20 à 30 ans, selon les populations, ou bien d’une génération au sens démographique, soit une seule année de calendrier ? Sans doute la première, mais… On voit déjà le souci de quantifier quelque chose dont la définition pose problème. La précision vient plus loin : « Il faudra donc 36 ans de plus pour combler les écarts…, portant le total à 135,6 années avant de parvenir à la parité à l’échelle mondiale. ». Là, je suffoque : nous serons égaux, à l’échelle mondiale dans 135,6 ans au lieu des 135,6 -36 = 99,6 attendus !

    Il y a donc des zozos au WEF (supposé être la crème de l’intelligence entrepreneuriale privée et de la politique réunies) qui savent décider quand la parité sera atteinte à l’échelle mondiale, au jour près et définitivement sans doute, et qui sont capables de prévoir et calculer, à 0,6 an près, soit 12x0,6=7,2 mois près, la date de l’heureux événement. Madame Soleil et les voyantes qui font de la pub dans GHI ou le Matin Dimanche sont enfoncées par les experts du WEF, pour peu que les citations de la Julie soient correctes, ce dont je ne doute guère ! Mais ce qui m’interpelle dans l’affaire, c’est comment on est passé de constatations qualitatives pertinentes à des chiffres complètement idiots qui prétendent les justifier ! Quand les « experts » ne savent pas quoi dire ou ajouter, beaucoup se réfugient dans des discours incompréhensibles dont le seul but est de masquer leur incompétence à répondre ou poursuivre. Entre le langage verbeux de certaines sciences humaines et la mathématisation abusive ou erronée des sciences dites dures, le principe est le même : ne pas reconnaître que l’ « expert » ou le « savant » n’en sait pas plus que ceux auxquels il s’adresse et dire n’importe quoi pour faire croire le contraire…  Encore un exemple ? Ailleurs je lis : « La pandémie a fait au moins 2,79 millions de morts, selon un bilan établi mardi par l’AFP(sic !)… ». A 0,4% près, 2,79 et surtout pas 2,8 ! Compte-tenu des inexactitudes des recensements de décès dans la plupart des pays et de l’incertitude sur les causes de décès, en particulier des personnes âgées, un tel chiffre ne peut être qu’un ordre de grandeur très imprécis, au million près au mieux. Le bon sens aurait arrondi à « au moins  trois millions » mais, comme l’ordinateur avait affiché 2,79, avec peut-être dix décimales de plus, on a retenu un nombre qui pouvait paraître plus sérieux, alors qu’en fait il l’est moins !

    Décidément, si une idée est simple et claire, vouloir la chiffrer avec précision ne peut que lui nuire !

     

                                                                Dédé-la-science

  • Obama : des idées sans gènes !

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    « Mais c’est [ma propre histoire d’Américain] qui a gravé dans mes gènes l’idée que cette nation est bien plus que la somme de ses individus, que, tous autant que nous sommes, nous ne faisons qu’un. »
    Après l’histoire méphitique du candidat Sarko qui pensait la pédophilie et la délinquance génétiquement programmées, cet extrait du beau discours du 18 mars 2008 à Philadelphie du futur président - élu étasunien contient deux propositions inquiétantes. Contrairement à Sarko, dont l’action a confirmé l’abrutissement idéologique et le cynisme, nous laisserons au beau Barack la présomption d’innocence trompée, mais :
    - il est idiot de proposer qu’une histoire « grave une idée » dans des gènes. Seuls des mutations, des virus ou des bricolages génétiques changent l’ADN. Par ailleurs, nos moins de trente mille gènes de chimpanzés ou de souris n’ont pas les moyens de gérer une pensée abstraite.
    -  certes il était en pleine campagne électorale au pays du « tout génétique » et en pleine exacerbation patriotarde. Mais on espère, vu l’argumentation qui précédait sur ses origines et la diversité étasunienne, que Barackounet pensait, aussi fort qu’il ne le disait pas, que sa démonstration s’appliquait à la planète entière et pas à la seule redoutable nation qu’il est censé diriger sous peu.
    Car, pour que la formidable puissance symbolique de son élection ne conduise pas à une aussi formidable déception locale et internationale, il faudrait qu’il évite, dans son action, le pire des Etats-Unis : la croyance en un destin programmé et le mépris des autres. Pas évident !
    Rêvons ! Il en est encore temps …

    Siné Hebdo N°19 (7 janvier 2009)

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